Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 124
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 

Article

Sommes nous seuls dans l'Univers ?
Jean-Paul Baquiast 30/01/2012

Il s'agit d'une question aux répercussions scientifiques et philosophiques considérables. Nous venons de présenter les livres de deux cosmologistes(1) qui défendent une thèse que beaucoup de personnes détestent entendre formuler mais qui paraît aujourd'hui, en l'état de la science, la seule recevable: il n'est pas possible aujourd'hui d'identifier, à quelque endroit de l'univers que l'on se place, hors la Terre, de formes de vie et encore moins de formes organiques complexes susceptibles de comportement intelligents. Ceci quelles que soient les définitions que l'on donne de la vie et de l'intelligence.

Cela ne veut pas dire que de telles formes n'existent pas ailleurs. Il est donc tout à fait conforme à l'esprit scientifique de chercher à les découvrir. Cette recherche, pour ouvrir les angles d'approche, peut légitimement s'appuyer sur des définitions de la vie et de l'intelligence qui ne soient pas définies strictement par les modèles biologiques identifiés.

Un vaste courant de recherche s'appuie pour ce faire, comme nous allons le rappeler ci-dessous, sur les produits de la vie synthétique et de l'intelligence artificielle actuellement développés par des Terriens sur la Terre, autrement dit, rappelons-le, par des organismes biologiques, ceux des chercheurs des disciplines concernées. Mais, répétons-le, aussi intéressants que puissent être ces produits et schémas, il ne suffit pas de montrer qu'ils sont théoriquement concevables. Il faudrait démontrer expérimentalement que des entités de même nature existent sur d'autres planètes ou à quelque endroit que ce soit de l'univers. A ce moment seulement, nous pourrons affirmer que nous ne sommes pas seuls dans l'univers.

Les super-Terres

Il est indéniable que la mise en évidence, qui se multiplie actuellement, de planètes extérieures au système solaire et susceptibles d'habriter des formes de vie telles que nous les connaissons encourage les spéculations. On en compte à la date de rédaction de cet article environ 700. Ces planètes sont encore beaucoup trop lointaines pour que les instruments actuels permettent de les observer avec suffisamment de précision. Néanmoins l'échéance se rapproche.

Selon l'astrophysicien Dimitar Sasselov(2), les planètes les plus favorables à la vie ne sont pas seulement celles qui dans l'ensemble sont comparable à la Terre. Il pense que ce que les astronomes désignent du terme de super-Terre le seraient bien plus encore. Ci contre une vue d'artiste représentant un système double de super-Terres orbitant autour d'un Soleil.

Il faut entendre par ce terme de super-Terre des planètes composées de roches et de glaces d'une taille pouvant être 10 fois celle de la Terre. Elles disposent d'une surface relativement réduite par rapport à leur masse, ce qui leur permet de conserver leur chaleur interne. Cette chaleur favorise les mouvements tectoniques tels que connus sur Terre. Ceux-ci préviennent l'excès d'émissions volcaniques susceptibles de générer des effets de serre catastrophiques comme sur notre voisine Venus. Enfin la quantité de glace d'eau qu'elles contiennent pourrait favoriser la constitution d'océans gigantesques, multipliant les chances de voir apparaître les formes de vie océaniques qui sur Terre, ont été les précurseurs de la vie organisée.

En effet, selon Sasselov, la température clémente de la surface, sur ces planètes, pourrait encourager la constitution de molécules géantes susceptibles avec le temps d'atteindre les concentrations nécessaires à l'émergence de la vie. Ceci ne veut pas dire qu'il s'agirait d'une vie biologique telle que présente sur la Terre.

L'auteur porte un grand intérêt aux perspectives évoquées en introduction de cet article, concernant sur Terre les expériences en plein développement de la vie synthétique. Nous avons par exemple signalé ici les essais réussis de Craig Venter pour créer une cellule synthétique(3). D'autres essais sont en cours ailleurs. Or, les planètes super-géantes pourraient offrir des conditions permettant, avec le temps et la multiplication en nombre quasiment illimité des essais, la production de membranes enfermant les molécules nécessaires aux fonctions vitales telles que nous les connaissons.

Il ne s'agirait pas d'une vie nécessairement semblable à la vie sur Terre, mais elle pourrait y ressembler. Il ne serait pas pour autant nécessaire d'imaginer des formes de vie totalement exotiques, telles que la Science Fiction se plait à le faire. Il est évident que les recherches sur la biologie synthétique intéressent fortement l'exobiologie, c'est-à-dire la recherche de vie extraterrestre. La Nasa par exemple y consacre certains crédits.

