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Article. Science ou magie? Bernard Scaringella 03/07/2013

L’appellation «big data» recouvre à la fois les entrepôts informatiques de stockage, les data accumulées dans ces entrepôts sous une forme structurée, les procédés techniques d’exploration, les exploitants de ces systèmes, les résultats informationnels de ces procédés d’exploration et enfin les utilisateurs finaux des résultats.

A partir des data, monceaux informes de matière, dans ces mines digitales, l’exploration vise à mettre à jour des corrélations. C’est à dire des liaisons qui peuvent être des relations affines, des régressions linéaires et des modèles mathématiques plus complexes. Une recherche sans hypothèse préalable donc. C’est ce que fait la physique de l'infiniment petit pour détecter dans les data des irrégularités par rapport aux simulations à base de méthode de Monte-Carlo par exemple. Ce changement de paradigme n’est toujours pas intégré mentalement par les populations occidentales dont l’esprit est encore dominé par les relations de causes à effets de la science empirique.

Ce ne sont pas des relations de causes à effets que cherchent les exploitants des big data. La corrélation désigne une causalité commune au data corrélées, et on ne cherche pas à faire apparaitre cette cause commune, ce n’est pas le but. On cherche à faire apparaitre un Quoi et non plus un Pourquoi. Le modèle de corrélation vise à produire une connaissance utile et non plus une loi. Un produit correspondant aux objectifs et besoins de l’utilisateur d’un système de big data. Et vu l’accumulation permanente et exponentielle de data ce Quoi à une durée de vie aléatoire. On passe de la prédictibilité stable dans le temps à une prédiction ponctuelle, prédiction fabriquée industriellement. On entre de plain-pied dans la divination, et à une échelle jamais vue dans l’histoire.

C'est maintenant le quotidien des hommes qui bascule vers ces prédictions ponctuelles. Elles seront assimilées à des vérités dans l'esprit des gens (comme les analyses ADN qui ne prouvent rien, mais sont une probabilité). Ce qui fait la grande différence entre les corrélations scientifiques et celles faites dans les systèmes de big data, c’est que les data collectées sont essentiellement sociales; ce sont les faits, gestes et traces des personnes et non pas des particules. La dimension politique est donc intrinsèque aux big data, ce que le public découvre avec étonnement, alors que la dimension économique a toujours était évidente pour tous.

Ce changement de paradigme vital (c'est la vie des gens qui est en jeu) accompagne la maximisation actuelle des contrôles des populations à une échelle globale de toutes les manières possibles. Il est ainsi encouragé politiquement pour les qualités prédictives qu'on lui donne. Évidemment ces qualités prédictives ne sont pas prouvées, mais admises par analogie à celles reconnues à la science des particules. L'association Etat/multinationales n'a rien de surprenant dans ce contexte, elle est tellement "évidente" pour tous ces acteurs qu’il est naturel qu’une coopération, une intrication des institutions et des exploitants se soient faites comme d’elles-mêmes, on pourrait croire comme par magie. Que les big data participent à la lutte contre le terrorisme est tout à fait rationnel dans ce contexte; l’acte terroriste est une irrégularité dans la mécanique des sociétés avancées qu’il faut prédire à tout prix.

La corrélation ne vaut pas preuve, elle est sujette a caution de par toutes les variables, modèles prédéfinis, les quantités de data, les marges probabilistes et statistiques que se donneront les acteurs. Les procédés d’explorations de ces data ne peuvent jamais connaitre l’ensemble du contexte des data au moment de leur collecte, les meta-data. Ils n’en auront qu’une vue partielle qui sera celle de l’exploitant définissant le procédé de structuration et d’exploration, complétée par celle de l’utilisateur et de ses objectifs.

