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Objectifs et moyens de la politique de défense de la France. Dossier
Jean-Paul Baquiast, Jean-Claude Empereur.
Version du 14/11/2015. Faut-il indiquer, à la suite des attentats djihadistes ayant frappé Paris le 13 au soir, que les besoins de renforcement de l'appareil de défense français soulignés par notre dossier collectif , sont plus que jamais nécessaires. Il faut cependant préciser que ces renforcements ne devraient pas bénéficier uniquement à l'armée de terre, mais à l'ensemble des forces de sécurité, comprenant notamment les CRS et la police, dont on a pu voir le rôle essentiel le13. La multiplication vraisemblable de tels attentats dans les mois suivants et sur l'ensemble du territoire, excéderait vite les moyens disponibles.

Il nous paraît important d'ouvrir un dossier et un débat sur la question de la Défense, tant de la France que de l'Europe. Ce sujet est considérable, et ne saurait être épuisé en quelques pages. De plus, il a fait l'objet en France de nombreux livres, articles et discours que nous pouvons pas lire et moins encore résumer ici. Pourquoi alors ce texte? Parce que nous souhaitons donner un point de vue quelque peu différent de celui des auteurs les plus connus.

Ces différences portent sur 4 points:
- l'identification de la menace principale. Pour nous, il s'agit de l'hyper-terrorisme, pour reprendre le terme de François Heisbourg ayant donné son titre à un livre du même nom. Nous avons évidemment adapté ce concept aux circonstances actuelles et prévisibles.
- l'identification de l'allié principal dans la lutte contre cette menace. Pour nous, il s'agit principalement de la Russie de Vladimir Poutine, éventuellement alliée à la Chine.
- une prise de distance avec les Etats-Unis, dont il est apparu qu'ils soutenaient le terrorisme, dans la mesure où celui-ci pouvait mettre en danger la Russie. Les Américains ne font par ailleurs aucun effort pour combattre le terrorisme dans la mesure où celui-ci contribue à déconstruire l'Union européenne, considérée comme une rivale éventuelle des Etats-Unis.
- la volonté de sortir de l'Otan, dont il est apparu que celle-ci visait finalement à priver l'Union européenne d'une défense qui ne soit pas directement au service des intérêts géostratégiques américains.

Référence. La Loi de programmation militaire 2014/2019

La Loi de programmation militaire 2014/2019 est complexe et souvent peu informative pour les non-spécialites, du fait qu'elle comprend de nombreux points d'organisation administrative et technique.

On lira de préférence le Rapport annexé (lien ci-dessous) qui donne un excelent panorama des différentes perspectives stratégiques, diplomatiques, militaires et politiques retenues par le législateur en matière de politique de défense. Le Rapport est long, présenté sous une forme ne le rendant pas facilement accessible au grand public. Néanmoins sa lecture s'impose, si l'on veut comme nous essaierons de la faire ici, proposer quelques aménagements aux grands principes retenus par la Loi

* Loi de programmation militaire 2014- 2019
* Rapport annexé
* Discussion au Sénat sur la LPM


 Dossier

Première partie. Menaces dans une perspective géostratégique


1.L'Hyper-terrorisme

La principale menace aujourd'hui est l'hyper-terrorisme, pour reprendre le terme de François Heisbourg. Ce terrorisme émane essentiellement pour le moment de la nébuleuse des mouvements djihadistes identifiés sous le terme d'Emirat islamique (ou Daesh). Il trouve son origine dans divers groupes sunnites apparus en Irak à la suite du renversement irresponsable de Saddam Hussein.

- Il est principalement soutenu par l'Arabie saoudite et par différents Etats musulmans sunnites. Ils ne le font pas de façon officielle mais l'alimentent de multiples façons, argent et armes notamment. Ceci peut faire douter de la pertinence pour la France de les considérer comme des alliés, même s'ils se portent acquéreurs de matériels militaires français.

