Médecine.
La
bataille contre le cancer est perdue
Bernard
Dugué 09/11/2011.
Bernard
Dugué est un écrivain scientifique et
un philosophe. Il a publié, notamment, "H1N1
la stratégie de la peur", aux éditions
Xenia
Nous
lui avons demandé l'autorisation de reprendre
pour nos lecteurs l'article ci-dessous. Le sujet en
est difficile, objet de controverses. Les conclusions
ouvrent de nombreux débats dépassant largment
la question du cancer et que nous retrouvons dans de
nombreux autres thèmes abordés sur notre
site. Nous ne prétendons évidemment pas
nous prononcer ici sur la validité des assertions
de l'auteur, que beaucoup de médecins contesteront.
On trouvera une première édition de l'article
sur le site Agoravox, ainsi qu'un débat en ligne
et les références de Bernard Dugué.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-bataille-contre-le-cancer-est-103817
Les
intertitres sont de nous
Automates
Intelligent
Au
début des années 1970, décennie
de toutes les espérances mais aussi de nombre
dillusions sur fond de croyance rationaliste et
du scientiste adossé au paradigme mécaniste,
le président Nixon décréta la guerre
au fléau que représente le cancer. En
signant le National Cancer Act en décembre 1971,
Nixon lançait un vaste programme de financement
et de recherche visant à éradiquer le
cancer, croyant fermement que la solution nétait
quune question de temps et donc de progrès
scientifique et de moyens mis en jeu. Vaincre le cancer,
cétait aussi évident que marcher
sur la lune. Il fallait juste le vouloir. Le programme
Apollo avait été lancé par un de
ses prestigieux prédécesseurs, un certain
J.F. Kennedy. Nixon ne pouvait pas légitimer
son mandat sans lancer un grand dessein national et
cest le cancer qui fut déclaré premier
ennemi à combattre. Un choix judicieux en cette
période où les troupes américains
enlisées se préparaient à quitter
le Viêt-Nam. Marcher sur la lune ne prit même
pas une décennie, alors, vaincre le cancer, cétait,
pensait-on alors dans le bureau ovale, une affaire dune
ou deux décennies. Nixon déclara quau
bout de 20 ans de recherches, le cancer serait vaincu,
grâce notamment aux traitements chimiques. Nous
en sommes maintenant à 40 ans de recherches et
la chimiothérapie na guère progressé.
Le cancer est loin dêtre vaincu.
Le langage de la guerre nest pas usurpé
lorsquil sutilise dans ce contexte de lutte
contre une maladie. Les chercheurs tentent de trouver
des armes chimiques pour soigner le cancer, alors que
les pays assurent les fonds nécessaires au nom
du principe universel de largent comme nerf de
la guerre et que les directeurs des laboratoires et
agences se positionnent tels des généraux
pouvant allouer les moyens dans des programmes ambitieux
constituant une stratégie de recherche, au même
titre quune guerre se détermine avec des
officiers stratèges. La seule différence
étant quune vraie guerre suppose un ennemi
doté darmes et de stratégies pouvant
répliquer après chaque offensive. Le cancer
na pas de stratégie, ne réplique
pas face à larmée des chercheurs.
Il suit son cours naturel.
Les
difficultés rencontrées nont pas
fait abdiquer la communauté scientifique si bien
quen 2003, soutenu par G.W. Bush qui lavait
installé à la direction du NCI, Andrew
von Eschenbach déclara que dici 2015, plus
personne ne mourrait dun cancer. Cet optimisme
semble exagéré mais il sexplique
par une croyance dans le progrès lié au
séquençage du génome. Nombre de
scientifiques pensaient accéder aux mécanismes
ultimes du vivant grâce à lidentification
des gènes mais ils durent déchanter car
au cours de la décennie 2000, le rôle de
lépigénétique et des réseaux
régulateurs est venu perturber un schéma
porteur despoir, ou dillusion. Ni la chimie,
ni la génétique ne semblent permettre
de vaincre le cancer. Une autre guerre na pas
pu être gagnée mais na pas été
perdue pour autant, cest celle contre les talibans
en Afghanistan. Le combat contre le cancer est-il perdu
? Oui mais il vaudrait mieux dire que la partie est
perdue.
