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Quelle France pour 2045 ?
Essai de prospective et de préconisation

Allo l'avenir ? Ici le 48°51 Nord, 2°20 Est ...Répondez

Jean-Paul Baquiast, avec la participation de Christophe Jacquemin -22/09/2015

Plan

Introduction
Chapitre 1 Scénario noir
1.1. Menaces ou désastres d'origine naturelle
1.2. Evolution des structures politiques et économiques
Chapitre 2 Scénario bleu
2.1. Les sciences et technologies à promouvoir
2.2. Réformes institutionnelles nécessaires
Chapitre 3 Que faire en France dans les prochaines années ?
3.1. Restaurer le plein emploi.
3.2. Supprimer les freins à la créativité
Annexe. La question des migrations

Note. Ce document est une ébauche, qui tiendra compte des critiques et projets de modification éventuellement suggérés par les lecteurs. 22/09/2015

Introduction

Toute personne rationnelle sait qu'il est impossible de faire des prédictions. Mais finalement, les prévisions sont toujours intéressantes. Elles permettent de formuler des hypothèses à partir desquelles on peut envisager des solutions. Même si ces hypothèses sont démenties à l'expérience, l'exercice est indispensable. Chacun d'ailleurs s'y adonne sans hésiter.

Dans ce petit essai, nous allons proposer une série de prévisions concernant l'avenir de la France. Pour élargir le regard, nous avons choisi de les regrouper en deux scénarios, faisant l'objet des deux premiers chapitres. Le premier, le scénario noir, comme son nom l'indique, est le plus pessimiste. Le second au contraire, dit scénario bleu, rassemble au contraire des hypothèses optimistes.
Dans le troisième chapitre, nous avons envisagé un certain nombre de démarches volontaristes qui selon nous pourraient permettre à la France d'éviter le scénario noir pour contribuer à la réalisation du scénario bleu.

Nous pensons en effet, peut-être en nous illusionnant, que face aux déterminismes nombreux qui construisent le futur, il reste une petite part pouvant résulter d'une intervention active, non seulement des gouvernements ou des entreprises, mais de l'action des simples citoyens manifestant une volonté déterminée. Dans le chapitre 3, nous faisons quelques propositions concernant les domaines où la volonté des citoyens pourrait en s'exprimant infléchir le cours des déterminismes.

Enfin, certains lecteurs se poseront la question de savoir pourquoi, dans un futur nécessairement mondialisé, nous avons mis l'accent sur le futur de la simple France. Parce que, étant nous-mêmes Français, formés dans la culture française, nous sommes mieux à mêmes d'en parler à des lecteurs eux-mêmes principalement francophones. Mais il va de soi que l'avenir de la France ne sera pas séparable de celui du monde.

Chapitre 1. Le scénario noir

Nous avons divisé ce chapitre en deux parties. La première, numérotée 1.1, recense les différentes causes naturelles, telles qu'envisagées aujourd'hui par les scientifiques, qui pourraient mettre la France en grande difficulté, voire entraîner sa disparition. La seconde, 1.2, envisage la façon dont ces événements se traduiraient au niveau des structures politiques et économiques.

En 2045, les phénomènes décrits ici n'auront pas pris toute l'ampleur qui sera la leur à la fin du siècle. Néanmoins, ils seront déjà bien installés et en progression continue, sans laisser l'espoir qu'ils pourraient s'inverser.

1.1. Menaces ou désastres d'origine naturelle

La plupart de ces menaces ou désastres affecteront le monde dans son ensemble, mais ils pourront avoir des effets légèrement différents sur la France, selon les faiblesses que celle-ci manifestera, ou au contraire selon ses capacités de résistance (résilience). Nous présentons ici ces menaces et désastres, pour la clarté de l'exposition, de façon distincte. Mais il ne faudra pas oublier que, pour la plupart, ils se produiront simultanément. Leurs effets seront donc aggravés d'autant.

1.1.1. Le réchauffement climatique

Plus personne aujourd'hui, chez les climatologues responsables de leurs propos, ne conteste le phénomène. Plus personne non plus ne conteste que, su sur des durées de plusieurs milliers d'années de l'histoire de la Terre, la température a varié sensiblement, du chaud au froid et inversement, depuis une centaine d'années et plus rapidement encore depuis cinquante ans, le réchauffement s'est accéléré du fait des multiples activités humaines. Le consensus s'est fait récemment sur la possibilité de nommer la période de l'histoire de la Terre inaugurée depuis un siècle l'anthropocène. Il s'agit d'une nouvelle ère géologique ou, contrairement aux époques précédentes, marquées par diverses causes naturelles, ce sont les activités humaines et notamment la production des gaz à effet de serre, qui détermine dorénavant l'évolution de la planète et de toutes les espèces biologiques qui l'habitent.

Récemment, les spécialistes ont fait l'hypothèse que si la hausse des températures globales ne dépassait pas deux degrés centigrades d'ici la fin du siècle, les mécanismes d'adaptation spontanée ou volontaires pourraient en limiter les effets destructeurs. Mais aujourd'hui, comme il a été dit à Paris lors de la conférence COP21 tenue en décembre 2015, rien ne permet de garantir que la température ne s'élèvera pas de quelques degrés supplémentaires. Bien pire, certains climatologues, tel que James Hansen, ancien ingénieur de la Nasa, estiment que, même en dessous d'une hausse de 2°, des effets catastrophiques pourraient se produire. Le plus grave serait une hausse du niveau des mers qui, loin d'être limité à quelques centimètres, pourrait atteindre plusieurs mètres.

Montée des eaux prévues en France pour 2100

La France, en ce qui la concerne, du fait de sa situation géographique, entre plusieurs mers et sous les principaux courants aériens dits du front polaire contribuant à un meilleur échange entre températures, pourrait sans douté échapper aux principaux effets directs du réchauffement. Néanmoins ses plaines littorales, qui correspondent aussi aux principales villes et zones industrielles côtières, se trouveront inondées. Il faudra donc, à défaut de pouvoir protéger ces villes côtières, les relocaliser à l'intérieur. Les opérations entraîneront des dépenses largement supérieures aux possibilités d'épargne et d'investissement du pays. Il en découlera un appauvrissement général. Pour ce qui les concerne, les activités agricoles seront fortement touchées, la France ne pouvant pas échapper en totalité aux phénomènes de réchauffement et de sécheresse.

Par ailleurs, un certain nombre de sources d'approvisionnement, notamment agricoles, se trouvant dans d'autres parties du monde, beaucoup plus affectées par le réchauffement, la France ne pourra plus y avoir recours. Pour ce qui la concerne, ses ressources alimentaires, bien que moins compromises qu'elles ne le seront ailleurs, imposeront de sérieuses restrictions du fait de leur raréfaction et de l'augmentation de leurs prix.

1.1.2. La destruction de la plupart des espèces biologiques


D'ores et déjà, le réchauffement climatique impose aux espèces végétales et animales ayant survécu aux destructions massives des années récentes, une migration vers des régions restées plus froides, le nord de l'Europe continentale et de l'atlantique en ce qui nous concerne. Celles qui ne peuvent pas le faire s'efforcent de lutter par des adaptations génétiques dont l'effet est très incertain et très long à se produire. Dans les prochaines décennies, le mouvement s'accentuera, jusqu'à amorcer une nouvelle destruction massive se produisant vers la fin du siècle. Cette destruction des écosystèmes dont les humains font nécessairement partie s'ajoutera aux autres causes menaçant la survie de l'humanité dans certaines régions particulièrement touchées, notamment tropicales et équatoriales.

La France, ayant conservé un climat relativement clément, ne deviendra pas encore un désert animal et végétal, mais elle verra les espèces jusqu'ici endémiques l'abandonner pour monter vers le nord. Elle sera envahie par des espèces adaptées aux régions chaudes et sèches, dont les capacités de cohabiter avec l'homme seront plus faibles. Certains de ces espèces jusqu'ici non présentes en France, notamment parasites et microbes, proliféreront en contribuant ainsi au développement de maladies contre lesquelles les Français ne seront que faiblement immunisés.

Les animaux domestiques ne pourront évidemment pas migrer. Mais leur élevage deviendra de plus en plus difficile et coûteux, si bien que l'abandon des régimes lactés et carnés s'imposera, mal remplacé par le recours à des protéines végétales.

1.1.3. La disparité démographique

Nommons ainsi le fait que si la plupart des pays dits avancés auront réussi par divers moyens à maîtriser les naissances, ce ne sera pas le cas dans les pays pauvres. Dans les pays avancés, le nombre des naissances annuelles n'excédera pas celui des décès. Ces pays auront atteint ce que l'on nomme la transition démographique. D'ores et déjà, la restriction des naissances est devenu excessive dans les pays européens, menacés par des natalités insuffisantes et l'augmentation du nombre des retraités, dont beaucoup sont improductifs. Un poids accru pèsera donc sur les jeunes et les personnes en âge de travailler.

Mais de vastes régions du monde ne seront pas capables de limiter la croissance de leur population. Il faut en effet, comme la Chine l'a montré, qu'une politique volontariste du type de celle dite de l'enfant unique, obtienne des résultats. excédent de leur naissance. D'autres pays s'y refuseront pour des raisons religieuses ou de recherche de puissance. Ce sera le cas des pays musulmans et sans doute aussi celui de l'Inde, soit aujourd'hui plus de 3 milliards d'habitants.

Plus près de la France, les démographes considèrent avec de bonnes raisons scientifiques que la population africaine s'accroîtra en 30 ans de centaines de millions d'individus, jusqu'à atteindre le milliard voir deux milliards à la fin du siècle. Dans le même temps, les ressources disponibles sur le continent africain diminueront du fait du changement climatique. L'Afrique sera en effet une des régions du monde, à l'excepté des îles océaniques, qui sera la plus affectée par le réchauffement et la désertification. Des migrations de plus en plus massives se produiront donc. Elles se dirigeront en premier lieu vers l'Europe, continent le plus proche et resté relativement protégé.

La France verra stagner le nombre des naissances autochtones, et s'accroître celui des vieillards et personnes handicapées par les privations. Dans le même temps, elle verra s'accroître les migrations provenant du Moyen-Orient et de l'Afrique. Si rien n'est fait, les effectifs des populations d'origine extérieure dépasseront en trente à cinquante ans ceux des populations endogènes. Dès que ce mouvement deviendra sensible, la société française d'origine s'efforcera de lutter contre son africanisation progressive. Il en résultera, de la part des Français dits de souche, des réactions de refus pouvant prendre la forme d'un appel à l'armée pour garder les frontières. Mais rien ne permet d'affirmer que ce remède soit suffisant. Des affrontements permanents se produiront, la plupart dégénérant en de véritables guerres civile locales.

1.1.4. Le dépérissement de la science

La recherche scientifique et technologique est un luxe de pays riches. Plus le monde s'appauvrira, pour les raisons mentionnées ci-dessus, plus ces activités seront difficiles à maintenir. Elles manqueront des moyens nécessaires. Certes, les dirigeants s'efforceront de maintenir le plus longtemps possible les laboratoires et les entreprises innovantes au travail. Ils compteront sur elles pour proposer des solutions technologiques aux problèmes résultant de causes naturelles, notamment la crise climatique et celle des écosystèmes. Ils continueront à promouvoir de grands projets visant les énergies renouvelables, la conservation, l'exploration spatiale.

Source : cour des comptesMais les résultats de ces activités, à supposer que des ressources suffisantes soient maintenues, mettront trop de temps à se faire sentir pratiquement. La science et la technologie seront donc décrédibilisées. Seules demeureront en activité les secteurs de recherche et de développement affectées aux actions de sécurité-défense. Cependant, celles-ci seront de plus en plus, comme elles le sont le plus souvent aujourd'hui, couvertes par le secret militaire. Elles ne profiteront donc pas aux secteurs civils. L'esprit scientifique ne diffusant plus dans l'ensemble des populations, celles-ci seront, plus encore qu'aujourd'hui, en proie aux superstitions et religions de combat. .Nous reviendrons sur ce point dans la seconde section du présent chapitre.

D'une façon générale, la France est malgré les difficultés, restée un pays de tradition scientifique, s'inspirant de son passé du siècle des Lumières. Plus que d'autres pays européens, elle conserve encore des laboratoires publics et privés à la pointe de la recherche. L'enseignement supérieur, malgré les difficultés et critiques, y reste efficace. Il s'inspire aussi, comme nous le verrons également dans la section 3 suivante, de valeurs de laïcité et d'humanisme qui ne se retrouvent pas nécessairement dans d'autres pays voisins. Mais si les différents facteurs de destruction évoqués ici touchent aussi la France – et comment ne pourrait-il pas en être autrement – un retour à l'obscurantisme, pour ne pas dire à la sauvagerie, se produira progressivement.

Cette dégradation ne sera pas immédiate. Dans trente ans, elle ne sera sans doute encore que partielle, mais la montée parallèle des cultures anti-scientifiques, anti-féministes et anti-laïcs résultant de l'appauvrissement général et des migrations, ainsi qu'une montée de l'islamisme radical, annonçant la disparition des activités et de la pensés scientifique, se généralisera à la fin du siècle.

1.1.5. Coups d'arrêt à la numérisation et à la robotisation

Les sociétés numérisées et robotisées d'aujourd'hui tirent de nombreux avantages compétitifs de la numérisation, de la robotisation et de la mise en réseaux. Elles espèrent de plus en plus pouvoir mettre au point des systèmes d'intelligence artificielle autonome pouvant prolonger voir rendre inutiles les interventions humaines. Mais il s'agit de solutions coûteuses en matière première, en énergie, en matière grise d'accompagnement. Par ailleurs, elles sont fragiles, réseaux , serveurs, équipements ne s'accommodant pas, sauf à faire appel à des systèmes militarisés d'usage limité, aux situations de guerre civile ou de guerre proprement dites. Si des minorités dominantes pourront, comme d'ailleurs elles le font aujourd'hui, se réserver l'usage de technologies numériques avancées, il en sera fini du rêve de démocratie numérique. Le retour à une sorte de Moyen-âge de l'esprit surviendra très rapidement.