- Des sources fiables, dont beaucoup proviennent des Etats-Unis eux-mêmes, ont identifié ces derniers comme ayant financé Daesh et continuant à l'armer, tout en conduisant contre lui une campagne de façade sans résultats véritables. Leur objectif a été dès le début est de contribuer à la chute de Bashar al Assad, considéré comme un partenaire fidèle de la Russie. Daesh et ses appuis fournissent aujourd'hui l'essentiel des moyens militaires combattant les forces du régime syrien.

Derrière Bashar al Assad, les Etats-Unis combattent indirectement la Russie, disposant depuis des décennies de la base de Tartous en Syrie, leur seul point d'appui jusqu'à récemment au Moyen-Orient. Or détruire la Russie sous sa forme actuelle, disposant de l'arme nucléaire, a toujours été, dès les années 1950, un objectif des stratégies américaines.

L'hyper-terrorisme islamique représentera de plus en plus une menace dangereuse pour la Russie elle-même et ses alliés du Caucase. D'où le soutien que lui apporte Washington. D'où aussi le fait que la Russie ait entrepris récemment une campagne militaire en Syrie pour le combattre.

- Les spécialistes français (citons notamment l'ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic) ont toujours annoncé que la France serait, pour diverses raisons, une cible privilégiée de l'hyper-terrorisme. Ses rares manifestations actuelles ne doivent pas être considérés comme rassurantes. L'hyper-terrorisme, imprévisible par définition, affectera en priorité, outre les intérêts français à l'étranger, le territoire, les activités nationales et les populations.

Ajoutons que, comme l'affirme l'écrivain Boulem Sansal, auteur du best-seller "2084 La fin du monde", qui sait bien de quoi il parle, personne en Europe et moins encore en France, n'imagine la pénétration de militants islamistes éduqués au sein de toutes les élites, politiques, militaires, économiques et même scientifiques. Elles pourront passer à l'action très rapidement.

- Combattre ce terrorisme supposera une large gamme de moyens de défense et d'intervention dont certains ne seront pas affectés a priori, c'est-à-dire qu'ils pourront être mobilisés rapidement et portés sur des théâtres inattendus. Des projections à l'étranger (Europe, Afrique) seront nécessaires si les Etats concernés le demandent, en appui de leurs propres forces.

- Inutile ici de donner une énumération de ses cibles possibles. Aucun domaine, même très protégé, ne devra être considérée comme à l'abri. Des milliers de morts pourraient survenir. En ce cas, dira-t-on, le pays prendrait le danger au sérieux et réagirait. Mais face à des combattants infiltrés dans la population ou parmi les migrants, et par ailleurs prêts au suicide, mettre en place rapidement une réaction efficace sera très difficile. Il faut donc s'y préparer longtemps à l'avance.

- Les moyens - élément important des coûts – devront pouvoir être disponibles rapidement, en n'importe quel point du territoire. Par ailleurs, une surveillance renforcée des frontières terrestres et maritimes s'imposera, a fortiori si sont prises les mesures qui s'imposeront vite visant à réprimer les immigrations massives. Celles-ci se transformeront nécessairement en voie d'accès des terroristes.

L'armée de terre, équipée de moyens modernes de détection, prévention, répression et secours, est la mieux à même de faire face à ces défis. Mais la coopération étroite avec la gendarmerie, dont il faudra rétablir les compétences propres, la police et la douane est indispensable. Ces différents corps devraient sur 5 ans voir leurs effectifs multipliés par 2 ou 3 (voir ci-dessous). Il en sera de même des moyens matériels dont ils disposent, aujourd'hui vieillis et techniquement obsolètes.

- Faut-il compter parmi les hyper-terroristes les activistes éventuellement violents, parfois mélés de "casseurs" qui se manifestent notamment pour la défense du climat ? Nous répondrons par la négative à ce jour, vu l'ampleur très limitée de ces mouvements.

2. Autres menaces.

- On cessera, comme on le fait encore actuellement sous la pression américaine, de considérer la Russie comme une menace, non plus que la Chine. Dans le pire des cas, la dissuasion nucléaire devrait suffire à modérer le risque, comme ce fut le cas depuis 50 ans. Au contraire, dans la lutte contre l'hyper-terrorisme islamiste, la coopération avec la Russie, et de plus en plus la coopération avec la Chine, deviendra essentielle.

