Retour
au sommaire
Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet
aussi d'accéder à la définition du
mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles,
dont le Japonais). |
Sciences
et vie politique
La
méthode de conceptualisation relativisée
(MCR) . De la physique quantique à l'ensemble
des processus de construction des connaissances.
Essai de présentation
technique
Jean-Paul Baquiast et Christohpe Jacquemin - 30/11/2011
(article relu et précisé sur certains
points par le Pr. Jean-Louis Le Moigne que nous remercions)
Ce
texte complète notre article précédent:
Présentation de la méthode MCR http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/122/mcr.htm
Pour en savoir plus sur cette dernière, voir
:
Mioara Mugur-Schächter, " L'infra-mécanique
quantique " Ouvrage au format.pdf accessible en
téléchargement gratuit http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/115/IMQ.pdf

0bserver
comment l'observateur observe l'observateur observant
[voir dans le texte]
La
méthode MCR résulte d'une
réflexion sur la profonde révolution
introduite par la mécanique quantique
dans les années 1930. Jusque
là, la science visait à
donner des entités du monde des
descriptions aussi objectives que possible,
indépendantes de l'observateur
et des instruments utilisés.
Il lui fallait pour cela postuler qu'il
existait dans la nature des objets existant
en soi, indépendamment de tout
observateur : par exemple une pierre
ou un microbe. La pierre ou le microbe
n'attendent pas que le géologue
ou le biologiste apparaisse pour exister.
Par conséquent, si ces derniers
veulent donner de la pierre ou du microbe
des descriptions véritablement
scientifiques, ils doivent se débarrasser
de toute idée personnelle sur
la pierre et le microbe. De même
ils doivent utiliser des instruments
d'observations aussi neutres que possible
par rapport à l'objet étudié.
La pierre ou le microbe resteront les
mêmes, qu'ils soient observés
avec un microscope optique ou un microscope
électronique. Seule variera la
précision dans la connaissance
des détails.
Les
scientifiques procédaient donc
par itérations successives (nous
simplifions) :
-
1]
ils isolaient au sein de l'environnement
observable des objets (tel type de
pierre, tel microbe) qui leur paraissaient,
à partir de l'idée qu'ils
s'en faisaient, mériter une
analyse scientifique sur le mode expérimental,
-
2]
ils multipliaient et croisaient les
observations portant sur ces objets,
en recourant à des observateurs
de diverses disciplines et des instruments
faisant appel à diverses technologies,
aussi nombreux que possible,
-
3] ils en déduisaient une représentation
théorique ou modèle
de l'objet qui, si les phases précédentes
avaient été bien conduites,
pouvait être considérée
comme aussi proche que possible de
l'objet réel étudié.
Cette procédure donnait dans
l'ensemble satisfaction, lorsqu'elle
était appliquée à
des objets d'une certaine taille,
facilement observables par les organes
des sens éventuellement complétés
d'instruments. C'était le cas
des microbes, déjà mentionnés,
certes très petits mais néanmoins
visibles au microscope. Ils ont été
découverts à la fin
du XIXe siècle.
Tout
a changé lorsque les physiciens
ont commencé à étudier
des objets dits microscopiques au sens
de l'époque, c'est-à-dire
invisibles à tous les instruments
disponibles. Ce fut le cas des atomes,
des particules composant ces atomes,
notamment l'électron, ou bien
des photons. Les théories physiques
postulaient l'existence "réelle"
de ces particules, mais il n'était
pas possible initialement de les observer
une à une. On ne pouvait prouver
leur existence qu'en analysant les effets
qu'ils produisaient en groupe : courant
électrique, rayon lumineux, par
exemple. Ces effets étaient cependant
différents selon les protocoles
expérimentaux et, par conséquent,
selon les préparations auxquelles
se livraient les observateurs expérimentateurs.
Bien
plus. Lorsque les instruments furent
affinés et permirent d'observer
les particules une à une, on
découvrit que les supposées
particules ne ressemblaient à
rien d'existant dans la physique des
objets de grande taille, dite physique
macroscopique. Ainsi l'expérience
fameuse des fentes
de Young (double-slit experiment),
qui fonde encore toute la mécanique
quantique, montre qu'une même
particule peut se comporter à
la fois comme une "vraie"
particule et comme l'élément
d'une "vraie" onde. Ceci fut
appelé la superposition d'état.
D'autres effets étranges furent
découverts ensuite, par exemple
l'intrication.
