Géopolitique.
Géopolitique
européenne. Etat des lieux. Propositions de programmes
Jean-Paul
Baquiast - 23/10//2011
Ce
texte actualise et complète un article précédent
sur le même thème
Plan
Prologue. Peut-on encore envisager une
géopolitique européenne ?
Introduction. Que faut-il entendre
par géopolitique ? Que faut-il entendre par Europe
?
Chapitre 1. Evaluation des risques et
des compétiteurs
Chapitre 2. Comment réagir aux
faiblesses ? Définition de politiques stratégiques
Chapitre 3. Evolution des institutions
européennes
Conclusion
Prologue.
Peut-on encore envisager une géopolitique européenne?
Par
géopolitique on entend traditionnellement la
façon dont un pouvoir politique quelconque prend
en compte les critères géographiques ou
écogéographiques pour mieux assurer sa
puissance et son indépendance. Au XXIe siècle,
une géopolitique européenne supposerait
qu'il existe une puissance européenne qui viserait
à se renforcer par la prise en considération
de facteurs géopolitiques trop souvent ignorés
dans les décennies précédentes.
Mais n'est-il pas irréaliste de penser qu'une
telle démarche serait encore à la portée
de l'Europe?
La
question doit être posée face à
deux grandes mutations de la vie économico-politique
qui se manifestent à l'échelle du monde
global et qui semblent condamner le concept d'une Europe
puissante et indépendante.
La
première de ces mutations s'annonçait
depuis des décennies, mais elle a pris ces dernières
années une importance déterminante: il
s'agit de la prise en mains de l'économie réelle
localisée et des structures étatiques
traditionnelles par des intérêts financiers
mondialisés pour qui les structures nationales
ou régionales (celle de l'Union européenne
en ce qui nous concerne) ne sont plus que des coquilles
vides. Des acteurs européens sont présents
au sein de cette économie financière,
ils développent des géostratégies
favorables à leurs manuvres spéculatives.
Mais ils ne visent pas à renforcer la puissance
et l'indépendance des Etats européens
ou de l'Union européenne. Ils visent au contraire
à diluer ces structures dont la persistance handicape
leur volonté de domination mondiale. C'est ainsi
par exemple que la grandeur ou la puissance de l'Union
européenne n'a guère bénéficié
du dynamisme de la City de Londres, alliée stratégique
de Wall Street.
Il
faut ajouter un point essentiel. Les nouveaux pouvoirs
financiers n'ont aucune volonté de lutter contre
les inégalités, que ce soit au plan mondial
ou dans chacun des Etats européens. Ils représentent
une étroite minorité (1% de la population
mondiale selon les estimations américaines possédant
près de 90% des ressources mondiales). Ces chiffres
sont indicatifs mais ils montrent bien les ordres de
grandeurs. Une telle minorité transnationale,
dite désormais des super-riches et des super-puissants
fera tout, y compris par la force, pour conserver son
pouvoir. Leurs représentants pratiquent évidemment
la géopolitique à leur usage, usant de
toutes les facilités que permet la disparition
organisée des frontières et des régulations
étatiques. C'est de leur fait que prospèrent
dans le monde et en Europe même les paradis fiscaux
et les pratiques de corruption à grande échelle.
Une
deuxième mutation est toute différente.
Elle est toute récente, à peine émergente.
Pour la plupart de ceux qui l'observent, et même
pour beaucoup de ses acteurs, elle demeure encore un
mystère. Il s'agit du mouvement dit des Indignés
en Europe (en Espagne où elle a pris naissance),
dit aussi Occupy Wall Street aux Etats Unis où
elle se développe rapidement. Ces mouvements
résultent du caractère de plus insupportable,
pour les 99% des populations qui ne se situent pas en
haut des hiérarchies économiques et sociales,
de la domination des riches et des puissants. Or ceux-ci
se sont révélés, comme le montre
la généralisation des crises économiques
notamment depuis 2008, incapables d'assurer le minimum
de développement organisé dont chacun
pourrait bénéficier. Les Indignés
de Wall Street manifestent non seulement contre leur
propre paupérisation mais contre le désordre
général de la planète imposé
par le néo-libéralisme mondialisé.