- Le réalisme imposera par ailleurs de ne plus considérer les Etats-Unis comme des alliés indiscutable. Sans en faire de véritables adversaires, il faudra bien comprendre que des milieux très actifs aux USA (néo-conservateurs notamment) considèrent au contraire la France comme une rivale à abattre en tant que puissance indépendante. La première chose à faire sera de reprendre une autonomie militaire complète vis-à-vis des USA, non seulement en termes d'indépendance des forces, comportant une sortie programmé de l'Otan (voir ci-dessous) mais aussi dans le domaine des matériels militaires. La tâche sera très difficile Elle supposera des investissements autonomes massifs bénéficiant aux industries d'armement.

Une grande partie des offensives manifestes ou dissimulées des Etats-Unis contre la France se situe dans le domaine des réseaux numériques. Une véritable cyber-guerre est actuellement engagée par eux contre l'Europe en général et la France en particulier. Elle prend la forme d'un espionnage généralisé sur les échanges, impliquant non seulement la NSA, la CIA et d'autres agences, mais un certain nombre d'ONG. Celles-ci travaillent en coopération avec les géants du web américain (dits GAFA) profondément implantés dans la société, d'une façon pratiquement impossible à contrer aujourd'hui. Là encore, il sera très difficile de se libérer de l'emprise américaine. La France devra cependant développer un minimum de défense propre solide dans les secteurs sensibles. Ceci supposera là encore des investissements massifs dans le domaine des technologies concernées.

3. Menaces sur l'outre-mer.

La défense de l'outre-mer français, qui est un atout géostratégique très important pour la France, sera également indispensable, pour que celle-ci conserve son rang de puissance globale. Elle supposera de renforcer considérablement les moyens maritimes et aériens dont elle dispose actuellement. Les menaces pourront provenir de divers pays petits ou moyens jugeant bon à un moment ou un autre de s'attaquer à ce domaine.

Note
Sur le concept d'hyper-terrorisme musulman, on lira avec profit un article de Pepe Escobar
Le caliphe aux portes de Vienne (autrement dit de Europe)
Version française

Deuxième partie. La question de la défense européenne

On distinguera la défense européenne, seule à être assurée par des forces européennes propres, et la défense de l'Europe, pouvant être prise en charge par des intérêts sur lesquels les pays européens n'auront pas nécessairment de maitrise efficace. Seule la défense européenne nous intéresse ici.

Mentionnons en premier lieu l’intérêt qu’il y aurait à sortir de l’'Otan, qui a toujours été un instrument de guerre dirigé par les Américains contre la Russie et qui par ailleurs prive de fait l'Union européenne d'une défense qui ne soit pas directement liée aux intérêts géostratégiques américains. Les Américains ne font par ailleurs, ni au sein de l'Otan ni plus généralement d'efforts pour combattre le terrorisme dans la mesure où celui-ci contribue à déconstruire l'Union européenne, considérée comme une rivale éventuelle des Etats-Unis.

1. Défense commune

Aujourd'hui il n'existe pratiquement pas de défense européenne commune. Les Etats européens disposant de moyens sont rares et ne sont pas nécessairement disposés à coopérer avec la France. Celle-ci devra donc compter sur ses propres moyens, et engager seule, au moins au début, les dépenses de mise à niveau correspondantes.

- Sur la défense européenne, je reprends ici, en attendant d'autres contributions, la réaction d'un membre de notre équipe, moins pessimiste que moi concernant la défense européenne. Ce sera un point à discuter dans la suite.

