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Sciences politiques. Comment relancer en Europe la croissance et l'emploi sans augmenter les déficits publics ?
12 Février 2012 par Jean-Paul Baquiast

Aux lecteurs de Automates Intelligents
J'
ai fait sur ce thème la proposition ci-dessous au Réseau Européen de Géopolitique, composé de membres principalement hispaniques, auquel j’appartiens au titre de l' association Automates Intelligents. Vous la trouverez en français sur le blog de ce Réseau à l’adresse http://www.tendencias21.net/geopolitica/?nocache=015501
On trouve à cette adresse toutes informations utiles sur le Réseau Européen de Géopolitique: membres, objectifs, etc.
Si l'affaire prenait corps, elle pourrait peut-être intéresser certains d'entre vous. Dans la mesure où vous identifiriez des projets répondant aux critères définis ici, nous pourrions peut-être les mentionner dans le cadre de cette initiative.
Ceux qui voudraient réagir en direct à ce document peuvent le faire dans la page du blog que Automates Intelligents anime sur Médiapart
Jean-Paul Baquiast 12 février 2012


Stratégie que pourrait recommander le Réseau européen de géopolitique (Red Europea de Reflexion Geopolitica) pour créer de la croissance et de l'emploi en Europe sans augmenter les déficits publics

Mise en garde (Disclaimer). Ce document de travail est, à la date de ce jour, 12 février 2012, de la seule responsabilité de son signataire. Il évoque cependant des idées ayant déjà été formulées au sein de la Red Europea de Reflexion Geopolitica, ainsi que dans d'autres organisations.

Exposé des motifs. S'inspirer d'une vision ambitieuse de l'Europe

Par « vision ambitieuse», entendons la volonté de dépasser le discours dominant des économistes et des hommes politiques européens, pour qui l'ambition de l'Europe devrait pour les prochaines années se limiter à ramener à l'équilibre les budgets publics. C'est ce qu'impose le traité européen en cours d'adoption annoncé le 5 décembre 2011 par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Dans la perspective de ce Traité, il faudra continuer la réduction des dépenses publiques, rendre toujours plus flexibles les rémunérations et les droits sociaux des travailleurs, ne pas augmenter sensiblement les moyens actuellement mis en œuvre par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou le futur Mécanisme européen de stabilité (MES), ne pas faire appel à la Banque centrale européenne (BCE) non plus qu'au FMI pour financer les investrissements. Plus généralement, aucune mesure spécifique pour relancer la croissance en Europe n'est prévue. Le Traité fait l'hypothèse que la reprise de l'investissement pourrait découler spontanément de cette rigueur généralisée.

D'autres économistes et hommes politiques encore minoritaires font valoir au contraire que la réduction des budgets publics multipliera les résistances des citoyens, comme le montre actuellement l'exemple de la Grèce. Cette réduction ne sera pas compensée par des incitations à créer de nouvelles activités économiques et des emplois non délocalisables susceptibles de répondre aux besoins de base. La course infernale à l'augmentation des déficits et la réduction des activités productives se poursuivra, jusqu'à ce que généralisent les explosions sociales.

Mais comment créer de nouvelles activités sans augmenter les déficits budgétaires publics (Etats et collectivités)?

Notre réseau veut aller au delà des idées générales afin de faire des propositions précises. C'est l'objet de ce premier document. S'il était approuvé et complété par les membres du Réseau, il pourrait-être communiqué à un certain nombre de décideurs, organisations politiques et syndicats, afin de susciter des débats et d'autres propositions susceptibles de modifier les choix économiques et géopolitiques des Européens.

Un ensemble de propositions

Nos propositions s'inspirent de trois constatations venant à contre-courant du discours dominant. Que sont-elles?

1) L'Union Européenne (UE) et plus particulièrement l'Eurozone représenteront dans les prochaines années un pôle mondial de développement et de croissance capable de faire jeu égal avec le bloc BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Faire jeu égal signifiera non seulement résister à la compétition économique du BRIC mais négocier des accords stratégiques avec les Etats de ce même BRIC, sur une base de puissance à puissance. L'UE pourra d'autant plus facilement le faire que dans le même temps le bloc américano-atlantique perdra de sa compétitivité et de son influence. Mais il faudra pour cela que l'UE accepte de s'affranchir de sa soumission historique au bloc atlantique et au dollar (dont en Europe la Grande Bretagne demeure un représentant traditionnel) . Il faudra aussi qu'elle sache valoriser ses atouts, y compris l'euro. Ce point de vue est développé en Europe de façon convaincante par Franck Biancheri et le Think tank LEAP/2020 qu'il anime 1)

2) L'Europe dispose de tous les éléments humains et technologiques permettant de mettre en place les bases d'une nouvelle économie et de nouvelles activités productives. Ces éléments sont pour le moment inemployés. Il est donc possible de faire appel à eux sans créer d'inflation.