Ils rejoindront en cela les critiques légitimes
des altermondialistes, actuellement en perte de vitesse.
Mais
la difficulté, pour ceux qui voudraient proposer
des objectifs géopolitiques au service du renforcement
de l'indépendance et de la puissance de l'Europe,
tient au fait que ces mouvements d'Indignés se
développent au plan international. Certes, ce
qu'ils voudraient obtenir ne se traduit pas encore en
propositions précises de réorganisation
des sphères économiques et politiques.
Mais lorsqu'ils défendront des programmes de
réforme (certains parlent de "sortie du
Système", l'Europe n'y apparaîtra
sans doute pas initialement en tant que telle. Ce sera
tout le Système du pouvoir mondial économico-politique
qui sera visé y compris sans doute dans
les formes qu'il a pris en Russie et surtout en Chine.
Les Indignés européens sauront-ils ou
voudront-ils définir des formes de sortie du
Système, à supposer qu'ils en soient venus
jusque là, qui tiennent compte des spécificités
européennes. Ceci serait indispensable pour pouvoir
mobiliser directement les populations européennes,
notamment parmi elles les millions de jeunes qualifiés
actuellement condamnés au chômage. Pour
ces jeunes, ce ne sera pas seulement aux Etats-Unis
mais en Europe que les changements devront survenir.
On
peut penser qu'alors, la reconquête des fondamentaux
d'une géopolitique européenne, sans être
suffisante, serait indispensable.
Introduction.
Que faut-il entendre par géopolitique ? Que faut-il
entendre par Europe ?
La géopolitique au
service du renforcement de la puissance et de l'indépendance
de l'Europe
- Comment définir la géopolitique ?
Existe-t-il une pensée géopolitique suffisamment
populaire et partagée dans l'Europe d'aujourd'hui
? - En quoi la volonté de renforcer la puissance
et l'indépendance de l'Europe suppose-t-elle
l'analyse géopolitique? Comment, au delà
des seuls experts, faire participer les citoyens ? Que
sont les projets de la Red Europea de Reflexion Geopolitica
?
Une Europe à configuration
nécessairement variable
- L'union européenne à 27 Etats-membres
- L'union monétaire et les Etats ayant adopté
l'euro - Les Etats décidant, secteurs par secteurs,
des coopérations renforcées (par exemple
au sein de l'Agence spatiale européenne) ? Des
zones de coopération stratégique associant
au delà des Etats européens, des Etats
non européens pouvant partager des intérêts
communs, territoriaux, technologiques, linguistiques,
etc.? (par exemple la Russie, le Maghreb, certains pays
d'Amérique latine).
Chapitre
1. Evaluations
Il faut évaluer le plus scientifiquement possible
le monde dans lequel l'Europe n'est plus désormais
qu'un pôle parmi d'autres.
Evaluation des risques menaçant
le monde global
L'Europe n'échappera évidemment pas
à ces risques. Elle devra mettre en oeuvre pour
les prévenir, dans son propre intérêt
comme dans celui du reste du monde, des politiques aussi
efficaces que possible.
* Le changement climatique et ses conséquences:
désertification, inondations, phénomènes
météorologiques violents... D'une façon
générale, les scientifiques prévoient
pour 2050 et au delà une montée du niveau
des mers et un déplacement des activités
des régions tropicales et tempérées
vers les pôles (notamment l'arctique).
* L'effondrement, au détriment de beaucoup d'espèces
déjà menacées, de la biodiversité
terrestre et océanique.
* La possibilité d'une croissance démographique
mondiale supérieure aux plafonds actuellement
estimés. La demande en produits alimentaires
pourrait alors dépasser les prévisions
actuelles. Se poserait à nouveau en urgence la
question d'un renforcement du contrôle des naissances.
Mais beaucoup des pays fortement natalistes s'y refuseront,
pour des motifs géopolitiques, ou n'en seront
pas capables.
* L'épuisement progressif, voire rapide dans
certains cas, des ressources vitales: eau, terres arables,
air non pollué, matières premières
rares.
* Les catastrophes de type technologique, pouvant survenir
partout y compris dans les pays développés.
