Editorial
Le
siècle des pics et la généralisation
du coopératif
Jean-Paul Baquiast, Christophe Jacquemin - 17/11/2011
A
en croire économistes et scientifiques, nous
serions entrés dans ce que l'on pourrait nommer
le siècle des pics, sommets au-delà desquels
il faut redescendre. Pic des énergies et des
matières premières, pics des grands programmes
à ambition intercontinentales, pics des capacités
d'approfondissement technologiques permanentes. Des
découvertes et approfondissement ponctuels seront
encore possible, mais non, à échelle du
siècle. La Singularité,
ce "progrès" illimité un moment
envisagé par les théoriciens de la convergence
des technologies semble aujourd'hui caduc.
Il
faudrait alors accepter partout de réduire la
voilure. En revenir à ce que l'on pourrait nommer
des solutions moyenâgeuses améliorées
(d'un certain nombre de choses que nous aurions apprises
depuis le Moyen-âge). Ceci pourrait ainsi prendre
la forme d'un retour généralisé
à des économies coopératives à
faibles ambitions et à portées géographiques
limitées. Mais ces économies coopératives
auraient l'avantage, au regard des systèmes imposés
par les transnationales, d'impliquer l'ensemble des
citoyens, en s'enrichissant de toutes les capacités
désormais mises à leur portée par
une économie "cognitive" interactive
se développant sur le mode viral.
Pour
ce qui concerne la société européenne
en crise, il deviendrait possible d'envisager que celle-ci
se réorganise à tous niveaux dans le cadre
de systèmes coopératifs en réseau.
Ceux-ci seraient d'abord conçus, comme il vient
d'être dit, autour de la valorisation des ressources
humaines, autrement dit en donnant à tous les
exclus actuels du "capital cognitif" la capacité
d'acquérir les connaissances qui leur manquent
en puisant dans les ressources aujourd'hui disponibles,
tant en contenus qu'en formateurs.
Ces
systèmes coopératifs seraient par ailleurs
articulés autour de dispositifs mutualistes visant
à mobiliser et faire circuler les épargnes
disponibles. Les monstrueuses industries financières
actuelles qui conduisent aujourd'hui le monde à
sa perte seraient remplacées par de petites banques
coopératives gérées par les intéressés,
faisant circuler à petite échelle la monnaie
et les épargnes.
Enfin,
au plan de la reconstruction du tissu industriel indispensable
à l'indépendance politique, des projets,
là encore de terrain, seraient mis en place pour
valoriser les ressources localement disponibles, en
fonction de besoins redéfinis pour privilégier
l'essentiel aux dépens de l'accessoire. Les entreprises
industrielles de type numérique deviendraient
la règle. Cela ne veut pas dire que les laboratoires
et ateliers manipulant des objets physiques disparaîtraient,
mais ils opéreraient dans un environnement coopératif
permettant d'optimiser l'usage de matières premières
et d'énergies de plus en plus rares.
En
contrepartie de ce changement radical, les sociétés,
quel que soit leur degré de développement,
devront admettre une diminution sensible de leurs consommations
matérielles. Mais ce prix pourrait être
facilement supporté si les individus et les petits
groupes de la base accédaient enfin à
une plus grande maîtrise de leur destin, aux retombées
intellectuelles et morales inestimables. On ne pourrait
donc pas parler de décroissance au sens strict.
Le
vrai prix à payer serait le passage obligé
par la révolution politique nécessaire
à la concrétisation d'un tel projet de
civilisation. Pour aboutir, il imposerait la neutralisation
des oligarchies ayant pris le pouvoir à l'échelle
du monde. Mais connaissant leur capacités de
résistance, la reconquête du pouvoir par
les peuples pourrait difficilement se faire sans de
violents combats. Il faudrait dès maintenant
se préparer au risque que s'établisse
une véritable dictature militaro-technologique
au niveau mondial, remplaçant l'actuelle dictature
molle.
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