1.2. Evolution des structures politiques et économiques

Face à ces menaces et catastrophes, les sociétés mondiales réagiront de façon différente en fonction de leur histoire et de leur culture. La France devra faire des choix, choix involontaires résultant de contraintes excédant les possibilités de réaction des citoyens ou choix résultant de volontés clairement assumées par les forces politiques et les personnes. Comment risquent d'évoluer durant les trente prochaines années de crise, s'aggravant année après année, les structures politiques et économiques mondiales auxquelles sera confrontée la France.

1.2.1. Regroupement des Etats en ensembles solidaires ou parcellisation et émiettement

Au fur et à mesure que les crises décrites par le scénario noir s'aggraveront, l'expérience montrera si le monde dans son ensemble est capable de s'unir pour lutter main dans la main, ou si les divergences d'intérêts proches d'une situation de guerre entre certains pays, qui se manifestent déjà actuellement, se renforceront. En ce cas, ce sera le sauve-qui-peut et le chacun pour soi. Que le plus fort gagne.

Il est très prévisible que, dans le scénario noir, la seconde perspective l'emportera sur la première. Pour que s'établissent des coopérations entre blocs et Etats afin de lutter en commun contre les grandes menaces, il faudrait que des institutions internationales de dialogue et de coopération se mettent en place. Il n'en existe pas et il n'en existera pas davantage dans l'avenir car aucun d'Etat n'en voudra. Ce ne sera pas en tous cas l'ONU, qui depuis sa création a manifesté son incapacité à faire prévaloir des intérêts généraux sur les intérêts des plus puissants de ses membres. De la même façon, la SDN qui l'avait précédé a été incapable d'empêcher la Seconde Guerre Mondiale.

La raison en est simple. L'ONU malgré ce qu'affirme sa Charte, n'a pas de volonté ni de puissance propre. Ce sont les grands Etats, membres du Conseil de Sécurité, qui lui dictent la politique à suivre. Les autres Etats, moyens et petits, n'ont plus qu'à s'incliner. Les affirmations des Secrétaires généraux successifs, quand ils prétendaient avoir, au nom de l'intérêt général, une influence propre au regard de celle des grands Etats, n'ont jamais changé ce rapport de force. A plus forte raison en est-il des organismes dépendant de l'ONU et intervenant dans des domaines critiques, tels le Travail ou la Santé.

Or face à des crises s'aggravant et se multipliant, les grands Etats, et le plus fort d'entre eux, les Etats-Unis, s'estimeront mieux capables que les autres de lutter. Pourquoi par exemple l'Amérique irait-elle s'embarrasser d'efforts pour lutter à l'échelle du monde contre la montée des océans? Elle mettra en priorité au service de la protection de ses côtes les moyens dont elle disposera. Que les autres se noient. Cela, diront les cyniques, diminuera d'autant les bouches à nourrir face à la raréfaction des ressources alimentaires.

Il est à prévoir également que l'égoïsme des grandes puissances ne se limitera pas à des actions dans le domaine civil. Il s'accompagnera chaque fois que nécessaire d'interventions militaires. Chacune défendra ses intérêts les armes à la main.

L'Europe pour sa part, déjà incapable de s'unir aujourd'hui pour affirmer une volonté géopolitique propre, le sera de plus en plus. Elle sera instrumentalisée par les grands Etats ou blocs dominants pour la mettre au service de ses intérêts. Ce sera a fortiori le sort de la France.

- Deux grands blocs en rivalité pour la survie

BricsCes blocs existent déjà. Ils n'ont jamais jusqu'à présent manifesté la moindre volonté de s'entendre pour lutter contre les difficultés et risques qui pèsent déjà sur la planète. Il s'agit de ce que l'on nomme généralement le bloc américano-occidental d'une part, le bloc euro-asiatique dit des Brics d'autre part. Le premier comprend, avec l'Amérique en chef de file, les pays européens (souvent d'ailleurs qualifiés significativement d' « occidentaux ») et leurs parallèles dans une large partie de l'Asie, dont le Japon, ceux qui acceptent de se voir conduire par l'Amérique. Le bloc eurasiatique des Brics (Brésil, Russie, Inde et Chine) cherche à constituer, dans un monde voulu multipolaire, un deuxième pôle capable d'équilibrer la domination américaine. Le troisième bloc, jamais évoqué en tant que pôle, car trop diversifié, comprend les pays dit en développement, pour ne pas dire sous-développés, comprenant en premier lieu l'Afrique.

Or le seul domaine où une entente s'est imposée à ce jour est celui de la dissuasion nucléaire. En effet le recours à l'arme atomique signifierait la destruction réciproque des deux adversaires (MAD ou Mutual Assured Destruction). Aujourd'hui cependant le renforcement des tensions entre les blocs fait en permanence craindre le recours à la bombe atomique. Mais jusqu'à présent la sagesse l'a emporté, ou plutôt le fait qu'aucun des deux blocs n'a réussi à mettre au point l'arme parfaite, celle qui entraînerait la destruction de l'adversaire sans répercussion sur sa propre existence. Dans les deux camps, les chercheurs s'efforcent en permanence de mettre au point cette arme parfaite, mais personne n'y est encore parvenu.

Dans les trente prochaines années, si l'on se place ici dans l'hypothèse du scénario noir, les périls ne cessant de s'aggraver provoqueront un très probable renforcement des affrontements entre les blocs mentionnés ci-dessus, bloc américano-occidental, Brics, Afrique. Concernant le Brics, il n'est pas possible aujourd'hui d'en prévoir l'évolution, compte tenu notamment de l'incertitude pesant sur les possibilités de s'unir en profondeur concernant des Etats aux intérêts aussi différents que la Russie, la Chine et l'Inde. L'Inde, en particulier, souffrira sans doute de difficultés particulières, notamment du fait des rivalités profondes entre les diverses composantes de sa société. La Russie et la Chine, confrontées à leurs propres difficultés, ne voudront pas ou ne pourrons pas l'aider. Quant au Brésil, nul ne sait aujourd'hui s'il restera associé aux Brics ou retournera dans l'orbite nord-américaine.

En ce qui concerne l'Europe, l'on verra certainement de nombreuses voix et intérêts s'exprimer pour qu'elle se rapproche des Brics. D'ores et déjà, l'Europe partage – ou devrait partager – des intérêts nombreux avec la Russie. Les projets d'infrastructure en cours de réalisation par la Chine, tels que la Nouvelle Route de la Soie, intéressant aussi la Russie, seront un autre facteur de cohésion. Cependant nous pensons que l'Europe sera incapable de s'arracher à l'emprise américaine. Ce sera évidemment aussi le cas de la France, bien trop faible, notamment dans le cadre du scénario noir, pour définir à elle seule ses alliances. Elle restera, ce qu'elle est déjà, le « petit télégraphiste » de Washington. On peut prévoir ce qui se passera dans les prochaines décennies en observant comment aujourd'hui le bloc américain renforce sa domination sur l'Europe, et par conséquent sur la France. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, les rapports de force ne changeront pas.

1.2.2. La domination du bloc américain sur l'Europe

L'on observe souvent aujourd'hui, à tort ou raison, que les Etats-Unis (l'Empire américain) abordent dorénavant une série de crises auxquelles ils feront mal face, et qui pourraient mettre en danger leur domination globale (global dominance). Ces crises résultent en grande partie des retombées de diverses politiques qu'ils avaient menées jusqu'à aujourd'hui au service de cette domination, et dont ils avaient mal mesuré les effets pervers.

Mais d'autres observateurs plus avertis estiment au contraire que l'Empire américain supportera aisément ces crises, et en profitera pour renforcer sa situation dans le monde, ainsi que la tutelle imposée aux pays qu'ils mis au service de leurs intérêts. Parmi ces pays et en priorité se trouvent les pays de l'Union européenne. Dès la fin de la deuxième guerre mondiale l'Empire en avait fait le bastion avancé de sa lutte contre la Russie. Continuer à maintenir l'Europe dans ce rôle de zone-tampon est plus indispensable pour lui que jamais. Dorénavant en effet s'est constitué un bloc euro-asiatique, autour de Moscou et de Pékin (Brics), dans lequel les Américains voient un ennemi existentiel. De par sa proximité géographique avec la Russie, l'Europe leur sert plus que jamais de bastion avancé.

Les Européens leur ont facilité ce jeu. Beaucoup trouvent des avantages dans le rôle de mercenaire des forces de l'Empire. En 2014 cependant, les Etats-Unis ont renforcé bien plus visiblement qu'auparavant leur contrôle sur l'Europe. Ils ont réussi à mettre à leur service les nouvelles forces dont l'Europe dispose depuis quelques années, évitant qu'elles puissent collaborer avec l'ennemi existentiel, au premier duquel se trouve la Russie.

La crise ukrainienne, provoquée essentiellement par la diplomatie du dollar et des services secrets grâce à laquelle les Etats-Unis se sont toujours imposés dans leur entourage géopolitique, leur a permis de ridiculiser toute velléité européenne de servir d'arbitre entre Washington, Kiev et Moscou. C'est Washington qui décide souverainement si les accords dits de Minsk2 sont effectivement appliqués par les parties. Ils ont toujours prétendu jusqu'à ce jour que ce n'était pas le cas, que la responsabilité de la crise ukrainienne incombait à la Russie et à ses projets d' « invasion militaire » . Ils ont ainsi imposé à la Russie des « sanctions » dont les Européens sont les premières victimes.

C'est également Washington, avec l'appui de ses alliés composant la « troïka » (FMI, Banque centrale européenne et conseil européen) qui a empêché tout règlement sain de la crise grecque. Celui-ci aurait consisté pour la Grèce à quitter l'euro et se rapprocher des Brics, pour reprendre une certaine indépendance géopolitique, sans pour autant rompre ses liens avec l'Union. Mais quel exemple désastreux la Grèce aurait-elle ainsi donné, aux yeux des Etats européens refusant de se laisser enfermés dans une alliance atlantique leur enlevant toute indépendance !

La même diplomatie américaine du dollar et des services secrets vient de provoquer en Pologne l'élection à la présidence de la République d'un certain Andrzej Duda, surtout connu jusqu'à présent pour ses convictions anti-européenne et pro-Otan. La Pologne, s'étant déjà tristement illustrée ces derniers mois par son soutien aux pro-nazis de Kiev, n'aidera en rien la diplomatie européenne à jouer de nouveau un rôle d'arbitre en Ukraine.

Sur le plan militaire, l'armée américaine a multiplié les bases dans de nombreuses parties du continent européen. A partir de celles-ci, ils organisent des déploiement de troupes et les «manœuvres conjointes», cherchant à pousser la Russie à des prises de risques militaires dont elle profiterait immédiatement. Les Européens continentaux acceptent de cette façon d'être rayés de la carte les premiers si un conflit avec des armes nucléaire fussent-elles tactiques éclatait entre l'Otan et la Russie.

Sur le plan des changes, les Européens n'ont jamais combattu, au prétexte imposé par Wall Street de laisser jouer le marché, les manœuvres répétées de la Banque fédérale pour empêcher l'euro de s'élever au dessus d'une quasi parité avec le dollar. Ceci entre autres conséquences empêche tout investissement industriel et prise de participation dans les entreprises américaines en provenance des Européens. Dans le même temps, avec un dollar élevé, les entreprises américaines peuvent plus facilement acheter les fleurons de l'industrie européenne, l'exemple le plus spectaculaire ayant été l'achat de Alstom par General Electric.

Concernant l'héroïque autant qu'hérétique  travailliste de gauche britannique Jeremy Corbyn, qui avait recommandé que le Royaume Uni sorte de l'Otan, insulte suprême au pays de la Special Relationship avec les Etats-Unis, beaucoup disent que ses jours sont comptés. Peut-être pas encore en ce qui concerne sa propre vie, mais sûrement au Labour.  La mobilisation contre lui des travaillistes atlantistes, menés par Tony Blair, est à ce jour sans précédents.

Enfin, depuis quelques semaines les vagues de plus agressives de migrants qui menacent à terme non seulement l'économie mais la société européenne ont été, comme nul ne devrait l'ignorer, provoquées par des interventions de l'Amérique dans les zones sensibles du Moyen-Orient. Ces interventions se sont faites notamment avec la complicité de deux bons alliés, la Turquie et l'Arabie saoudite. Elles prennent en prétexte la lutte contre Daesh, ledit Daesh ayant été initialement mis en place par Washington, et restant aujourd'hui discrètement soutenu par lui.

L'implosion de l'Europe se produira nécessairement si ce ne sont plus des milliers de migrants qui entrent en Europe, mais des millions et dizaines de millions, provenant notamment de l'Afrique. Or en Afrique, l'Amérique a toujours les mains libres, par dictateurs locaux interposés, pour affaiblir ce qui reste d'influence européenne.

Ajoutons que dans l'immédiat la signature imminente imposée par Washington du Traité de Libre-échange transatlantique (TTIP) ruinera les quelques velléités d'indépendance, au plan réglementaire et économique, qu'espéraient conserver les Etats européens.

Tous ces facteurs superposés obligeront les Européens qui voulaient jouer la carte d'un monde multipolaire, à se réfugier sans discuter d'avantage sous la protection d'une monde unipolaire dominé par les Etats-Unis.

1.2.3. Fédéralisme européen ou éclatement de l'Union Européenne

Ce qui avait récemment encore été considéré comme hautement improbable, un éclatement de la zone euro, voire un éclatement de l'UE, semble en train de se préciser de nos jours. Concernant l'avenir du monde dans l'hypothèse du scénario noir, nous avons indiqué que l'absence d'une autorité politique mondiale reconnue par tous, rôle que l'ONU ne pourra pas tenir, provoquera sans doute une fragmentation du monde entre blocs antagonistes. En ce qui concerne l'Europe, il en sera de même. Sauf de profondes réformes des traités européens, visant à établir en Europe un pouvoir supranational capable d'impulser des politiques communes, chaque Etat-membre de l'UE s'efforcera de défendre ses intérêts, seul ou se regroupant avec d'autres en sous ensembles en compétition associant par exemple les pays du Nord et les pays méditerranéens.

