Sciences
et vie politique
La
méthode de conceptualisation relativisée
(MCR)
De
la physique quantique à l'ensemble des processus
de construction des connaissances.
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemi - 19/11/2011
Ce
texte (en cours de discussion pour amélioration)
introduira une collection de titres destinés
à promouvoir la méthode de conceptualisation
relativisée. Pour en savoir plus sur cette
dernière, voir :
Mioara Mugur-Schächter, "L'infra-mécanique
quantique", ouvrage au format.pdf accessible
en téléchargement gratuit |
Résumé
Depuis
plus d'un siècle s'exerce une critique politique
du langage. Il s'agit de montrer que derrière
l'apparente neutralité des mots et des syntaxes
les pouvoirs dominants se sont toujours efforcés
de soumettre les consciences à des représentations
du monde servant leurs intérêts. Aujourd'hui,
ce décryptage est relativement facile à
faire concernant la vie quotidienne. Chacun peut comprendre
qu'un terme comme « rigueur »
prend des acceptions différentes dans un discours
de droite ou un discours de gauche. Mais le décryptage
est bien plus difficile concernant les sciences. Les
affrontements politiques se dissimulent sous des discours
académiques n'encourageant pas la remise en cause.
Pourtant, dorénavant, les enjeux économiques
et géostratégiques des sciences sont tels
que le discours d'autorité y est de moins en
moins recevable. Les scientifiques eux-mêmes semblent
commencer à le comprendre.
De
nouvelles méthodes de construction des concepts
ou des lois supposées les relier s'imposent donc.
Il faut renoncer à décrire une prétendue
Réalité existant en soi, que la science
se bornerait à tenter de dévoiler. Il
faut admettre que la science, s'appuyant sur les capacités
cérébrales et les instruments des scientifiques
tels qu'ils sont à une époque donnée,
construit une réalité relative. Cette
réalité relative doit pouvoir être
constamment remise en cause compte tenu de l'évolution
des cerveaux et des outils. Mais pour demeurer dans
le domaine de la science et ne pas ouvrir la voie à
toutes les dérives des pseudo-sciences, dénoncées
par le terme de relativisme, cette remise en cause devrait
pouvoir se faire dans le cadre d'une méthode
ayant fait l'objet d'un consensus suffisant.
Aujourd'hui,
la physique quantique, dont les réussites technologiques
sont généralement reconnues, utilise une
telle méthode. Mais elle le fait implicitement
et d'une façon qui n'est pas facilement exportable
dans les autres domaines de connaissances. La méthode
de conceptualisation relativisée (MCR) définie
par Mme Mugur-Schaechter, propose d'une part de décrypter
les processus de construction de concepts dans le domaine
de la physique quantique et d'autre part d'étendre
ces processus à tous les autres domaines de recherches.
Ce
travail de reconstruction pourra toucher le langage
quotidien lui-même. Il fera apparaître la
façon dont l'abus de l'argument d'autorité
dans la définition des entités de la vie
courante dissimule des prises de pouvoirs jusque là
cryptées. Cette dissimulation est dorénavant
incompatibles avec les exigences de démocratie
devant être celles de sociétés comme
les nôtres, héritières directes
de l'époque des Lumières(1).
Le langage s'est développé à partir
des échanges de signes symboliques assurant la
survie du groupe au sein des espèces animales.
Celui qui émet un cri spécifique à
la vue d'un prédateur, cri reconnu comme alerte
à l'usage, met en garde rapidement l'ensemble
du groupe. Mais de ce fait il acquiert un certain pouvoir,
si bien que ce sont généralement les individus
dominants qui deviennent les détenteurs du proto-langage.
Tous les autres doivent s'y soumettre. Des millions
d'années après l'apparition des premiers
échanges symboliques au sein des sociétés
animales, on constate que chez les humains, de la même
façon, le droit à nommer les choses a
été usucapé par les chefs religieux,
militaires et politiques. Les concepts et leur organisation
en phrases signifiantes ont été élaborés
sous le contrôle de minorités oligarchiques.
Les populations n'avaient d'autre choix que de les reprendre
à leur compte, autrement dit de penser et agir
en conformité avec les intérêts
de ces oligarchies.
Bien
évidemment, avec le développement et la
démocratisation de la culture, des critiques
ont été formulées très tôt
contre le pouvoir des contenus cognitifs imposés
par les dominants à travers le langage. Ainsi,
dans le domaine de la morale, les philosophes ont montré
que derrière des termes comme le Bien et le Mal,
des pouvoirs religieux ou politiques puissants s'efforçaient
d'imposer une vision des rapports sociaux la plus conforme
à la pérennisation de leurs intérêts.
