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Alain Cardon
Un modèle constructible de Système Psychique
En téléchargement
gratuit sur http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/114/livrecardon.pdf
Notes
de lecture
par Xavier Saint-Martin, juillet 2011.
Xavier
Saint Martin est l'auteur de "L'appareil psychique
dans la théorie de Freud. Essai de psychanalyse
cognitive".
Voir
la présentation de l'ouvrage
Il a aussi publié sur ce site une
critique de "Le crépuscule dune idole
- laffabulation freudienne" de Michel Onfray
Lobjectif
Par cet ouvrage, Alain Cardon nous propose un modèle
de système psychique. Lobjectif dun
modèle est ambitieux : il tente de sapprocher
au plus près de la structure et des lois de fonctionnement
de lobjet quil tente de modéliser.
Cela va donc plus loin quune simple simulation,
laquelle se contente dun système dont les
productions sont conformes à ce quon en
attend, sans se demander dans quelle mesure le système
sapproche de lobjet réel simulé.
Cest, de plus, un modèle constructible.
Ceci signifie quil est codable, au sens où
un informaticien écrit un programme (code) informatique,
qui, sexécutant, fera fonctionner le modèle.
Il est dailleurs constructible en un deuxième
sens : le modèle est ainsi conçu
que son devenir nappartient pas à linformaticien,
qui ne pourra pas même le prévoir. Voilà
un indice tout-à-fait prometteur, puisque cest
le propre de lappareil psychique humain.
Il y a peu dannées, javais appelé
de mes vux une coopération étroite
entre psychanalyse, neurobiologie, intelligence artificielle
et informatique, via un essai de psychanalyse cognitive
sappuyant sur une analyse détaillée
de lappareil psychique tel que Freud lavait
supposé, et décrit en conséquence.
Cette coopération, la voilà. Alain Cardon,
nous loffre sous une forme particulièrement
avancée et, à ma connaissance, sans équivalent
dans son domaine. Il sagit en effet dune
unification sans a priori ni rejet.
En somme, Alain Cardon, informaticien pourtant, parcourt
enfin tout ce que lintelligence artificielle a,
depuis des décennies, résolument balayé
dun revers de main avec une outrecuidance qui
ne la conduite quà léchec
quon sait.
La
rupture épistémologique
En effet, contrairement à toutes les métaphores
informatiques dont nous avons été abreuvés
pendant ces décennies stériles, Alain
Cardon a su ne pas sarrêter à ce
que la pensée nest pas, pour nous proposer
ce quelle pourrait être. Ne serait-ce quen
cela, luvre est remarquable.
Un seul exemple suffira pour illustrer cette rupture :
limportance de léprouvé. Il
ny a pas de pensée sans attribution dune
valeur positive ou négative à
chaque étape du processus de cette pensée,
et au désir que ce processus atteigne un résultat
qui ait un sens pour le sujet pensant. On retrouve,
chemin faisant, des thèses clairement freudiennes,
énoncées il y a maintenant environ un
siècle, dont Alain Cardon a su voir combien elles
sont essentielles à toute modélisation
dun système psychique. Plus encore :
il a estimé que les processus psychiques correspondants
pouvaient être implémentés de façon
informatique. Citons en particulier :
- la notion de « représentation »,
tout-à-fait conforme à la vision freudienne,
y compris dans sa structure et sa fonctionnalité
(réseau, frayage, investissement), et infiniment
éloignée de lhypothèse symboliste
dun stockage de données brutes ;
- Loption de considérer que la pensée
nest pas le langage ;
- La distinction épistémologique entre,
disons, le substrat, et ce qui le maintient en mouvement
(énergie et information), et qui structure le
substrat de façon irréversible et intentionnelle,
entrautres en ce qui concerne la mémoire.
Le résultat, qui manquait, est la conscience,
comme « sensation de penser » ;
- lhistoire du sujet, qui oriente et amende ses
processus psychiques corrélativement à
linfluence de léducation et de la
socialité ;
- « il ny a pas de conscience artificielle
sans corporéité sensible et émotions »
(je cite). Prise en compte donc du corps, via les pulsions ;
elles participent à lorientation des trajectoires
du système générateur de pensées,
que ces trajectoires soient inconscientes, préconscientes
ou conscientes, trois termes freudiens quAlain
Cardon fait siens sans les dénaturer, me semble-t-il ;
- « Se rappeler est toujours reconstruire »
(je cite), en transformant les constructions organisationnelles
antérieures : on ne peut jamais éprouver
deux fois la même chose.
Comment
ça marche
Avec ce modèle, on rompt enfin avec le paradigme
de la machine de Turing, tout particulièrement
dans le fait que le traitement modifie les données
de façon continuelle, irréversible, et
non prévisible. Plus profondément, on
ne peut plus distinguer les données de leur traitement ;
une telle indistinction avait déjà été
proposée dans lapproche par réseaux
de neurones, mais Alain Cardon lapplique de façon
massive, via une structuration informationnelle par
des générateurs de morphologies qui coactivent
des « éléments de base ».