Il me semble nécessaire en dépit du peu de motivation de nos partenaires européens de raisonner non pas en défense nationale, mais en défense européenne. Certes les pays de l'Union Européenne vivent depuis  plus de 60 ans sur l'idée que la paix leur est acquise une fois pour toutes et que si , par un concours de circonstances totalement improbable, des menaces d'ordre militaire  devenaient  séreuses, les USA , pilier de l'OTAN et partenaire omnipuissant, résoudraient rapidement la question à leur profit..Le réveil de cette Europe assoupie dans sa torpeur et son irresponsabilité  interviendra tôt ou tard et d'ores et déjà, on commence à sentir un frémissement , car nos amis découvrent  avec stupeur la dangerosité du monde. Ils avaient éliminé le concept de guerre de leurs pensées et découvrent tétanisés et incrédules la réalité des conflits et leurs conséquences sur leur havre de paix. Ils découvrent notamment que la guerre peut avoir des causes démographiques, économiques , idéologiques , ethniques , religieuses …Cela ne les a pas encore amenés à sauter le pas d'un changement de paradigme  et nous sommes encore loin des mesures drastiques à prendre pour faire face à l'évolution de la situation internationale. Toutefois il n'est plus exclu qu'à terme pas si lointain, les possibilités offertes par le traité de Lisbonne voient le jour, notamment celle que constitue la Coopération Structurée Permanente. Ce terme dramatiquement abscons et technocratique désigne simplement celui de noyau dur européen en matière de défense. Michel Barnier, actuellement conseiller défense du Président Juncker, est un ardent promoteur de ce noyau dur qui pourrait comporter outre la France, l'Allemagne dont il pense qu'elle y est prête, l'Espagne, l'Italie, la Pologne, la Belgique et le Luxembourg. Pas la Grande-Bretagne, avec laquelle cependant un accord de défense pourrait être passé par ce noyau dur

2. Coopérations au plan européen

- Des pays européens, à l'inverse, pourraient ils espérer un soutien de la France?
Oui, s'ils le demandent, et ceci en fonction des moyens français disponibles. Une armée française forte pourrait accepter de jouer en partie le rôle de gendarme de l'Europe, mais en restant sous son propre commandement. Par ailleurs, des contributions correspondant aux dépenses devront être obtenues des pays européens demandeurs. A vrai dire, il y a déjà eu dans les décennies récentes des propositions de la France pour élargir à certains de nos partenaires européens la garantie de sa capacité de dissuasion nucléaire. Mais ces propositions n’ont jamais retenu l’attention des pays concernés. L'’idée d’une France gendarme de l’Europe n’est réaliste ni sur le plan des capacités de notre pays, ni et encore moins au plan politique.

- Défense européenne et Otan. Compte tenu des arguments exposés ci-dessus, la sortie de l'Otan devra être progressivement, sinon immédiatement, mise en oeuvre. Ceci devra s'accompagner d'une cessation de la dépendance à l'égard des forces et matériels américains omniprésents dans l'Otan. Un effort industriel considérable devra être réalisé en ce sens, comme indiqué ci-dessus, vu le fait que des composants américains sont partout utilisés dans les matériels fabriqués en France. Sait-on que, compte-tenu de l'interprétation qu'il donne des contrats militaires, Washington pourrait à tous moments interdire l'exportation par la France de ses Rafales? Néanmoins cet effort entraînera des retombées scientifiques et industriels certaines.

3. Autres coopérations militaires

-. Mise en commun de moyens français de défense avec l'Eurasie, notamment avec la Russie. Cette mise en commun qui serait dans certains cas souhaitable compte-tenu de la lutte commune contre l'hyper-terrorisme, ne pourra résulter que de coopérations gagnant-gagnant négociées entre les pays de l'Eurasie et la France. Compte tenu des compétences affirmées de celle-ci dans les technologies duales ou militaires avancées, ces coopérations seraient profitables à tous les partenaires. Citons notamment les robots militaires, les techniques dites de Déni d'accès et les missiles.

- Coopération avec certains pays d'Afrique.On ne pourra pas envisager que la France devienne un gendarme de l'Afrique, même à la demande de certains pays. Par contre des coopérations techniques et des interventions ponctuelles seront nécessaires, si le relais en est pris par les pays.

Troisième partie. Capacités de défense et moyens

Les réponses proposées ici devront viser à satisfaire les besoins des 5 à 10 prochaines années. Elles devront être révisées en fonction de l'aggravation des menaces, pouvant aller jusqu'à de véritables guerres conventionnelles (sans emploi de la bombe nucléaire. Au delà, des adaptations seront nécessaires.