Plus
généralement, il apparut
une frontière qui reste encore
aujourd'hui infranchissable entre deux
physiques, la physique relativiste ou
einsteinienne, dite elle-aussi macroscopique,
postulant que les objets se situent
dans un espace-temps calculable, et
la physique quantique, pour laquelle
l'état (position et vitesse)
d'une particule ne peut être calculée
avec précision. Il s'agit du
principe d'indétermination. Si
l'on observe la position de la particule,
on ne peut observer sa vitesse. Il est
donc impossible de la situer dans un
espace-temps de type einsteinien. Il
faut faire appel à une équation
probabiliste, dite fonction d'onde.
Il en résulte que pour la physique
quantique le temps et l'espace n'existent
pas.
Il
s'est trouvé cependant que ces
deux physiques ont été
toutes deux vérifiées
dans un grand nombre d'expériences
et d'applications pratiques. Citons
les lentilles gravitationnelles en astronomie
et le laser en physique. Dans les deux
cas, on trouve des électrons.
Mais dans les deux cas les instruments
manipulent les électrons par
grandes quantités. A ce moment,
les effets d'incertitude disparaissent,
faisant place aux "certitudes"
permises par l'utilisation des grands
nombres. Fallait-il en conclure que
le concept d'électron ne correspondait
pas à une entité toujours
identique à elle-même dans
le monde réel ? Mais qu'était-ce
alors que le réel ? Existait-il
en soi, indépendamment des expériences
?
La plupart des physiciens n'ont pas
jugé utile d'approfondir cette
question, faute de moyens pour la trancher.
Ils en ont laissé la discussion
aux philosophes des sciences vite rejoints
par les métaphysiciens. "Expérimente
et tais-toi" fut le conseil donné
aux jeunes chercheurs pendant des décennies.
Il l'est encore dans la très
grande majorité des cas. Les
physiciens théoriciens n'ont
pas renoncé à définir
des modèles conciliant univers
einsteiniens et univers quantiques.
Mais ces modèles sont aujourd'hui
encore non susceptibles de vérification
expérimentale. Ils n'ont donc
pour le moment qu'un intérêt
pratique limité.
La
physicienne Mioara Mugur-Schächter
ne s'est pas cependant satisfaite d'une
physique dont les applications vont
de succès en succès sans
que l'on essaye de mieux faire apparaître
ses postulats et méthodes théoriques.
Le besoin s'impose de plus en plus.
Dans des domaines en nombre croissant,
avec le développement continu
des instruments, les scientifiques se
heurtent à ce qu'ils commencent
à considérer comme des
frontières absolues au progrès
des connaissances. C'est le cas en cosmologie,
avec le concept de Big bang ou de trous
noirs. C'est le cas en physique quantique,
avec le concept de vide quantique qui
apparaît non pas vide mais empli
d'une matière/énergie
dont les manifestations ne sont pas
prévisibles mais qui peuvent
influer sur les phénomènes
physiques ou biologiques de notre vie
quotidienne. Rappelons que dans d'autres
articles, nous avons montré aussi
que le mur des connaissances (plus exactement
le mur AUX connaissances) apparaît
très vite dans de nombreux domaines,
la vie, la génétique,
la conscience, etc.
La
méthode MCR
Or
les postulats épistémologiques
dominants, qu'il s'agisse de la physique
quantique ou des sciences macroscopiques,
ne permettent pas d'améliorer
la compréhension de la réalité
qui s'imposerait désormais. Pour
résoudre cette difficulté
considérable, Mioara Mugur-Schächter
a proposé une méthode,
baptisée "Méthode
de Conceptualisation Relativisée"
(MCR). Elle est inspirée de la
pratique des physiciens quantiques,
mais pourrait s'imposer dans toutes
les sciences et, au-delà, dans
toutes les modélisations du réel
faisant appel aux langages déclaratifs.
La base de cette méthode consiste
à se débarrasser du préjugé
selon lequel il existerait un Réel
en soi, indépendant des observateurs
et des instruments. Ce que les esprits
des chercheurs mettent implicitement
en s'inspirant de ce préjugé
biaise en effet d'emblée leurs
recherches ultérieures.
MCR
ne postule évidemment pas qu'il
n'existe pas de réalité
du tout. Ceci mènerait aux voies
sans issues scientifiques du solipsisme
ou du relativisme. Elle se limite, comme
la plupart des scientifiques, à
ce que l'on pourrait nommer un "postulat
d'agnosticisme", toutes références
spiritualistes exclues : "Je
sais que je ne sais pas avec certitude
s'il existe une réalité
unique et invariante. Je sais que j'expérimente
une relation avec résistance.