En quoi consistent les ressources potentielles de l'Europe et de quelles façons les mobiliser? On peut se référer à cet égard aux travaux de Jeremy Rifkin 2). Il existe un grand nombre d'études et projets analogues dans les différents pays européens. Ces ressources potentielles ne sont pas actuellement valorisées par des programmes industriels ayant l'ampleur suffisante pour satisfaire aux besoins des 500 millions d'Européens. Il en résulte que les opinions publiques et par conséquent les majorités politiques actuellement au pouvoir n'ont pas pris conscience de l'existence de ces ressources et des modalités permettant de les mobiliser.

Ceci d'autant plus que que les intérêts économiques et financiers transnationaux, dominants en Europe comme dans le monde, s'opposent pour le moment à ce que les ressources européennes potentielles soient mobilisées au service d'une nouvelle économie. Cela les obligerait à revoir en profondeur les fondements de l'économie actuelle (ultra-libérale) dont ils tirent leur profits et leurs pouvoirs. Ils ne veulent pas remettre en cause la prédominance des énergies et des productions traditionnelles, la captation des plus-values de la production par la financiarisation spéculative, le maintien y compris en Europe de travailleurs pauvres et de chômeurs incapables (sauf révoltes sporadiques) de sortir de leur dépendance.

3) Pour que les choses changent, il faudrait d'abord que les opinions publiques européennes perçoivent concrètement les types d'innovation et d'investissement qui pourraient redonner aux Européens la maîtrise de leur croissance et de leurs emplois. Pour cela, il faudrait que des exemples précis, ancrés dans l'économie réelle, leur soient proposés par des organismes disposant d'une crédibilité suffisante.

Nous pensons que, dès maintenant, notre Réseau Européen de Géopolitique pourrait amorcer le mouvement. L'objectif serait de recenser un certain nombre de domaines permettant de développer des programmes de démonstration (démonstrateurs) à partir desquels des investissements de plus grande ampleur pourraient être décidés avec l'appui non seulement des pouvoirs publics mais des populations.

Un ensemble de projets innovants

Notre Réseau ne pourra pas aborder toutes les priorités à la fois. Il faudra faire des choix. Nous proposons un certain nombre de conditions permettant de sélectionner dans le cadre d'une première liste, après appel à propositions, les initiatives que nous retiendrons . Il devra s'agir :

- de projets faisant systématiquement appel aux technologies avancées ou aux usages innovants associant ces technologies. Ce sera le cas des technologies de l'énergie renouvelable, de l'habitat « zéro-énergie », du transport terrestre rénové mais aussi de toutes les applications sociétales de l'information numérique en réseau, de la robotique et de l'intelligence artificielle. Des associations avec les réseaux de laboratoires universitaires et chercheurs impliqués dans ces domaines seront indispensables. Plus complexes, des expériences intéressant le spatial ne seront pas à exclure, en liaison avec l'Agence spatiale européenne.

- de projets reposant sur des ressources potentiellement disponibles en Europe, c'est-à-dire n'exigeant pas de faire systématiquement appel à des importations.

- de projets répondant à des besoins économiques et sociaux non encore satisfaits par les grandes entreprises actuelles, permettant notamment la décentralisation, la mutualisation et la mise en réseau des initiatives en matière de production et de consommation, y compris dans le cadre d'entreprises coopératives ou relevant de l'économie sociale et solidaire.

- de projets susceptible d'aboutir dans des délais ne dépassant pas 5 ans à des prototypes ou démonstrateurs en état de marche, voire à des systèmes opérationnels. Dans ces délais, les projets devront démontrer, outre leur viabilité technique, qu'ils créent de nouveaux emplois se suffisant à eux-mêmes (non subventionnés) et qu'ils sont porteurs d'une rentabilité à moyen ou long terme.

- de projets proposés par des consortiums présentant une crédibilité suffisante et acceptant une mise de fonds et des prises de risques garantissant leur engagement. La participation des collectivités régionales et locales sera particulièrement souhaitable.