Avec l'accident de Fukushima au Japon, l'exemple du
nucléaire de fission est aujourd'hui présent
dans tous les esprits. Mais on doit évoquer aussi
certains risques tenant notamment aux biotechnologies.
* Le maintien ou le développement, au niveau
mondial, des inégalités de niveau de vie
et d'éducation entre pays pauvres et pays riches.
Il en résulte une dégradation croissante
des services publics et des équipements dans
de nombreux pays. Différentes tensions, pouvant
prendre des formes violentes, en découleront
nécessairement.
* La faiblesse persistante des institutions internationales,
au moment où la mondialisation des dangers demanderait
une grande efficacité des organisations destinées
à les combattre.
* La géopolitique du crime organisé et
de l'illicite dans le monde (voir Revue Diplomatie,
n° 50)
Evaluation
des risques menaçant plus particulièrement
l'Europe
Ces risques découlent des précédents.
Mais certains sont inhérents à l'histoire
ou à l'organisation de l'ensemble pan-européen.
* Le risque démographique: baisse de la natalité,
vieillissement. L'appel à l'immigration ne permettra
pas de résoudre les insuffisances de population
active prévisibles. Des mesures de redressement
de la natalité s'imposeraient donc sans attendre.
* L'insuffisance marquée de la plupart des matières
premières énergétiques et industrielles
jugées stratégiques.
* La perte progressive, par manque d'investissement
et par délocalisation hors d'Europe, du potentiel
scientifique, technologique et industriel ayant fait
jusqu'à présent la puissance de l'Europe
(Allemagne exceptée) . Il en résulte un
chômage de moins en moins supportable par les
structures de l'Etat providence.
*Le recul d'influence des Etats et des politiques réglementaires
et fiscales permettant de lutter contre l'accroissement
des dettes publiques et des déséquilibres
du commerce extérieur (Allemagne exceptée).
Ceci n'est pas survenu par hasard, mais du fait de la
pression incessante, décrite dans le prologue,
des intérêts financiers mondialisés
pour qui des administrations publiques efficaces sont
des obstacles à neutraliser.
* Le maintien sinon la croissance des inégalités
sociales et géographiques. Le sous-investissement
dans les banlieues affecte toutes les villes européennes.
Les transferts de ressources des pays européens
riches vers les pays plus pauvres semblent bloqués.
* La tentation qu'éprouve, face à ces
difficultés comme face à la crise, chaque
Etat ou ensemble régional à se replier
sur lui-même, au détriment de l'idéal
européen. Ceci peut se traduire à l'extrême
par un retour des nationalismes de type populiste.
* La perte d'influence des valeurs dont l'Europe était
jusqu'à ces derniers temps le berceau: droits
de l'homme, égalité entre les sexes, laïcité,
démocratie politique et contre-pouvoirs, Etat
régulateur et Etat-providence.
* L'abandon systématique des efforts de défense
et par conséquent des industries de défense.
La France et dans une moindre mesure la Grande Bretagne
font encore exception à la règle
* D'une façon générale, l'absence
d'une coordination politique suffisante. L'Union européenne,
face aux grands empires, se présente comme un
ectoplasme politique.
* La géopolitique du crime organisé et
de l'illicite en Europe (voir Revue Diplomatie, n°
50)
*
On ajoutera la présence, au voisinage de l'Europe,
de zones géographiques supportant des conflits
ouverts ou larvés. En 2911, la non-résolution
du problème palestinien en offre l'exemple le
plus ancien et le plus criant. Au lieu de s'en désintéresser,
la diplomatie européenne devrait tout faire pour
contribuer au retour de la paix entre Israël et
la Palestine.
Evaluation
des ensembles géopolitiques concurrents
Dans un monde désormais multipolaire, la naïveté
n'est pas de mise. Il faut connaître les concurrents
susceptibles de se transformer en adversaires. Il faut
définir des stratégies globales de résistance
à leur égard. Il faut aussi parallèlement
identifier les partenaires occasionnels ou de long terme,
afin de coopérer efficacement avec eux. Pour
cela, des services efficaces de guerre et contre-guerre
économique s'imposent, non seulement dans les
principaux Etats mais au niveau européen.