La perspective de mise en place d'une Europe fédérale, proche en termes juridiques du modèle fédéral américain, serait en théorie la meilleure solution pour l'Europe, dynamisant sans les neutraliser les potentiels de chaque Etat. Aujourd'hui cependant, la solution fédérale, combattue par les souverainistes, paraît de moins en moins probable du fait que, par l'effet de la seule force de gravité, une fédération des Etats européens serait très largement dominée par l'Allemagne.

Celle-ci, ayant mieux que les autres su exploiter ses atouts, s'imposerait nécessairement en leader. La France, qui dispose d'atouts spécifiques que la quatrième République et le général de Gaulle avaient su valoriser, s'est abandonné à la facilité de l'atlantisation. Elle ne pourra donc pas, sans efforts considérables, les redévelopper assez vite pour retrouver en Europe le deuxième rang, après l'Allemagne, qui pourrait être le sien.

Il en résultera que l'UE sous sa forme actuelle, ne pourra se maintenir. L'impuissance des institutions actuelles dites de Bruxelles à définir et imposer des solutions de crise communes, poussera la plupart des 28 Etats membres, soit à se rapprocher de l'Allemagne dans le cadre de ce qui serait une Union déjà qualifiée de Nordique, soit à reprendre leur indépendance. Ceci, défini comme une sortie de la zone euro, dans une version atténuée, ou comme une sortie de 'UE, dans sa version forte, tentera de plus en plus de pays.

Les Etats-Unis y seront violemment hostiles, de peur que des Etats redevenus indépendants ne se rapprochent des Brics. Pour cette raison, la sortie de la Grèce (le grexit) qui aurait selon beaucoup été une bonne solution pour ce pays, n'a pas été acceptée par une troïka fortement influencée par l'Amérique (BCE, Conseil européen et FMI). Mais les crises diverses s'accumulant dans les trente prochaines années, les forces centrifuges du chacun pour soi l'emporteront très probablement sur les appels pour une nouvelle union.

Nous indiquerons dans le troisième chapitre de ce document qu'aujourd'hui même, un pays tel que la France aurait sans doute intérêt à sortir de l'Union, si celle-ci ne pouvait être réformée afin de la rendre plus efficace, notamment au plan de l'économie et de l'emploi.

1.2.4. Autres perspectives organisationnelles

Dans l'hypothèse du scénario noir, d'autres perspectives s'imposeront nécessairement, tant au niveau du monde qu'en Europe et même en France. Nous ne les développerons pas ici. Mentionnons seulement au plan économique l'accroissement de la financiarisation spéculative et du néo-libéralisme prédateur. Ceci se ferait au détriment de la remise en valeur des services publics, de l'économie administrée et de la coopération qui seraient nécessaire pour mieux répartir les efforts de lutte contre risques et catastrophes.
Au plan des structures politique, la mise en place de régimes autoritaires militarisés se fera très probablement au détriment des coopérations et démocratisations accrues pourtant mieux susceptibles de dynamiser les efforts

 Chapitre 2. Le scénario bleu

Nous avons au chapitre précédent examiné ce que pourrait être le monde et la France en 2045 dans le cadre de ce que nous avons appelé un scénario noir. Faisons maintenant l'hypothèse que les risques et catastrophes évoqués dans ce scénario noir n'atteindraient pas une telle intensité qu'elle empêcherait des évolutions plus heureuses. Nous nommons pour cette raison le scénario correspondant un scénario bleu, pour ne pas dire un scénario rose, qualificatif sans doute difficile à justifier car tout cependant ne serait pas rose dans un tel avenir.

La plupart des scientifiques et prévisionnistes sont aujourd'hui convaincu que des phénomènes perturbateurs majeurs découlant notamment du changement climatique ne pourront pas être évités. Nous ne retiendrons pas à cet égard des projets proches de la science fiction, relevant de ce que l'on nomme l'ingénierie climatique. On cite notamment la production de nuages artificiels supposés réduire la chaleur reçue du soleil. Leurs effets nuisibles seraient certainement bien supérieurs à leurs effets utiles. Par ailleurs ils demanderaient des investissements à l'échelle mondiale tels que les sociétés ne pourraient pas les financer.

Cependant, dans le scénario bleu, le recours aux sciences et aux technologies associées seront inévitablement le principal moyen par lesquels l'humanité en général, et la France en particulier, pourront échapper aux risques mentionnés au chapitre précédent. Dans le cadre du regard optimiste que nous adoptons dans ce chapitre, on peut même penser que ces sciences et technologies, se développant dans certains secteurs sur un mode accéléré et convergent, pourraient induire des changements radicaux dans les perspectives ouvertes à l'humanité. C'est ce que l'on nomme parfois une « Singularité », c'est-à-dire une situation devenue si riche de possibilités qu'il n'est pas possible de prédire a priori les conséquences qui en découleraient.

Par développement convergent et accéléré, on entend des progrès qui se font dans chaque domaine d'une façon non pas régulière mais prenant de la vitesse avec le temps. De plus, chaque domaine, en se développant, bénéficie au développement des autres. Ceci est connu depuis longtemps. Ainsi les progrès de l'informatique ont bénéficié à de multiples autres domaines de recherche.

Il ne serait pas raisonnable cependant de compter sur le seul développement des sciences et technologies pour assurer un avenir souriant à la planète. Sans réformes institutionnelles et morales très importantes, les sciences risqueraient de ne bénéficier qu'au seul domaine militaire – ce qui est déjà en partie le cas aujourd'hui. Il faut donc envisager ici ce que pourraient être des institutions internationales et européennes susceptibles de limiter des conflits destructeurs, et d'orchestrer un avenir heureux.

Nous avons divisé ce chapitre en deux parties. La première, numérotée 2.1, recense les différents domaines des sciences et des techniques qu'il faudrait promouvoir à cette fin. La seconde, 2.2, examine les progrès institutionnels susceptibles de prévenir les conflits et promouvoir les coopérations entre les différentes parties du monde, ce pour quoi la France devrait être la première à s'engager.

2.1. Les sciences et technologies à promouvoir

Les sciences et les technologies sont, aujourd’hui, les facteurs les plus puissants parmi ceux induisant des transformations radicales au sein du monde global ainsi qu'au sein que des philosophies et des morales collectives. Nous nous limiterons à 5 des domaines de celles-ci, sans oublier que, dans le cadre de progrès convergents, elles s'entre détermineront et s'entre féconderont.

2.1.1. La production et la consommation de l'énergie

Il n'est pas utile d'insister cette question, qui est parfaitement documentée dans la littérature générale. Rappelons seulement que l'objectif, dans les trente ans, sera de supprimer presqu'entièrement le recours aux énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz. Il faudra par ailleurs réduire drastiquement la consommation énergétique en général, facteur contribuant puissamment à l'élévation des températures. L'objectif sera difficile à atteindre, compte tenu du fait que beaucoup de pays, y compris en Europe, n'ont pas encore pris les décisions nécessaires. Quand ils l'on fait ou le feront, ils n'auront pas nécessairement les ressources le permettant.

Bien plus préoccupantes sont les pressions politiques des industriels et des gouvernements exploitant des énergies fossiles pour ne rien changer à leurs habitudes, voire à les étendre. C'est le cas, petit exemple, du projet de l'oléoduc dit Keystone XL que le président Obama semble décidé à accepter, comme il vient précédemment d'accepter des forages pétroliers dans des zones très sensibles de l'Alaska.. Des projets de gazoduc sont par ailleurs en négociation entre la Russie et des pays européens acheteurs. Il est certain qu'ils ne seront pas suspendus pour des raisons environnementales. Tous les autres pays disposant de gisements les mettront en oeuvre dans les prochaines décennies.

Concernant les énergies renouvelables, il existe aujourd'hui de nombreuses solutions, malheureusement pour certaines encore à l'état expérimental, faisant appel à des sources dites « vertes »: solaire, courants aériens, courants océaniques, géothermie, etc. Les économies d'énergie relèvent principalement du choix de bâtiments et matériaux isolants mais aussi de réseaux de distribution dits intelligents évitant les pertes. Les investissements nécessaires ne seront pas facilement à la portée des pays pauvres ne disposant pas des techniques et des hommes.

Ce serait pourtant eux qu'il faudrait équiper en priorité. D'une part ils disposent en abondance des sources renouvelables inépuisables comme le solaire. D'autre part les équipements nécessaires pourront jouer un rôle important dans la fixation de populations qui seront autrement poussées à émigrer vers les pays plus riches. Ce sera notamment le cas de l'Afrique qui, rappelons-le, sera vers la fin du siècle dotée de deux milliards d'habitants lesquels émigreront nécessairement s'ils ne trouvent pas d'emplois sur place. Des industriels européens, en collaboration avec les pays concernés, avaient étudié un projet dit Desertec. Il s'agissait d'implanter de l'Afrique du Nord aux pays sahéliens, un réseau dense de centrales solaires. Devant l'ampleur du financement prévu et surtout les risques courus du fait des opérations djihadistes qui sont de plus en plus fréquentes dans cette zone, le projet a été suspendu.

Dans le cas des pays développés, les recherches et applications concernant les énergies renouvelables constituent désormais des perspectives incontournables. Non seulement les équipements permettront des économies d'énergies fossiles. mais surtout ils seront l'occasion de mettre au point de multiples technologies qui pourront trouver emploi par ailleurs. Un certain nombre de pays ont fait le choix, en parallèle, du recours à l'énergie nucléaire. Celle-ci exige des producteurs et utilisateurs extrêmement performants, pour éviter des accidents qui, au delà d'une certaine échelle, sont dramatiques. Elle nécessite aussi de pouvoir accéder aux sources d'uranium nécessaire, ainsi que les méthodes permettant de se débarrasser des déchets radioactifs. La France a jusqu'ici été exemplaire dans ces domaines. Mais il n'est pas assuré qu'elle puisse toujours échapper à des erreurs de surveillance ou à des attentats.

Pour éviter ces risques, elle a pris la tête d'un groupe de pays développant un programme qui, sous le nom de ITER, vise à utiliser l'énergie thermonucléaire dite de fusion en remplacement de l'énergie de fission. Mais pour le moment, les progrès sont lents, vu les obstacles à surmonter. Il n'est pas certain, compte tenu des technologies actuelles, qu'à la fin de la période examinée ici, des réacteurs thermonucléaires à fusion puissent être opérationnels dans le monde. Il serait cependant envisageable de mettre au point et d'utiliser de s réacteurs à fusion bénéficiant de l'expérience d'ITER, mais moins coûteux à installer. En ce cas, on pourra considérer qu'une grande partie des difficultés tenant au recours à des sources d'énergie non fossiles seront résolues.

2.2.2. La protection contre la montée des eaux

Celle-ci ne sera pas évitable, même si elle n'atteint vers 2045, selon les préavisons optimistes, que quelques centimètres. Toutes les villes côtières, de même que certaines plaines littorales à usage agricole, devront être protégées par des barrages ou déplacées. On peut citer, dans le même ordre d'idées, les travaux destinés à apporter de l'eau potable dans les régions de plus en plus nombreuses où sa rareté se fera sentir. A première vue, il n'y aura guère d'autres techniques que celles en usage depuis des siècles, terrassements et construction de digues. Néanmoins, des méthodes plus sophistiquées, expérimentés aujourd'hui aussi bien en Hollande qu'à Djakarta, en Indonésie, devraient permettre de mettre en place des solutions plus économiques, par exemple des immeubles flottants. Ces différents travaux ne devront pas être entrepris sans des opérations parallèles visant à protéger ou restaurer les écosystèmes.

2.2.3. Biologie génétiquement modifiée et biologie synthétique

Les développements futurs de la biologie découleront pour l'essentiel de la généralisation des applications de la génétique, ou plus exactement de la génomique (connaissance et modifications du génome, non reproductif ou reproductif). Le terme fait peur concernant les abus dont se sont rendues coupables, sans études scientifiques suffisantes, des firmes telles que Monsanto exploitant ces perspectives pour leur seul intérêt. Mais le domaine sera incontournable et nécessitera l'engagement de nombreux laboratoires, notamment des laboratoires publics travaillant avec le plus de transparence possible.

Concernant ce domaine de la biologie artificielle, on distingue les espèces dotées de génomes dont un certain nombre de groupes de gènes ont été modifiés ou interchangés à partir de souches naturelles et celles dont les génomes sont totalement artificiels (à partir d'éléments biochimiques de synthèse). Dans le premier cas, on parle de biologie génétiquement modifiée, dans le second de biologie synthétique. Cette dernière est encore exceptionnelle mais se généralisera, conjointement avec la première.

Une grande partie des espèces vivantes en contact avec l'homme seront partiellement ou totalement modifiées dans le demi-siècle. D'ores et déjà existent de nombreuses études envisageant les besoins à satisfaire et les solutions grâce à ces techniques. Citons ainsi les virus, bactéries et micro-organismes artificiels. L'objectif sera d'obtenir, à partir de ressources largement disponibles (par exemple déchets transformés grâce à des bactéries photosynthétiques) des produits ou de l'énergie actuellement rares. Concernant les végétaux, seront développés des végétaux terrestres ou océaniques encore inconnus aujourd'hui capables de s'adapter aux régions rendues infertiles par les transformations en cours des milieux naturels.

Dans le cas plus sensible des animaux supérieurs, le même objectif conduira à produire des "animaux d'utilisation ou de consommation courante" plus économes ou plus efficaces en termes d'obtention de ressources d'origine agricole. Ces termes d'utilisation et de consommation suscite des critiques, car ils paraissent instrumentaliser l'animal. Il ne faut cependant pas nier les réalités. Le recours aux animaux comme source de protéine ou sujets de laboratoires n'est pas près d'être remplacé par des techniques plus sophistiquées, ou simplement par une moindre consommaton. Cela n'empêchera pas dans ces cas comme aujourd'hui de respecter ce que l'on commence à nommer les droits de l'animal.

De nouvelles variétés ou espèces se multiplieront. Les hybridations d'espèces elles-mêmes génétiquement modifiées se multiplieront, faisant disparaître des classifications traditionnelles depuis Cuvier. De plus en plus, par ailleurs, les cellules extraites de tissus présentant un intérêt économiques seront cultivées in vitro, à large échelle. D'ores et déjà une viande de synthèse a été proposée expérimentalement à la consommation. Dans de nombreux cas, vu les pertes résultant de l'expansion quasiment inévitable des activités humaines destructrices, les espèces « historiques » ne seront conservées qu'à titre documentaire.