Et je ne sais rien de certain sur l'origine
de cette résistance".
Pour progresser, il faut décrire
et utiliser, dans tous les domaines
scientifiques, les processus complexes
par lesquels la physique quantique construit
la connaissance. Ces processus associent
les observateurs, leurs instruments
et la "réalité"
sous-jacente inconnaissable "en
soi". Dans le cas des descriptions
d'objets quantiques (dits micro-états
pour ne pas laisser penser qu'ils s'agit
de particules "réelles"au
sens de la physique quotidienne), ces
processus existent et sont utilisés
par les chercheurs.
Mais
ceux-ci le font "sans s'en apercevoir"
et peut-être sans toujours voir
la portée épistémologique
de leur démarche ("Calcule
et tais-toi"). Les processus de
recherche demeurent cryptés.
Ils donnent lieu à ce que Mioara
Mugur-Schächter a nommé
une "infra-mécanique quantique".
Or selon elle, ils peuvent être
explicités, généralisés
et développés pour s'appliquer
à toute activité de création
de connaissances communicables et consensuelles.
C'est ce que propose de faire MCR.
La
démarche proposée par
MCR
L'application
de la méthode suppose différentes
phases, que nous ne décrirons
pas ici en détail:
-
postuler
que l'on ne sait pas si une entité
physique a une essence invariante
indépendante de l'expérience
qu'on en a, mais qu'elle ne peut être
connue "en soi" que seulement
certaines descriptions peuvent en
être données (ou connues),
-
recueillir les observations que les
instruments ou les sens donnent de
l'objet étudié. Sans
ces observations, aucune science se
voulant expérimentale n'aurait
de sens. Il n'y a de sciences que
de descriptions. MCR les nomme "descriptions
de base transférées"
(transférées sur les
instruments ou dans les cerveaux des
observateurs),
-
construire
des modèles à partir
de ces descriptions. Ces modèles
ne sont pas censés décrire
la réalité en soi mais
en donner une conceptualisation (ou
représentation) relativisée
la plus adéquate aux besoins
de connaissance, ici et maintenant,
ressentis par les observateurs. Autrement
dit, on ne dispose pas de critère
universel de classement, ni ordinal,
ni cardinal, en plus et moins. En
revanche, on sait caractériser
un adéquat pour un observateur-descripteur.
-
Les
modèles peuvent alors s'enchaîner,
par méta-conceptualisation,
produisant ainsi des représentations
globales du monde. Ce métaconcept
relativisé du monde décrit
donc le monde dans lequel se situent
l'observateur, le seul qui lui importe
en pratique,
-
étudier
la façon dont les cerveaux
ou consciences des observateurs utilisent
et complètent pour leur part
ces méta-conceptualisations.
Cette phase est aussi indispensable
que les précédentes.
Les méta-conceptualisations
dérivant des observations ou
descriptions de base transférées
ne flottent pas dans l'air, mais dans
les cerveaux des humains, aujourd'hui
aussi dans leurs systèmes de
communication et de mémorisation
électroniques. Il faut donc
préciser en permanence comment
les cerveaux (et la subjectivité
de ceux disposant d'un tel organe)
interviennent dans les phases précédentes.
Ils s'en auto-construisent mais ils
les construisent en retour.
On
voit ainsi que MCR permet de tenir compte,
en permanence et de façon aussi
rigoureuse que l'on voudra, des mécanismes
par lesquels, dans les sociétés
modernes, s'élaborent les connaissances.
Ainsi se visualisera un dialogue continu
entre un réel que l'on ne peut
juger a priori, des expériences,
des instruments, des cerveaux humains
et des systèmes collectifs de
mémorisation et de diffusion.
Selon notre propre hypothèse,
le tout participe à la construction,
elle-même relativisée en
permanence, de ce que nous nommons des
systèmes anthropotechniques(1),
évoluant sur le mode darwinien.
Réponses
à quelques questions
Q.1
: MCR repose sur un refus du réalisme
des essences. Or cette façon
de procéder est elle-même
refusée par l'immense majorité
des physiciens quantiques et des astrophysiciens.
Peut-on avoir raison contre tout le
monde ?
Réponse : Tout dépend
de l'échelle à laquelle
on se place. Un physicien quantique
ne nie pas la réalité
pure et dure d'un faisceau laser, analogue
à celle d'une table. Il peut
donc le décrire de façon
plausible et intelligible, inscrit dans
l'espace-temps. Mais il admet qu'il
ne peut pas décrire un électron
ou un photon dans ces mêmes termes
sauf à le préciser
explicitement. De son côté,
l'astrophysicien s'indignerait à
la proposition de décrire le
soleil en termes non réalistes,
par exemple en faisant appel à
une fonction d'onde. Il peut l'observer
avec les mêmes outils, mutatis
mutandis, qu'il le ferait d'une table.