* Les Etats-Unis. Indéniablement en perte d'influence
face aux nouvelles puissances (dites émergées
plutôt qu'émergentes), les Etats-Unis conservent
des potentiels de compétitivité considérables,
dont l'Europe doit s'inspirer. Ceci notamment dans le
domaine scientifique et technologique, comme dans celui
des technologies de puissance (défense, espace)
et des industries culturelles (soft power). Cependant
les Européens, trop souvent fascinés par
la puissance américaine, oublient que l'Amérique
n'a jamais encouragé la mise en place d'une puissance
européenne autonome. Elle a toujours considéré
l'Europe comme un instrument et avant-poste au service
de ses propres stratégies. Sans tomber dans l'anti-américanisme,
l'Europe doit se débarrasser d'un atlantisme
naïf et se méfier de tous les réseaux
d'influence actifs en son sein et travaillant au service
des politiques américaines;
* La Chine. Deuxième, bientôt sans doute
première puissance économique mondiale,
la Chine sera de plus en plus en compétition
sur la plupart des domaines avec l'Europe. Ceci ne justifie
pas d'en faire un adversaire politique. L'Europe doit
apprendre à mieux la connaître (dans ses
forces comme dans ses faiblesses) et surtout adopter
les moyens de se comporter elle-aussi en puissance vis-à-vis
d'elle. Autrement dit pratiquer sans états d'âme
la politique du donnant-donnant ou de la réciprocité.
Mais pour cela l'Europe devra se renforcer considérablement.
* L'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud et les
autres puissances émergentes. L'Europe devra
dans l'ensemble adopter à leur égard des
politiques sans naïveté, elles-aussi sur
la base du donnant-donnant. Dans de nombreux cas, des
partenariats stratégiques limités pourront
être envisagés.
* La Russie. Malgré ses lacunes actuelles, la
Russie représente (pensons-nous) pour l'Europe
un prolongement géographique, linguistique et
culturel qu'il conviendrait de valoriser dans de nombreux
domaines. L'inverse est également vrai. Des partenariats
stratégiques euro-russes, voire de véritables
accords industriels, scientifiques et économiques
s'imposeront de plus en plus. Ils pourront être
déterminants, tant pour l'avenir de la Russie
que de l'Europe.
* Le monde arabo-musulman. Les pays généralement
qualifiés d'arabo-musulman ne sont pas tous arabes
(ainsi la Turquie et l'Iran) mais ils sont tous à
majorité musulmane. Ils constituent des voisins
souvent très près géographiquement
des pays européens. Ils entretiennent avec ces
pays de très importants échanges humains
et culturels. Jusque là soumis à des régimes
autoritaires, après le printemps dit arabe, certains
d'entre eux s'ouvrent à des formes de démocratie
et d'économie proches de celles à l'oeuvre
dans les pays européens.
Mais ils seront peut-être pénétrés
par des formes d'un islamisme de plus en plus conquérant
et radical, en contradiction avec les valeurs de laïcité,
de féminisme et de tolérance régnant
en Europe. Celui-ci s'étend jusque dans les banlieues
européennes, en proie au chômage. L'avenir
dira si cet islamisme restera contenu par d'autres formes
plus modérées de religion ou s'il deviendra
conquérant. En ce cas, on risquera de voir naître
de véritables chocs ou conflits de civilisations,
selon les termes de Samuel Huntington.
* L'Amérique latine et le continent africain.
L'Europe ne peut se désintéresser de ces
pays, malgré leurs difficultés actuelles.
Il s'agit souvent, notamment pour les Etats européens
du Sud, de véritables prolongements territoriaux
ou civilisationnels. Les négliger représenterait
une perte d'influence notable pour l'Europe, y compris
pour les Etats de l'Europe centrale et orientale davantage
tournés vers l'est. Ceci ne voudra pas dire une
ouverture sans précautions. On constate en effet,
notamment au Mexique et dans certains pays d'Amérique
centrale, une montée importante des organisations
criminelles et de la corruption qu'elles génèrent
au détriment des sociétés et des
Etats traditionnels. L'ouverture des frontières
européennes leur a créé de véritables
boulevards. Leur pouvoir de contamination dans des sociétés
européennes affaiblies par la crise, devient
désormais inquiétant. Ce pouvoir bénéficie
de la complicité des intérêts financiers
européens .On lira, entre autres, sur ce sujet
le livre de Marc Roche (Le capitalisme hors la loi,
Albin Michel 2011).