On est la plus proche de la magie que de la science. Les procédés magiques fonctionnent en réduisant le réel dans des objets (fétiches, tarots et autres...) à partir de faits agglomérés dans le demandeur et son contexte, afin de prédire et changer le réel en agissant sur l’objet par les procédés magiques. Les faits ne sont donc pas vérifiables par le magicien/oracle. C'est exactement ainsi que les big data vont permettre de changer le quotidien des populations sans la moindre preuve.

Un demandeur avec son contexte et ses faits (ce qu'il choisira de stocker en big data) demandera au magicien/oracle (le système et l’exploitant) à partir d’objets et de procédés (sélection dans les data stockées et algorithmes) de changer le réel selon ses désirs (faire une corrélation assimilée a une preuve permettant de changer la vie réelle des gens). Cela sera particulièrement visible dans le domaine de la santé, sous le prétexte de prophylaxie. C’est déjà effectif dans le commerce électronique où le prix affiché pour le client potentiel est calculé en fonction des data accumulées par le site vendeur. Le site prédit le prix maximum pour ce client particulier, les big data agissent directement sur la vie de cette personne. Et de même qu’il est impossible de se protéger d’une action magique, il est impossible de se protéger de l’action des big data. Sauf par un acte magique plus puissant, qu’on a bien du mal à imaginer pour une fourmi humaine.

Ce retour à la magie n'est guère étonnant dans notre monde technologique où règnent les objets sur les populations, et où une petite partie des gens règnent sur les objets. Dans un monde ancien de la prépondérance du langage (mais où le mythe et la magie n'ont jamais disparus), la preuve était scientifique, les faits empiriques; dans notre monde de la prépondérance de la praxis, la technique, c'est la visée mythique du langage qui devient prépondérante (Harry Potter et autres super héros) et les faits sont d'expression magique (voir les "preuves" d'armes de destruction massive) et changent le réel (guerres, TINA ....). Le retour du religieux dans les sociétés avancées est le pendant social du retour du mythe dans le langage et de la magie dans la technique et la production.

Ce changement fondamental va donner un pouvoir immense à de nouveaux prêtres. Interrogeant l'oracle pour décider du sort de populations entières, ces nouveaux puissants seront naturellement des partenaires privilégiés des pouvoirs politiques, militaires et économiques. Mais ils seront aussi concurrents des autres pouvoirs et leur moyen d’action principal sera la désignation de déviants,de sorcières, et les campagnes inquisitoires, tout cela pour influencer l’action des pouvoirs concurrents. Ces chasses aux sorcières et ces inquisitions sont plus ou moins en gestation dans les sociétés avancées, et vont s’accroitre, ciblant des individus, des pays, des sociétés commerciales, des ONG etc... selon les stratégies des différents acteurs possédant, finançant et pilotant ces systèmes de big-data. La menace sera permanente en tout lieu à l’image de l’arme atomique. Le sentiment des populations d’être une brindille ballotée au gré des vents puissants de ces nouveaux dieux devient la réalité quotidienne. Le changement et l’insécurité permanents ramène l’humanité à l’âge des cavernes.

On ne s'étonnera pas du délabrement psychologique avancé et des perturbations psychiatriques engendrées par ce changement de paradigme dont le commencement est difficile à dater. Cela pourrait expliquer (corrélation ou preuve?) la consommation exponentielle de psychotropes au pays de Descartes en particulier.

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Présentation de l’auteur:

Bernard Scaringella, 50 ans. Entraineur sportif de formation, profession que j’ai exercée quelques années, j’ai découvert l’informatique à la fin des années 80 et j’en ai fait mon second métier. J’ai malgré ce changement radical continué à étudier en autodidacte les sciences humaines, psychologie, philosophie, sociologie, ethnologie, anthropologie, mythologie. Depuis 20 ans je travaille dans un institut de recherche où j’ai fabriqué des logiciels de contrôle-commande, d’acquisition de données, d’analyse etc... pour les scientifiques. Les données des expériences s’amoncellent et les problèmes de stockage et d’analyse de ces données sont immenses. Et bien sur je suis sur Facebook, Google+ et autres réseaux sociaux.