Précisons que l'ensemble des armes, Terre, Mer et Air, devront voir les technologies dont elles disposent profondément modernisées: batteries de missiles intelligents, matériels électroniques du type « déni d'accès » adaptés aux types d'engagement qu'elles assumeront. Il en sera de même des technologies de communication, observation et transmission par satellites, drones et matériels terrestres robotisés. Selon les domaines, des mises en commun seront souhaitables.

Tout ceci sera indispensable, même en cas de lutte contre l'hyper-terrorisme. Si les moyens humains (humint) resteront irremplaçables, leur prolongement par des moyens de la guerre moderne s'imposera tout autant.

1. Effectifs et matériels

- Ce sera l'armée de terre qui devra bénéficier des principaux renforcements. Ses effectifs devraient sur 5 ans être multipliés par 3 environ. Dans le même temps les matériels divers nécessaires à son engagement sur le terrain et à son déploiement, dont certains sont actuellement hors d'âge, devront être entièrement renouvelés et augmentés en proportion des effectifs. Il en sera de même des moyens de transport aérien nécessaires à la projection des forces, la dotation en cours d’avions de transport A 400M étant insuffisante .

La même ambition s'appliquera à la gendarmerie.

-. Concernant l'armée de l'air, des renforcements de moindre ampleur pourront être acceptés. A côté des avions et hélicoptères de combat, à renforcer en nombre, des lacunes graves devront être comblées, par exemple dans le domaine des avions ravitailleurs et des drones polyvalents . ( A noter que les hélicoptères sont pour la plupart disposés au sein de l'ALAT, aviation légère de l'armée de terre, et non pas au sein de l'armée de l'air, qui, comme la Marine , possède relativement peu d'appareils)

-. Concernant la marine, dans la perspectives de la protection des côtes métropolitaines et surtout de l'outre-mer lointain, il sera indispensable de doubler le Porte Avions (PA) Charles de Gaulle afin d'assurer comte-tenu des opérations de maintenance, une présence à la mer continue. On mettra en place des groupes d'escorte et de combats conséquents. Par ailleurs, la formule des BPC porte-hélicoptères Mistral et de leurs escortes devra être étendue, avec la construction de 5 unités complémentaires sur 5 à 10 ans. Deux SMN d'attaque supplémentaires seront sans doute nécessaires, complétés d'un nombre difficile à évaluer aujourd'hui de SM diesel sur le modèle du Kilo russe.

Mais pourquoi ces matériels destinés en principe à conduire une guerre navale de grande ampleur et sur presque tous les océans? Parce que, dans le cas de la protection du domaine maritime mondial dont dispose la France, celle-ci pourra avoir à se défendre contre des agressions provenant d'un grand nombre de pays n'ayant pas la capacité de mener des offensives importantes, mais pouvant désorganiser localement les implantations et les voies maritimes nécessaires à la France.

A une échelle de taille plus modeste, il conviendra de renforcer le nombre et les capacités des bâtiments de type garde-côtes. Sans nécessairement créer un corps analogue à celui des coast guards américains, une fusion plus étroite entre les moyens des Affaires maritimes, de la douane et de la gendarmerie maritime s'imposera pour augmenter l'efficacité globale.

Ajoutons que la marine américaine semble s'inquiéter à juste titre de le mise en place par la Russie et la Chine d'armes nouvelles susceptibles d'aveugler, voire neutraliser, ses PA. La marine française, en principe, ne devrait pas devoir affronter des ennemis aussi sophistiqués. Donc les PA et les BPC conserveront une utilité certaine.

2. La force de frappe nucléaire

La force nucléaire stratégique actuelle sera conservée et modernisée, sans augmentation globale des capacités.

3.Spatial

En matière de spatial, en fonction d'une évolution rapide des matériels, il est difficile de faire aujourd'hui des propositions. Constatons seulement que les satellites d'observation sont notoirement insuffisants et devront être renforcés. Ils joueront un rôle important dans la lutte contre l'hyper-terrorisme.