L'évolution biologique répond-elle à des déterminismes généraux?

Ces formes de vie initialement monocellulaires pourraient-elles évoluer, comme sur Terre, afin de donner naissance à des organismes complexes susceptibles éventuellement d'intelligence et même de conscience de soi. Les biologistes et neurologistes évolutionnaires, sur ce point, et concernant les conditions régnant sur Terre, sont divisés. Comme le rappelle Michael Chorost(4), les uns ne voient aucune possibilité, dans le cadre de l'évolution darwinienne sur le mode Hasard et nécessité, pour que les aléas de l'évolution aient pu déterminer rigidement l'apparition d'espèces complexes et conscientes dont l'Homme actuel serait un représentant.

Différentes formes d'organismes sont apparues, certaines simples, d'autres complexes. La plupart ont disparu et ce ne fut que grâce à des circonstances favorables, n'étant en rien déterminées à l'avance, que les primates récents et les humains ont pu survivre. Il s'agit en gros de la thèse défendue par le regretté Stephen Jay Gould. Les deux cosmologistes cités dans la note 1 ci-dessous ont accumulé les preuves du fait que cette survie était si hautement improbable que l'on peut supposer sans grands risques, selon eux, qu'il s'est agi d'un phénomène unique dans la galaxie, sinon dans l'univers.

Mais une autre école de biologistes pensent que des lois plus générales, que l'on pourrait qualifier de structurales, sans imposer une évolution absolument déterministe vers la complexité et la conscience 5), du moins en augmentent les probabilités d'occurrence. Sur Terre, comme éventuellement sur les planètes super-géantes évoqués précédemment, les phénomènes locaux étudiés par la thermodynamique sous le nom d'accroissement de la complexité par génération d'ordre à partir du désordre (systèmes en déséquilibre) ne peuvent que favoriser des niches d'accroissement de la complexité dont la vie et même l'intelligence pourraient être les produits. En terme d'évolution, du fait des contraintes de la sélection darwinienne, ceci se traduit sur Terre par ce que l'on nomme l'évolution convergente. On désigne ainsi l'apparition d'organes différents ayant les mêmes fonctions (par exemple entre le dauphin et le saurien fossile dit ichtyosaure - image) mais aussi l'affectation à des fonctions différentes d'organes identiques.

Ces contraintes ne veulent pas dire, aussi bien sur Terre que sur d'autres planètes, que la marche vers des complexités croissantes soit déterminée à l'avance. Disons qu'elle aurait autant, sinon plus de probabilités de survenir que l'enfermement dans des formes de moins en moins complexes. Ceci même en cas de catastrophes de grande ampleur. Si des formes complexes survivent aux catastrophes, les chances pour qu'elles redonnent naissance à des complexités accrues ne sont pas négligeables.

Nous pouvons donc conclure qu'il ne serait pas scientifique d'exclure a priori l'existence dans l'univers de formes de vie intelligentes, éventuellement très différentes de nous. C'est toute la question qu'exploite avec ferveur la science fiction. Mais encore une fois, tant que de telles formes n'ont pas été observées sur Terre et ailleurs dans l'univers, il n'est pas possible d'en faire des objets d'étude autres que relevant de la conjecture.

Notes
(1) "Alone in the Universe. Why our Planet is Unique" par John Gribbin. http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2011/dec/gribbin.html
Voir aussi "Le théorème du jardin" par Christian Magnan http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2011/dec/theoremejardin.html
(2) Dimitar Sasselov. "How the hunt for alien worlds and artificial celles will revolutionize life on our planet", Basic Books 2011
(3) Voir par exemple http://www.guardian.co.uk/science/2010/may/20/craig-venter-synthetic-life-form. Voir aussi sur le même sujet http://www.sciencemag.org/content/329/5987/52.abstract
(4) Michael Chorost, "The ascent of life". NewScientist, 21 janvier 2012, p. 35
(5) Comme l'affirme le promoteur contesté de la théorie constructale, Adrian Bejan, y compris dans son dernier ouvrage "Design in Nature. How the constructal laws govern evolution", 2011. Doubleday.
Sur Béjan et plus généralement les théories de la morphogenèse, voir notre article de 2004 qui conserve toute son actualité : La morphogenèse http://www.automatesintelligents.com/echanges/2004/jan/morphogenese.html


Retour au sommaire