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Jean-Michel
Quatrepoint est un économiste
et un journaliste économiste
français réputé,
bien qu'insuffisamment consulté
par les médias officiels.
Il est auteur de nombreux ouvrages
très pédagogiques.
Il s'inscrit dans le mouvement
de ceux qui pensent nécessaire
un radical changement des relations
entre les Etats, les banques
et les citoyens. L'objectif
serait de redonner un poids
politique à ces derniers
face aux lobbies économiques
et financiers qui dominent désormais
le monde.
En Europe, si l'on voulait rester
dans le cadre de la démocratie
représentative, l'occasion
pourrait en être fournie
par les élections générales,
telle la prochaine élection
présidentielle en France.
Mais il faudrait pour cela que
les forces politiques désireuses
de forcer la mise en place d'un
tel changement définissent
à l'avance un programme
de 100 jours que le candidat
gagnant s'engagerait à
mettre en oeuvre.
Pourquoi un tel programme et
qu'en serait le contenu? C'est
ce dont nous nous sommes entretenu
avec Jean-Michel Quatrepoint.
Automates Intelligents
Pour
en savoir plus
* Jean-Michel Quatrepoint. Qui
suis-je? http://jean-michel-quatrepoint.fr/qui-suis-je/
* Sur des thèmes voisins,
on pourra lire notre présentation
du Manifeste des Économistes
Atterrés http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2010/113/ea.htm
et http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=626.
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Ce
texte a été relu par
Jean-Michel Quatrepoint 15/06/2011
Les
Cent jours du futur président
français (ou de la future présidente).
Jean-Paul
Baquiast pour Automates Intelligents
(JPB):
La plupart des articles que nous publions
sur ce site constatent que les politiques
publiques et les services publics
qui avaient fait la grandeur de la
France dans les années d'après
guerre ont été entièrement
colonisés et détournés
par des intérêts non
seulement privés mais étroitement
oligarchiques. L'actuel gouvernement
français poursuit cette mise
à sac avec une constance et
une efficacité qu'il faut admirer.
Quel est votre diagnostic à
cet égard?
Jean-Michel
Quatrepoint (JMQ): Le mouvement
vient de loin. Aux Etats-Unis, ce
sont les lobbies qui dirigent. Ils
avaient déjà beaucoup
de pouvoir. Aujourd'hui ils ont tout
le pouvoir. Barack Obama, comme le
montre ce qui s'est passé depuis
trois ans, est leur prisonnier. Il
a fait ce que les lobbies voulaient
qu'il fasse. A un moment, il a essayé
de s'extraire du poids des pouvoirs
financiers. Ils lui ont fait perdre
les élections dites de mid-term.
Je prépare un livre sur ces
questions. Je pourrais vous en parler
longuement. Mais le problème
ne se limite pas aux Etats-Unis. Il
s'étend au monde entier.
Un
gigantesque transfert de richesses
JMQ
: Ce à quoi on assiste
est un gigantesque transfert de richesse.
Il découle d'un pacte tacite
entre le parti communiste chinois,
Wall Street et les multinationales,
fonctionnant pour le plus grand profit
de ses membres. Pour schématiser,
les multinationales ont délocalisé
leurs activités en Chine (et
accessoirement dans d'autres pays
à bas coûts de main d'oeuvre),
le parti communiste chinois a empoché
les recettes et accumulé les
réserves. Ceci a permis l'apparition
d'une classe moyenne en Chine et dans
certains pays émergents, couronnée
par une couche de milliardaires.
Les super-riches des pays occidentaux
se sont de leur côté
hyper-enrichis, parce que les revenus
des multinationales ont explosé
et qu'ils s'en sont réservé
la plus grande part. Leurs profits
sont eux-aussi délocalisés
là où il n'y a pas d'impôts.
Ils sont gagnants sur tous les plans.
Les membres de ce pacte font d'énormes
bénéfices et la grande
crise des années 2008 ne les
a pas finalement affectés.
Mais
il faut bien que certains payent.
Ceux qui le font sont les classes
moyennes des pays occidentaux. Il
en résulte un transfert de
richesse vers les classes moyennes
des pays émergents et une caste
de ce que l'on aurait appelé
au 20e siècle des ploutocrates.
Ceux-ci ne représentent que
quelques millions de personnes, mais
leurs revenus sont astronomiquement
élevés au regard de
ceux des classes moyennes occidentales.
La paupérisation de ces dernières
s'accélère, On a masqué
le phénomène, dans la
fin des années 90 jusqu'aux
années 2000, avec les possibilités
de crédit qui leur avaient
été ouvertes, notamment
aux Etats-Unis, en Grande Bretagne
et en Espagne. Mais maintenant il
n'y a plus de crédit, il n'y
a plus de bulles. Le roi est nu.
Les emprunteurs privés ne pouvant
plus rembourser leurs dettes, il a
fallu transférer les dettes
privées sur les dettes publiques.