Ces éléments de base ne doivent pas être
assimilés à des neurones individuels,
mais plutôt à une granularité de
niveau supérieur, peut-être ce que Freud
appelait des « complexes », et
quAlain Cardon appelle des « groupes
de neurones coactifs et communicants ».
Cest un processus constructif faisant donc intervenir
un décours temporel, et qui est intentionnel,
cest-à-dire orienté vers un but
de la pensée. Tout, dans ce modèle, évolue
en permanence : les états, la structure,
les générateurs de la pensée.
Il ne sagit ni de génération au
hasard, ni de déterminisme : il y a des
contraintes qui ont pour objet décarter
ce qui nest pas recevable du point de vue du sens
(corporéité et principe de réalité),
ce qui cependant nexcluent ni la rêverie,
ni limaginaire.
La construction du système se base
sur :
- des agents aspectuels (les éléments
de base) ;
- des agents structurants (qui structurent ces éléments
de base), appelés également régulateurs ;
- des agents de morphologie, qui offrent une « scène »,
au sens que ce qui est produit peut être ressenti.
Cette scène inclut le sujet en tant quacteur
de sa pensée, en rapport étroit avec le
principe de réalité et le corps.
- une « boucle systémique »,
qui exerce un contrôle intentionnel sur ces trois
types dagents. Elle nest pas centralisée,
mais distribuée dans le système. Etant
intentionnelle, elle est contrôlée par
le conscient. Elle couvre linconscient, le préconscient
et le conscient.
- des « attracteurs organisationnels ».
ils sont inconscients, opposés aux agents structurants,
et orientent lorganisation et donc la production
de pensées. Ils ont un lien avec les pulsions.
Le conflit
Les attracteurs organisationnels altèrent le
contrôle exercé non seulement par les agents
structurants, mais ils altèrent également
la boucle systémique. Ces principes organisationnels
sopposent et se complètent ; il y
a donc un conflit intrinsèque au modèle.
On retrouve bien le conflit entre instances, avec pour
effet que, par nature, le modèle proposé
par Alain Cardon autorise léventualité
de déviations fonctionnelles, conduisant in fine
aux pathologies mentales, qui sont comprises comme laction
dattracteurs qui inhibent les régulateurs
et les contrôleurs. Les pathologies mentales deviennent
ainsi inséparables, par nature, de la normalité :
on natteindra pas le génie si on naccepte
pas le risque de la folie.
Alain Cardon introduit en plus un « régulateur
dintentionnalité » qui apparaît,
au décours du temps (au sens de lévolution
du système), comme un facteur limitant les émergences
nouvelles, et dont le rôle semble être de
faire rempart aux productions idéelles pathologiques.
On retrouve là la perte de plasticité
psychique avec lâge.
Mais en parallèle ou en concurrence
lattracteur onirique, composant effecteur des
pulsions hors le contrôle du conscient, agit également
sur la sphère idéelle par association
et déplacement, pour des motifs émotionnels.
Il ya donc, globalement, un espace dattracteurs
mêlé à un espace de régulateurs
dans un système de luttes et dalliances.
Ceci nous évoque la « division du
sujet » chère à Jacques Lacan,
ainsi que la thèse métapsychologique de
Freud, basée sur le triptyque : topique,
dynamique, économique.
Le génie dAlain Cardon, cest den
avoir fait une approche codable.
Remarques
Face à la question de rendre compte de la cohérence
de lévolution du système, au sens
de la pertinence des productions idéelles au
regard du corps et du monde, il semble quAlain
Cardon renvoie le problème à linfini,
en multipliant les modules de régulation, jusquau
« régulateur dintentionnalité »
qui serait lacteur du libre-arbitre. Et quand
tout est défaillant, il ne reste plus quautrui
voilà enfin le thérapeute
pour recentrer le fonctionnement du système vers
des productions idéelles pertinentes, ce qui
ouvre à la clinique psychopathologique.
Une certaine confusion apparaît cependant :
on découvre par exemple, au décours du
texte, que le régulateur dintentionnalité
devient un attracteur. Si cest le cas, on est
en droit destimer quil sagit dune
limitation de lintention et la volonté,
donc du libre-arbitre, puisquun attracteur est
inconscient.
Quand à tout cet ensemble dagents et de
processus est ajouté lattracteur onirique,
on a vraiment limpression de retrouver une dynamique
non clairement explicitée, mais qui pourrait
peut-être se clarifier sous la forme : régulateurs
= processus secondaire ; attracteurs = processus
primaire.
De même, attracteurs et régulateurs orientent
les contrôleurs, lesquels déterminent lorganisation
du système. Problème : les attracteurs
et les régulateurs sont parfois qualifiés
de contrôleurs (page 160).