Evaluation, protection et renforcement des potentiels
européens
L'Europe dispose de potentiels importants, que par
euro-pessimisme elle a tendance à négliger.
Ils doivent au contraire faire l'objet de valorisation
systématique, y compris dans le cadre de partenariats
stratégiques avec les pays non-européens
alliés de l'Europe.
* L'existence de structures étatiques et administratives
solides, sans lesquelles s'installe ou demeure le désordre
sociétal. Il s'agit d'un atout à renforcer
(on peut lire à cet égard ce qu'en dit
Francis Fukuyama, qui n'est pourtant pas particulièrement
europhile, dans son dernier ouvrage The origines
of political order, 2011).
Il ne faudra pas cependant se cacher que si ces structures
étatiques et administratives sont encore, par
rapport à celles d'autres pays, relativement
protégées de la fraude, de la corruption
et des pressions politiques, ce statut favorable se
dégrade d'année en année. La raison
en tient notamment à la pression croissante des
intérêts privés. Des Etats efficaces
comme il s'en rencontre encore (semble-il) dans les
pays scandinaves, gênent en effet les fraudes
et les trafics d'influence.
* L'existence de services publics et d'administrations
publiques intervenant dans le domaine social (droit
du travail, protection sociale, santé publique)
et dans de nombreux secteurs relevant des "public
utilities" (recherche scientifique désintéressée,
transports, aménagement du territoire...). Les
intérêts financiers globalisés mènent
contre les structures étatiques et les services
publics européens des offensives permanentes
afin de les « privatiser » autrement
dit afin de se les approprier. Ils ont réussi
jusqu'à présent à le faire, avec
l'appui de la Commission européenne et de gouvernements
libéraux ou ultra-libéraux. Mais ce faisant
l'Europe est en train de se priver des bases de sa puissance
au plan mondial, comme de nombreux thèmes qu'elle
pourrait « exporter » au bénéfice
des jeunes Etats se tournant vers elle.
* Au plan humain et sociétal, l'existence d'une
grande diversité de langues et de cultures, ainsi
que de compétences professionnelles, rendant
l'Europe capable de s'adapter rapidement, sur le mode
biologique, à des changements dans les contraintes
globales. Les valeurs européennes énumérées
ci-dessus, souvent évoquées pour en déplorer
la perte d'influence, font partie de ces potentiels.
Encore faudra-t-il qu'elles tiennent compte des changements
du monde décrits dans la présente note.
* La présence de nombreuses épargnes mobilisables,
notamment au profit d'investissements localisés
en Europe. Ceci pourrait faire contraste dans un monde
où généralement les dettes publiques
et privées paralysent les perspectives d'investissement.
Malheureusement, aucune stratégie d'ensemble
(voir ci-dessous) ne permet encore, au niveau européen,
de valoriser ces épargnes.
* L'existence de secteurs économiques dynamiques,
potentiellement au service du développement européen
et des exportations: secteur agricole et agro-alimentaire,
industries de l'infrastructure et du bâtiment,
industries mécaniques et automobiles, secteurs
des technologies avancées (aéronautique
et espace, transports terrestres, applications des NBIC
- nano-bio-info-cognotechnologies), industries chimiques
et pharmaceutiques, secteur des services. On mentionnera
aussi le tourisme, qu'il ne faut pas négliger.
Dans ces différents secteurs, l'Allemagne donne
l'exemple d'un tissu de PME/PMI solides et jusqu'à
ce jour largement exportateurs.
* Au plan géographique, l'Europe dispose d'un
potentiel important en termes de facilités climatiques,
de terres agricoles, de ressources fluviales, littorales
et océaniques, dont il convient d'assurer la
protection contre les tentations de sur-exploitations.
