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Mission
Baquiast - Propositions sur les apports d'Internet à la modernisation
du fonctionnement de l'Etat.
Propositions |
Voir aussi Messageries communicantes, interview de B. Koechlin, INRIA
Aujourd'hui, le besoin d'interconnecter les messageries des administrations, pour permettre l'échange de message facile entre services, mais aussi le travail coopératif en réseau, devient une nécessité absolue.
La question se pose, il faut y insister, entre administrations centrales, mais aussi et surtout entre services déconcentrés de l'Etat. Il n'est plus acceptable de vouloir maintenir des barrières techniques à la communication entre administrations territoriales , au prétexte que leurs compétences sont différentes et qu'il faut sauvegarder les échelons hiérarchiques ministériels.
Dans de nombreux cas, le service à l'usager exige des échanges entre fonctionnaires de bureaux différents. Ceux-ci doivent être considérés comme suffisamment avertis pour ne pas court-circuiter leurs propres hiérarchies, quand celles-ci doivent effectivement être saisies.
Ceci dit, l'expérience montre que l'interconnexion entre les messageries existantes, qui ne sont généralement pas totalement respectueuses des standards Internet, pose de telles difficultés que les meilleures bonnes volontés coopératives sont découragées. Il faut donc réaliser, dans de très courts délais, des "espaces de compatibilité" permettant à un nombre de plus en plus grand d'utilisateurs de travailler ensemble comme s'ils étaient connectés à une messagerie unique.
Plusieurs formules sont à poursuivre simultanément:
1- l'utilisation par les fonctionnaires qui veulent communiquer d'un ministère à l'autre par Internet de simples E.mail ou espaces de communication offerts par des fournisseurs d'accès. C'est la solution du pauvre ou d'urgence, qui a rendu et continue à rendre de grands services, mais qui n'offre aucune sécurité. Il faut s'en servir à bon escient.
2- le regroupement de ministères ou administrations pour disposer de l'expérience et des solutions du partenaire le plus avancé. C'est ce qui s'est fait en 1997 pour permettre aux services du Premier ministre de bénéficier de l'expérience du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie. Les premiers ont depuis repris leur sort en mains, à la satisfaction des deux partenaires. La formule ne parait pas cependant pouvoir être retenue dorénavant, car elle ne contribue en rien à rendre communicantes les diverses messageries des ministères. Elle se borne à élargir le champ de l'une ou l'autre d'entre elles.
3- les passerelles, ou logiciels d'interfaçage.Si la solution est faite au coup par coup, entre deux ministères souhaitant se rendre inter-communiquant, elle n'est ni durable ni généralisable. Elle devrait dont pour l'avenir être proscrite. Les standards évoluent si vite que la passerelle se trouve en permanence en retard d'un ajout quelconque (add-on), si bien que les incidents de transmission se multiplient. Interconnecter plusieurs messageries à partir d'une même passerelle ne peut que multiplier les difficultés.
4- la mise aux normes Internet de l'ensemble des messageries utilisées par l'administration. Ceci constitue la seule solution à terme, mais suppose , soit que l'administration n'acquiert que des messageries aux standards Internet en natif (il en existe de plus en plus, notamment parmi les logiciels libres) soit qu'elle impose l'implémentation de standards Internet aux fournisseurs de messageries propriétaires. Encore faut-il dans ce dernier cas qu'elle parle d'une seule voix à l'ensemble de ses fournisseurs, et ait le poids nécessaire pour imposer ses besoins aux stratégies d'appropriation des producteurs de logiciels. Il lui faudra par ailleurs se méfier des affirmations selon lesquelles le produit acheté restera pleinement compatible avec les standards Internet, alors que ceux-ci évoluent inévitablement, et qu'il est toujours possible d'y ajouter une petite amélioration qui rompt la continuité recherchée.
En fait, les fournisseurs des messageries principalement utilisées
par les administrations n'implémenteront et ne respecteront les standards
Internet que si les grands clients y travaillent eux-mêmes. Pour cela,
nous suggérons une véritable action de type industriel, seule
à la hauteur des enjeux (voir rapport,
2.1.1.):
- définir (à plusieurs ministères de
préférence), le cahier des charges d'une plate-forme
d'interconnectivité aux standards Internet permettant de tester
l'intercompatibilité des messageries acquises par les ministères,
et n'acquérir ou conserver que les produits satisfaisant aux tests.
- mettre en place et tester une ou plusieurs de ces messageries sur une
circonscription comportant plusieurs centaines d'utilisateurs eux-mêmes
originaires de plusieurs ministères.
- généraliser l'utilisation des produits vamlidés à
l'ensemble des administrations centrales et déconcentrées.
- maintenir et actualiser la plate-forme de test..
Un crédit spécifique de 100 à 150 MF devra être affecté, dès la première année, à cette opération exemplaire (en évitant toute confusion avec le chapitre 34-95 informatique)
Par ailleurs, pour tirer les meilleures conséquences d'une interconnexion
des messageries, il serait utile, bien que les administrations n'aiment pas
cela, de recommander, voire imposer des standards
communs en matière de formats d'échange (par exemple html
pour tous les envois de documents attachés).
Pour l'ensemble de ce projet, les maîtres d'ouvrage pourraient peut-être demander à l'INRIA de leur procurer un service de conseil et de veille technologique . Ce service serait d'autant plus utile que l'INRIA est chargé de suivre les travaux du World Wide Web Consortium, dont le rapport de M. Abramatic au Premier ministre devrait traiter.
NB: il ne faut pas confondre ce qui précède avec la mise en place d'un service à valeur ajouté se superposant aux messageries existantes, pour accomplir certains travaux collectifs. Ce service se chargerait d'acheminer les messages des utilisateurs souhaitant sortir de leur réseau local pour communiquer avec un correspondant localisé dans un autre réseau local. Comme un tel service complique nécessairement les protocoles d'échange, et augmente quelque peu leur coût, il faut le réserver aux échanges demandant un certain niveau de sécurité. Il s'agira alors d'un intranet (ou extranet) interministériel
C'est ce qu'envisage de réaliser le projet RIA (réseau Internet administratif) actuellement à l'étude, à l'initiative des services du Premier ministre et du secrétariat d'Etat à l'industrie, auquel nous renvoyons. Il pourra servir à certains travaux qui méritent sans doute de n'être pas traités sur des réseaux publics non protégés, par exemple la préparation des textes réglementaires et administratifs, ou des décisions gouvernementales et administratives en général. L'on rentre ici dans le domaine de ce que nous appellerons le futur Intranet interministériel professionnel.
PROPOSITION: donner suite immédiate au projet de messagerie interministérielle mentionné au 4. ci-dessus. Y associer l'INRIA. Niveau de responsabilité: Premier ministre, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, ministres (voir rapport, 2.1.1.)