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Le
théorème du jardin
par Christian Magnan
amds.édition 2011
présentation
et commentaires par Jean-Paul Baquiast 23/11/2011
article
à discuter
Pour
en savoir plus
Page
Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Magnan
Pages
de Christian Magnan
http://www.lacosmo.com/
Présentation
du livre sur le site de l'auteur http://www.lacosmo.com/letheoremedujardin.html
On trouve sur les deux derniers sites de nombreux
documents qui complètent et illustrent
le livre, notamment sous la forme de galeries
d'images. Leur consultation s'impose absolument,
pour remédier à l'austérité
d'un texte qui, pour des raisons d'économie
bien compréhensibles, ne fait pas appel
aux illustrations ou schémas. .
Voir
aussi notre article en date du 20 septembre 2006,
toujours d'actualité. Les cosmologistes
sont-ils des menteurs? Pour mieux connaître
l'astrophysicien Christian Magnan
http://www.automatesintelligents.com/echanges/2006/nov/cosmologie.html

La comète McNaught au crépuscule
en janvier 2007. Photo Guillaume Cannat
Mise en garde. Disclaimer
Nous
avons soumis, comme il se doit, cet article à
l'auteur du « Théorème
du jardin ». Il a bien voulu nous adresser
la réponse suivante:
"
Christian Magnan a pris connaissance de ce texte
et, tout en remerciant
J.P. Baquiast de son travail et de son intérêt,
émet des réserves sur la façon
dont sa pensée est traduite. Il estime
que son argumentation est souvent déformée,
même si dans l'ensemble les conclusions
restent en gros préservées. Il ne
valide donc pas ce que ce texte "lui fait
dire", demandant au lecteur éventuel
de retourner au texte du livre.
Il
regrette en outre que des points centraux de son
livre, comme celui consacré à la
démonstration de la fausseté de
l'affirmation selon laquelle l'Univers aurait
été réglé de façon
infiniment précise au Big Bang, soient
ignorés par le compte-rendu.
Enfin il s'étonne que nulle part ne soit
mentionné LE sujet du livre, à savoir
le modèle d'univers de Friedmann, lequel
constitue pourtant la base de la discussion des
sujets traités et l'achèvement de
notre connaissance du monde.
Le nouveau livre de l'astrophysicien Christian
Magnan nous paraît remarquable, comme l'est
à notre avis son oeuvre toute entière.
Précisons d'emblée que ce jugement,
comme tous ceux qui vont suivre, nous sont personnels.
D'autres membres de la communauté scientifique
concernée, sans remettre en cause les arguments
scientifiques qu'il évoque, sont très
partagés en ce qui concerne les interprétations
qu'il en donne. Nous excluons évidemment
les critiques venant des scientifiques d'inspiration
spiritualiste. Ils sont par définition
opposés aux points de vue présentés
par Christian Magnan puisque celui-ci ne fait
pas appel à une divinité ou un esprit
extérieur qui serait responsable de l'organisation
de l'univers et qui serait invoqué pour
apporter des réponses non scientifiques
aux problèmes que la science reconnaît
ne pas pouvoir résoudre. Mais, même
au sein des astronomes et astrophysiciens se disant
matérialistes, il en est un grand nombre
qui ne partagent pas les jugements qu'il porte
sur les méthodes et possibilités
de la science. Il s'agit d'un point fondamental,
dont la discussion fera l'essentiel de cet article.
Avant
d'aborder ces questions, indiquons à toute
personne intéressée par l'astronomie,
son histoire et ses perspectives que « Le
théorème du jardin »
constitue une lecture indispensable. Les ouvrages
de vulgarisation abondent sur ce thème
très populaire, les actualités scientifiques
apportent quotidiennement de nouveaux éléments
d'information et de réflexion. Cependant
il nous semble que l'on puisse donner à
ce livre (et au blog qui l'accompagne) une
place privilégiée. Il ne se borne
pas à présenter des faits d'observations
ou des commentaires que les chroniqueurs scientifiques
reprennent d'articles en articles. Il apporte
concernant notamment l'histoire des principales
découvertes, des détails et des
interprétations qui manquent généralement
aux travaux de vulgarisation. Certains de ses
propos nécessitent d'ailleurs pour être
bien compris un minimum de connaissances mathématiques.