Concernant l'homme (espèce homo sapiens sapiens), très vite, pour des raisons thérapeutiques ou afin d'améliorer les descendances, le génome humain sera marginalement puis, plus systématiquement, modifié. Les avantages, en termes de lutte contre les maladies, d'augmentation des performances physiques et mentales, d'accroissement de la longévité, seront tels que ces modifications seront très globalement acceptées, sinon recherchées. La voie à des recherches conduisant à l'apparition de post-humains sera ainsi ouverte. Mais, pour des raisons dites éthiques, elle sera, au moins initialement, explorée avec précautions. Nous reviendrons sur ce sujet dans la suite.

2.2.4. Les sciences et technologies de l'artificiel

Il s'agit de solutions visant à « augmenter » (selon l'expression consacrée), puis à remplacer le vivant, l'humain, le conscient. Depuis 50 ans, les solutions informatiques et numériques ont envahi massivement toutes les sociétés. Elles ont malgré leurs coûts (notamment en métaux rares et énergie électrique) transformé les milieux naturels et les sociétés humaines.

Contrairement aux techniques de la génomique, celles de l'artificiel ont une capacité de prolifération, d'accélération qualitative et finalement de croissance exponentielle en face desquelles les valeurs de l'humanisme traditionnel ne pèsent guère. Elles se développeront initialement en parallèle, sinon en interaction, avec les modifications du vivant décrites dans la rubrique précédente. Assez vite, elles s'autonomiseront, échappant éventuellement aux contrôles politiques classiques. On pourra par commodité distinguer, au moins au début, quatre grandes directions de réalisations. Mais en fait, elles se superposeront ou s'interconnecteront, sur le mode dit de la convergence, précédemment mentionné:

- L'homme augmenté.

Ce terme désigne, d'ores et déjà des humains dotés de prothèses de plus en plus autonomes. Elles permettent et permettront de suppléer à diverses invalidités ou manques affectant certains individus. Mais progressivement, compte tenu des augmentations de performance qu'elles assurent, elles seront de plus en plus demandées par les personnes disposant de ressources suffisantes.

On distinguera les prothèses augmentant les performances des organes sensoriels et moteurs, celles concernant les organes internes et finalement celles appliquées au système nerveux et au cerveau lui-même. Dans ce dernier cas, à côté de techniques dites invasives, seront proposées des commandes à distance dirigées non seulement par la parole mais par la pensée. En parallèle seront développés des dispositifs susceptibles de modifier en profondeur les capacités d'animaux jugés aptes à coopérer utilement avec des humains.

- Les robots.

Le terme s'applique de plus en plus, non à des automates agissant sur un mode déterministe, comme au sein de chaînes de production dorénavant obsolètes, mais à des systèmes autonomes, capables d'adaptations et de prises de décisions dépassant les compétences des humains et pouvant de ce fait intervenir dans des milieux et avec des temps de réponse très supérieurs à ce que permettent des machines et des commandes classiques.

On trouvera de tels robots partout où leur mise en œuvre sera jugée susceptible d'apporter des profits et des gains de pouvoir inenvisageables autrement. Pour des raisons faciles à comprendre, ce sera le domaine de l'armement qui bénéficiera en premier lieu de ces recherches. Nous pouvons évoquer les drones déjà capables en théorie d'identifier seuls des cibles et décider de les détruire. D'autres appareils dotés de possibilités équivalentes sont développés autour de véhicules terrestres ou maritimes, qu'ils soient maritimes ou civils. La même tendance se dessine dans un grand nombre de domaines purement civils, par exemple en chirurgie.

Dans quelques années seront expérimentés, dans la perspective de l'exploration planétaire, des robots et flottes de robots susceptibles d'agir seuls, loin des centres de contrôle terrestres, en procédant à diverses opérations visant à la découverte et la transformation du milieu nécessaires à l'arrivée ultérieure de colons humains. Ce n'est pas le cas des actuels « rovers » américains opérant sur Mars, qui ne disposent que d'autonomies limitées.

Dans les laboratoires, les robots prennent déjà et prendront toutes les formes et tailles imaginables, travaillant seuls ou de plus en plus en groupes. Les chercheurs en cognition artificielsle ont déjà réussi à leur faire développer, en « essaims », des comportements symboliques et langages sociaux originaux, non imposés par l'humain, sur un mode analogue à celui dont ont bénéficié les premiers humains. Une fois autorisés à s'émanciper véritablement, on peut penser que ces populations de robots feront émerger des formes de pensée et même de conscience artificielle, s'organisant en cultures, aussi performantes et sans doute plus originales que celles dont s'enorgueillissent les sociétés humaines. Ceci sera particulièrement précieux, non seulement dans la compréhension des milieux spatiaux où ils opéreront, mais dans la vie quotidienne.

- Les humains numérisés.

Le sujet est complexe et en bouleversement permanent. Disons pour simplifier qu'autour des réseaux téléphonique ou internet et de leurs successeurs se multiplient les traces numériques qu'y laissent les humains. Il s'agit de doubles numériques de ceux-ci. Chaque échange, dans quelque domaine que ce soit, public ou privé, est désormais enregistré et accessible à tous. Il en est de même des informations fournies par les objets utilisés (l'internet des objets), la géolocalisation des utilisateurs et un nombre croissant d'informations privées les concernant. Beaucoup de ces informations sont prélevées à l'insu des entreprises et des individus concernés, mais d'autres sont fournies volontairement par des personnes en espérant un avantage de notoriété.

Ces milliards de traces par jour, dites aussi « big data », sont dorénavant stockées sur des serveurs aux capacités apparemment sans limites. Elles sont exploitées par des logiciels ou algorithmes qui peuvent soit fournir des informations précises sur un individu présentant des caractères intéressants, soit des données dites statistico-probabilistes intéressant les comportements globaux de tels ou tels groupes.

Le coût de ces serveurs et de ces logiciels restera important. Ils ne sont pour le moment mis en place que par des services de renseignement et d'espionnage gouvernementaux, tels la National Security Agency américaine venue récemment à l'actualité grâce à la dénonciation d'un « semeur d'alerte », Edward Snowden. Mais les grandes entreprises du web, encore principalement américaines, Google, déjà citée, Facebook, Youtube, Microsoft, enferment de plus en plus les individus, consentants ou non consentants, dans ce que beaucoup d'observateurs proposent d'appeler un goulag numérique. Elles se comportent en fait comme ce que l'on pourrait appeler des « prédateurs souriants ».

Un point essentiel à noter intéresse l'autonomisation croissante des logiciels dits statistico-probabilistes. Ils prendront de plus en plus seuls des décisions que l'on croyait réservées à des humains. C'est déjà le cas dans le domaine boursier du « trading à haute fréquence ».


Animation réalisée par l'entreprise NANEX, montrant 1/100e de seconde de trading haute fréquence sur le marché Merck, le 16 mai 2013. Pour rendre les choses visibles sur l'écran, l'animaton est ralentie d'un facteur de quelque 40,000.

C'est sans doute aussi le cas dans certains domaines de la défense et de la sécurité, compte tenu de l'impossibilité de gérer humainement les flots de « big data » provenant des dispositifs physiques de surveillance (par exemple les réseaux de caméras de vidéo-surveillance). Tous les secteurs de décisions susceptibles de faire appel à des big data seront progressivement concernés, ainsi dans le domaine médical

- Les cerveaux humains artificiels.

Ce terme pourrait s'appliquer à tous les cerveaux virtuels qui prolifèrent désormais sur le web. Mais il est préférable de le réserver aux recherches de grande ampleur concernant la modélisation et la simulation du cerveau humains et de ses principales fonctions dans les domaines sensori-moteur et cognitif. La tâche est potentiellement immense, le cerveau humain étant réputé comme l'objet le plus complexe de l'univers.

Plusieurs techniques sont utilisées aujourd'hui par la modélisation du cerveau. Il faut d'abord observer l'objet cérébral : observation clinique, appel à l'imagerie cérébrale, analyse microscopique de tissus nerveux ou de cerveaux d'animaux. Il faut ensuite utiliser ces observations pour construire des cerveaux artificiels faisant appel à des supports informatiques et à des logiciels adaptés. Deux grands projets sont actuellement à l’œuvre, un projet européen dit Human Brain et un projet américain dit BRAIN (Brain Research through Advancing Innovative Neurotechnologies). Ils sont prévus pour se développer pendant au moins une décennie.

Beaucoup de spécialistes estiment qu'un robot humanoïde, disposant d'un tel cerveau artificiel et de toutes les richesses informationnelles de l'internet, pourrait voir le jour dans les 20 à 30 prochaines années. Sans attendre se multiplieront vraisemblablement des versions partielles de cerveaux artificiels, consacrés à l'exploration de divers domaines stratégiques – ou simplement à l' «augmentation» des capacités cérébrales de personnes volontaires.

2.2.5 Le spatial

Depuis bientôt 40 ans, le spatial proche de la Terre (dit sub-orbital, en dessous de 35.000 km) a fait l'objet d'une exploitation intense, militaire et civil. Dans le même temps se sont multipliées les missions scientifiques visant la Lune, Mars, et plus généralement le système solaire ou au-delà. La Russie, les Etats-Unis, l'Europe et aujourd'hui la Chine, précédant d'autres nations asiatiques, ont beaucoup investi dans ces divers domaines. Les Etats-Unis ont lancé le concept de «full  spatial dominance » qui pour eux exprime le stade supérieur de leur volonté de domination mondiale. Quant à l'exploration scientifique, elle répond à un désir presque irrationnel de connaissance, aussi lointains que soient les objets étudiés, paraissant profondément ancré dans les psychismes humains.

Il est donc possible de prévoir que les investissements de recherche se poursuivront, en dehors même des objectifs purement technologiques, liés au développement des satellites de communication et d'observation. Ces perspectives sont bien connues. Il est inutile de les développer ici.

Nous pouvons par contre évoquer un thème à la limite de la science-fiction, qui sera de plus en plus ressenti comme important dans les prochaines décennies et justifiera un certain nombre de recherches, fussent-elles dépourvues d'applications pratiques immédiates. Il s'agit de la nécessité où se trouvera inexorablement l'humanité, sous ses formes actuelles ou futures, de se réfugier ailleurs que sur la Terre en cas de catastrophe d'ampleur cosmologique. Une association américaine, baptisée Lifeboat Foundation, Sauveguarding Humanity, se consacre à envisager les scénarios catastrophiques susceptibles de se produire et les protections possibles. Elle attire à elle un certain nombre de scientifiques et de donateurs de renom.

La survie hors des limites du système solaire proche ne sera jamais envisageable, dans les technologies spatiales d'aujourd'hui ou du prochain siècle. Les lois de la relativité interdisent en effet à des mobiles d'origine terrestres de se déplacer à des vitesses suffisantes pour atteindre un astre fut-il proche comme Proxima du Centaure. Mais qu'en serait-il si ces limitations théoriques étaient modifiées, à la suite de modifications des représentations cosmologiques ? Newton, par exemple, en son temps, aurait jugé impossible d'échapper à la gravité terrestre.

Or aujourd'hui, divers théoriciens recherchent des modèles d'univers, ou même d'univers multiples (multivers) correspondant à la fois aux contraintes de la physique einsteunienne et aux possibilités de la physique quantique. Pour celle-ci, les observables quantiques sont dotées de propriétés « bizarres » (weird, selon le terme d'Einstein) telles que la superposition d'état, la non localité ou l'intrication qui remettent en cause les propriétés d'espace ou de temps, ainsi que l'unicité de l'univers. La physique macroscopique commence à étudier des particules matérielles, dites bits quantiques, qui dans certaines conditions peuvent bénéficier de ces propriétés.

Une synthèse entre les deux physiques, quantique et macroscopique,, entreprise sous le nom de gravitation quantique, se heurte à beaucoup de difficultés, mais se poursuit actuellement. Elle ou d'autres voisines pourraient finalement aboutir et faire espérer pour les humains, sinon des voyages dans le multivers (d'un univers à l'autre), du moins la levée d'un certain nombre d'obstacles s'opposant aux déplacements dans notre espace-temps actuel. Le sujet est si motivant que les ressources humaines et matérielles nécessaires à son étude ne manqueront certainement pas dans les prochaines décennies.

2.2.6. L'évolution vers le post- humain

Ce terme exprime de façon imagée une tendance de fond résultant de l'évolution progressive des sciences et technologies vers un état de Singularité auquel nous avons fait précédemment allusion. Cette évolution deviendra si importante qu'elle aura nécessairement des conséquences sur l'humain lui-même, celui qui les utilise et celui que les produit. Un nouveau type d'humain apparaîtra progressivement.

La mutation en résultant s'inscrira dans les normes de l'évolution biologique darwinienne. Elle ne sera pas davantage finalisée ni contrôlée que les autres phénomènes évolutifs. Plus personne ne s'étonne de l'apparition de nouveaux types d'organismes et d'organisations dans le monde animal, comme dans celui des bactéries et virus. Ceci est moins admis dans le monde de l'humain. L'idée d'inspiration religieuse selon l'homme a été créée une fois pour toutes étant encore très forte, malgré les enseignements de la paléoanthropologie. Cependant de plus en plus, l'idée se fait jour que les hommes, non seulement ont déjà beaucoup changé, mais qu'ils devront encore plus changer dans l'avenir.

Ces changements, comme nous venons de le voir, seront physiques. Le corps humain sera complété d' "augmentations" diverses et son génome lui-même sera modifié. Mais ils seront aussi et surtout intellectuels. Les contenus de connaissance accessibles aux humains actuels seront considérablement augmentés et en voie de complexification continue. De plus, ces mêmes humains auront la possibilité de participer personnellement, par l'invention et l'expérimentation, au développement des contenus et des outils de connaissance.