Dans des jeux classiques, lun des joueurs reconnaît
à un moment que la partie est perdue. Par exemple
au scrabble, avec 100 points de retard et plus que dix
lettres à piocher. La partie contre le cancer
est perdue. Ni la génétique, ni la chimiothérapie
nont permis la moindre avancée significative.
Ce qui nempêche pas les agences contre le
cancer de bénéficier de plans publics
ou de faire appel aux dons privés. Cet argent
nest pas inutile lorsquil permet daméliorer
les soins apportés aux malades. Il permet aussi
de faire fonctionner les laboratoires de recherche et,
dira le mécréant, doffrir à
quelque manager de la science un poste prestigieux et
quelques instants de notoriété dans les
réunions officielle et les dîners en ville.
Mais
le destin du cancer semble réglé pour
ce qui concerne la recherche de traitements chimiques.
Le cancer restera un mal incurable. Dans beaucoup de
cas, la chimiothérapie nest pas vraiment
nécessaire, servant juste à prolonger
le cancer et faire entrer des profits dans les caisses
du système médical. La recherche tourne
en rond. Les scientifiques ne trouvent guère.
Ils ne font que publier des résultats jugés
pertinents par leurs pairs qui eux aussi, publient,
pour avoir des crédits permettant dacheter
des appareils pour obtenir des résultats et publier
à nouveau. La recherche ne produit pas autant
de découvertes que de publications. Les traitements
les plus efficaces restent la chirurgie et la radiothérapie,
quand les tumeurs sont localisées.
Des stratégies inefficaces
Le
cancer résiste aux traitements pour une raison
biologique essentielle. Il faut éliminer la tumeur,
ce qui peut être réalisé mécaniquement
avec la chirurgie ou les rayons, alors que cela représente
un obstacle en cas de traitement par voie chimique.
On ne sait pas tuer sélectivement les cellules
cancéreuses. Cest possible à faire
mais au prix deffets secondaires redoutables et
sans espoir de guérison. Le principe étant
dutiliser des molécules à une dose
suffisamment élevée pour quelles
tuent les cellules sans tuer le malade. La chimiothérapie
anticancéreuse nest pas du tout ordinaire
et répond à un principe différent
de celui utilisé dans le cas de traitements des
autres pathologies. Quil sagisse dun
antalgique, dun anti-inflammatoire, dun
anxiolytique ou dun vasodilatateur, la molécule
agit sur un récepteur naturel ciblé, présent
dans lorgane à soigner.
Souvent, les capacités de récupération
naturelle concourent à rétablir la santé
chez un patient traité par un médicament.
Une substance pharmaceutique conventionnelle na
pas pour principe de tuer des cellules. Sauf dans le
cas très spécifique des antibiotiques.
Lefficacité des molécules repose
alors sur la sensibilité très sélective
de ces êtres sans noyau et aux membranes rudimentaires
que sont les bactéries, qui du reste, se logent
le plus souvent dans des tissus interfaciaux accessibles
aux traitements et à la mise en uvre du
système immunitaire qui vient compléter
le combat. On mentionnera également les fongicides
et les vermifuges, substances sélectivement toxiques
pour les parasites hébergés par le corps
humain.
Si la bataille contre le cancer est perdue, cest
parce que les stratégies employées sont
inefficaces. De plus, le contexte théorique ne
joue pas en faveur des méthodes utilisées.
Plus précisément, ce quon sait de
nouveau, cest que la chimiothérapie, quelle
soit ou non assortie dune analyse génétique,
ne marchera pas. Les avancées théoriques
récentes montrent en effet pourquoi cela ne peut
pas marcher. Notamment les stratégies employant
létude des gènes car le cancer est,
en règle générale, lié à
un désordre caryotypique, si bien que lensemble
du réseau génétique en est affecté.
Des centaines de gènes sont perturbés.
Ce qui nempêche pas les dispositions du
plan cancer de présenter des stratégies
visant à cibler quelques gènes responsables
des tumeurs.
