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Sciences politiques La réglementation de la finance et la lutte des classes
Jean-Paul Baquiast 15/08/2011

On entend souvent demander pourquoi les gouvernements européens ne prennent pas les mesures législatives ou réglementaires qui permettraient de limiter les crises provoquées par les abus de pouvoir auxquels se livrent les banques et les assurances.

Ce sont les « petits », petits salariés, petits épargnants, PME, fonctionnaires qui supportent presque exclusivement le coût des crises provoquées par les spéculateurs de la finance : pertes de revenus, licenciements, chômage endémique, impossibilité d'investir. Au contraire, les détenteurs du pouvoir économique et financier profitent généralement des crises pour renforcer leur position dominante, quitte à se mettre au service des grands groupes non européens qui, tels les Chinois, envisagent maintenant de racheter une série de secteurs en difficulté dans des Etats très endettés.

Toutes les mesures proposées pour protéger les populations européennes des conséquences des crises mondiales qui trouvent leurs sources dans les abus et erreurs des organismes financiers ne sont pas également réalistes. C'est ainsi que la sortie de l'euro exigée par les partis nationalistes provoquerait inévitablement une inflation dont les effets seraient supportés par les plus pauvres. Que l'on souvienne des années d'après-guerre.

Par contre des règles plus simples imposées aux banques et aux bourses permettraient si elles étaient appliquées systématiquement dans tout l'espace européen de faire de l'Europe un pôle efficace de lutte contre les spéculations et les appauvrissements en résultant. On peut mentionner, concernant le secteur bancaire, la séparation des activités de dépôt et des activités d'investissement (1). D'autres mesures plus techniques sont aussi couramment proposées : interdiction des opérations à terme, mutualisation des emprunts d'Etat et appel à des prêts de la Banque centrale européenne, mise à l'index des transactions impliquant des opérateurs dans des paradis fiscaux, taxe Tobin, entrée des Etats dans les conseils d'administrations des banques, etc..

Toutes ces mesures permettraient non seulement de protéger les petits entrepreneurs et épargnants, mais de relancer des investissements sains sur des bases locales. Par contre, elles diminueraient nécessairement les occasions de profits spéculatifs. Certes, on peut faire confiance aux industries financières. Elles trouveraient vite les moyens de les tourner. Il faudrait alors que les gouvernements s'engagent dans une sorte de lutte du chat et de la souris pour maintenir la protection des classes pauvres contre les dérives de la financiarisation. Le feraient-ils, restant généralement favorables au libéralisme économique qui profite d'abord aux détenteurs du capital monétaire.

Nous en revenons donc à la question posée au début de cet article. Pourquoi les gouvernements ne règlement-ils pas la finance, aussi bien d'ailleurs aux Etats-Unis qu'en Europe ? Pour y répondre, il faut retrouver une analyse marxiste élémentaire. Parce que les gouvernements émanent des classes dominantes (des oligarchies) qui détiennent les intérêts financiers ou sont contrôlés par celles-ci. On peut craindre qu'il en soit de même des oppositions qui se disent de gauche. Si la gauche actuelle accédait au pouvoir, elle abandonnerait rapidement la volonté de réformer le secteur financier. Un peu de marxisme s'impose pour le comprendre.

Faire appel à l'analyse marxiste vous fait inévitablement classer parmi les utopistes n'ayant rien appris des abus des régimes communistes. Mais selon nous il s'agirait seulement de rappeler des rapports de forces sociétaux qui n'ont rien perdu de leur actualité. Il existe toujours des classes dominantes et des classes dominées. Les premières font tout ce qu'elles peuvent pour maintenir leur domination. Les secondes par contre sont bien moins conscientes aujourd'hui de la domination pesant sur elles qu'elles ne l'étaient au 20e siècle. Ceci tient à la diversification et de la dissimulation des nouvelles formes de pouvoir. La domination se maintient et se renforce, y compris sous les formes culturelles décrites par Pierre Bourdieu.

Pour que les gouvernements en viennent, dans les démocraties, à prendre plus systématiquement la défense des citoyens contre les abus de la mondialisation financière, il faudrait que les victimes de celles-ci se sentent suffisamment victimes pour entrer en révolte. Ce n'est pas encore tout à fait le cas. Les électeurs, dans leur majorité, même s'ils constatent des baisses de niveau de vie dues à la crise, espèrent encore pouvoir conserver de petits revenus et de petites épargnes. Seuls les SDF ont perdu leurs illusions, mais leur poids politique est encore quasiment nul. Les gouvernements n'ont donc pas lieu de s'inquiéter.

Si cependant les crises, comme il est prévisible, s'aggravaient et s'enchainaient, il n'en serait plus de même. Les Indignés se transformeraient en Révoltés, c'est-à-dire en une véritable force de pression électorale. Les gouvernements, ne pourraient plus compter sur la répression, comme aujourd'hui le premier ministre britannique, pour les contenir. Sauf à se transformer en dictatures (perspective à ne pas exclure) il leur faudrait se mettre au service de réformes de fond. Celles-ci dureraient ce qu'elles dureraient, mais on peut espérer qu'il en resterait tout de même quelque chose. C'est ainsi que les prolétaires en grève et les syndicats ont imposé la généralisation des premières concessions patronales en matière de droit du travail et deprotection sociale, au 19 et 20e siècle, à des oligarchies qui n'avaient aucunement l'intention de faire de cadeaux aux travailleurs.

On ne peut donc que suivre avec le plus grand intérêt la façon dont actuellement se propagent - et reprendront à l'occasion - les manifestations populaires 2). Israël lui-même est touché.

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(1) Ce que le Glass-Steagall Act ou Banking Act de 1933 avait imposé aux Etats à la suite de la crise de 1929, et qui fut abrogé en novembre 1999 par le Financial Services Modernization Act. Les éléments de la grande crise de 2008, initiée aux Etats-Unis et ayant contaminé le monde entier, ont ainsi été réunis. Des fusions et des prises de risques excessifs en ont résulté. En 1933, le pouvoir fédéral sous la présidence de Franklin Roosevelt fraichement élu s'était comporté en protecteur des classes pauvres victimes de la crise dont le poids électoral était important. En 1999 et dans les années suivantes, le même pouvoir fédéral s'est mis sans hésitation au pouvoir des intérêts financiers, compte tenu du poids électoral et politique désormais pris par ceux-ci. Barack Obama, malgré ses rodomontades n'a rien changé à cet état de choses, car ce fut principalement de Wall Street qu'il a tenu son élection.

(2) On lira de Daniel Oborne un article très mesuré qui semble avoir été écrit pour illustrer notre thèse de l'actalité d'une lutte des classes plus virulente que jamais, menée par la classe dirigeante. http://blogs.telegraph.co.uk/news/peteroborne/100100708/the-moral-decay-of-our-society-is-as-bad-at-the-top-as-the-bottom/