Celles-ci à leur tour sont
saturées, partout. Il n'est
donc plus possible de créer
d'emplois. Aux Etats Unis par exemple
les multinationales entre 1990 et
2010 n'ont pas créé
un seul emploi industriel sur le sol
national. Les seuls emplois créés
l'ont été dans les services
privés non soumis à
la concurrence internationale, par
exemple dans les collectivités
territoriales. Il s'agit d'emplois
sous-payés, sous qualifiés,
supportés finalement par les
collectivités publiques autrement
dit par les contribuables ne pouvant
échapper à l'impôt.
Or en ce cas, devenu la règle,
c'est l'inexistence de la création
d'emplois productifs qui crée
les déficits publics.
La
grande question se posant à
nos pays est en effet de savoir comment
générer des emplois
productifs. Aux Etats-Unis, on refuse
de faire encore le lien entre déficit
commercial (importations) et chômage
élevé. Les Républicains
et même certains Démocrates
ont refusé d'encourager un
protectionnisme industriel susceptible
de créer de l'emploi. Au lieu
de cela, ils veulent plus que jamais
pratiquer l'ultralibéralisme.
Cela
tient au fait que les lobbies qui
gouvernent le système, les
agences de notation, Wall Street,
les représentants des entreprises
chinoises, n'ont aucun intérêt
à voir taxer les importations
chinoises et financer des activités
concurrentes sur le sol américain.
Les Chinois ont maintenant suffisamment
d'argent pour racheter l'Amérique.
Ce sera leur revanche sur deux siècles
d'humiliation. Ils le font discrètement
encore mais d'une façon inexorable.
Ils prennent des participations dans
des firmes phares de divers secteurs
stratégiques, achetant par
la corruption l'accord des personnels
politiques américains heureux
de voir ce type d'acquisitions recréer
chez eux un peu d'activité.
Or ce qui dorénavant est bon
pour General Motors n'est plus bon
pour l'Amérique. Il en est
de même chez nous. L'avenir
des multinationales n'est plus dans
leurs pays d'origine. Leur croissance
se fait dans et sur les pays émergents.
JPB.:
Votre analyse rejoint tout à
fait la nôtre. On en arrive
aujourd'hui à considérer
comme anodin le fait que pour payer
sa dette, l'Etat grec soit obligé
de privatiser tous ses équipements
et services soit environ 50 milliards
d'euros. Les acheteurs seront les
Chinois et sans doute aussi les détenteurs
des pétro-dollars. Pourquoi
ne pas imaginer qu'inexorablement,
les fonctionnaires grecs seront recrutés
et dirigés par le parti communiste
chinois et les monarchies du Golfe.
La
question que l'on peut se poser concerne
la durée ou les limites du
phénomène d'appauvrissement
des pays occidentaux. Les travailleurs
de la base et les classes moyennes
accepteront-ils indéfiniment
de financer la croissance et les richesses
des nouvelles ploutocraties?
L'exemple
de l'Espagne
JMQ.:
Je n'en sais rien. Je dois dire que
je ne vois pas ce que les pays enfermés
dans le cercle pervers de l'appauvrissement
par le pillage pourront faire pour
en sortir. Prenez le cas de l'Espagne
que je connais bien. Franco avait
mis en place une sorte de capitalisme
d'Etat qui avait permis quelques investissements
industriels. Mais lorsque l'Espagne
est entrée dans l'Europe, elle
a bénéficié de
possibilités de financement
qui ont été dirigées
vers le plus immédiat, le plus
facile et aussi le plus spéculatif.
Les Espagnols ont cru qu'ils pouvaient
se développer à partir
du tourisme et de la construction.
Mais ils ont refusé dans le
même temps d'occuper les emplois
de service qui en découlent.
Ils ont fait pour cela appel à
l'immigration. Parallèlement,
ils ont conservé une fonction
publique surabondante et inefficace.
Avec
la crise, ils ont explosé en
vol. Aujourd'hui il n'y a pas d'emploi,
50% des jeunes sont au chômage.
Des emplois ont été
créés dans les collectivités
territoriales, mais celles-ci ne peuvent
plus en assumer la charge, non plus
que les assurés sociaux. On
constate plus de 6 mois de retard
dans le recouvrement des cotisations
sociales. L'Espagne a souffert si
je puis dire de la droite la plus
corrompue d'Europe et de la gauche
la plus stupide d'Europe.
En
fait on retrouvera le phénomène
déjà observé
il y a cinquante ans avec la fin de
la guerre civile. Les jeunes Espagnols,
les plus délurés et
les plus instruits, vont s'expatrier
dans tout le monde hispanophone. C'est
le mouvement inverse de ce qui s'était
produit dans les décennies
précédentes. Cela soulagera
la tension sur la péninsule
mais ne lui bénéficiera
pas nécessairement à
terme.
JPB.:
C'est ce qui arrive ou arrivera aussi
au Portugal
JMQ.
: Bien sûr. Et c'est ce
qui est arrivé au Royaume Uni
et arrivera ailleurs.
L'Allemagne
JPB.
Comment à l'inverse voyez vous
la position de l'Allemagne, considérée
comme l'homme fort de l'Europe ?