Il ne s'agit pas à nos yeux d'une critique.
L'auteur fait montre ainsi de l'estime dans laquelle
il tient ses lecteurs.
Ce
faisant, au long des 3 premiers chapitres, il
laisse apparaître la critique fondamentale
des méthodes et conclusions de la cosmologie
moderne qui font son originalité et qui
vraisemblablement suscite l'agacement sinon l'hostilité
de ses confrères. Cette critique prend
toute sa portée dans les deux derniers
chapitres, « L'Univers est-il fait
pour l'homme? » et « Les
dérives de la cosmologie moderne »
qui nous intéressent plus particulièrement
et que nous allons commenter ici.
L'univers
est-il fait pour l'homme? Les cerveaux humains
peuvent-ils comprendre l'univers?
Définissons
l'astronomie comme la science des objets célestes
et l'astrophysique comme l'étude de ces
derniers au regard des processus physiques dont
ils sont le résultat ou l'illustration.
Les deux approches se complètent aujourd'hui.
Il faut rappeler cependant que l'astronomie, étude
du ciel et des astres, est apparue sous forme
empirique au sein des premières sociétés
humaines. Plus généralement, toutes
les espèces vivantes, sauf celles vivant
dans l'obscurité intégrale, se sont
adaptées aux rythmes astronomiques. Un
certain nombre d'entre elles, par exemple les
oiseaux migrateurs, utilisent des repères
célestes avec une précision proche
semble-t-il de celle de nos premiers GPS.
Il
serait donc irresponsable, au prétexte
des crises économiques, financières,
environnementales contemporaines, de cesser de
s'intéresser aux sciences du ciel. D'une
part celles-ci sont de plus en plus utilisées
par les politiques spatiales civiles et de défense,
d'autre part et surtout, comme le montre parfaitement
le livre de Christian Magnan, elles continuent
à inspirer l'imaginaire et par conséquent
les comportements des sociétés actuelles.
Bien plus, elles fournissent l'arrière-plan
indispensable à toute réflexion
de type philosophique sur l'avenir de la vie,
de l'homme et de l'intelligence. Elles retentissent
donc sur l'existence de chacun d'entre nous. Mais
elles véhiculent aussi beaucoup de non-sens
et d'inexactitudes, souvent avec l'assentiment
sinon la complicité des scientifiques concernés
eux-mêmes. Une partie de la mission que
s'est assignée Christian Magnan est de
mettre ces errements en évidence.
Or
Christian Magnan montre avec une grande clarté
qu'un grand mythe, inspirant non seulement les
religions mais aussi les politiques publiques,
n'a pas de fondements scientifiques. Il s'agit
de celui selon lequel l'univers serait d'une certain
façon organisé pour que les sociétés
humaines s'y déploient. Une des conséquences
de ce mythe serait que l'univers pourrait, aujourd'hui
ou demain, devenir compréhensible par les
cerveaux humains. L'expérience tend à
prouver le contraire. Une grande partie du livre,
évoquant des faits d'observations semble-t-il
incontestables, montre que les régularités
ou lois que la science pensent pouvoir détecter
dans l'univers ne résultent que d'observations
ou de généralisations sommaires.
Dans
le détail, les processus physiques de toutes
natures, à l'oeuvre depuis le Big bang,
sont essentiellement turbulents, chaotiques et
par conséquent imprévisibles. Aucun
astre d'ailleurs ne ressemble à un autre.
L'univers est indescriptible par les modèles
que nos cerveaux et notre science ont élaboré
pour l'étudier. Ceci veut dire que le principe
anthropique constamment évoqué par
les religions pour mettre en évidence la
« main de Dieu » dans la
création n'a pas de valeur scientifique.
Il en est de même de l'harmonie et la beauté
que beaucoup d'astrophysiciens spiritualistes,
comme Trinh Xuan Thuan croient pouvoir y détecter.
Voir à ce sujet notre présentation
du livre récent de celui-ci.
2).
Si
l'univers est globalement indescriptible, cela
signifie-t-il que les cerveaux humains doivent
renoncer à le comprendre en profondeur?.
Si nous suivions Christian Magnan dans cette voie,
devrions nous en conclure que, pour la première
fois dans l'histoire de la science, l'astronomie
devrait baisser les bras?. On objectera que si
ce postulat avait été évoqué
dans les siècles précédents,
elle en serait restée au mieux à
l'astrolabe.