Chapitre
2. Comment réagir aux faiblesses ? Définition
de politiques stratégiques
Appelons ainsi des politiques intéressant
le plus de partenaires européens possible, visant
de préférence le moyen et le long terme,
et impliquant, dans la tradition européenne,
le plus grand nombre possible de ressources et de moyens
publics.
Stratégies globales
Les choix quasiment philosophiques faits dans ces
secteurs impliquent de véritables options de
société.
* Comment définir les domaines respectifs du
libre-échange ou libéralisme économique
et de l'économie régulée par la
puissance publique (ou dirigée)? Peut-on envisager
des économies mixtes, et sous quelles formes?
* Peut-on aujourd'hui en priorité élaborer
ou diffuser une nouvelle pensée économique,
vis-à-vis de la crise économique, de l'endettement
et du recours aux marchés financiers. Notre réponse
est affirmative. Voir par exemple nos commentaires au
"Manifeste
des économistes atterrés").
* Ceci pose en priorité la question de la réforme
de la Banque centrale européenne et des modifications
constitutionnelles nécessaires (voir chapitre
3 ci-dessous)
* Comment définir et financer les besoins de
développement des laboratoires et universités
en Europe, notamment dans les pays encore mal représentés
à cet égard?
* Comment évaluer et commencer à prendre
en compte les externalités internes et externes,
positives et négatives. Il s'agit de réalités
économiques que ne connaissent pas les comptabilités
nationales et budgétaires mais qui représentent
des actifs et des passifs déterminants pour la
survie des populations et des sociétés).
Politiques de développement
économiques et de lutte pour l'emploi
Le développement économique et le soutien
à l'emploi ne signifient pas nécessairement
la croissance systématique de la consommation,
qui serait impossible. Ils doivent au contraire s'accompagner
de décroissance dans un grand nombre de secteurs
inutilement gaspilleurs, mais aussi de croissance dans
ce que l'on nomme parfois le « capital cognitif ».
* Etablir une liste des domaines d'investissement et
des politiques industrielles prioritaires dans les secteurs
des technologies avancées et des recherches fondamentales
et appliquées. Comment financer et protéger
les investissements stratégiques? Le patriotisme
industriel. Le protectionnisme sélectif.
* Comment contrôler les dérives actuelles
du secteur des banques et des assurances? Comment lutter
efficacement contre les paradis fiscaux?
* Comment exporter tout en préservant la capacité
d'innovation? La question des transferts de technologie,
à utiliser avec prudence.
* Comment sélectionner et financer les programmes
de recherche dans les sciences émergentes.
* Dans quels domaines et comment définir une
politique européenne de l'environnement: lutte
contre le réchauffement, protection de la biodiversité
terrestre et marine.
* Dans quels domaines et comment définir une
politique européenne de l'énergie (mix
énergétique, production, transport, économies).
La situation particulière de l'énergie
nucléaire.
* Comment améliorer le fonctionnement de la zone
euro? Faut-il chercher à l'étendre ou
au contraire à la réduire?
* Comment augmenter les ressources publiques ? Augmentation
des impôts. Lutte systématique contre les
fraudes et détournements fiscaux, entraînant
des pertes de recettes du plus du quart voire de la
moitié dans certains pays. Mobilisation et protection
de l'épargne européenne ?
* Création éventuelle d'un Fonds d'investissement
stratégique européen, financé entre
autres par des "rentes perpétuelles"
souscrites auprès des épargnants européens.
* Quelles limites donner aux politiques budgétaires
dites d'austérité (ou de réforme)
Le domaine particulier des
grands programmes impliquant les technologies de souveraineté
Ce terme désigne des secteurs d'investissement
dont aucune puissance mondiale ne peut prétendre
aujourd'hui se passer sauf à aliéner son
indépendance. On y retrouve les questions précédentes,
appliquées à des recherches et applications
imposant des politiques publiques spécifiques.
Leur financement par des épargnes principalement
européennes s'impose.
* Technologies et matériels de défense
et sécurité (de préférence
duales). On ne sous-estimera pas leurs capacités
à générer des pratiques dites de
contrôle total (politique et économique).
D'où l'exigence de les soumettre à un
minimum de débats et surveillance citoyenne).