Mais s'il devait essayer d'identifier
une à une certaines des particules
dont l'agitation thermique définit
le soleil, avant leur décohérence,
il ferait appel à la fonction
d'onde. C'est sauf erreur ce que font
certains théoriciens des trous
noirs, étudiant leur "évaporation".
Q2 : Comment distinguer les conceptualisations
erronées (par exemple identifier
des fées dans l'activité
des feux follets) de celles participant
d'une démarche scientifique ?
Réponse : Comme toujours
en sciences. Les distinctions ne s'imposent
pas a priori. Elles apparaissent progressivement,
par la mutualisation des expérimentations
et des conceptualisations. Celles qui
survivent aux compétitions darwiniennes
en résultant peuvent être
supposées plus scientifiques
que les autres.
La question est posée aux cosmologistes
théoriciens travaillant dans
le domaine de la "théorie"
des cordes ou de la gravitation quantique
à boucle. Beaucoup de leurs confrères
estiment, à tort sans doute (car
quelque chose finit toujours par émerger
de telles computations) qu'ils perdent
leur temps ou l'argent du contribuable.
Q3
: MCR n'impose-t-elle pas un luxe
de détails inutiles, tant dans
les procédures que dans le vocabulaire
? Pourquoi par exemple parler de descriptions
de base transférées pour
désigner la simple lecture d'une
température sur un thermomètre
?
Réponse : Il faut bien
voir d'où l'on vient, autrement
dit d'une cacophonie méthodologique
mélangeant les approches épistémologiques,
conceptuelles, politiques, affectives,
d'un grand nombre de sciences et de
scientifiques. MCR propose pour sortir
de cette babélisation des séquences
de processus aussi formalisés,
neutres et transversaux que possible.
La démarche peut sembler lourde,
mais c'est le prix à payer pour
faire apparaître des convergences
transdisciplinaires. Bien sûr,
dans certains cas, les processus pourront
être allégés. La
démarche d'ensemble demeurera
cependant nécessaire. C'est ce
que nous avons essayé de monter
dans le domaine d'une science éminemment
sensible aujourd'hui, la climatologie.
Mais nous pourrions donner une réponse
allant plus au fond des choses. Si,
tout au long d'une procédure
de recherche (formulation d'hypothèses,
expérimentation, conceptualisation)
on peut identifier, observer de façon
critique et comparer les processus et
outils impliqués, une évaluation
consensuelle de l'ensemble de cette
procédure devient possible. Or
c'est ce que permettent dorénavant
les nouvelles technologies. Citons l'informatisation
et l'analyse sémantique des "descriptions
de base transférées",
des modèles et des conceptualisations;
l'analyse des cerveaux et des contenus
cognitifs, faisant appel tant aux neurosciences
opérationnelles qu'à la
psychologie évolutionnaire ;
les études métahistoriques
portant sur l'influence des diverses
croyances sur les comportement sociaux
et vice-versa.
Bref, à ces conditions l'épistémologie
critique devient à son tour une
science - c'est-à-dire en se
soumettant aux précautions d'emploi
recommandées par MCR. Et plus
généralement en s'attachant
à l'exercice critique de la légitimation
socio-culturelle des énoncés
qu'elle produit, enseigne et cautionne.
On plaisantera en disant que l'observateur
pourra ainsi observer comment l'observateur
observe l'observateur observant, selon
l'image de la Vache qui rit proposée
en son temps par une marque célèbre
de fromages. Mais n'est-ce pas ainsi
que, depuis la nuit des temps, et faute
de vouloir se référer
à des Vérités révélées,
ont progressé les "fauteurs"
de connaissances ?
Newton ou Einstein (?) ne disait-il
pas qu'il était juché
sur les épaules de géants
?
Plutôt
que de le moquer, félicitons-le
de sa probité intellectuelle
: il sait qu'il sait qu'il s'observe
et qu'il doit s'entendre comme un "observing
system" (H von Foerster) dépendant
de la diversité de ses points
de vue possibles (manifeste CNRS, 2002,
page 4), responsable de ses actes et
attentif à leurs conséquences
potentielles.
Note
(1) Dans les domaines de la science
et des technologies, il s'agit de systèmes
reposant principalement, au plan technique,
sur l'évolution incessante des
technologies observationnelles.
Retour
au sommaire
|
|