Mais
les arguments avancés par l'auteur sont
très forts. Nous ne les reprendrons pas
ici. Encore une fois, une lecture approfondie
de son livre s'impose. Il en est un autre fourni
par les cogniticiens évolutionnistes: le
cerveau et les cultures humaines se sont développées
pour répondre aux exigences de la survie
dans un milieu donné, autrement dit un
milieu relativement descriptible par l'interaction
entre les éléments de ce milieu
et les organes sensoriels ou cérébraux.
Si cette interaction devenait impossible au delà
d'une certaine échelle de temps et de lieux,
le cerveau et les concepts construits par lui
deviendraient inutilisables. Mieux vaudrait en
prendre acte que s'acharner. Les moyens consacrés
à tenter de comprendre l'incompréhensible
seraient mieux utilisés s'ils servaient
à comprendre le compréhensible.
Cependant,
l'incompréhensible d'aujourd'hui ne sera-t-il
pas le compréhensible de demain? Christian
Magnan semble évoquer à cet égard
ce que l'on pourrait appeler une frontière
de connaissance qui serait fondamentalement infranchissable.
Mais comment préjuger de l'avenir? Comment
affirmer que de nouveaux instruments, voire de
nouvelles organisations cérébrales
(résultant par exemple d'une symbiose entre
des cerveaux vivants et des systèmes d'intelligence
artificielle) ne pourraient pas étendre
le domaine du compréhensible? Christian
Magnan, sans évacuer totalement cette hypothèse,
répond à cela, si nous le comprenons
bien, d'une façon qui surprendra. En fait,
selon lui, aujourd'hui, nous connaissons déjà
de l'univers, globalement (c'est-à-dire
à l'exclusion de multiples détails
locaux), tout ce que nous pourrons jamais savoir.
Le reste nous échappera toujours, parce
que les explorations dans le temps et dans l'espace
dont nous aurions besoin pour répondre
à des questions se situant au delà
de nos moyens instrumentaux et aussi mentaux sont
définitivement interdites à des
terriens.
Pour
lui et en tant que matérialiste
nous le suivons tout-à-fait - la science
si elle veut rester scientifique doit reconnaître
ses limites. Si elle ne le fait pas, elle laisse
parler à sa place toutes les pseudo-sciences
et mythologies qui tout en se prétendant
scientifiques, fournissent des réponses
relevant de l'imaginaire pur ou pire, de l'escroquerie
intellectuelle.
Sans
aller jusqu'à dire que les grands phénomènes
cosmiques seront à jamais incompréhensibles
par la science, Christian Magnan donne beaucoup
d'exemples ou celle-ci, aujourd'hui, malgré
d'ailleurs les prétentions de certains,
n'apporte pas de réponses. Citons par exemple
les conditions dans lesquelles les nuages interstellaires
se condensent en galaxies et/ou en astres. Ce
processus qui s'exerça à la naissance
de l'univers se répète constamment
aujourd'hui, sans qu'il soit clairement compris.
Mais
le doute concernant la capacité du cerveau
à résoudre, et même à
poser les grandes questions concernant l'univers
rejoint une interrogation multimillénaire
beaucoup plus vaste; comment l'univers (l'espace-temps)
est-il apparu? Existe-t-il un au delà ou
un infra à celui-ci? Certes, le calcul,
comme nous l'avons rappelé, peut proposer
des hypothèses. Mais tant que celles-ci
ne sont pas vérifiables ce qui est
le cas de la plupart d'entre elles - mieux vaudrait
ne pas leur consacrer trop de temps.
La
présente discussion se situe ici dans le
domaine du macroscopique, plus exactement du macroscopique
à dimension cosmologique. Christian Magnan
se refuse à étendre ses réflexions
à la physique subatomique, autrement dit
au monde dit microscopique ou quantique. Mais
des questions voisines pourraient être posées.
Il en est ainsi des limites de la connaissance.
Le cerveau humain pourra-t-il jamais comprendre
le monde quantique autrement que par l'intermédiaire
d'approches à grande échelle faisant
appel aux probabilités. On sait que Feynman
avait affirmé que ce ne serait jamais possible.
