Article.
Nouvelles
capacités franco-européennes dans le renseignement
satellitaire
Jean-Paul Baquiast 19/12/2011

La
date du 16 décembre a confirmé l'intérêt
de la coopération entre Arianespace et les Russes
afin d'utiliser la base de Kourou pour élargir
les possibilités de la fusée Soyouz.
(notre image: lancement du Soyouz à Kourou)
Précédemment, un vol inaugural préparé
depuis plus de 6 mois s'était traduit par la
mise en orbite le 21 octobre de deux nouveaux satellites
du système de positionnement satellitaire européen
(GPS) Galiléo. En test depuis fin 2005 à
la suite des lancements des deux premiers satellites
Giove-A et Giove-B en décembre 2005 et avril
2008, l'ensemble des quatre premiers satellites de la
constellation sera testé à partir de 2012.
Retardé plus de 5 ans pour des raisons politiques,
ce système sera indispensable à l'indépendance
européenne dans un domaine très disputé.
Il devrait avoir, outre un usage principalement civil,
un rôle important dans le positionnement militaires.
Les signaux reçus des satellites ont pour le
moment donné satisfaction. Mais il faudra malheureusement
attendra 2014 pour que le système global soit
pleinement opérationnel
Le vol du 16 décembre a lui aussi été
un plein succès. Il a permis la mise consécutive
en orbite de 6 satellites construits par Astrium. Il
a duré 3 heures et 26 minutes. Le premier satellite
déployé a été Pléiades
1, satellite d'un peu moins d'une tonne et premier
des deux satellites Pléiades, qui permettront
l'imagerie optique en couleur et en trois dimensions
pour la défense, l'industrie et pour la protection
de l'environnement. Pleiades 1 dispose d'une optique
très performante opérant à partir
d'une orbite de 700 km. Elle permet une résolution
de 50 cm sur une bande de couverture large de 20 km.
La localisation des images et les facilités de
mise en oeuvre devraient être de grande qualité.
La mise en orbite de Pléiades 1 a été
suivie de la séparation simultanée des
quatre micro-satellites ELISA (Electronic Intelligence
Satellite) . Ceux-ci ont été présentés
par certains médias comme l'acquisition depuis
longtemps attendue de satellites militaires permettant
de compléter les observations de terrain nécessaires
à la défense française. Il ne s'agit
pas de cela pour le moment (tâche qui relève
plutôt, dans le domaine optique, des Pléiades
1 et 2) mais seulement d'un démonstrateur intéressant
la DGA, le CNES et les industriels Astrium et Thales
Airborne Systems.
L'objectif est de valider les techniques de détection
de radars et d'émission radio-électrique
depuis l'espace. Cette mission développée
par le CNES pour le compte de la DGA utilise 4 satellites
de 130 kg reposant sur une plateforme Myriade placés
à quelques kilomètres les uns des autres
sur une orbite héliosynchrone basse. L'interprétation
combinée des mesures des signaux effectuées
par satellite permet de localiser et de caractériser
les radars.
Il aura cependant déjà une vocation opérationnelle,
laisse entendre le ministère français
de la défense. Le système sera exploité
au sol par la direction générale de l'armement
(DGA) et la direction du renseignement militaire (DRM).
A terme, le système opérationnel complet,
Ceres, couvrira les émissions radar et
télécom. Il permettra de reconstituer
l'architecture d'un réseau de téléphonie
ou de radio, donc d'établir l'organisation d'un
état-major, mais aussi de mesurer son niveau
d'activité, c'est-à-dire d'anticiper l'action
d'un adversaire. On peut espérer que dans quelques
années, ce type de satellites deviendra pleinement
opérationnel et intégré à
la défense européenne. Ceci permettra
à la France et le cas échéant à
ses alliés européens d'échapper
en ce qui concerne la détection des radars à
la domination massive des systèmes américains
d'intelligence satellitaire.
Le satellite chilien SSOT (Sistema satelital
de Observacion de la Tierra) a été déployé
en dernier. Il s'agit d'un petit observatoire optique
à rôle dual (civil et militaire) destiné
à des tâches intéressant en premier
lieu la surveillance de l'environnement et la gestion
des ressources agricoles. Il a été construit
dans le cadre d'une coopération entre l'armée
chilienne, le CNES et Astrium, en utilisant les mêmes
solutions que ELISA.
Questions
budgétaires
La
France est le seul pays européen à disposer
d'une gamme complète de systèmes d'intelligence
militaire satellitaires. Les Etats-Unis et la Russie,
à une toute autre échelle pour les premiers,
s'en sont dotés depuis longtemps. On suppose
que la Chine est en train de faire la même chose.
Il serait donc logique que les crédits nécessaires,
dont les retombées sont non seulement stratégiques
mais industrielles, ne soient pas discutés. Or
Ceres devait être opérationnel en 2016.
Mais il a été repoussé à
2020, pour des raisons budgétaires. La France
cherche des partenaires européens, qui comme
à l'habitude ne s'empressent pas de participer,
même s'ils comptent profiter à terme de
telles capacités.
Concernant le spatial en général, les
crédits promis aux armées pour le spatial
(650 millions d'euros par an de 2015 à 2020)
sont loin d'être garantis. L'effort a diminué
depuis 2002. La loi de finances pour 2012 a inscrit
355 millions d'euros. La baisse des crédits a
été significative. Dans le domaine du
renseignement d'origine électromagnétique,
la relève des démonstrateurs n'est pas
assurée.
Quant à Pleiades 1, avec les autres moyens d'optique
récents, comme Helios 2, il permettra de d'améliorer
par exemple la modélisation du terrain pour les
missiles de croisière. Ces systèmes d'observation
seront, eux, intégrés au programme européen
Musis (Multinational Space-based Imaging System
for Surveillance, Reconnaissance and Observation), complémentaire
de Ceres. Mais dans le climat actuel de désinvestissement,
Musis est également menacé. Il sera en
tous cas retardé. L'accord de coopération
n'a pas été encore finalisé.
On notera que MUSIS est en concurrence avec le projet
germano-américain HIROS Ceci en dit long
sur la volonté des pays européens de se
doter de capacités indépendantes de celles
des Etats-Unis.
Pour
en savoir plus
Galileo
http://fr.wikipedia.org/wiki/Galileo_%28syst%C3%A8me_de_positionnement%29
Pleiades
http://www.cnes.fr/web/CNES-fr/3227-pleiades.php
Elisa
http://fr.wikipedia.org/wiki/Elisa_%28satellite%29
SSOT
http://en.wikipedia.org/wiki/SSOT_%28satellite%29
MUSIS
http://fr.wikipedia.org/wiki/MUSIS
Voir aussi http://www.defense.gouv.fr/dga/equipement/information-communication-espace/musis
HIROS
http://fr.wikipedia.org/wiki/HiROS
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