Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 121
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 

Géopolitique. Israël dans un goulet d'étranglement?
Jean-Paul Baquiast 08/09/2011

 

Depuis quelques semaines, des « Indignés » israéliens manifestent, à Tel Aviv et dans d'autres villes, pour faire valoir leur revendications. Il s'agit de représentants des classes moyennes et de la jeunesse y compris universitaire, qui souffrent du chômage, de conditions salariales très dures et plus généralement du manque de considération par le pouvoir. Ceci malgré la bonne activité économique du pays et l'exceptionnelle compétitivité du secteur des hautes technologies et de l'armement.

Ces Indignés rejoignent, dans la forme et dans le fond, les manifestants s'étant déjà exprimés dans divers Etats européens. Dans une certaine mesure, ils font écho aux manifestants du printemps arabe. Mais leurs revendications ne portent pas sur la question palestinienne ni sur les relations entre l'Etat d'Israël et les pays arabes. Autant que l'on sache, elles sont exclusivement économiques et sociales.

Il y aurait pourtant là beaucoup de choses à dire, avec de nombreux sujets d'inquiétudes. Officiellement, le gouvernement de Benjamin Netanyahou affirme que, tout en restant vigilant face à une possible radicalisation des Etats ayant vécu le « printemps arabe », il ne craint pas pour le moment d'offensives systématiques provenant de groupes « terroristes » trouvant asile dans ces pays. La situation sécuritaire demeurerait excellente.

Ce n'est pas ce que proclament des représentants des forces armées. Une conférence donnée le 5 septembre à l'Institut des Etudes de Sécurité Nationale de Tel Aviv par le major général israélien Eyal Eisenberg, chef d'état-major du commandement du front intérieur depuis un mois (photo), a produit un effet considérable. Elle portait sur la situation de sécurité d'Israël et les menaces qui pèsent sur ce pays, compte tenu non plus des menaces traditionnelles (Iran, Hezbollah) mais de celles découlant du "printemps arabe" présenté comme un "hiver islamiste radical" . S'ajoute à cela la détérioration rapide des relations entre Israël et la Turquie.

On voit bien l'intérêt que peut avoir le lobby politico-militaro-industriel israélien à dramatiser les risques pouvant naître d'une prolifération éventuelle des mouvements arabes extrémistes, tolérés sinon appuyés par des pays comme l'Egypte, la Syrie ou la Lybie. Mais il paraît difficile de considérer que ces risques soient illusoires. Il serait sans doute naïf de penser que, même si lors du printemps arabe la question palestino-israélienne n'a guère été évoquée, ce calme relatif puisse durer longtemps. De part et d'autres, mais plus particulièrement du côté des voisins arabes, se trouveront nécessairement des agitateurs radicaux, fussent-ils en petit nombre, qui pousseront à une reprise des affrontements armés. Les conséquences en seraient dramatiques non seulement pour la région en général mais pour Israël lui-même.

Les Etats-Unis, déjà très embarrassés par leur engagement en faveur des Etats pétroliers ou dans la coalition intervenant actuellement en Lybie, ne semblent manifestement pas pressés d'envisager au moins officiellement que serait alors leur position. L'Europe, traditionnellement à la remorque de l'Amérique sur ces questions, ne l'est pas davantage. Il serait pourtant utile de prévoir ce que pourrait être le pire, et la façon dont réagirait l'Etat d'Israël.

Que faire?

On voit mal en fait ce que pourraient être ces réactions, si une offensive des radicaux islamistes se déclenchait contre Israël, avec l'appui des Etats voisins:

* Menacer de rétorsions militaires fortes (y compris nucléaires) ceux de ces Etats encourageant l'incursion de milices armées, ou montant eux-mêmes des offensives? Israël conserve une supériorité militaire incontestable. Mais jusqu'à quand celle-ci compte tenu de la petitesse du pays pourrait-elle demeurer dissuasive. La perspective d'un emploi de l'arme atomique, en dernier recours, ne paraît guère crédible compte tenu de ses conséquences en chaine.

* Tenter à l'inverse de négocier une véritable paix avec le monde arabe, en commençant par la Palestine? Mais que demeurerait de l'Israël actuel en ce cas? Les revendications des Palestiniens semblent aujourd'hui trop maximalistes pour être acceptables. Il s'agirait pourtant de la seule solution raisonnable.

* Faire appel à une protection renforcée de l'Amérique, afin de maintenir le statu-quo actuel. Mais nous venons de le voir, l'Amérique peut-elle aujourd'hui la fournir? Il faudrait que le « lobby juif américain » se renforce considérablement pour faire triompher un retour à des positions diplomatiques dures, actuellement sur le recul.

Quoiqu'il en soit, nous ne pouvons pour notre part que déplorer une nouvelle fois l'ignorance que les diplomaties européennes, et leurs opinions, semblent porter à cette question géostratégique majeure. Elle ne pourra pas les laisser indemnes à l'avenir.

Références
* Article de Dedefensa http://www.dedefensa.org/article-les_chaises_musicales_de_la_perception_des_menaces_contre_israel_06_09_2011.html
* Article de Debka http://www.debka.com/article/21275/
* Article de Ynet http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4118220,00.html

Note au 10 septembre: notre diagnostic se confirme malheureusement, avec l'attaque de l'ambassade israélienne au Caire.

Retour au sommaire