Or les phénomènes ultimes envisagés
par la cosmologie, Big bang, trous noirs, Big
crunch, supposent des interprétations inspirées
de la mécanique quantique. L'incompréhension
s'attachant à celle-ci s'étend à
celle qui accompagne la cosmologie. Nous pensons
qu'il existe une continuité dans la nature.
Même si celle-ci n'appelle pas partout des
descriptions de mêmeordre, il paraît
difficile d'isoler des domaines en fonction de
leur échelle.
Régulièrement
de nos jours, les physiciens formulent des hypothèses
ou même proposent des expériences
qui intéresseraient autant la cosmologie
que la physique quantique. Citons deux récents
articles dans Nature, l'un selon lequel la fonction
d'onde pourrait avoir une réalité
physique 3) et l'autre selon
lequel les fluctuations du supposé vide
quantique pourrait faire émerger des électrons
4). Ces hypothèses pourraient semble-t-il
intéresser les conjectures relatives à
l'apparrion de l'univers. Encore faudrait-il,
évidemment, qu'elles soient vérifiées
expérimentalement. C'est loin d'être
le cas, concernant notamment la première.
Une
communauté d'approche entre la physique
quantique et la cosmologie rendrait particulièrement
opportune, selon nous, l'extension à cette
dernière de la Méthode de Conceptualisation
Relativisée de Mme Mugur-Schachter, extension
que nous recommandons par ailleurs. Il s'agit
de la vaste question du "réalisme"
en science, que nous n'aborderons pas ici. On
pourra lire sur ce sujet un de nos article récents
( http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/122/mcr.htm).
Quittons
ce point en évoquant une objection d'ordre
logique à l'hypothèse proposée
par Christian Magnan, celle selon laquelle le
cerveau humain, notre cerveau, devrait admettre
ses propres limitations dans la compréhension
du monde. Comment un système, quel qu'il
soit, pourrait-il sortir de lui-même pour
qualifier de l'extérieur ses relations
avec son environnement ? Comment pourrait-il,
en particulier reconnaître ses incompétences
? Répondons provisoirement que, aussi longtemps
que le système émet des messages
de blocage interne, il serait raisonnable d'en
tenir compte et ne pas lui demander de dépasser
les non possumus qu'il signale lui-même
à son utilisateur.
Qu'est
ce que la science?
Christian
Magnan donne de celle-ci une définition
tout à fait orthodoxe, en conformité
avec les grands postulats de l'épistémologie
des Lumières: il n'est de science que lorsque
les hypothèses sont validées ou
à défaut validables par les expériences,
autrement dit non falsifiées ou à
défaut falsifiables, selon la terminologie
de Karl Popper. En pratique, toutes les disciplines
respectent ces postulats. Si elles s'en écartent,
on leur reproche à juste titre de faire
du roman ou, pire, de tromper sciemment le public
en affirmant de pseudos vérités.
Un
de nos lecteurs (Jean Villeroux, ancien du CEA)
a repris cette définition en des termes
très élégants:
« Sur la question
de la cosmologie considérée comme
une science, je me permettrais les commentaires
suivants.
1 - Lunivers fait ce quil « veut »
et nous ne sommes que des spectateurs qui essayons
de comprendre avec les outils de notre intelligence
ses mécanismes. La science me semble donc
simplement une modélisation de l'univers
qui doit être confrontée avec
la réalité pour être validée.
Nos certitudes scientifiques ne sont que provisoires
car elles peuvent être mises en échec
par de nouvelles observations ou le résultat
dobservations faites à laide
de nouvelles expériences. Les nouvelles
théories sont de nouveaux modèles
à valider, la validation me semblant être
la partie le plus importante de la démarche.
Un modèle sans validation est peut être
un exercice intellectuel excitant pour son auteur,
mais pour lui seul ou ses adeptes.
2 - Toutes les théories ne sont que des
modèles de notre environnement élaborés
par notre intelligence pour au moins dans un premier
temps lutiliser dans notre intérêt
ou au mieux éviter ses inconvénients.
La réalité est ce quelle est,
les modèles sont ce quils sont. Tous
les modèles compte tenu de leur complexité
ont leur domaine de validité. On peut sinterroger
sur les raisons qui font que lintelligence
humaine cherche à modéliser au delà
de ce qui est simplement une bonne exploitation
de son environnement mais cest peut être
ce qui fait le moteur (peu partagé) du
progrès de lhumanité. Les
mathématiques sont effectivement une science
puisquelles comportent à priori la
définition formelle dun mécanisme
pour distinguer le vrai du faux. Gödel
a cependant introduit une nuance intéressante
qui, malgré la rigueur de linstrument,
montre quil existe de lincertitude.