Mais peu de personnes en France n'imaginet la mobilisation totale du spatial par les Etats-Unis (full spatial dominance). Si la France voulait échapper à cette domination, des investissements beaucoup plus importants seraient nécessaires. Ils trouveront une grande importance dans les futurs programmes scientifiques d'exploration du système solaire

Quatrième partie Moyens humains, industriels et budgétaires

1. Effectifs et statuts des personnels.

- Sans entrer dans le détail, on pourra considérer, comme indiqué ci-dessus concernant l'armée de terre, que les effectifs des diverses catégories (Non-gradés, Sous-officiers, Officiers, Techniciens et ingénieurs militaires,Techniciens et ingénieurs civils) devront être multipliés par 3 dans les 5 ans. La part des techniciens et ingénieurs militaires devra s'accroitre relativement. plus rapidement Le recours à des personnels civils contractuels ne sera envisagé que par défaut. Il faudra par ailleurs décourager sauf urgences le recours à des sociétés privées

- Différents statuts peuvent être proposés à ces personnels: Engagés. Volontaires d'un service civil. Volontaires d'un service militaire. Service militaire obligatoire (SMO) . Contractuels civils .
Les 3 premières catégories ainsi que la dernière, peuvent coexister. Le SMO pose problème. Il est certes très intégrateur et donc souhaitable, mais pour être efficace il doit durer au moins 18 mois. Le coût paraitra excessif, compte tenu des autres dépenses recommandées ici. On peut préférer, comme indiqué par ailleurs, renforcer les effectifs des autres catégories.

2. La question de l'industrie d'armement

La France a su conserver jusqu'à présent, malgré de nombreux abandons, (notamment celui des munitions de petit calibre), mais aussi du fait des reconfigurations industrielles majeures au plan européen, une industrie d'armement, ou industrie militaire, efficace, capable d'innovations dans la plupart des domaines et susceptible d'exporter à grande échelle, compte tenu de la taille du pays. Les retombées civiles sont en conséquence très nombreuses. Il s'agit d'un potentiel qu'il faudra conserver et même renforcer. On peut parler d'un lobby militaro-industriel français, mais quel pays doté d'une armée n'en a pas?

- Il faut considérer que, pour développer une industrie innovante au plan national, seules les commandes militaires permettent de le faire sans avoir à respecter l'ouverture des marchés imposées pour les marchés civile. Il s'agit d'un avantage considérable, dont les retombées bénéficient aux entreprises françaises en général, qu'elles travaillent pour le secteur militaire ou civil, au plan national ou à l'exportation. En effet, il faut tenir compte de l’impossibilité pour les entreprises concernées de vivre sur les seules commandes nationales. L’exportation de leurs produits est une nécessité économique.

Par ailleurs, la haute technicité imposée sur le marché mondial des matériels militaires permet aux entreprises nationales bénéficiant de commandes importantes des armées d'acquérir sans coûts excessifs les compétences avancées nécessaires, y compris au plan des personnels. Les matériels et les technologies développés par ces entreprises ont nécessairement des retombées très positives, sur le marché national civil, y compris à l'exportation.

- Agence de Défense.

Une Agence de Défense pour les Recherches Avancées ADRA sera créée sur le modèle de la DARPA américaines. Sans préjuger de ce que pourra faire l'Agence Européenne de Défense existant, cette Agence devra encourager et coordonner au plan national les recherches scientifiques et techniques intéressant la défense. Elle opérera, sous réserve de confidentiel-défense, tant au profit des laboratoires et industriels de défense que pour les laboratoires académiques et industriels civils. Ses budgets devront être calculés de façon à lui permettre de couvrir tous les secteurs essentiels. Ils s'imputeront sur les budgets militaires globaux.

3. Indépendance industrielle .

L'importante croissance des responsabilités des armées recommandée dans ce document permettra par ailleurs d'augmenter le nombre des utilisateurs de matériel militaire au plan national et d'améliorer considérablement la compétitivité de ceux-ci au plan international.