Le posthumanisme inclut diverses philosophies qui, sous des noms différents, visent à dépasser l'humain actuel par le recours aux sciences émergentes et à leur inclusion dans une conception du monde en complet renouvellement. Concernant l'homme, certains des représentants du posthumanisme considèrent que le concept d'humain est une création culturelle inventée par une espèce biologique bien particulière, celle des homo sapiens sapiens. Or cette espèce, nous l'avons vu, est en train d'évoluer rapidement, notamment sous l'inflence des nouvelles sciences et technologies. Mieux vaudrait admettre en ce cas qu'émerge progressivement une nouvelle espèce, celle de l'humain-post ou post-humain. Les deux espèces sont encore interfécondes, mais ceci ne durera peut-être pas toujours.

La grande difficulté à laquelle se heurte le posthumanisme est son élitisme. Les techniques nécessaires à l' « augmentation » de l'humain seront coûteuses et donc rares. Ne pourraient en principe en bénéficier qu'une étroite minorité composée de ce que l'on nomme aujourd'hui les élites. Les autres humains resteront de simples humains. Certains d'entre eux pourront même être qualifiés de sous-humains.

Cependant, dans le scénario optimiste envisagé par le présent chapitre, il serait possible de penser que, si des guerres n'opposent pas les hommes entre eux, l'accroissement exponentiel des technologies pourrait les rendre accessibles à la dizaine de milliards d'humain peuplant la terre à la fin de ce siècle. Mais leurs référentiels de croyances et de valeurs devront être adaptés. De véritables guerres de religion pourraient en découler. Dans l'intervalle cependant, les obstacles à surmonter et les buts à atteindre auront eux aussi changé.

2.2. Réformes institutionnelles

Dans le chapitre 1 précédent, nous avons examiné ce que pourraient ou devraient devenir les institutions politiques dans un monde affrontant des crises de plus en plus graves. L'exercice est difficile parce que les crises sont rarement l'occasion de proposer des réformes institutionnelles. Les sociétés ont tendance, en défense, à se replier sur les institutions existantes. Ce repli s'accompagne généralement d'un retour aux aspects jugés aujourd'hui négatifs de ces institutions: refus de la coopération internationale, timidité devant les innovations, xénophobie.

Le présent chapitre se situe dans la perspective optimiste d'un développement des innovations scientifiques susceptibles de permettre de lutter avec succès contre des transformations et dangers qui de toutes façons seront inévitables, notamment le réchauffement climatique et la dégradation de certains milieux naturels. Dans ce cas, la tâche des institutions sera plus facile. Leur principal rôle sera de favoriser ces innovations et d'aider à généraliser leurs applications. Il apparaîtra alors que la coopération sera plus favorable que le repli sur soi. La compétition restera cependant, non seulement utile mais inévitable, afin de propulser l'innovation. Mais elle pourra se faire sans recours à des gouvernement autoritaires et à une fuite dans la militarisation.

Pourtant, la séparation du monde en grands blocs rivaux, tels qu'ils existent actuellement, ne disparaîtra pas par miracle. Elle entraînera nécessairement le maintien de procédures soumises à la confidentialité et souvent à la confidentialité-défense. C'est déjà largement le cas aujourd'hui. Mais la pression de survie s'atténuant, il est possible d'espérer que les Etats et les entreprises composant ces blocs pourront s'accorder, dans des domaines vitaux, sur la mise en place d'institutions susceptibles d'assurer, selon l'expression, la survie de la planète.

Ainsi la Russie, aujourd'hui considérée par Washington comme un ennemi existentiel, pourrait devenir un allié du fait des grands espaces vierges et relativement préservés du réchauffement dont elle dispose dans les zones subpolaires. Elle pourrait associer l'Amérique à leur mise en valeur, en échange de services de même nature dans d'autres domaines. Plus encore, de grands programmes coopératifs, relevant aujourd'hui de la science-fiction, tel que la préservation d'écosystèmes terrestres et océaniques de grandes dimensions ou l'organisation d'explorations actives du système solaire, pourraient être envisagés. Le monde entier, même dans ses parties les plus pauvres, devrait en bénéficier, directement ou indirectement.

L'Europe, et la France en particulier, qui dans le scénario noir ne pourraient pas s'affranchir de leur sujétion au bloc américano-occidental, pourraient retrouver plus d'autonomie. Dans le cadre du développement de sciences et technologies innovantes, elles pourraient mettre au service des autres blocs, sur la base de la réciprocité, les potentialités considérables d'innovation dans les domaines technologiques et scientifiques dont elles disposent. Aujourd'hui, de peur que le bloc euroasiatique n'en tire profit, l'empire américain préfère voir les potentialités européennes rester sous employées, sinon stérilisées. Mais, dans une ambiance plus paisibles, les industries et recherches européennes, russes et chinoises pourraient conjuguer recherches et investissements. par exemple en biologie ou dans le spatial. Le monde entier en bénéficierait, du fait des retombées multiples et pacifiques que de telles recherches entraînent dans d'autres domaines.

Les évolutions institutionnelles nécessaires pour favoriser ces évolutions favorables devraient s'organiser dans deux directions, relancer en ce sens les institutions internationales existantes, mettre en place de nouvelles incitations dans les domaines où ces institutions resteraient inefficaces ou insuffisantes. Nous n'aborderons pas ici le détail des propositions qui seraient utiles, car le travail demanderait des réflexions approfondies. Bornons nous à quelques indications.

2.2.1. La relance des institutions actuelles

Il s'agit en premier lieu de l'ONU et de ses divers «bureaux», déjà cités, dont l'activité implique directement les enjeux évoqués ici, l'OMS pour la santé , l'UNESCO pour la coopération internationale en matière de développement de l'éducation, des sciences et de la culture mais aussi l'UNICEF concernant les enfants. Il faut mentionner également le Conseil économique et social (ECOSOC) placé sous l'égide de l'Assemblée générale et ayant un rôle consultatif concernant les questions de coopération économique et sociale internationales. Y sont rattachées deux types de commissions : Commissions techniques comme celle du développement durable , Commissions régionales comme la CEE-ONU (UNECE), qui participe à des travaux de standardisation tels les spécifications techniques concernant les réseaux électroniques.

L'ONU dispose par ailleurs du Conseil de Sécurité où sont représentées un certain nombre de grandes nations avec droit de veto. Sa compétence peut en principe s'étendre à tous les domaines intéressant la paix et le développement du monde. Jusqu'à présent cependant, son efficacité a été très limitée du fait des oppositions s'y exprimant entre Etats-Unis, Russie et Chine.

Un grand nombre de compétences nouvelles, parallèlement au lever des freins existants, devraient en priorité permettre à ces institutions internationales de jouer efficacement le rôle qui devrait être le leur dans la perspective du développement mondial de sciences et techniques bénéficiant à l'ensemble du monde. Certaines autres devraient être mises en place, notamment dans le domaine du réchauffement climatique et de la protection des écosystèmes. Toutes devraient être dotées de pouvoir de régulation plus affirmé.

En priorité devrait venir l'élaboration de toutes les informations statistiques et qualitatives nécessaires à une connaissance scientifique de l'état et de l'évolution future du monde. Ce travail est et restera difficile, compte tenu des résistances multiples s'opposant à une connaissance précise des phénomènes. Sur le plan technique, une difficulté devra être levée, mais elle le sera plus facilement: définir les méthodes d'observation et d'analyse scientifique permettant d'obtenir des informations qualitatives pertinentes. Ce travail devra tenir compte des données en masse (big data) résultant de la densification des réseaux numériques.

Viendrait ensuite le rôle d'Académie des sciences au plan mondial que l'ONU pourrait jouer et qu'elle n'a pas actuellement. Le concept d'Académie des sciences paraîtra peu stimulant. Il signifie l'enlisement dans l'académisme ou une philosophie de type littéraire. Cependant, une Académie des sciences bien faite, et disposant de ressources budgétaires suffisantes, peut se doter de services et bureaux capables d'étudier en profondeur, dans une perspective internationale, les problèmes posés et les solutions possibles. Leurs conclusions devraient être reprises par tous les gouvernements et organismes désireux d'intervenir efficacement dans la lutte contre les risques et la recherche de solutions communes.

Enfin, notamment en ce qui concerne les mesures coercitives qui seront inévitablement nécessaires, le Conseil de Sécurité, convenablement réorganisé et renforcé, devrait assurer sur les questions cruciales une bonne coopération entre les différents Etats du monde. Cette coopération devrait ne pas négliger les intérêts des petits pays et régions qui sont actuellement les plus menacés par le réchauffement et la raréfaction des ressources.

2.2.2. Payer le prix de la recherche scientifique fondamentale

En dehors de grands changements institutionnels destinés à promouvoir des recherches et innovations permettant de mieux tirer partie des ressources existantes, il est une méthode, simple en principe, mais difficile en pratique à mettre en oeuvre. Il s'agit d'encourager partout, laboratoires, entreprises, administrations, ce que les Britanniques nomment la « blue sky research », autrement dit la recherche fondamentale menée sans objectifs d'applications immédiates. L'on pourrait aussi parler de recherche de la connaissance pour la connaissance. Ceci ne se limite pas évidement aux sciences physiques, mais s'étend à toutes les autres, sciences du vivant, sciences humaines et bien évidemment sciences de l'information.

A la fin du XIXe siècle, le monde a subit des transformations d'ampleur et de rythme jusqu'ici inconnues. Elles ont découlé de l'application à la pratique quotidienne des grands principes théoriques que venaient de découvrir les penseurs du Siècle des Lumières. De nouveaux modes de pensée concernant l'homme, la nature, les outils se sont développés. Ils ont entraîné très rapidement l'apparition de nouvelles machines et pratiques (malheureusement autant dans le domaine militaire que civil) qui ont définitivement fait disparaître les anciennes sociétés. On prête aujourd'hui à ces dernières de multiples vertus. Mais personne en pratique n'accepterait d'y passer ne fut-ce que quelques mois.

Ces changements n'ont pas découlé de décisions volontaires visant à l'amélioration des niveaux de vie et des pratiques productives. Ils ont été les conséquences de recherches théoriques, apparemment sans applications immédiates, celles des Newton, Lavoisier, Darwin et de bien d'autres. Des générations entières de praticiens, ingénieurs, médecins, militaires se sont appuyés sur les nouveaux paradigmes ainsi esquissés pour en tirer les applications immédiates ou de long terme susceptibles de bouleverser leur pratique.

Ceci semble oublié aujourd'hui. Ce que l'on nomme la croissance, ou mieux le développement raisonné, ne résulte pas comme on le croit désormais d'une simple rencontre entre des ressources naturelles, du capital et du travail. Des économistes mieux avertis ont montré depuis longtemps que ce développement reposait en fait sur des avancées technologiques. Celles-ci à leur tour ne seraient pas apparues sans des recherches en sciences fondamentales ayant fourni les bases de leur développement.

- Des crédits de recherche adéquats

On pourrait penser qu'il s'agit d'une évidence que personne ne devrait aujourd'hui discuter. Mais au-delà du principe, il faut examiner où vont les épargnes et les crédits en résultant. Aujourd'hui, les secteurs ayant depuis plus ou moins longtemps fait l'objet d'applications découlant de recherches fondamentales antérieures font seuls l'objet d'investissements. Tout se passe, dans l'esprit des financiers et des gouvernements, comme s'il n'y avait rien de radicalement neuf à découvrir, comme si rien de radicalement neuf dans les activités économiques et sociales ne pourrait résulter de nouvelles recherches fondamentales.

Interrogés, les décideurs comme le grand public affirmeront qu'il n'en est rien, que subventionner la recherche désintéressée fait partie des préoccupations majeures de la société. Mais un peu d'examen critique montre que la « blue sky research » ne recueille que des sommes de plus en plus réduites. Ses avancées, que personne n'encourage, sont par conséquent devenues trop rares pour susciter l'intérêt : « A quoi cela me servira-t-il ? », pense le public. «  De plus, si jamais de nouvelles applications apparaissent, elles ne feront sentir leurs résultats que dans des décennies, lorsque tout le monde sera mort ». Plus généralement les investisseurs, privés et même public, ne percevant pas quels profits immédiats pourrait permettre la recherche fondamentale, s'en désintéressent.

Bien évidemment, les conséquences de cette incompréhension systématique se font dès maintenant sentir à grande échelle, dans la vie courante. Encore faut-il disposer d'un minimum de connaissances scientifiques pour s'en apercevoir. Pour ne prendre qu'en exemple récemment évoqué, les grandes entreprises pharmaceutiques dépensent des milliards en recherche sur les cosmétiques et autres produits à large diffusion. Elles refusent de financer des recherches fondamentales sur les cellules, les virus, les processus de contagiosité, ne présentant en pratique aucune perspective de profits immédiats. Si bien que lorsque surviennent des épidémies de grande ampleur, telles que le Sida, le MERS ou la fièvre Ebola, elles sont incapables de proposer des sérums ou vaccins efficaces. Ce seront pourtant de telles épidémies, ou plutôt pandémies, qui provoqueront les plus grandes mortalités dans les prochaines décennies.

Les sociétés de demain, pour survivre, devront impérativement trouver des alternatives au capitalisme de profit à application immédiate, qui consomme toutes leurs ressources d'épargne. Mais dès maintenant, des décisions politiques simples devraient être prises. Il s'agirait, notamment au niveau des gouvernements et des institutions de recherche, d'alléger la bureaucratie qui occupe l'essentiel du temps des chercheurs en science fondamentale. Elle leur demande de justifier les profits futurs qui pourront découler de ces recherches, chose que précisément et par définition ils ne peuvent pas faire. S'ils pouvaient le faire, il ne s'agirait plus alors, de sciences fondamentales.

- La « peer review »

Le souci par ailleurs d'éliminer les risques, par une application systématique d'un « principe de précaution » qui le plus souvent donne la parole aux représentants des vieilles sciences, face aux inventeurs d'aujourd'hui, fait des ravages considérables. C'est comme si l'on avait voulu appliquer le principe de précaution lors de l'invention de l'aviation, s'appuyant sur le fait que les ballons sont moins dangereux que les plus lourds que l'air, car ils ne peuvent pas tomber aussi facilement.