Leur utilisation pour construire des modèles
est une aide dans la rigueur de la démarche,
mai il me semble que la validation ne peut être
quexpérimentale. Lusage des
mathématiques pour construire des modèles
et tirer de la rigueur de mathématique
une justification absolue de ceux-ci est une escroquerie
hélas très répandue dans
le domaine financier. «
Or
la cosmologie, depuis quelques décennies,
s'est affranchie de cette limitation. Des théoriciens,
au prétexte des l'impossibilité
pratique d'observer, tenant aux insuffisances
temporaires ou définitives de l'instrumentation,
ont inventé des modèles susceptibles
de répondre à certaines des questions
non résolues. Ces hypothèses sont
ou risquent de rester à jamais invérifiables.
Christian Magnan s'est isolé de la très
grande majorité de ses collègues
en se refusant pour son compte à cette
facilité. De ce fait d'ailleurs, il se
coupe de la possibilité de parler à
l'imagination du grand public. Pour celui-ci en
effet, peu importe qu'une hypothèse soit
invérifiable si elle excite l'imagination
ou si elle soutient une mythologie à la
recherche d'esprits à conquérir.
il
a depuis longtemps refusé ainsi de reconnaître
comme véritablement scientifiques des hypothèses,
a tort baptisé de théories, telles
que celles inspirant la théorie des cordes,
les supputations relatives au multivers ou même
celles posant que l'univers puisse être
infini. Les auteurs de ces hypothèses s'appuient
sur les ressources des outils mathématiques
décuplées par les possibilités
de l'informatique. Mais pour lui, cela ne suffit
pas à donner un caractère scientifique
à ces travaux scientifiques, malgré
les dizaines de millions de $ qui s'y engloutissent.
D'une part les hypothèses restent dans
l'ensemble invérifiables et d'autre part,
rien ne permet d'affirmer que l'univers obéisse
à des règles mathématiques.
Celles ci, rappelle-t-il, sont propres à
l'organisation neuronales des humains et ne se
retrouvent pas dans la nature, sauf à simplifier
outrageusement les observations. De plus, le propre
de l'incompréhensibilité fondamentale
du cosmos, selon lui, est qu'il ne paraît
pas respecter de règles uniformes. Au contraire,
comme nous l'avons indiqué, il est désordonné,
quelle que soit l'échelle à laquelle
on l'observe.
Christian
Magnan étend son refus des modèles
théoriques invérifiables à
des affirmations faisant depuis quelques années
les délices des magazines de vulgarisation.
Il s'agit de la matière noire ou masse
manquante, qui serait nécessaire à
la cohésion gravitationnelle des galaxies
ou de l'énergie noire qui serait responsable
d'une expansion exponentielle de l'univers, prétendument
observée. Or pour lui, ces hypothèses,
restées à ce jour invérifiées,
sinon invérifiables, sont venues d'erreurs
dans les observations. Il affirme preuve à
l'appui que l'on connait très mal les galaxies
et leurs dynamiques. A plus forte raison connait-on
mal les distances des « chandelles
cosmologiques » utilisées pour
calculer les mouvements des astres par rapport
à nous. Faire appel à des données
manquantes, en s'appuyant sur force considérations
théoriques, permet d'éviter l'effort
consistant à préciser les conditions
d'observations. 5)
L'appel
à des hypothèses théoriques
permettant de simplifier, mathématiser
et informatiser les données d'observation
vient de loin. C'est ainsi que fut très
tôt postulée l'homogénéité
à grande échelle de la structure
de l'univers et donc des lois proposées
pour en rendre compte. Rien au contraire ne permet
de transformer de tels postulats en règles
générales. De plus en plus d'observations
demandent au contraire de réintroduire
dans les modèles différentes possibilités
d'accidents.
La
littérature récente évoque
par exemple le cas de la gravité, qui semble
s''exercer de façon modifiée selon
les domaines de l'espace étudiés.