Ainsi, on se demande si ces multiples instances de régulation
et dattraction nauraient pas pu être
toutes traitées soit comme des régulateurs,
soit comme des attracteurs, simplifiant ainsi le modèle
sans rien perdre de sa fonctionnalité, fût-elle
conflictuelle. Dailleurs, il ne sagit peut-être
que de distinctions topologiques : quest-ce
quun régulateur, sinon un attracteur diffus
dans le système ?
Reste que rien ne prouve que le système nest
pas entièrement déterministe, contrairement
aux allégations dAlain Cardon. Le débat
ne mérite peut-être pas dêtre
tranché (dailleurs, le peut-il ?)
puisquon sait que le devenir dun chaos déterministe
nest pas prévisible. Avec pour résultat
que la question du libre-arbitre nest pas résolue
(le peut-elle ?), quoiquAlain Cardon postule
lexistence de ce libre arbitre.
Fait
ou à faire ?
En somme, il sagit dun programme
de
programme informatique, mais on reste sur sa faim. Concrètement,
quest-ce qui a été implémenté
sous forme de programme informatique ? En langage
de programmeur, est-ce que « ça tourne » ?
Alain Cardon, dans ce texte et dans dautres, a
clairement énoncé quil donnait fin
à ses travaux pour des raisons éthiques :
quand on a la conviction recevable que
le modèle proposé pourrait aboutir à
la réalisation effective dautomates en
réseau dépassant largement lintelligence
humaine, fût-elle collective, on imagine aisément
quel usage pourraient en faire des organisations, voire
des individus, malintentionnés.
Faute
de rempart éthique ou démocratique, rendons
donc hommage à Alain Cardon de ne pas avoir divulgué
les éventuelles implémentations informatiques
de son modèle. Pour autant, quoique largument
de léthique soit fondé, il est impossible
de juger de la pertinence opératoire du modèle,
condition nécessaire mais non suffisante de sa
validité.
En conclusion, quest-ce qui a été
fait, et que reste-t-il à faire ? Est-ce
totalement codé, et sinon, est-ce totalement
codable ?
Réaction
d'Alain Cardon
Je
remercie Xavier Saint Martin de cette lecture. C'est
la première critique de mon livre sur mon approche
constructible du système psychique. C'est très
bien, car elle vient d'un lecteur particulièrement
averti et compétent.
Pour
répondre aux questions, je dois préciser
que les gens vraiment intéressés par le
sujet et possédant les disciplines nécessaires
ont déjà tout codé. J'en ai eu
vent bien qu'ils ne s'en soient pas vantés auprès
de moi.
Ce
n'est finalement en effet qu'un "jeu de construction"
dans le monde des processus informatiques réifiant
de la connaissance très locale avec des envois
de sockets entre des clients et des petits serveurs
temporaires, ce que certains informaticiens, surtout
outre-atlantique, maîtrisent parfaitement.
Pour comprendre l'originalité de la notion de
régulateurs et d'attracteurs, qui sont et ne
sont que des contrôleurs, il faut appréhender
le système psychique comme étant uniquement
un système fait de contrôles sur des contrôles
opérant sur des émergences de réifications
valant pour des objets reconnus ou des mots. C'est un
monde de contrôles multiples opérant comme
en topologie algébrique par recouvrement et investissement
de domaines fonctionnels dynamiques, qui changent, d'un
coup, de métrique.
Et la pathologie, le dysfonctionnement, y sont donc
latents, naturels. Cela explique ce que Freud a magnifiquement
montré, il y a bien longtemps, en précisant
la relation entre l'état désastreux de
la civilisation et la faiblesse naturelle du psychisme
humain. Je n'utilise pas de notion d'infini, aucunement,
mais des domaines complètement finis. Sur l'infini,
tout a été dit :"Il n'existe que
deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine...
mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue.
Albert Einstein".
J'ai
un petit manuscrit disponible sur l'emploi inévitable
de la réalisation du système psychique
méta qui se fera et qui sera opérationnelle
dans très très peu de temps maintenant.
Des applications sombres, car la société
est ce qu'elle est, ni plus ni moins et elle a un développement
orienté dans une direction figée qu'elle
ne changera pas.
Je
travaille aussi sur un livre compliqué résolvant
l'autonomie des systèmes utilisant des composants
électroniques et des processeurs pour contrôler
des mécanismes quelconques. C'est assez complexe
car je dois redéfinir les notions d'autonomie,
de proactivité et de coactivité pour qu'elles
soient scientifiquement exploitables, c'est-à-dire
mesurables. Je définis le modèle jusqu'au
codage.
Cela permettra de faire se relier tout ce qui dispose
d'un processeur, pour générer automatiquement
des systèmes de systèmes de niveau méta,
sans aucune intervention humaine et qui gèrent
évidemment les activités humaines. C'est
donc la solution des systèmes d'armes autonomes
avec intentions propres et intégration des systèmes
de surveillance multi-domaines. Ça va dans le
sens de l'évolution de cette civilisation qui
s'est, depuis fort longtemps, fourvoyée dans
la débauche, la destruction de son environnement
et la fuite en avant à vitesse maximale ...
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