Editorial.
Nouvel
an 2012. Renforcement de l'affrontement entre le bloc
atlantique et l'Iran
Par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
- 02/01/2012

On
pourrait penser que ces deux blocs sont inégaux,
mais il n 'en est rien. C'est au contraire le bloc atlantique
qui paraît en état de faiblesse. Tout au
moins dans le cadre de l'affrontement actuel qui se
polarise sur la liberté de circulation des tankers
dans le détroit d'Ormuz. L'Iran a réussi
à rassembler autour d'elle la Russie et la Chine.
Le
bloc atlantique comprend certes outre les Etats-Unis,
Israël et on peut le supposer jusqu'à nouvel
ordre les membres de l'Otan. Mais il vient de démontrer
que face à un risque géostratégique
local, provenant de l'Iran (couper le détroit)
il ne dispose pas de mesures de rétorsion - sauf
à déclencher contre l'Iran une guerre
qui serait nécessairement de grande intensité.
Or ce pays, dont les capacités manouvrières
paraissent bien supérieures à ses forces
militaires réelles, est actuellement en train
de ridiculiser la puissance américaine, avec
des opérations réussies dans le domaine
de la cyber-guerre, suivies hier de menaces de blocus
du détroit, non suivies pour le moment d'effets,
qui ont pris à contre pied l'Amérique.
Incroyablement
confiante dans son ancienne politique de puissance,
l'Amérique et avec elle son allié Israël,
viennent de découvrir que toute réplique
militaire de leur part à un blocus iranien mobiliserait
contre elles la Russie et la Chine, trop contente de
réaffirmer leurs présences dans le golfe
Persique et au delà. De plus, l'appui escompté
des monarchies pétrolières ferait sans
doute défaut, au moins initialement, Washington
ayant été incapable de montrer de quel
côté il se situait face aux « révolutions
arabes ». Le Pentagone, pour ne pas parler
d'Obama lui-même, apparemment totalement dépassé,
n'a manifestement rien prévu de la façon
de faire face à une aggravation des tensions,
et a fortiori à des affrontements se généralisant,
dont le recours à la force nucléaire pourrait
devenir l'enjeu final.
Ajoutons
que l'Europe n'a pas clairement laissé entendre
de quel côté elle se situerait en cas de
tension s'aggravant entre l'Amérique et la Russie.
Elle a certes besoin du pétrole arabe mais elle
a semble-t- il encore plus besoin du gaz russe. De plus,
ses besoins en énergie ne peuvent lui tenir lieu
de grande ligne diplomatique. Jusqu'à présent,
sa passivité et son imprévoyance à
la remorque des "initiatives" de plus en plus
irresponsables de la diplomatie américaine, courant
tel un canard sans tête, ne lui permettent pas
de valoriser auprès des parties en conflit, y
compris l'Iran, les quelques atouts de stabilisation
qu'elle pourrait faire valoir.
On
a beaucoup parlé, en cette fin d'année
2011, des risques que courait l'Europe du fait de son
incapacité à maîtriser les puissances
financières mondiales. Mais ces risques paraissent
aujourd'hui bénins, au regard de la situation
qui se développe autour du détroit d'Ormuz.
Le sort de l'Europe, comme celui du monde, semble aujourd'hui
dépendre de joueurs de poker insanes qui ne semblent
même plus capables de mesurer leurs intérêts
géopolitiques à long terme.
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