Il est trop tôt par ailleurs pour dire si
les observations actuelles relatives à
ce que l'on a nommé des neutrinos supra-lumineux
seront vérifiées. Si cela était
le cas, il faudrait revoir une partie de la physique
relativiste, peut-être aussi une partie
de la physique quantique. Il n'y aurait là
rien d'anormal, puisque la priorité devrait
être donnée aux observations, si
les protocoles de celles-ci étaient validées
par la communauté scientifique.
On
voit donc que des remises en cause de ce que l'on
nomme les lois fondamentales de l'univers s'avéreront
sans doute nécessaires, au fur et à
mesure des progrès apportés par
de nouveaux instruments. Cette constatation suffirait
à rendre inopérant le principe anthropique
fort déjà mentionné selon
lequel l'univers aurait été calculé,
on ne sait d'ailleurs pas par qui ni comment,
pour rendre possible l'apparition de la vie et
de l'intelligence. Si ces lois fondamentales devaient
être modifiées, par suite d'incohérences
observées par de nouveaux instruments,
cela montrerait bien le caractère artificiel
des modèles scientifiques censés
compléter par la théorie l'insuffisance
des observations ou l'incapacité de nos
cerveaux à rendre compte de celles-ci.
Les
cosmologistes théoriciens répondront
aux objections de Christian Magnan que l'ambition
de modèles mathématiques reposant
sur des hypothèses aujourd'hui invérifiables
peut pousser leurs confrères cosmologistes
observationnels à mettre au point de nouveaux
instruments ou conditions d'observation qui pourraient
faire avancer la connaissance dans son ensemble.
Sans doute. C'est d'ailleurs en partie de cette
façon qu'ont progressé les sciences
dans les disciplines dites dures.
Mais
il faudrait pour cela raison garder, c'est-à-dire
ne faire appel à l'imagination, mathématisée
ou pas, qu'àux franges du domaine de l'observable
et ceci uniquement pour expliquer des incohérences
marginales de celui-ci. Construire par la théorie
un multivers cosmologique qui ne sera jamais observable
est tout aussi peu scientifique qu'imaginer la
présence d'humains dans des astres situés
aux limites de l'horizon cosmologique. Nous n'en
dirons pas de même du multivers quantique
qui, lui, relève du caractère étrange
(weird) mais inévitable à ce jour
de la physique quantique.
Nous
pourrions ajouter que le fait d'inventer certaines
hypothèses théoriques difficilement
vérifiables pour rendre compte de difficultés
dans l'explication des observations n'est guère
plus scientifique. Christian Magnan ne mentionne
pas l'hypothèse de l'inflation , imaginée
par Alan Guth pour rendre compte de différents
problèmes, dont l'anisotropie du fond de
ciel constatée par les satellites observant
le rayonnement cosmologique. Aujourd'hui cette
hypothèse de l'inflation, que beaucoup
de cosmologistes estiment avoir été
expérimentalement vérifiée,
reste contestée par beaucoup d'autres.
Ceux-ci lui reprochent de fournir une solution
ad hoc facile évitant d'aborder des problèmes
de fond beaucoup plus importants.
L'homme
est-il seul dans l'univers?
On
peut poser la question sous deux formes; l'homme
est-il seul dans l'univers? La vie n'existe-telle
que sur la Terre? Dans les deux cas, Christian
Magnan apporte une réponse affirmative.
Il s'appuie pour cela sur des calculs de probabilité,
rapprochant le nombre des tirages au sort favorables
qui seraient nécessaires pour que la vie,
l'intelligence et l'homme apparaissent, et le
nombre estimé des exoplanètes présentant
les caractéristiques nécessaires
à ces apparitions. Il calcule large à
cet égard puisqu'il estime le nombre de
ces planètes non à l'échelle
de la galaxie mais à celle des cent milliards
de galaxies supposées constituer l'univers.
Mais même en ce cas, les probabilités
d'occurrence restent selon lui infimes, sinon
nulles.
Ces
considérations ne découragent pas
les observateurs à la recherche de manifestations
de vie et d'intelligence extraterrestre (SETI).
Jusqu'à présent, ils n'ont rien
trouvé. Mais des propos récente
font espérer que les progrès dans
les technologies de détection pourraient
permettre d'étudier des planètes
situées à de courtes distances au
delà du système solaire 6)
. On verra ce qu'il en est. La recherche d'extraterrestres,
de toutes façons, se poursuivra tant que
la science ne l'aura pas radicalement découragée.