Le Bien et le Mal n'existent pas de façon absolu,
avec des Majuscules, contrairement à ce que prétendent
ceux qui veulent en faire des armes d'assujettissement.
Leur contenu, dans une société se voulant
démocratique, devrait être défini
et redéfini en permanence dans le cadre de ce
que l'on pourrait nommer en utilisant un terme moderne
des conférences de consensus.
Il
devrait en être de même en science. Les
concepts scientifiques, même résultant
d'une démarche se voulant aussi objective et
expérimentale que possible, c'est-à-dire
refusant tout argument d'autorité a priori, sont
produits et en tous cas utilisés par des groupes
d'intérêts dominants. Ceux-ci, délibérément
ou non, veulent les ériger en vérités
absolues afin de soustraire à la critique les
rapports de force dont ils bénéficient
et que ces concepts tendent à pérenniser.
Cette prise de pouvoir implicite, parfois dénoncée
comme une véritable dictature, a toujours existé.
Mais elle n'est pas toujours évidente aux yeux
des populations, dans la mesure où beaucoup de
domaines de connaissances restent encore ésotériques.
Les conflits de pouvoir qui se manifestent, à
propos du sens à donner à des expressions
aujourd'hui largement répandues, telles que « gène »,
« autisme », « climat »
ou « intelligence », ne sont pas
encore perçus par le grand public ni même
parfois par les scientifiques directement intéressés.
Le
rejet contemporain des abus de langage dans les sciences
économiques
Aujourd'hui
cependant, avec la diffusion d'une crise économique
touchant le monde entier, les mots par lesquels les
"experts" mandatés par les oligarchies
responsables de cette crise veulent la définir,
sont de plus en plus rejetés. Si le terme de
"croissance" signifie "exploitation sans
limites des écosystèmes", si celui
de "réforme" signifie "privatisation
progressive des services publics d'intérêt
général", si celui de "libéralisme
économique » signifie « capitulation
des Etats devant les entreprises transnationales monopolistiques »,
le grand public, directement touché par les politiques
correspondantes, se rebelle. Les plus modérés
veulent au moins obtenir le droit de discuter les fondements
théoriques des sacrifices qui leur sont imposés.
Autrement dit, ces « Indignés »
veulent remettre en cause le contenu des concepts d'une
science économique ainsi détournée
de la neutralité et de l'objectivité qu'elle
prétendait avoir.
Mais
ce mouvement de révolte, en train de se généraliser
dans le domaine de l'économie politique et des
sciences humaines en général, ouvre les
yeux de beaucoup de praticiens ou théoriciens
des sciences et des techniques, dans tous les autres
domaines de celles-ci. Partout, il apparaît que
les concepts et plus généralement les
corpus de connaissances ont rarement été
produits avec la volonté d'en relativiser les
résultats afin de maintenir ouvert le débat
critique qui est le cur de la pratique expérimentale.
Des résultats expérimentaux provisoires
sont généralement érigés
en vérités absolues. On affirme en conséquence
que la poursuite des expérimentations, l'élargissement
des recherches, ne s'imposent plus. Les premiers résultats
sont d'emblée présentés comme décrivant
un Réel objectif, pour des raisons n'ayant pas
grand chose à voir avec l'objectivité
scientifique prétendue. Il s'agit le plus souvent
de défendre des intérêts géopolitique
ou industriels ceux notamment des pouvoirs qui
financent la recherche. Dans les cas les moins nocifs,
la critique des concepts et des méthodes est
refusée par des instances académiques
mandarinales qui voudraient échapper à
une remise en question imposée par les jeunes
générations.
A
l'époque actuelle, caractérisée
par la raréfaction des ressources face à
des populations en croissance démographique manifestement
excessive, il devient vital de faire appel aux potentiels
de créativité scientifique et technique
abondamment produits par ce que l'on nomme parfois le
capital cognitif en réseau. Or ces potentiels
sont maintenus en état de sous-emploi ou de chômage
en grande partie du fait des "Vérités
objectives" que les forces conservatrices s'affirment
seules à détenir. La critique scientifique
de ces "Vérités" devient donc
une nécessité vitale pour des sociétés
en danger de disparition, ceci pour débloquer
les interdits doctrinaux et ouvrir de nouveaux champs
de recherche.