Mais ce dernier point n'est-il pas illusoire. (voir
Alain Cardon. 'Vers
un contrôle total 2011', ouvrageen libre accès
)
* Technologies de l'information et du calcul.
* Robotique autonome et intelligence artificielle générale.
* Neurosciences et sciences cognitives.
* Espace civil et militaire, sous leurs diverses formes.
* Energies nouvelles.
* Biotechnologies et Industries pharmaceutiques
Politiques
culturelles
Il s'agit de ce que les Etats-Unis ont nommé
le soft-power. Le domaine recoupe ce dont l'Europe a
longtemps été un symbole mondial: la création
philosophique, artistique, culturelle. La généralisation
des réseaux et outils numériques y exige
une créativité et une adaptation continue.
Des investissements permanents sont nécessaires,
engageant les particuliers, les associations mais aussi
les Etats. Pour l'Europe, il s'agit aussi de détecter
et le cas échéant combattre les dépendances
politiques à forme culturelle, notamment au regard
de l'atlantisme et d'un islamisme de combat dont la
pénétration est mondiale. On évoquera
également sous cette rubrique le développement
des universités européennes et leur large
ouverture aux étudiants étrangers qui
contribuent éminemment à l'influence européenne
dans le monde.
* Peut-on ou doit-on définir un soft-power européen.
Qui doit s'en charger ? Comment en préciser les
cibles, les acteurs et les modes de diffusion?
* Dans quels domaines affecter des ressources publiques
aux investissements culturels? Aides à la création
et à la diffusion tous médias et supports.
Développement de la traduction assistée
et des programmes de gestion des compétences
par l'intelligence artificielle.
* Doit-on encourager la production d'émission
et la mise en place de chaînes plurilinguistiques
(sur le modèle d'Arte) ? Faut-il encourager
l'édition en ligne ? Faut-il limiter par voie
réglementaire la publicité commerciale
sur les réseaux culturels?
* Faut-il soutenir par des investissements publics la
numérisation non commerciale des Bibliothèques
et musées européens ?
Chapitre
3. Evolution des institutions européennes
Beaucoup des reproches faits à l'Union européenne
et plus généralement à l'Europe,
tiennent à l'obsolescence de ses institutions
laissant place parfois à une inadaptation de
plus en plus criante. Ces institutions, définies
au temps du libéralisme et dans l'optique d'éviter
la mise en place en Europe d'une puissance mondiale
indépendante, doivent aujourd'hui être
profondément modifiées. La difficulté
de la tâche ne devrait pas empêcher d'en
faire une priorité. Les changements pourront
être relativement ponctuels, mais dans une approche
plus ambitieuse, ils pourront conduire (perspective
que nous préconisons pour notre part) à
la mise en place d'un véritable Etat Fédéral
européen, proche de ce que sont les Etats-Unis
d'Amérique.
Réforme des institutions
européennes
On mentionnera dans cette rubrique les différents
techniques permettant de donner plus de poids aux institutions
européennes actuelles, sans modifier radicalement
(par une constitution fédérale) leurs
domaines de compétences et pouvoirs respectifs.
* Les frontières de l'Europe. Ce terme désigne
la question complexe de l'élargissement possible
de l'Union, mais aussi éventuellement de la sortie,
sur leur demande, de certains Etats membres.
* Les « moteurs bi-nationaux».
Le « moteur franco-allemand ».
Faut-il le conserver? L'élargir à d'autres
pays ? En encourager d'autres ? Faudrait-il
envisager un statut particulier pour le Royaume-Uni,
si celui-ci persistait à se considérer,
au moins partiellement, comme « en dehors »
de l'Europe ?
* Les coopérations renforcées. Comment
les développer? Dans quels domaines? La défense
constitue sans doute la première priorité,
au delà des actions de défense européenne
existantes. On étendra à cette fin les
compétences et ressources de l'Agence européenne
de défense.
* Les Agences. Celles-ci constituent des formes souples
et efficaces d'association entre gouvernements, administrations
et entreprises européennes. On citera l'Agence
spatiale européenne, les agences de sécurité
alimentaire ou de pharmacovigilance, l'Agence Eurocontrol.