Mais
comment le pourrait-elle? D'autres arguments,
relatifs au fait que nous connaissons mal les
conditions d'apparition de la vie biologique ou
de formes de vie non biologique soutiennent de
telles recherches. On peut penser cependant qu'elles
répondent à un désir quasi
mystique. Certains scientifiques, ayant renoncé
à être accompagnés d'une présence
divine, voudraient sans doute de ne pas se croire
totalement seuls dans l'univers. Ceci même
si la communication physique avec de tels compagnons
hypothétiques restait quasi impossible.
La
question de la solitude de l'homme dans l'univers
est abordée en d'autres termes par Christian
Magnan. Ceci d'une façon autrement plus
urgente. Il considère, comme nos l'avons
évoqué plus haut, que la science
est désormais enfermée dans des
impasses, du fait d'une fuite dans le virtuel
et la course à des publications ignorant
délibérément la recherche
de preuves expérimentales. Elle ne pourrait
donc plus engager les investissements nécessaires
pour continuer à approfondir l'étude
de l'univers et a fortiori entretenir la
recherche d'existences extra-terrestres.
Lasciate
ogne speranza, voi ch'intrate
Sur
ce point, l'enjeu dépasse très largement
celui de l'astronomie. Abandonnons donc ici le
livre de Christian Magnan pour élargir
le regard à l'évolution actuelles
des connaissances. Nous développons sur
ce site, dans d'autres articles, diverses considérations
de nature non directement liées aux sciences
astronomiques et astrophysiques. Elles concernent
l'avenir des sociétés contemporaines.
Toutes ces considérations génèreraient,
si on les étudiait sérieusement,
un profond pessimisme. En résumant un propos
d'ailleurs très répandu, nous dirions
que l'humanité, à très court
terme, parait engagée dans des voies menant
à l'auto-destruction rapide: épuisement
des ressources, croissance démographique
insupportable, développement des conflits.
Ces divers phénomènes paralyseront
progressivement les recherches scientifiques,
autres que celles supportant des applications
militaires et de sécurité. On ne
voit pas comment la courbe de dégradation
en résultant pourrait s'inverser.
Autrement
dit, il ne serait pas nécessaire d'attendre
quelques milliards d'années et que le Soleil
devenu une géante rouge engloutisse la
Terre. Les humains se rassurent au regard de la
longueur du délai de grâce qui dans
ce scénario leur est ainsi accordé.
Mais l'échéance pourrait être
beaucoup plus proche.
Un
siècle pourrait suffire pour que l'espèce
humaine, accompagnée en cela par de nombreuses
autres espèces supérieures, disparaisse
de la surface du globe. Il ne faudrait pas compter
sur des systèmes robotiques pour prendre
le relais. La science, de plus en plus aveugle
et handicapée, ne pourrait plus alors offrir
la moindre perspective de sortie. Elle serait
peut-être même devenue incapable de
prévoir le pire, nous entretenant dans
un aveuglement factice sur ses propres ressources.
On voit au contraire comment proliféreront
les religions et sectes prétendant apporter
aux humains d'autres consolations que celles permises
par la science.
Alors
la devise que Dante plaçait à la
porte de l'Enfer pourrait être reprise par
tous ceux s'efforçant, au delà des
sentiers battus, d'imaginer l'avenir.
Notes
1) Devenue sans objet
2) http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2011/sept/cosmos_et_lotus.html
3) http://www.nature.com/news/quantum-theorem-shakes-foundations-1.9392
4) http://www.nature.com/nature/journal/v479/n7373/full/nature10561.html
5) Les lecteurs de la Revue
Sciences et Avenir, supposée éviter
le sensationnalisme, seront surpris de lire le
titre du n° de décembre 2011: Premiers
échos du mondes cachés. Le satellite
Planck pourrait détecter des mondes parallèles.
Rappelons que celui-ci est en train d'observer
avec une meilleure définition l'anisotropie
du fonds de ciel. Les observations sont en cours
d'analyse. Y voir dès maintenant la trace
d'un univers parallèle entrant en collision
avec le nôtre paraît relever de l'imagination
poétique.
6) http://arxiv.org/abs/1110.6181
Detection Technique for Artificially-Illuminated
Objects in the Outer Solar System and Beyond.