Si rien de tout cela n'est fait, le poids écrasant des matériels et technologies américaines, militaires ou civiles, continuera à décourager tout investissement important provenant des industries nationales d'armement. Malheureusement, aujourd'hui, il n reste que peu de secteurs industriels importants qui ne soient pas contrôleés par les Etats-Unis. la prise de contrôle quasi totale de Astom par General Electric, avec des complicités françaises inadmissibles, en est un exemple récent.

4. Budgets.

- L'augmentation considérable des dépenses envisagées dans ce document augmentera considérablement le volet Dépense des budgets militaires et les pourcentages de PIB correspondants. Le tableau joint montre pour chaque pays la part des dépenses militaires au regard des PIB. Les données roviennent de la Banque Mondiale et ne sont pas nécessairement à prendre sans précautions. En ce qui concerne particulièrement la France, la part, environ de 2,2 actuellement, annoncée est considérée par les budgétaires de la Défense comme exagérément optimiste, compte tenu de nombreuses réductions récentes. Elle devra donc être progressivement relevée, au minimum jusqu'à 3% des PIB, sinon 3,5%. Elle sera dans ce cas toujours inférieure aux parts de PIB consacres à la Défense par les Etats-Unis et la Russie – sans mentionner d'autres Etats plus petits tels que l'Arabie saoudite ou l'Algérie.

- Il sera donc irréaliste d'espérer couvrir ces dépenses par des recettes analogues à celles utilisées dans les finances publiques actuelles: impôts, emprunts, redevances affectées. Des prélèvements exceptionnels devront être prévus, portant notamment sur les dépenses de consommation de luxe. Disons seulement ici qu'il faudra considérer que la France soumise notamment à l'hyper-terrorisme et menaces associées, devra se considérer comme en état de guerre. Elle devra donc recourir à des méthodes proches, toutes choses égales par ailleurs, de celles de l'économie de guerre s'étant imposées à l'ensemble des belligérants lors des deux dernières guerres mondiales.

L'exemple de l'économie américaine durant ces guerres montre que, sous réserve de respecter des conditions drastiques visant à empêcher les gaspillages et les spéculations, une économie de guerre peut très bien acquérir de nouvelles capacités se traduisant par un enrichissement global. Surtout si celles-ci permettent dans le même temps d'adapter le pays aux crises de reconversion nées du réchauffement climatique et de la destruction des éco-systèmes (à développer).

Conclusion provisoire

Il est évident que, dans un pays tel que la France encore trop soumis aux pressions américaines et aux lobbies transatlantiques, comme au sein d'une Union européenne définitivement soumise à ces mêmes influences, rien de ce que nous préconisons ici n'aura la moindre chance d'être pris en considération, et à plus forte raison d'être mis en oeuvre.

Une profonde révolution politique serait nécessaire, accompagnée d'une sortie presque complète de l'Union européenne. L'aggravation très probable des agressions et risques divers qui frapperont la France dans un proche avenir rendra sans doute possibles des évolutions relevant aujourd'hui de l'inconcevable.

Un correspondant ajoute ceci:

En fait, en s'en tenant à nos seuls besoins de défense territoriale contre la menace terroriste, il faudrait reconstituer sous une forme adaptée un dispositif s'inspirant de la  Défense Opérationnelle du Territoire des années 70 dans lequel la gendarmerie constituerait le pilier, les armées, et notamment l'armée de terre et les forces spéciales , y apportant leur contribution  plus dans la détection des menaces et l'apport de moyens techniques que dans une surveillance statique des points sensibles sur le terrain. Mais pour tout cela, il faut des crédits  et accepter de redonner à la défense la priorité qu'elle avait , notamment sous la présidence du Général de Gaulle. Le redressement à opérer est considérable en France, mais encore plus chez nos partenaires européens. Ce n'est pas lorsque la menace devient réalité qu'il faut prendre des mesures, c'est bien en amont qu'il faut les anticiper: Il faut une bonne décennie pour construire un outil de défense crédible tant au plan des hommes qu'à celui des moyens.

Référence
Banque Mondiale: Budget défense sur PIB http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/MS.MIL.XPND.GD.ZS