De même qu'il n'est pas possible de justifier à l'avance les profits pouvant résulter à terme du financement de la recherche fondamentale, il n'est pas possible non plus d'anticiper avec précision les risques pouvant en découler. Personne ne peut en effet deviner à l'avance ce que seront les sciences appliquées et technologies découlant de ces recherches fondamentales. Si cela était possible, de telles recherches fondamentales n'auraient plus lieu d'être. Le futur a ceci de spécifique, dit-on, que la prévision ne lui est pas applicable. Ce n'est pas le cas de la prévision du passé.

Sur un plan plus spécifique, dont l'intérêt n'apparaît pas au grand public, il faut par définition, refuser le recours systématique à ce que l'on nomme le « peer review », c'est-à-dire le jugement des pairs, face à un article, une demande de brevet ou même un projet d'investissement de recherche. Cette démarche est évidemment indispensable pour éliminer les fantaisistes et escrocs (elle serait utile, par exemple, face aux propos des frères Bogdanov). Mais, dans son principe même, elle donne la parole à des scientifiques chevronnés, a priori hostiles aux idées nouvelles qu'ils n'auront pas eu eux-mêmes. Beaucoup de ces scientifiques, il est vrai, ont suffisamment de force d'âme pour s'élever au dessus de ces considérations. Cependant le peer-review présente un autre danger non mesurable mais certainement considérable, celui que les auteurs d'idées innovantes se censurent eux-mêmes de peur d'être rejetés par la communauté.

Si les sociétés d'aujourd'hui, et à plus forte raison les sociétés de demain, confrontées à des risques et catastrophes multiples, ne trouvent pas moyen de laisser une totale liberté à des institutions et organismes spécialisés dans la promotion de recherches fondamentales sans applications pratiques immédiates, les découvertes majeures qui seront nécessaires ne se produiront pas. Il faudra en pratique impérativement accepter de courir le risque de dépenser 10, voire 100, avec seulement l'espoir de recueillir 1 tout de suite.

Quant aux inconvénients de devoir faire face à des frères Bogdanov de demain, ils sont très faibles. Les sciences émergentes sont si complexes, nécessitent de tels investissements intellectuels, que les escrocs et illuminés ne s'y risqueront pas. Rétrospectivement, on constate d'ailleurs que les découvertes majeures du XXe siècle n'ont eu à leur origine que quelques dizaines d'inventeurs désintéressés. C'est faire apparaître leurs homologues du XXie siècle que les sociétés actuelles et de demain devraient se fixer comme priorité.

- Des mesures d'encouragement et d'accompagnement à grande échelle

Ajoutons qu'il ne suffira pas pour provoquer la véritable explosion des recherches fondamentales qui serait nécessaire, au niveau mondial et dans les prochaines décennies, d'y affecter des crédits. Il faudra mettre en place des mesures d'incitation et d'accompagnement qui n'existent absolument pas aujourd'hui.

Celles-ci viseront les trois champs de la recherche qui sont conjointement nécessaires : le champ mondial, le champ des nations ou des grands blocs géopolitiques, le champ des collectivités locales. Certes, dans ces trois champs, les rivalités entre intérêts se feront sentir et ne permettront pas une totale coopération. Mais il faudra que les gouvernements, relayés par les opinions publiques, mettent en valeur les domaines très nombreux où les recherches fondamentales pourront bénéficier à tous, dans un objectif d'intérêt général.

Ce sera le cas, pour reprendre l'exemple cité des pandémies, de toutes les recherches visant à mieux comprendre l'émergence de la vie, la formation des monocellulaires puis des pluricellulaires, leurs résistances aux agressions et leurs capacités évolutives. De même, lorsque des recherches théoriques en exobiologie (biologie non terrestres) se développeront, elles devraient avoir des conséquences dans le domaine médical.

Ajoutons que les pouvoirs publics devront promouvoir l'interdisciplinarité indispensable à l'apparition d'idées nouvelles fécondes. Il devra s'agir d'une démarche volontariste nécessitant des études et des moyens spécifiques. Nul n'ignore qu'une des faiblesses de la recherche contemporaine est qu'elle se compartimente en disciplines et sous disciplines empêchant toute rencontre et inter fécondation entre recherches différentes.

Certes, rester performant dans son domaine paraÏt nécessiter tous le temps disponible. Mais en fait des méthodes de communication modernes faisant le cas échéant appel à l'intelligence artificielle devraient permettre de résoudre cette difficulté. Les scientifiques devront se résoudre à y faire appel. Ils sont les premiers responsables de leur isolement intellectuel. Il leur est plus facile de comprendre ce qu'ils font que comprendre ce que font leurs collègues, fussent-ils très proches.

Les mesures à prévoir viseront à créer une ambiance favorable à l'apparition de nouvelles idées et de nouveaux chercheurs se dédiant au service de celles-ci. Pour cela, tous les moyens de la communication et des échanges utilisant les ressources des réseaux numériques devront être mobilisés, y compris en leur affectant un temps bien supérieur à celui qui leur est consacré par les grands médias aujourd'hui. Ainsi les esprits curieux, nombreux mais très sous-employés, pourront passer plus de temps devant leur télévision à regarder des émissions scientifiques que des courses automobiles et des matchs de football.


Chapitre 3. Que faire en France dans les prochaines années ?

Si les Français voulaient contribuer activement à la prévention du scénario noir évoqué ci-dessus, comme à l'avènement du scénario bleu, ils devaient le faire eux-mêmes. Nulle autorité bienveillante extérieure à la France ne le fera à leur place.

Or bien des facteurs conduisent les Français à ne pas se mobiliser autant qu'ils pourraient le faire. Parmi ceux-ci se trouve en bonne place le fait d'appartenir à l'Union européenne. Nous ne voulons pas dire ici que la France devrait sortir de l"Union européenne pour retrouver de la vigueur. Il s'agit d'une question complexe que nous examinerons dans la seconde partie du présent chapitre. Limitons-nous ici à constater qu'aujourd'hui, au sein de l'Union européenne , confronté à une initiative à prendre, petite ou grande, pour protéger le pays ou pour le faire progresser, le citoyen se dit, ou bien « inutile, l'Europe (l'Union européenne ) le fera » ou bien « inutile, l'Europe le fera pas ». L'idée, formulé ainsi, paraît simpliste. Mais, que ce soit de façon consciente ou, plus généralement, de façon inconsciente, ce processus paralysant joue beaucoup plus souvent que l'on ne croit, au niveau des individus, des collectivités ou même des Etats.

Agir est toujours difficile et coûteux. Tout argument est bon pour servir de prétexte à l'inaction. Ce que le citoyen nomme l'Europe, en ce cas, sans même chercher à préciser ce qu'il entend par là, est ainsi vécu par lui comme un alibi pour ne pas engager d'actions sortant un tant soit peu de la routine. Il ne lui vient même pas à l'idée que ce qui serait « inutile ou impossible dans le cadre de l'Europe », pourrait devenir faisable, Europe ou pas, si d'autres comme lui se regroupaient pour faire ce qui leur paraîtrait souhaitable.

C'est ainsi que si en France les promoteurs de l'aventure spatiale s'étaient à l'avance découragés de créer d'abord le Centre national d'Etudes Spatiales (CNES) puis ensuite avec d'autres comme eux dans d'autres pays européens et non européens l'Agence Spatiale Européenne (ESA), au prétexte que ces initiatives seraient prises au niveau de l'Union européenne (inutile, l'Europe le fera) ou, au contraire, impossible au niveau de l'Union européenne (inutile, l'Europe s'y opposera) il n'y aurait toujours pas de Français dans cette aventure historique.

L'opinion française considère à juste titre que le premier mal dont souffre la France est le chômage. La première urgence pour la France consiste à rétablir le plein emploi. Mais ceci ne se fera pas sans l'adoption de mesures complexes que nous résumerons. La France n'est pas la seule à souffrir du chômage, mais dans son cas, le chômage est d'autant plus mal ressenti qu'existent de nombreux ressources inemployées que le pays ne sait pas mobiliser. Dans l'éventualité très probable de la concrétisation d'un certain nombre de risques majeurs analysés dans le premier chapitre (scénario noir), la France sera d 'autant mieux préparée à y faire face que, dès maintenant, elle aura mis en place des procédures de court terme permettant de mobiliser ses ressources humaines, employées ou encore inemployées, afin de généraliser les innovations créatrices d'emplois qualifiés. Nous en examinerons quelques unes dans la partie 3.1. du présent chapitre.

Mais il faudra aussi envisager des changements institutionnels plus profonds. Se posera à cette occasion la question de savoir si la France, pour retrouver plus d'opportunités ne devrait pas envisager de sortir de l'Union européenne. Celle-ci, malgré des services rendus indéniables, s'est progressivement transformée en une machine à paralyser les initiatives ressenties comme de plus en plus insupportables. Un pays comme la France dispose de suffisamment de ressources propres pour vivre si besoin en dehors de l'Union européenne. Ses relations avec les autres pays européens se négocieraient alors sur la base de la réciprocité. Nous évoquerons cette perspective dans la partie 3.2. du chapitre.

3.1. Restaurer le plein emploi


Les contraintes précédemment énumérées se traduisent pour les sociétés n'ayant pas su maîtriser les aspects favorables de ces contraintes, par un sous-investissement généralisé, un sous-emploi de l'ensemble des forces de travail intellectuelles et manuelles, une dépendance croissante à l'égard des pays ayant mieux su tirer parti des opportunités technologiques favorables ou disposant de ressources naturelles plus importantes. C'est en grande partie le cas de la France. La France supporte donc de plein fouet les conséquences destructrices de ces contraintes.

La France dispose de ressources indiscutables, scientifiques, géopolitiques, qu'il n'est pas nécessaire d'énumérer ici. Mais elle souffre de maux également indiscutables. Parmi ceux-ci, nous l'avons dit, se trouve un sous-emploi généralisé des forces de travail, physique et intellectuel. C'est à ce mal qu'il convient en premier lieu de porter remède. Cependant, des incantations ne suffiront pas. Il faudra pour cela transformer radicalement les objectifs que se donnerait une société comme la France, s'appuyant sur son héritage politique, scientifique et industriel.

Dans ce sens, il convient de réfléchir à l'exemple américain, non pas pour s'en inspirer mais au contraire pour ne pas le suivre. Les Etats-Unis, confrontés à ce qui est présenté aujourd'hui comme le plus grand cataclysme de son histoire, la crise de 1929, n'avaient pas trouvé mieux, pour retrouver le plein emploi de leurs ressources, qu'entreprendre des guerres mondiales. La participation décidée par Roosevelt à celle menée contre Hitler était parfaitement justifiée au plan moral, mais Hitler vaincu, l'Amérique avait dû chercher à réutiliser les ressources mobilisées, pour éviter de retomber dans une nouvelle Dépression.

A cette fin, les gouvernements s'étaient persuadés que porter de nouvelles guerres dans diverses parties du monde, en s'engageant dans de nouvelles dépenses considérables, leur éviterait le retour d'une Grande Dépression. L'essentiel de ces dépenses intéressait le domaine militaire. Grâce à ces dépenses, financées par l'emprunt, l'Amérique avait réussi à éviter un retour massif du chômage. Mais les guerres, mêmes destinées à s'emparer des ressources d'autres peuples, n'ont finalement que peu de retombées constructives. Aujourd'hui, si l'Amérique dispose de technologies de sécurité et de défense hors pair, elle n'a pas su en tirer de quoi satisfaire les besoins en profondeur de la société. Elle est constamment menacée d'un retour de la crise économique. Elle réagit mal, en termes politiques, à l'immigration sud-américaine.

En 1946 et plus encore par la suite, l'imagination et les compétences ont manqué aux décideurs américains, décideurs politiques ou décideurs constituant le puissant lobby militaro-industriel. Ils n'ont pas su imaginer une mobilisation toute différente, au service d'objectifs scientifiques et industriels pacifiques, pouvant bénéficier non seulement aux citoyens américains, mais aussi au reste du monde. En particulier, le lobby est resté militaro-industriel au lieu de se transformer en lobby pacifico-industriel. On peut rêver à ce que serait aujourd'hui le monde si l'Amérique et plus généralement les puissances victorieuses s'étaient inspirées des idées défendues en petit comité par Einstein ou par les pères de la physique quantique.

C'est à l'échelle de la France, et 70 ans après, l'erreur qu'il ne faudrait pas renouveler. La France doit mobiliser ses ressources au service du développement de sciences et de technologies radicalement nouvelles, ce que l'Amérique n'avait pas su faire en 1938 et en 1946, ce que d'ailleurs elle ne sait toujours pas faire en profondeur. Mais il n'y a pas que les sciences à financer. La société française souffre de grands maux que tout le monde dénonce, mais à la satisfaction desquels les moyens manquent encore. Citons en premier lieu le logement et d'abord le logement social.

D'où le caractère insupportable du chômage, en premier lieu quand il frappe les jeunes, même ceux parmi eux ayant reçu une formation initiale suffisante. Mais il n'y a pas que les jeunes qui en souffrent. Parmi des adultes pourtant compétents nombreux sont ceux en chômage ou affectés dans des emplois sous qualifiés. Ceci est ressenti par les intéressés comme une dépréciation permanente. Nous voulons dire par là qu'il ne faudra pas se limiter à créer des emplois aidés ou autres formules sans perspectives. Il lui faudra concevoir et mettre en place des objectifs véritablement révolutionnaires, entraînant un appel généralisé aux compétences. Le plein emploi, au sens noble du terme, ne doit pas viser à donner à tous une occupation, quelle que soit celle-ci, même s'il s'agit d'emplois subalternes. Cet objectif, déjà loin d'être atteint en France, devra être complété par de plus grandes ambitions.

La société devra se fixer des buts si exigeants que les ressources humaines existantes ne suffiraient pas à les satisfaire, ni en nombre ni en qualité. . Pour y réussir, plutôt que faire appel à l'immigration qualifiée, comme aujourd'hui l'Allemagne, il faudra former les forces de travail nationales pour qu'elles fassent face aux tâches les plus difficiles, en formation initiale d'abord, en cours de carrière ensuite, comme précisé ci-dessous. La France dispose de sources considérables de matière grise disponible, obtenues grâce à un système éducatif très généreux, qu'elle ne sait pas valoriser.

