Sciences
politiques. Les transversales
de l'auto-destruction
Jean-Paul Baquiast 28/11/2011
Sous
ce titre, bien choisi, http://www.dedefensa.org/article-notes_sur_les_transversales_de_l_autodestruction_28_11_2011.html
Philippe Grasset recense les nouveaux champs d'affrontement
entre puissances et acteurs géostratégiques
tels qu'ils sont identifiés en cette fin de novembre
2011.
Résumons, en simplifiant beaucoup, les trois
points suivants:
*
Le début d'un tête-à-tête
militaire entre unités navales américaines
et russes au large des côtes syriennes. Il est
notamment marqué par l'arrivée du porte-avions
russe Amiral Kouznetzov (image) avec son groupe de combat,
dans cette zone, vers laquelle ont déjà
convergé le USS George H.W. Bush et plusieurs
destroyers lance-missiles de la VI flotte opérant
en Méditerranée-Est. La dictature syrienne,
appuyée par une main-mise sur le Liban, représente
encore une sorte de clef de voute équilibrant
les rapports de force dans la région: entre chiites
et sunnites, partisans et adversaires d'Israël,
amis et adversaires de l'Amérique. Qui aurait
désormais intérêt à précipiter
sa chute? Et comment serait-elle remplacée?
Manifestement,
la Russie ne se désintéresse pas de la
question. Peut-on alors parler d'une relance de la guerre
froide? Certainement pas à ce jour, mais d'un
clivage de plus en plus net entre deux ensembles: Syrie-Russie-Iran
d'une part, Occident au sens large (USA, Israël,
rejoints par l'Union européenne - avec une France
curieusement en pointe) d'autre part. La Turquie semble
vouloir se positionner entre ces deux ensembles, de
même que les monarchies du Golfe. Celles-ci en
tous cas se comportent comme si désormais les
USA n'étaient plus en état d'assurer seuls
leur protection à l'égard de l'Iran et
le cas échéant des « révolutions
arabes ». Elles se rapprochent pour ce faire du
Pakistan et même de la Chine, officialisant ainsi
le rôle de ces deux nouveaux acteurs dans un milieu
politique où grandit l'incertitude. .
*
La poursuite d'un tête-à-tête économique
mais aussi éventuellement militaire entre la
Chine et les USA dans le Pacifique. Comme nous l'avons
indiqué dans un article précédent,
le dernier forum économique Asie Pacifique a
montré la volonté des Etats-Unis de réaffirmer
leur leadership économique et militaire dans
cette partie du monde, face à la Chine. Celle-ci
n'a pas ouvertement réagi, mais il est apparu
clair que les autres Etats de la zone avait pris acte
d'un affaiblissement militaire américain irréversible,
quoique puisse prétendre Obama. Ils seront donc
tentés de renforcer leurs propres moyens de défense,
ceci dans un climat de compétition économique
accrue, tant avec la Chine qu'avec l'Amérique.
La
Chine pour sa part ne pourra certainement pas abandonner
la partie. Elle ne renoncera pas à ses ambitions.
Verra-t-on un climat de guerre froide s'instaurer entre
elle et l'Amérique, qui de son côté
reste actuellement assez puissante pour défendre
voire renforcer sa présence auprès de
Taïwan et en mer de Chine méridionale? Il
ne s'agit sans doute pas encore de guerre froide, mais
on pourrait s'en rapprocher, dès le moment où
Pékin jugerait ne plus avoir besoin de ménager
les Etats-Unis. Ce sera le cas, malgré le poids
du portefeuille chinois en bons du trésor américain,
si s'accentue le désordre politique et économique
de l'Amérique. Les positions que prendront dans
un tel climat des acteurs majeurs comme l'Inde et le
Pakistan seront là encore très importantes.
Ces deux puissances semblent de plus en plus tentées
d'affirmer leurs distances avec l'Amérique, mais
elles peuvent difficilement choisir ouvertement l'autre
camp, c'est-à-dire celui de la Chine et de la
Russie.
