Géopolitique.
Israël dans un goulet d'étranglement?
Jean-Paul
Baquiast 08/09/2011
Depuis
quelques semaines, des « Indignés »
israéliens manifestent, à Tel Aviv et
dans d'autres villes, pour faire valoir leur revendications.
Il s'agit de représentants des classes moyennes
et de la jeunesse y compris universitaire, qui souffrent
du chômage, de conditions salariales très
dures et plus généralement du manque de
considération par le pouvoir. Ceci malgré
la bonne activité économique du pays et
l'exceptionnelle compétitivité du secteur
des hautes technologies et de l'armement.
Ces
Indignés rejoignent, dans la forme et dans le
fond, les manifestants s'étant déjà
exprimés dans divers Etats européens.
Dans une certaine mesure, ils font écho aux manifestants
du printemps arabe. Mais leurs revendications ne portent
pas sur la question palestinienne ni sur les relations
entre l'Etat d'Israël et les pays arabes. Autant
que l'on sache, elles sont exclusivement économiques
et sociales.
Il
y aurait pourtant là beaucoup de choses à
dire, avec de nombreux sujets d'inquiétudes.
Officiellement, le gouvernement de Benjamin Netanyahou
affirme que, tout en restant vigilant face à
une possible radicalisation des Etats ayant vécu
le « printemps arabe », il ne craint pas
pour le moment d'offensives systématiques provenant
de groupes « terroristes » trouvant asile
dans ces pays. La situation sécuritaire demeurerait
excellente.
Ce
n'est pas ce que proclament des représentants
des forces armées. Une conférence donnée
le 5 septembre à l'Institut des Etudes de Sécurité
Nationale de Tel Aviv par le major général
israélien Eyal Eisenberg, chef d'état-major
du commandement du front intérieur depuis un
mois (photo), a produit un effet considérable.
Elle portait sur la situation de sécurité
d'Israël et les menaces qui pèsent sur ce
pays, compte tenu non plus des menaces traditionnelles
(Iran, Hezbollah) mais de celles découlant du
"printemps arabe" présenté comme
un "hiver islamiste radical" . S'ajoute à
cela la détérioration rapide des relations
entre Israël et la Turquie.
On
voit bien l'intérêt que peut avoir le lobby
politico-militaro-industriel israélien à
dramatiser les risques pouvant naître d'une prolifération
éventuelle des mouvements arabes extrémistes,
tolérés sinon appuyés par des pays
comme l'Egypte, la Syrie ou la Lybie. Mais il paraît
difficile de considérer que ces risques soient
illusoires. Il serait sans doute naïf de penser
que, même si lors du printemps arabe la question
palestino-israélienne n'a guère été
évoquée, ce calme relatif puisse durer
longtemps. De part et d'autres, mais plus particulièrement
du côté des voisins arabes, se trouveront
nécessairement des agitateurs radicaux, fussent-ils
en petit nombre, qui pousseront à une reprise
des affrontements armés. Les conséquences
en seraient dramatiques non seulement pour la région
en général mais pour Israël lui-même.
Les
Etats-Unis, déjà très embarrassés
par leur engagement en faveur des Etats pétroliers
ou dans la coalition intervenant actuellement en Lybie,
ne semblent manifestement pas pressés d'envisager
au moins officiellement que serait alors leur position.
L'Europe, traditionnellement à la remorque de
l'Amérique sur ces questions, ne l'est pas davantage.
Il serait pourtant utile de prévoir ce que pourrait
être le pire, et la façon dont réagirait
l'Etat d'Israël.
Que
faire?
On
voit mal en fait ce que pourraient être ces réactions,
si une offensive des radicaux islamistes se déclenchait
contre Israël, avec l'appui des Etats voisins:
*
Menacer de rétorsions militaires fortes (y compris
nucléaires) ceux de ces Etats encourageant l'incursion
de milices armées, ou montant eux-mêmes
des offensives? Israël conserve une supériorité
militaire incontestable. Mais jusqu'à quand celle-ci
compte tenu de la petitesse du pays pourrait-elle demeurer
dissuasive. La perspective d'un emploi de l'arme atomique,
en dernier recours, ne paraît guère crédible
compte tenu de ses conséquences en chaine.
*
Tenter à l'inverse de négocier une véritable
paix avec le monde arabe, en commençant par la
Palestine? Mais que demeurerait de l'Israël actuel
en ce cas? Les revendications des Palestiniens semblent
aujourd'hui trop maximalistes pour être acceptables.
Il s'agirait pourtant de la seule solution raisonnable.
*
Faire appel à une protection renforcée
de l'Amérique, afin de maintenir le statu-quo
actuel. Mais nous venons de le voir, l'Amérique
peut-elle aujourd'hui la fournir? Il faudrait que le
« lobby juif américain » se renforce
considérablement pour faire triompher un retour
à des positions diplomatiques dures, actuellement
sur le recul.
Quoiqu'il
en soit, nous ne pouvons pour notre part que déplorer
une nouvelle fois l'ignorance que les diplomaties européennes,
et leurs opinions, semblent porter à cette question
géostratégique majeure. Elle ne pourra
pas les laisser indemnes à l'avenir.
Références
* Article de Dedefensa http://www.dedefensa.org/article-les_chaises_musicales_de_la_perception_des_menaces_contre_israel_06_09_2011.html
* Article de Debka
http://www.debka.com/article/21275/
* Article de Ynet http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4118220,00.html
Note
au 10 septembre: notre diagnostic se confirme malheureusement,
avec l'attaque de l'ambassade israélienne au
Caire.
Retour
au sommaire