Dans
le cas des exemples précédemment cités,
il devient ainsi vital de montrer qu'une acception figée
des concepts de gène, autisme, climat, intelligence,
condamnerait à la stérilité des
recherches dans des domaines stratégiques essentiels,
tels que les biotechnologies, les neurosciences évolutionnaires,
la lutte contre le réchauffement climatique ou
l'intelligence artificielle. Ceci ne veut pas dire que
ces nouvelles recherches devraient à leur tour
produire des résultats qu'il faudrait accepter
passivement, comme le prétendent les mouvements
d'activistes se proclamant anti-sciences. Cela voudrait
seulement dire que les contenus cognitifs pourraient
recommencer à évoluer au même rythme
que les autres éléments constitutifs du
monde contemporain.
Associer
relativisme et constructivisme
Pour
critiquer des Vérités dites objectives
présentées comme absolues, il faut faire
montre à la fois de relativisme et de constructivisme.
Le relativisme vise à monter que ces vérités
étaient liées à une époque
et à des intérêts qui ont changé.
Le constructivisme vise à monter par quoi et
comment remplacer le tout, en restant fidèle
aux grands principes de la science expérimentale.
Pour cela il faut disposer d'une méthode scientifico-philosophique
(une épistémologie) qui respecte strictement
ces grands principes. Sinon, le terrain se libère
pour les innombrables pseudo-sciences ou religions qui
prétendent expliquer le monde en dehors de toute
référence scientifique intersubjective.
Il
se trouve que la mécanique quantique, convenablement
interprétée, fournit les outils nécessaires
pour ce faire. Depuis presqu'un siècle maintenant,
elle s'est efforcée, avec le succès que
l'on sait, de montrer que les concepts de la physique
ordinaire, tels que ceux d'onde, particule, principe
d'identité, ne suffisaient pas à rendre
compte des observations continuellement rendues possibles
par le progrès continu des techniques de laboratoire.
Il fallait donc les remettre en cause. Cette remise
en cause s'est étendue de facto à la cosmologie
puisque celle-ci traite de ces mêmes concepts
à l'échelle de l'univers tout entier.
Mais elle n'a pas encore pénétré
les autres disciplines scientifiques, ou un réalisme
primaire demeure encore le postulat dominant à
partir duquel s'articulent ou plutôt s'enferment
- les nouvelles recherches.
Aujourd'hui
cependant la méthode de conceptualisation relativisée
(MCR) définie par Mme Mugur-Schaechter, propose
d'une part de décrypter les processus de construction
de concepts dans le domaine de la physique quantique
et d'autre part d'étendre ces processus à
tous les autres domaines de recherches. Mais pour convaincre
les opinions de l'intérêt d'une telle démarche,
il faut procéder à un double effort de
communication:faire comprendre avec des mots usuels
en quoi consiste cette méthode et comment elle
pourrait être appliquée aux autres domaines
de connaissance.montrer par des exemples concrets que
de telles applications sont, non seulement déjà
possibles mais en cours. On s'efforcera d'illustrer
les bénéfices de tous ordres pouvant en
résulter, y compris en termes de démocratisation
du processus de construction des langages et des pratiques
en découlant.
C'est
un tel objectif que se donne la présente collection.
Note
(1)
Translation vie Google
The
political critic of language is not new. It intends
to show that behind the apparent neutrality of words
and syntax the dominant powers have always tried to
impose meanings supporting their interests. Today, this
is relatively easy to show in everyday life. Everyone
can understand that a term such as "austerity"
have different meanings depending of the political origin
of the speaker. But this decryption is much more difficult
in science. Polical interests are hidden beneath academic
language and do not encourage questioning. But today,
the economic and geostrategic conflicts in science are
such that the silence is less acceptable. The scientists
themselves seem to begin to understand this point.
New
methods of construction of concepts are therefore needed.
We must stop to describe a supposed reality existing
in itself. We should admit that science, relying on
brains and scientific instruments as they are hic et
nunc, build a relative reality. This relative reality
must be constantly up dated accordingly with the evolution
of brains and tools. But to remain in the field of science
and not pave the way for all the excesses of pseudo-science,
denounced by the term of relativism, this questioning
must use a method receiving a sufficient consensus.
Today, quantum physics, whose technological achievements
are widely recognized, uses such a method. But it does
so implicitly and in a way that is not easily exported
into other areas of knowledge. Fortunately, the method
of relativized conceptualization (MCR) proposed by Ms.
Mugur-Schaechter offers a way to decipher the process
of building concepts in the field of quantum physics
and also to extend this process to all other areas of
researches.
The reconstruction work will touch the everyday language
itself. It will show the abuse of authority in the definition
of entities of everyday life. This abuse is now incompatible
with the need for democracy in countries like ours,
the direct heirs of the Enlightenment.
Retour
au sommaire