Cette redéfinition du plein-emploi, et son application systématique, devrait aujourd'hui constituer le facteur essentiel dans ce que l'on appelle la crise des banlieues. Elle devrait permettre aussi d'absorber une grande partie des apports de l'immigration.

3.1.1. Devenir un des meilleurs laboratoires d'essais du monde

La Chine a longtemps été l'usine du monde, appliquant les idées imaginées par d'autres. La France doit avoir l'ambition de suggérer des objectifs scientifiques et technologiques que n'auraient pas les autres pays, et de les mettre à l'essai pour tester leur faisabilité et leur intérêt. Pour cela, elle devra viser à devenir un des premiers laboratoires du monde. Le terme suscitera l'ironie, mais pourquoi laisser à d'autres la responsabilité d'inventer ? Certes dans cette voie elle serait vite rejointe pas d'autres, mais elle aurait l'avantage d'avoir eu les bonnes idées en premier.

Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Il faut se donner les formations et les compétences nécessaires, en utilisant chaque fois que possible les technologies numériques. Pour devenir un des laboratoire d'essais du monde il faudra faire appel à toutes les capacités d'imagination et d'invention disponibles, en France comme dans d'autres pays en relation avec la France. Il faudra donc mettre en place des formations initiales et des formations continues qui devront viser à l'excellence. Chacun devra pouvoir en être le bénéficiaire, mais chacun devra en contrepartie mobiliser toutes les capacités que lui auront donné la nature et le milieu social.

3.1.2. Assurer à tous une protection sociale de base

Il s'agira de libérer les travailleurs des craintes de perte d'emploi ou de baisse des salaires et protections sociales, afin de leur permettre de se consacrer entièrement à ses activités de recherche et de production. Pour cela il faudra assurer à chacun un salaire et une couverture sociale de base, indépendants du rôle et de l'emploi qui seront les siens dans le laboratoire que sera devenu le pays. Ce ne sera donc plus la peur du chômage et de la perte de sa couverture sociale qui devra pousser les individus à travailler, mais le goût du travail. La société devra assurer à chacun les garanties et services d'un Etat-providence universel tel qu'imaginé en France par le premier Conseil National de la Résistance, partiellement réalisé à la Libération et aujourd'hui attaqué de toutes parts. En contrepartie, les revenus du travail dépassant certains plafonds, qui ne profitent qu'à des minorités n'étant pas nécessairement les plus productives, seront découragés.

3.1.3. Inventer une « machine à inventer »

Ce terme signifie qu'il faudra organiser à divers niveaux les appels à idées que le laboratoire se donnera pour mission de mettre à l'essai puis de développer en cas de succès. La société nouvelle à créer, les sciences et technologies nécessaires, les bons usages qui en seront faits ne sortiront pas tout armés des cerveaux des citoyens. Il faudra que se mette en place de véritables « machines à inventer », organisées sur un mode professionnel, et utilisant les meilleurs outils d'aide à la décision disponibles. Certaines entreprises ont déjà développé de telles machines, mais en les limitant à la recherche d'objectifs soit ludiques, soit visant un profit corporatif immédiat.

3.1.4. Définir sur ces bases des projets de développement

Ceux-ci devront être à la fois ambitieux et en cohérence entre eux. Citons ici, dans les domaines où la France dispose d'expériences ou de ressources indiscutables / les énergies non polluantes, l'agriculture raisonnée (respectueuse de la terre), la médecine raisonnée(respectueuse du patient), des cycles de production raisonnés (qui évitent le plus possible le consumérisme pour le simple profit (les produits à obsolescence programmée et le pillage de la planète), la création d'outils permettant de réduire les dégâts fait à l'environnement... Mentionnons aussi les sciences humaines mises à la portée de tous (avec une réflexion sur ce que signifie vivre sur cette terre). S'y ajouteront les grands programmes de recherche, souvent menés en coopération avec d'autres pays, mais où la France apporte une part importante, océanologie, astronomie, spatial...

3.1.5. Donner des suites industrielles, économiques et sociales aux inventions

Il s'agit de la partie la plus difficile de l'objectif de renaissance que se donnera la France. Il ne suffira pas évidemment de se borner à suggérer de bonnes idées, pour que seuls les autres pays en tirent partie. Pour ceci, un changement radical par rapport au néo-libéralisme actuel devra être organisé:

- Recréer un véritable secteur industriel

Sous la pression des intérêts financiers, la France avait abandonné ses meilleurs atouts industriels, ceux à qui elle avait du dans le passé le nucléaire, Airbus, le TGV et bien d'autres dont la mémoire est en train de disparaître. Il faudra donc recréer ce dynamisme, en l'adaptant aux nouvelles conditions imposées notamment par la généralisation du numérique, secteur où le pays s'est aujourd'hui fait scandaleusement dépasser. En coopération étroite avec les personnels, afin de les associer directement à ce nouveau dynamisme, il conviendra donc d'imaginer et de mettre en place les entreprises technologiquement capables de passer de la recherche aux applications de grande échelle sur le terrain.

Les entreprises privées, y compris coopératives, seront appelées à le faire. Mais pour donner l'exemple, des entreprises et services publics scientifiques, sociaux, industriels et commerciaux devront être recrées et pourvus des meilleurs moyens disponibles.

- Décourager en contrepartie les consommation gaspilleuses

Celles-ci imposent des importations importantes consommatrices de devises, notamment en produits de luxe. Elles détournent les citoyens de priorités plus nobles. Certaines décisions réglementaires devront être prises pour limiter les consommations gaspilleuses, mais elles devront très largement être accompagnées d'un effort collectif de conviction montrant aux individus qu'ils ont mieux à faire que rechercher des plaisirs égoïstes dans des achats largement promotionnée par la publicité et ne correspondant à aucun besoin véritable, sinon compulsif. Tout à l'inverse, les activités intellectuelles et physiques contribuant au développement des personnes devront être encouragées.

Un très grand problème demeurera cependant, auquel il reste difficile de suggérer des remèdes efficaces. Il s'agit des addictions à l'alcool, au tabac, aux excitants, stupéfiants et autres produits de la chimie de synthèse, qui s'emparera toujours, semble-t-il, d'un certain nombre de personnes fragiles, en France comme partout ailleurs. Encore faudra-t-il lutter plus énergiquement qu'à présent contre les producteurs de l'alcool, du tabac et autres drogues, ainsi que contre les intérêts mafieux qui en assurent la diffusion, notamment aujourd'hui par Internet.

3.1.3. Les problèmes de financement

Nous reviendrons ci-dessous sur la question des moyens et plus particulièrement des budgets nécessaires à de tels investissements. Disons seulement ici qu'en complément de ressources fournies par l'impôt, l'émission de monnaie et autres sources, il faudra aussi faire appel à l'épargne des particuliers. La formule des obligations à durée indéterminée (ODI), paraît offrir des solutions intéressantes. Les ODI représente une solution élégante pour régler la question du poids des dettes d'Etat sans léser les investisseurs. Elle consiste à transformer les emprunts publics en obligations à durée indéterminée, qui servent des intérêts fixes, voire variables, mais sans date d'échéance précisée. Ces obligations seraient librement cessibles sur un marché secondaire solidement organisé, pour permettre aux investisseurs de récupérer leur capital en cas de besoin. Elles seraient très appréciées des fonds d'assurance-vie, soucieux de garantir un rendement régulier et sécurisé à leurs souscripteurs.

3.2. Supprimer les freins à la créativité

Le cadre général censé jusqu'ici permettre à un pays comme la France de se développer lui a été imposé par les forces libérales et néo-libérales (la « Finance »). Il se résume en un terme, la mondialisation. S'ouvrir le plus largement possible à la mondialisation et au marché devrait, prétend-on, permettre à la France de sortir de son état actuel de stagnation. Or, il a été largement montré par les économistes et politologues indépendants que cette ouverture signifie au contraire la disparition progressive des atouts dont dispose encore la Nation. Ceux ci se trouvent en effet confrontés dans le cadre de la mondialisation à des forces contre lesquelles, dans leur état actuel, ils ne sont pas de force à lutter: le grand capital anglo-saxon, bientôt peut-être relayé par le capitalisme d'état chinois, d'une part, la concurrence sans lois et sans limites des pays à forte population misérable, supportant pour survivre des conditions de travail qui seraient insupportables en Europe, d'autre part.

Il faudra donc en France accepter de revenir à des modes d'organisation ayant permis à la Libération de reconstruire le pays : une économie très largement dirigée, des protections aux frontières très fortes. Mais pour tenir compte des erreurs passées, ce « dirigisme » et cette protection devront être repensés pour intégrer des méthodes modernes de direction expérimentées dans un certain nombre de groupes mondiaux innovants, tout en leur retirant leur orientation exclusivement destinée à maximiser le profit de l'actionnariat des dits groupes.

Que pourraient être en conséquence les objectifs et les méthodes que se donnerait la France?

3.2.1. Rajeunir le cadre juridique

Celui-ci, très vieilli, se montre aujourd'hui plus riche en incitations à ne rien faire qu'en incitations à faire. Tout évidemment ne devra pas être remplacé, mais il faudra imaginer des réformes en profondeur, dans de nombreux domaines, qui apparaîtront comme dangereusement révolutionnaires aux esprits conservateurs. Ces modifications imposeront en interne une remise en cause du droit de propriété, notamment en ce qui concerne les entreprises. Au plan externe, relevant du droit européen et du droit international, les mêmes remises en cause s'imposeront, aussi largement que nécessaire. Nous y reviendrons.

- Nationaliser chaque fois qu'indispensable.

Il s'agira de nationaliser les entreprises nécessaires au développement des grands projets préalablement définis, si elles refusaient de s'y associer. Parmi celles-ci, on citera les banques et un certain nombre d'entreprises dites du CAC 40. Le terme de nationalisation suscite l'horreur, non seulement des intérêts privés concernés, mais aussi de l'opinion. On évoque à ce sujet les échecs rencontrés par les nationalisations en URSS et ailleurs. Pourtant, pour combattre la crise de 2008, la Finlande avait nationalisé un moment ses banques, sans difficultés particulières. Si des fuites à l'étranger en résultent, il faudra en prendre son parti.

- Repenser le statut interne de ces entreprises nationalisées

L'objectif sera de les rendre plus efficaces que celles qu'elles auront remplacées. Il ne s'agira pas, en dehors de la propriété du capital, de chasser tous les états-majors et cadres concernés, pour les remplacer par des fonctionnaires ou personnels promus par le gouvernement du moment. Il faudra assurer au contraire à ces cadres une place de choix, dès lors qu'ils accepteront de mettre leurs capacités au service du vaste laboratoire d'innovations à créer. Dès lors aussi qu'ils accepteront, dans les entreprises nationalisées, les limitations de salaires évoquées plus haut. Une échelle de 5 en ce qui concerne les niveaux de rémunérations et prestations annexes serait suffisante, et finalement très convenable.

- Remettre en place une planification "à la française"

La France a perdu la pratique des Commissariats au plan et des Plans de développement et de modernisation institués à la Libération. Contrairement à ce qui en avait été dit, il ne s'agissait pas principalement de structures administratives et politiques stérilisantes. Elles faisaient un large appel à ce que l'on nommait les « forces vives » de la nation. Des structures de même type devront être mises en place pour assurer la prévision à échéance de quelques années et la coordination des actions nécessaires à l'émergence des idées comme au développement des moyens nécessaires à faire du pays le laboratoire évoqué ci-dessus. Les réseaux numériques permettront les échanges servant à rendre la démarche véritablement nationale

3.2.2. Recréer une fonction publique

Celle-ci n'a pas disparue, mais elle a fait l'objet de tant de limitations provenant des intérêts financiers qu'elle n'a plus guère d'efficacité, malgré la valeur des agents qu'elle emploie. Le besoin est ressenti en priorité au niveau de l'Etat. La fonction publique d'Etat devra retrouver le rôle essentiel qu'elle avait joué en France après la guerre et au début du gaullisme. Ceci signifiera, quel qu'en soit le coût, de renforcer ses effectifs actuels, notamment dans les services indispensables à la stimulation des activités productives et à la répression des fraudes diverses que celles-ci généreront. Ces services seront notamment en charge de la planification et de l'évaluation des résultats, mais aussi et surtout des tâches de contrôle fiscal et contrôle de l'application des réglementations, systématiquement dépourvues d'effectifs aujourd'hui. On y ajoutera la police et la douane indispensables à la lutte contre les mafias qui prolifèrent partout dans le monde actuellement.

On y ajoutera aussi la défense nationale sous ses diverses formes. L'armée servira à protéger le pays des agressions extérieures, protection d'autant plus nécessaire qu'il s'engagera dans les tâches évoquées ci-dessus. Ceci ne manquera pas de lui susciter l'opposition armée des groupes d'intérêts internationaux s'estimant frustrés. Les tentatives de changement de régime (regime change) à partir de soulèvements populaires artificiellement provoqués par des Agences spécialisée, ne manqueront pas. Les Etats-Unis y font encore largement appel.

Les méthodes traditionnelles de recrutement, formation et gestion de cette fonction publique ainsi renforcée devront elles aussi être modernisées pour tenir compte des nouveaux rôles qui lui seront donnés.

3.2.3. Lever le handicap prétendu du manque de moyens budgétaires

La question essentielle des ressources devra être abordée à partir d'approches qui, sans être à proprement parler révolutionnaires, devront bousculer les faux impératifs visant à paralyser les initiatives créatrices susceptibles de remettre en cause l'ordre établi. Le premier point consistera à se débarrasser du fardeau de la dette. Un Etat s'étant fait reconnaître une autonomie satisfaisante par rapport à l'Union européenne, comme proposé ci-dessous, devra plus facilement négocier et restructurer sa dette. Les dettes jugées légitimes seront remboursées, quitte à être mieux réparties dans le temps. Celles imposées par des engagements spéculatifs pris précédemment par des intérêts financiers souvent extérieurs aux administrations budgétaires, seront dénoncées unilatéralement, quelles qu'en soient les conséquences. C'est ce que récemment la Grèce aurait du faire.