*
L'incertitude croissante concernant l'avenir des différents
pays ayant subi de près ou de loin les effets
du printemps arabe. Celui-ci semble pour le moment donner
lieu à un printemps des partis islamistes dits
modérés. Il est probable que les régimes
sortis de ces élections ne s'opposeront pas directement
aux Etats Unis ni aux pays européens. Mais comme
ces derniers ne sont pas en mesure de leur apporter
une aide sérieuse, la situation pourrait changer
avec l'accroissement inévitable de leurs difficultés
économiques. Même si les gouvernements
islamistes arabes conservent une certaine modération,
ils seront vite débordés par la prolifération
de groupes armés, au Moyen Orient et surtout
en Afrique du Nord, se rattachant à un islamisme
de combat. Ils choisiront alors leur camp, comme semble
l'avoir fait depuis longtemps l'Algérie, en affirmant
une arabisation renforcée. Ils retrouveront sans
doute alors à leurs côté la Turquie,
le puissant Pakistan, et sans doute aussi l'Iran, voire
pourquoi pas la Chine.
L'ère
des catastrophes.
Les
théoriciens du nouveau monde multipolaire ne
s'inquiéteront pas. Ils diront que les tensions
actuelles sont conformes à leurs prévisions
plutôt optimistes . Un climat généralisé
d'affrontement-négociations entre différents
pôles succède à la paix armée
des dernières décennies, qui était
maintenue par l'équilibre entre les deux superpuissances.
On peut espérer que ce climat ne donne pas lieu
dans les prochaines années au scénario
du pire, une guerre nucléaire qui ne pourrait
absolument pas rester locale. Cependant il suffirait
de peu pour qu'un tel événement n'éclate,
ne fut-ce que par une imprudence de manipulation, involontaire
ou provoquée par un partisan de la politique
du pire.
Mais
on peut craindre aussi que le monde multipolaire ne
sorte prochainement de son relatif équilibre
actuel, sous l'influence de deux facteurs, indépendants
ou pouvant se juxtaposer. Le premier serait le développement,
au cur même du pouvoir économique
et financier qui aujourd'hui domine le monde et dont
le centre est à Wall Street, d'une contestation
interne venue des 99% de populations refusant désormais
la domination de ce pouvoir. Or celui-ci, poussé
aux extrêmes, a les moyens de résister
et ne se laissera sûrement pas éliminer.
Une bonne petite-grande guerre permettrait de ramener
l'ordre dans les rangs.
A
plus long terme, les catastrophes viendront d'elles-mêmes,
du fait du réchauffement climatique. Aujourd'hui
à Durban, les experts du GIEC, dont plus personne
aujourd'hui ne s'aventure à dénier la
scientificité, prévoient des hausses inévitables
de température pour le siècle, entre 3°
à 5 ° centigrades. On sait les conséquences
que cela aurait en termes de destructions des territoires
les plus riches de la planète, de migrations
et de conflits, ceci d'ailleurs bien avant 2100. Or
les gouvernements s'accordent désormais sur une
chose, leur incapacité à promouvoir un
protocole de Kyoto plus rigoureux. On laissera chaque
puissance décider de faire ce qu'elle jugera
le plus favorable, entre l'intérêt général
et ses intérêts propres.
Dans
les deux cas, comme toujours, l'Europe n'a pas de position
propre, non plus que les moyens de se faire entendre
si par hasard elle en avait.
Un
déterminisme métahistorique
Qu'en
conclure, provisoirement ou pour un plus long terme?
Peut-être que les systèmes anthropotechniques
que nous sommes, à quelque échelle que
ce soit, peuvent éventuellement observer le monde,
mais que les voies d'un passage à l'acte rationnel
global qui assurerait la survie elle-même globale
de tous, n'apparaissent pas. Autrement dit, la seule
rationalité globale qui se dégage ressemble
à celle de la lutte pour la vie entre espèces
dans la nature, avec élimination d'une grande
partie des compétiteurs. Ce serait l'actuelle
manifestation d'un déterminisme métahistorique
à l'oeuvre depuis 4 milliards d'années.
Les
environnementalistes de choc diront que cette élimination
serait une bonne chose. Avec les raretés qui
s'annoncent, il faudrait disent-ils que 80% de l'humanité
disparaisse. Le mieux serait que ce soit dans le cadre
de suicides massifs et socialement bien encadrés.
Faut-il se battre pour faire partie des 20%, ou se résigner
à disparaître. Il semblerait que beaucoup
de personnes sensées, et pas nécessairement
les vieillards, envisageraient sereinement cette dernière
perspective.
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