- de projets présentant, si possible, dès l'origine, un caractère transrégional et transeuropéen, c'est-à-dire une portabilité au delà du lieu de leur première réalisation. Cette portabilité pourrait aboutir dans certains cas à la mise en place de grandes infrastructures transeuropéennes, en matière notamment d'énergie, de transport et de ressources numériques (4)

Les conditions de mise en oeuvre des projets

Notre Réseau Européen de Géopolitique n'entend pas esquiver les questions essentielles relative à la maîtrise d'ouvrage et au financement des projets qu'il aura sélectionné. Pour cela, il fera des propositions s'inscrivant dans la réforme en profondeur des institutions européennes préconisées par les forces politiques voulant faire de l'Europe (notamment au niveau de l'Euro-groupe) la puissance mondiale qu'elle n'est pas encore. Deux points seront particulièrement étudiés:

- La maitrise d'ouvrage. Idéalement, l'étude et la mise en oeuvre des projets que nous proposerons devraient relever d'une maîtrise d'ouvrage assurée par les services techniques d'un Fonds européen d'investissement stratégique à créer. ( 5) Tant qu'un tel Fonds n'existera pas, notre Réseau s'efforcera de mettre en place, à partir des ressources provenant de ses membres et de ses correspondants, une première structure de conseil et de direction, qui passera le relai le plus tôt possible

- Le financement. D'une façon générale, des investissements rentables sur 5 ans environ pourraient être financés par des avances remboursables de la Banque centrale européenne (BCE), si celle-ci était autorisée à le faire. On pourrait faire appel en complément à des emprunts (ou mieux des rentes perpétuelles) souscrits par des citoyens européens à partir des épargnes patrimoniales considérables dont ils disposent. Il faudra seulement monter les mécanismes public-privé adaptés, et que l'opération se fasse dans le cadre d'une politique générale inspirant non seulement confiance mais volonté de soutien des citoyens.

Dans l'immédiat notre réseau s'appuiera sur les projets d'investissement qu'il aura retenus pour faire dans l'esprit ainsi résumé des propositions de financement adaptées à chacun d'eux. Ces exemples permettront d'étudier et d'aider à négocier auprès des autorités responsables les changements devant être apportés au fonctionnement de la BCE et de la gouvernance européenne.

Suite à donner à la présente note.

- A la date de ce jour, 12 février, cette note est de la seule responsabilité de son signataire et de l'organisme qu'il représente (Automates Intelligents) . Elle n'engage pas les autres membres du Réseau. Automates Intelligents pourra, sous cette réserve, la faire circuler pour information et avis auprès de ses membres et correspondants.

- Automates Intelligents propose que dans les prochains jours la note soit mise en circulation, discutée, modifiée et complétée par les autres membres du Réseau.

- Si cette démarche aboutissait, une version élaborée de la note pourrait, dans les meilleurs délais, être communiquée à un certain nombre d'experts et de cercles politiques intéressés au thème de la relance de la croissance et de l'emploi en Europe. L'accueil reçu définira la suite des évènements.

Notes
1) Le point saillant de ce nouveau traité sera la mise en place de « sanctions automatiques en cas de non-respect de la règle du déficit inférieur à 3% » du produit intérieur brut (PIB) ». L'instauration d'une « règle d'or renforcée et harmonisée au niveau européen » a été décidée, afin que les cours constitutionnelles de chaque pays puissent vérifier que les budgets vont « vers le retour à l'équilibre ». La Cour de justice européenne devra préciser si « les règles d'or nationales correspondent à un vrai engagement de retour à l'équilibre budgétaire ». A l'opposé, le Traité ne prévoit aucun dispositif permettant de relancer la croissance et l'emploi sur des bases non inflationnistes.
2) Franck Biancheri. Crise mondiale. En route pour le monde d'après . France- Europe-Monde dans la décennie 2010-2020, Anticipolis 2010
3) Jeremy Rifkin La troisième révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l'énergie, l'économie et le monde Éditions Les Liens qui libèrent, 2012
4)Cf. la mise en place en Europe de systèmes de transports combinés (ferroviaires-maritimes-routiers) destinés à remplacer le transport tout routier dont souffre l'Europe (voir l'article de Sauvons l'Europe: http://www.sauvonsleurope.eu/le-transport-des-marchandises-en-europe-une-nouvelle-approche/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=le-transport-des-marchandises-en-europe-une-nouvelle-approche
5) Voir à ce sujet notre article Pour un Fonds stratégique européen d'investissement http://www.automatesintelligents.com/echanges/2010/fev/fie.html

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