Pour l'avenir, l'obligation de respecter des équilibres budgétaires calculés au niveau le plus bas et de fait injustifiés sera modulée selon les secteurs. Dans les domaines où existent des ressources considérables restant sous-employées. il faudra faire ce qu'ont toujours fait les pays en état de guerre, et ce que font encore les Etats-Unis, dans le type de guerre qu'ils mènent contre le reste du monde. Il s'agira dans un premier temps, de créer de la monnaie sous diverses formes (quantitative easing pratiqué sans aucune restriction en Amérique par la Banque Fédérale), qui servira de moyens de paiement temporaire interne pour financer les investissements et salaires à consentir. Cette monnaie ne sera convertible que sous le contrôle des autorités en charge du secteur financier.

Si l'Union monétaire européenne, responsable de la banque centrale européenne et de l'euro, accepte de donner à la France les libertés nécessaires, la sortie de l'euro ne s'imposera pas. Sinon, comme indiqué ci-dessous, il faudra la décider.

Dans un second temps, il faudra valoriser de différentes façons les investissements ainsi réalisés. Cette valorisation permettra de « rembourser » les créations de monnaie précédemment faites, et de financer de nouveaux investissements. Le cycle ne peut évidemment se dérouler en une seule année. Il doit être assurée sur des durées plus longues, différentes selon les domaines considérés.

3.2.4. Recourir en tant que de besoin au protectionnisme

L'objectif sera de protéger par diverses méthodes les efforts de redressement engagés puis les résultats obtenus. Le droit de recourir à un tel protectionnisme devra être imposé par la France à l'Union européenne, même s'il entraîne des mesures de rétorsion Ceci signifiera la recherche initiale d'un développement en autarcie partielle, c'est-à-dire vivant au maximum en circuit fermé, à partir de ses propres ressources. Pour un pays comme la France, ces ressources sont insuffisantes pour éviter de faire appel aux importations, compensées par des exportations. Il faudra donc organiser, dans le cadre de l'économie dirigée, les circuits nécessaires en ce sens. Le principe en sera l'établissement de relations gagnantes-gagnantes avec les autres pays partenaires. Les relations avec les Brics ouvriront de larges perspectives à cet égard, pour peu que l'on accepte de s'affranchir des "sanctions" et interdits imposés à l'Europe par les Etats-Unis.

Pour éviter que des fuites diverses, souvent criminelles, ne se produisent, un contrôle des changes sera indispensable, complété d'un contrôle des flux de marchandises. Il sera par contre nécessaire, malgré les risques, de laisser s'organiser librement les échanges en matière de personnes physiques, tant du moins que ceux-ci ne serviront pas d'instrument aux trafiquants, tant du moins également qu'ils ne seront pas restreints par les autres pays européens eux-mêmes, comme ceci semble de plus en plus pratiqué dans l'espace dit de Schengen

3.2.5. Repenser le rôle et la composition du gouvernement

Il s'agira, sans augmenter le nombre des ministères, de modifier leurs attributions afin que le gouvernement puisse s'acquitter plus efficacement qu'aujourd'hui des responsabilités nouvelles qui seront les siennes. Ce sera le cas notamment en matière de politique économique et industrielle, de planification et de tutelle du secteur bancaire. Le gouvernement devra jouer un rôle accru, le plus possible à l'écart des lobbys, en tant que responsable de la proposition des mesures à prendre et de mise en place des administrations permettant de les appliquer.

Les autres pouvoirs constitutionnels, Parlement et Judiciaire, devront être adaptés parallèlement. Et dans le même esprit. Par ailleurs les objectifs et méthode de la décentralisation devront être modifiés, afin que celle-ci se mette au service des innovations et cessent de soutenir des intérêts particuliers constituant des freins à la politique générale de changement qui sera mise en œuvre.

3.2.6. La question de l'euro et celle de l'Union européenne

Nous ne détaillerons pas ici les solutions proposées par ceux désirant s'affranchir des contraintes devenues insupportables découlant de la participation à la monnaie unique et à l'Union sous sa forme actuelle. Ces solutions n'auront rien d'original au regard de celles déjà largement discutées en Europe. Disons seulement que si la France n'arrive pas à faire modifier sensiblement les statuts de la Banque centrale européenne, de l'euro et de l'Union, pour lui permettre de mettre en place les mesures préconisées ici, elle devra se résoudre à reprendre son indépendance. Il s'agirait alors d'un francexit, pour reprendre le terme à la mode.

Ceci ne voudra pas dire que la France renoncerait ce faisant aux multiples devoirs et avantages découlant du fait qu'elle restera une grande puissance européenne. Elle ne s'engagera pas dans des compétitions voire des politiques hostiles à l'égard des autres pays européens, notamment pas à l'égard de l'Allemagne. Mais ces concessions devront être négociées chaque fois que nécessaire avec ses partenaires, le plus possible sur la base de la réciprocité.

Sur le plan monétaire, dans cette hypothèse de sortie, la France se donnera une monnaie qui, sans doute sous le nom conservé de franc, n'aura rien de comparable à l'euro actuel ni à l'ancien franc. Il s'agira d'une monnaie très largement administrée par une Banque centrale nationale et nationalisée, au sein des frontières et des missions évoquées ci-dessus. Concernant les relations du franc avec les autres monnaies, elles s'établiront d'une façon assez proche de celles existant actuellement entre celles-ci et le renminbi chinois, c'est-à-dire mettant le franc à l'abri des offensives spéculatives.

Autrement dit, la France rejettera soit de façon unilatérale non négociée, soit de façon négociée, les diverses obligations imposées actuellement aux Etats-membres de l'Union par les traités. La négociation de nouvelles relations, sur ces sujets et sur d'autres actuellement non abordées par les traités, mais pouvant être considérées comme prioritaires, sera évidemment recherchée. Seront visés par ces négociations les Etats restés au sein de l'Union européenne comme tous les autres membres de l'Organisation des Nations Unies en général.

3.2.7. Participation à l'Otan

La France, du fait de son engagement actuel complet dans l'Otan (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord), ne dispose d'aucune autonomie diplomatique et militaire. Elle devra donc, en toute hypothèse, sortir de l'Otan le plus rapidement possible. En contrepartie, elle s'efforcera de négocier des accords de coopération militaire et de fabrication d'armements avec les autres pays européens éventuellement soucieux comme elle de participer à une Europe de la défense indépendante. C'est ce qu'a pratiquement renoncé a faire, sous la pression du lobby militaro industriel américain, l'Agence Européenne de Défense qui théoriquement en était chargée.

Aujourd'hui, l'intégration de la France dans l'Otan lui interdit pratiquement tout rapprochement avec les Brics ainsi qu'avec l'Organisation de Sécurité de Shanghai. Pourtant les orientations stratégiques adoptées par cette vaste partie du monde intéresseront nécessairement sur de nombreux points les relations internationales de la France.

Il va sans dire enfin que la mise en tutelle des Etats européens résultant de la signature d'un Traité de libre échange transatlantique (TTIP) sera immédiatement dénoncée unilatéralement par la France, quelles que puissent être les mesures de rétorsion imposée par les Etats-Unis, principaux initiateurs de ce traité lui-même « unilatéral ».

On ne devra pas se faire d'illusions. Toutes les mesures préconisées ici déclencheront une violente hostilité, non seulement en France de la part des intérêts restés imprégnés d'atlantisme, mais des Etats-Unis. En recourant à la diplomatie déjà mentionnée du dollar et des services secrets, Washington cherchera sans répit à déstabiliser le nouveau gouvernement français, voire à provoquer des émeutes entraînant la mise en place d'un nouveau régime qui leur serait favorable. Pour contrer cela, les responsables français devront rechercher en permanence l'appui des nouvelles tendances politiques et culturelles américaines, elles même de plus en plus lassées des excès dans leur pays de la « dictature » de Wall Street.

3.2.8. La question des migrations

Le thème est de très grande actualité aujourd'hui. Il le sera probablement indéfiniment et en s'amplifiant. Ceci non seulement du fait des guerres, mais des dérèglements climatiques s'imposant à des populations incapables encore de contrôler leur démographie. Il n'est pas possible à ce jour d'en discuter ici sérieusement, compte tenu de l'évolutivité du sujet.

Pour fixer les idées, on se bornera à présenter ci-dessous un document que les auteurs du présent essai ont rédigé à la date de septembre 2015 (à mettre à jour si nécessaire).

La France doit investir pour organiser l'accueil aux réfugiés qu'elle recevra. Un certain nombre de mesures sont aujourd'hui envisagées, mais quelques points complémentaires mériteraient d'être évoqués ici, à la lumière des besoins d'accueil qui s'imposent dorénavant du fait des engagements pris par la France en la matière.

Il est évident qu'il ne suffira pas à terme d'ouvrir des centres d'hébergement dans lesquels seraient dans un premier temps dirigés les premiers arrivants, ni même de compter sur la bonne volonté des familles acceptant d'en héberger quelques uns (à domicile. Il faudra faire beaucoup plus. Il semble que l'Allemagne ait déjà prévu des mesures à grande échelle permettant d'intégrer au mieux les 500.000 réfugiés par an qu'Angela Merkel invite à venir dans le pays. Certes, ceci lui sera relativement facile car les employeurs, en manque de main-d'oeuvre, s'efforceront de recruter et de former ces effectifs, en complément des efforts que fera l'Etat fédéral. Mais des mesures spécifiques de grande ampleur s'imposeront outre-Rhin.

En France, la situation sera moins favorable. Du fait d'une politique malthusienne imposée depuis longtemps par les intérêts néo-libéraux faisant la loi à Bruxelles, la France n'a fait jusqu'ici aucun effort sérieux pour relancer la recherche, l'industrialisation, les services publics et hospitaliers dont elle aurait depuis longtemps besoin pour assurer des emplois convenables à ses propres ressortissants. Or face à l'arrivée de réfugiés, la société dans son entier devra, non se fermer encore davantage au prétexte du sous-emploi dont elle souffre, mais en profiter pour réclamer des pouvoirs publics et des grandes entreprises la mise en place immédiate de programmes de développement ouverts non seulement à ses propres citoyens mais à ces réfugiés, sans distinction d'origine ou de religion.

Ceci représentera un coût certain. Il sera refusé si persiste une politique anti-croissance consistant à réduire les déficits publics jusqu'à la barre fatidique des 3%. Mais des politiques audacieuses d'investissements, fussent-elles financées par des déficits supplémentaires, rapporteraient très vite des bénéfices susceptibles de compenser à terme, et au delà, les efforts budgétaires ainsi consentis. Ce raisonnement d'une simplicité élémentaire, jusqu'ici peu entendu, devrait pouvoir être repris en force par les pouvoirs publics, les partis politique et l'opinion, à l'occasion de l'arrivée des réfugiés.

Aussi bien ne faut-il pas prévoir des mesures spécifiques ne s'appliquant qu'à eux. Il faut relancer la croissance dans tous les secteurs, au bénéfice de tous les français et résidents en France, sans exclusive. Chacun en tirera profit. Il semble que ce soit la politique actuellement décidée par la chancelière Merkel. La France accroîtrait son retard sur l'Allemagne si elle ne faisait pas de même, sous-emploi ou non.

Évidemment, des mesures différenciées s'imposeront, selon la nature des besoins. Des formations au français ou sur un plan professionnel basique, destinées à rattraper les retards des réfugiés, ne seront évidemment pas inutiles. Mais, dans la plupart des autres domaines, des politiques indifférenciées devraient s'imposer, sous réserve de régler des problèmes d'ajustement temporaires. Ce document n'est pas le lieu pour en traiter en détail.

Rappelons seulement les besoins qu'il faudra satisfaire, au bénéfice de tous. Ce rappel ne demande aucun effort d'imagination, car les besoins sont depuis longtemps bien connus en France. Le seul point à signaler concerne le fait qu'aujourd'hui ces besoins non pourvus ne dérangent aucun des «grands décideur», qu'ils fussent publics ou relevant des entreprises du CAC 40.

* Identification fine des compétences actuelles non employées, afin de leur fournir des possibilités de formation et d'embauche.

* Mise en place de centres de formation générale et de formation professionnelle destinés à compléter les compétences ainsi recensées, si celles-ci paraissent insuffisantes. Il semble pour le moment qu'un pourcentage important de réfugiés dispose déjà de bonnes qualifications. Il faudra seulement dans un premier temps les aider à les adapter, y compris dans le cadre de l'utilisation de la langue française.. Ajoutons que beaucoup de réfugiés auront les compétences nécessaires pour devenir formateurs eux-mêmes.

* Amélioration du fonctionnement des services relevant de Pôle Emploi ou du secteur coopératif et privé recensant les besoins et les offres.

* Politique de construction de logements autres que simplement d'urgence, dans les zones où, à la suite des évaluations précédentes, des besoins d'hébergement non satisfaits se feront sentir. L'objectif sera mal ressenti dans un pays où existent de nombreuses personnes mal logées ou sans abris. Cela veut dire qu'il faudra reprendre les objectifs élevés de construction de logements sociaux, abandonnés aujourd'hui par les gouvernements successifs. Le coût en sera marginal, au regard des retombées. En Italie, l'idée de proposer à ces émigrés de repeupler et mettre en valeur des zones rurales désormais délaissées est à l'étude. Elle est à recevoir avec précautions. Elle pourrait entraîner la formation de communautés fermées qui viendraient en conflit avec les villages voisins.

* On ajoutera, mais là une pression politique forte des opinions publiques sera nécessaire, l'engagement de politiques publiques ou privées d'investissement, notamment dans les secteurs de l'énergie renouvelable, du logement zéro-énergie, de la future protection contre les effets destructeurs pour l'environnement du réchauffement climatique...Les activités en résultant devraient fournir de l'emploi aux migrants les plus qualifiés, sans préjudice à l'égard des nationaux.

* Pour tout ceci, le rôle des réseaux numériques et des services en ligne devra être fortement accru. Ils sont seuls à permettre de résoudre les problèmes tenant notamment au langage et au manque de proximité.

* Rappelons enfin qu'une politique globale de cette nature ne pourra pas être décidée ou appliquée par les seules associations de bénévoles ou par les collectivités locales. La mobilisation de tous les services de l'Etat sera indispensable.

Bien évidemment, les normes françaises de droit civil et usages, notamment relatifs à l'égalité hommes-femmes et à une stricte laïcité, devront être respectées.