Selon Heng, la cancérogenèse ressemble
à un processus de spéciation causé
par des aberrations chromosomiques. Si tel est le cas,
on voit mal comment stopper un cancer si ses cellules
prolifèrent avec un génome instable et
se transforment régulièrement en de nouveaux
phénotypes. Limpact de la chimiothérapie
se pose également car, comme le constate Heng,
nombre danticancéreux sont des agents interférant
avec la molécule dADN et sont susceptibles,
sils ne réussissent pas à détruire
la cellule proliférante, de déstabiliser
son génome et donc, daggraver le processus
de cancérisation. A cela on ajoutera les phénomènes
de résistance face aux drogues antitumorales.
Si le cancer est bien lié à une instabilité
génomique et que cette plasticité se traduit
par une aptitude à ladaptation, on comprend
quil est tout aussi facile pour une cellule de
déjouer les défenses naturelles (ce qui
favorise son pouvoir cancéreux) que de sadapter
à une substance exogène circulant dans
lorganisme.
Parfois, des patients ou des professionnels sinterrogent
sur lutilité de la chimiothérapie.
Cest parfaitement légitime eu égard
aux nombreux effets secondaires liés à
ces traitements mais aussi à leur efficacité
quelques fois mise en doute. Néanmoins, ce débat
na pas vraiment de lien avec la question de fond
sur la bataille contre le cancer. Régulièrement,
les journaux parlent davancées, de découvertes
prometteuses, despoirs consécutif à
des essais sur des souris, mais la confiance ny
est plus, du moins pour ceux qui ont pu toucher de près
la rhétorique des professionnels de santé
pas toujours exactes, parfois aventureuse et quelques
fois pas très honnête. Une chose est sûre,
on ne guérit pas dun cancer, sauf dans
une minorité de cas.
Des
statistiques devant être interprêtées
avec prudence
Les
cliniciens emploient des statistiques. Actuellement,
lespérance de survie après la détection
dun cancer est de 5 ans pour 50% des patients
traités. Ces chiffres doivent être interprétés
prudemment. Les disparités entre types de cancer
sont énormes et de plus, cette notion de survie
à 5 ans ne dit pas grand-chose, car tout dépend
de lâge auquel on détecte un cancer
alors que de plus, il faut bien sassurer quen
cas de décès, cest bien le cancer
qui est responsable et non pas une combinaison de pathologies.
En plus, la détection plus précoce des
cancers peut induire un biais dans le calcul de la survie
moyenne. Les spécialistes parlent dune
augmentation constante de la survie après traitement
des cancers et de grands progrès dans la thérapie
mais le doute est présent et compte-tenu des
méthodes et des intérêts en jeu,
il est raisonnable de penser que les progrès
sont minimes rapportés aux moyens mis en jeu.
Et cest ce qui se murmure chez quelques professionnels
lucides qui pour des raisons faciles à comprendre
ne vont pas sépancher dans les médias.
Souvenons-nous de lépisode de pandémie
grippale. Les rares professionnels a émettre
de sérieux doutes noccupaient plus ou pas
de fonction dans le domaine de la santé publique
lié à la grippe. Récemment, un
professeur de médecine a pointé leffondrement
de la recherche médicale française. Il
était à la retraite. Les sociétés
sont basées sur une part de mensonge. Cest
juste un aparté sociologique qui permet dassembler
les pièces du puzzle, certaines séclairant
mutuellement. Le propre dune machine industrielle,
de santé ou autre, est de foncer dans une direction.
La fin ne justifie pas les moyens comme on dit. Mais
elle met de côté la morale, ou en dautres
circonstances, le bon sens et la logique. La machine
industrielle paraît souvent absurde. Nous sommes
à lépoque de la défaite.
La bataille contre le cancer est perdue. Sauf exceptions,
la maladie échappe aux traitements car le cancer
use dune logique du vivant que la science ne connaît
pas. Les recherches sont dans limpasse. Les espoirs
thérapeutiques placés dans les médicaments
ciblés, sophistiqués, usant de nanotechnologies,
sont en fait des illusions mais les prouesses moléculaires
réalisées dans les laboratoires sont avérées.
Après tout, la machine médicale nexige
pas un résultat thérapeutique spectaculaire
même si elle lespère. La machine
médicale se satisfait de la synthèse de
produits quelle peut tester sur quelques modèles
animaux, puis si cest possible, sur lhomme.