Nous proposons pour notre part d'en créer de
nouvelles, avec des pouvoirs étendus: Agence
européenne de l'énergie, Agence européenne
de l'environnement...On renforcera parallèlement
les services européens en charge de la coopération
avec les pays pauvres.
* Le renforcement du gouvernement économique
et financier de la zone euro. Il s'agit d'une priorité
absolue, afin de doter l'ensemble des pays de la zone
euro des moyens d'harmonisation fiscale, douanière,
réglementaire sans lesquels aucune gestion commune
de la monnaie unique n'est viable. Ce sera pratiquement
'un premier pas vers une Europe fédérale
plus étendue. Ce programme comportera la réforme
du statut de la Banque Centrale européenne. Sans
lui enlever toute indépendance, afin qu'elle
puisse continuer à lutter contre d'éventuelles
pressions inflationnistes, elle devra pouvoir être
mise au service de la politique décidée
par ce gouvernement économique et financier de
la zone euro. Il sera utile également de la doter
d'une agence de gestion des dettes publiques des Etats,
en attendant des réformes plus approfondies résultant
d'un contrôle européen des politiques budgétaires.
* Une agence de notation européenne pourrait
être envisagée, mais on peut douter de
son intérêt, si le gouvernement économique
et financier de la zone euro, mentionné ici,
fonctionnait normalement.
* Dans le même esprit devra être décidé
au niveau européen la réforme du système
bancaire que les oppositions socialistes réclament
aujourd'hui, séparation des activités
de dépôt et d'investissement en bourse,
renforcement des fonds propres, mise en place de véritables
institutions de crédit coopératif, règles
prudentielles renforcées, etc.
* Comment augmenter et dans quels domaines les compétences
de la présidence de l'Union et de la Commission
? Il serait indispensable en priorité d'accroître
les transferts budgétaires des Etats vers l'Union,
de façon à ce que le budget communautaire
atteigne au moins 10 à 15% de l'ensemble des
budgets européens.
Vers une Europe fédérale
au service d'un souverainisme européen
Appelons souverainisme européen la capacité
de l'Union européenne de se comporter globalement
comme un Etat souverain, analogue aux Etats-Unis, à
la Chine et à bien d'autres. Cela ne serait pas
possible sans la transformation de l'Union, en faisant
non plus une confédération d'Etats nationaux
mais une Fédération d'Etats fédérés.
Vu l'importance des résistances probables, une
démarche en plusieurs temps, accompagnée
de simulations sur Internet, pourrait être envisagée.
* Mise en place d'une Assemblée constituante
et adoption d'une première constitution fédérale.
* Election d'une chambre des députés et
d'une chambre des Etats-membres.
* Election d'un Président
* Développement d'une administration fédérale
avec transfert progressif de compétences, moyens
budgétaires et ressources humaines.
Conclusion
Comment
mobiliser les opinions publiques au service de la construction
européenne?
Cette question est essentielle, mais souvent perdue
de vue. Des sacrifices importants s'imposeront avec
l'aggravation et la conjonction des crises. Comment
les faire accepter? En dehors des mobilisations spontanées,
les futurs responsables de l'approfondissement de la
construction européenne pourront compter sur
plusieurs facteurs simultanés.
* La peur devant l'aggravation des risques, poussant
à la cohésion et au partage (fear factor).
* L'enthousiasme face à des objectifs difficiles,
de grands enjeux technologiques, la conquête de
nouveaux territoires (spatial, intelligence artificielle...)
*La volonté de ne pas se laisser dépasser
par des compétiteurs non européens.
* La production de l'adhésion par la multiplication
des débats et controverses, utilisant notamment
les réseaux interactifs.
La
poursuite de la construction européenne contribuera-t-elle
à changer le Système (voir
sur ce concept de Système notre article "Sortir
du Sytème - à propos des indigés")
Il
est évidemment impossible de répondre
à cette question. Tout dépendra des rapports
de force, politiques et électoraux entre les
gauches et les droites européennes, ainsi que
le poids pris par les extrêmes gauches, les droites
radicales et les souverainistes. Tout dépendra
aussi de l'importance que prendra la crise, tant mondiale
qu'européenne.
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