Cette
machine médicale coûte cher mais comme
rien ne soppose à la logique de la roulette
du casino, celle machine peut tourner encore des décennies
du moment que ceux qui financent croient que la bonne
combinaison va tomber et que le cancer sera éradiqué.
Mais ce nest pas le ressort essentiel de cette
machine légitimée par la variation des
statistiques. Quon gagne un ou deux points dans
le pourcentage de survie lui suffit. La machine peut
marcher des décennies avec cette logique. La
bataille est perdue si on lui assigne comme victoire
la guérison du cancer. Mais la bataille continue
parce que la science est en marche. Et que les laboratoires
sont de mieux en mieux équipés en matériel
quil faut utiliser.
Une société qui
perd ses batailles
Chacun
sa vision. La vérité nest pas facile
à regarder. Surtout pour ceux qui sont touchés
et qui, sils lisent ces quelques lignes, risquent
dêtre démoralisés. Pourtant,
il faut savoir reconnaître quand une partie est
perdue. Dailleurs, nous vivons à lépoque
de lOccident en échec, des parties perdues,
des batailles ingagnables. La société
a perdu la bataille de lemploi, la bataille de
la croissance, le combat pour la culture, la bataille
contre la dette, le combat pour léducation,
la bataille pour la justice économique, la bataille
des utopies, du progrès. Ce sentiment déchec
peut se révéler désespérant
ou bien procurer une ivresse métaphysique due
au renoncement lucide conduisant à se désengager
de tout ce fardeau activiste et pragmatique de laction
perdue pour revenir à une sorte de contemplation
doù pourrait jaillir quelques inédites
voies et pourquoi pas, dessiner dautres combats
à mener, des batailles plus utiles et susceptibles
dêtre gagnées.
Allez
savoir. Le chemin nest pas forcément tracé
par les experts et les maîtres en communication.
Plutôt que denterrer lavenir sous
des chiffres, mieux vaudrait déchiffrer les signes
de lavenir. Se détourner des feuilles de
route instituées et contempler le hiéroglyphe
dune cité céleste à faire
descendre sur terre. Pour linstant, lépoque
est celle de la défaite de la civilisation. Une
défaite causée non pas par un ennemi extérieur,
comme en 1940, mais par lhomme devenu lobstacle,
pour ne pas dire ladversaire de la civilisation.
Ce constat dépasse bien entendu la question de
la défaite face au cancer. Si le lecteur cherche
un lien, quil soit invité à réfléchir
sur les moyens mal utilisés et placés
sur des parties perdues alors que dautres batailles
pourraient être menées. Le propre des sociétés
humaines étant de persister dans limpasse.
Si la bataille contre le cancer est perdue, nul na
décrété quil faille laisser
tomber létude des processus de cancérogenèse.
Ce mal qui ronge lorganisme reste une énigme
et dailleurs, lénigme du cancer sinscrit
dans lénigme sur le vivant. Tant quon
ne saisira pas quelle est lessence de la vie,
on ne comprendra pas doù vient le mal qui
ronge la vie. Les généticiens peuvent
bien tracer des courbes statistiques en emboîtant
des gènes et des patients, cela ne résoudra
pas la question. Chercher les gènes du cancer,
cest presque aussi absurde que traquer les gènes
de la délinquance, des aptitudes aux mathématique
ou de lhomosexualité. La vie est déterminée
par le génome, lépigénome
et lensemble des réseaux cognitifs cellulaires
et interconnectés. Le fonctionnement dune
cellule repose sur ces processus cognitifs et le cancer
repose certainement sur une perturbation de ces processus
qui nous échappe. Connaître la genèse
du cancer plutôt quagir vainement avec dimprobables
chimiothérapies, tel devrait être lenjeu
du 21ème siècle.
Quant à mon sort, si je devais être atteint
dun cancer, il est certain que je refuserai tout
traitement chimique, ne désirant pas offrir mon
corps à la médecine, juste une piqûre
de morphine pour régler laffaire et finir
avec dignité mon passage en refusant dêtre
lotage des métastases du cancer et du profit.
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