JMQ.:
Les Chinois sont en train d'acquérir
les technologies. Ils les auront avant
nous. La vraie question qui se pose,
moins dans un premier temps à
l'Europe qu'à l'Allemagne,
est de savoir si celle-ci pourra maintenir
sa position forte actuelle. Mais pour
traiter cette question, les Français
que nous sommes doivent cesser de
se faire des illusions sur leurs voisins,
quels qu'ils soient. Les Européens
ne se représentent absolument
pas l'Europe comme nous le faisons.
Ceci est particulièrement vrai
concernant l'Allemagne. Prenez le
nucléaire. L'Allemagne vient
de faire une croix sur le nucléaire.
Manifestement elle voudra faire cavalier
seul dans les énergies, même
si cela met la France en difficulté.
Dans
tous les domaines, elle continuera
de faire ce qu'elle a fait avec succès
jusqu'à présent. Elle
contrôle les technologies automobiles,
elle a des politiques de niche très
efficaces. Par exemple dans le secteur
des matériels de jardinage
(pourquoi la France en est-elle absente?)
ou des engins de chantier...Les Chinois,
les Japonais sont des pays mercantilistes.
Tout y est fait pour l'exportation.
Les Allemands pour leur part font
comme eux, mais ils ont choisi l'exportation
haut de gamme.
JPB.:
Les Chinois ne vont-ils pas finir
par les y remplacer?
JMQ.
: Les Allemands ont compris le risque.
Ils doivent continuer à investir.
La recherche fait en Allemagne un
point de plus que chez nous. Elle
est financée par leur épargne.
Ils font autant d'épargne que
nous mais l'investissent dans l'industrie.
Cependant, dans un système
d'échange, il faut des recyclages.
Les Chinois recyclent leurs bénéfices
commerciaux en achetant des bons du
trésor américain. Aujourd'hui,
comme le système s 'épuise,
ils commencent à racheter des
entreprises américaines. Les
Allemands oublient le fait que leurs
excédents commerciaux au sein
de l'Europe sont constitués
des déficits des autres Européens.
Ils ne font rien pour rétablir
l'équilibre des flux. Il est
vrai que l'Europe est trop divisée
pour pouvoir bénéficier
des réinvestissements allemands.
Si
j'étais méchant, je
dirais qu'ils ont conservé
le point de vue de Hitler. Selon celui-ci,
il fallait en Europe une répartition
des tâches. A l'Allemagne les
technologies et l'industrie, aux autres
Etats européens les activités
de repos du guerrier: le tourisme
bas de gamme pour l'Espagne, le tourisme
plus haut de gamme pour la France.
JPB.:
Les Allemands ne peuvent pas ignorer
les capacités industrielles
de la France dans un certain nombre
de domaines...
JMQ.:
Je suis convaincu que c'est en les
redécouvrant récemment
qu'ils ont refusé la coopération
avec la France sur un pied de réciprocité.
Ils s'étaient imaginés
que la France allait leur transmettre
son leadership dans le ferroviaire
(Alstom), l'aéronautique (EADS),
le nucléaire. Ils ont toujours
considéré ces secteurs
comme devant être leur apanage
de toute éternité. Les
abandons progressifs de souveraineté
consentis par les gouvernements français
précédents, notamment
sous Jospin et Strauss-Kahn en ce
qui concerne EADS, les avaient confirmé
dans cette conviction. La France leur
avait donné un signe de faiblesse.
Lorsque
sous Sarkozy la France a commencé
a revendiquer une part d'initiative,
ils se sont désintéressés
des partenariats avec elle dans ces
secteurs et ont cherché des
alliances ailleurs, notamment vers
la Russie. Ainsi, je suis convaincu
que l'abandon du nucléaire
que vient de décider l'Allemagne
a tenu au fait que Siemens, qui n'avait
pas réussi à mettre
la main sur Framatome-Aréva,
et qui estimait ne pas pouvoir coopérer
dans le nucléaire avec les
Russes insuffisamment fiables, a décidé
seul de changer de stratégie
(vers les énergies vertes)
et a convaincu la Chancelière
d'entériner ce changement.
Fukushima a donné l'occasion
de sauter le pas.
Il
faut bien voir que la politique allemande
est faite par trois grands acteurs,
Siemens, Daimler Benz et la Deutsche
Bank. Ils s'estiment tout à
fait capables de jouer au niveau mondial,
sans s'embarrasser des autres pays
européens incapables d'investir
sérieusement. Merkel les consulte
tout le temps. Ce sont ces trois acteurs
qui définissent la politique
extérieure de l'Allemagne,
notamment la politique à l'Est.
Dans la cogestion propre au modèle
industriel allemand, les salariés
sont associés et soutiennent
la politique de ces groupes, capables
à leurs yeux, tel Siemens,
d'incarner des champions nationaux
qui ont disparu partout ailleurs en
Europe.
Quant
à l'Europe du Sud, les Allemands
estiment qu'ils n'ont plus rien à
en tirer, y ayant pris les parts de
marché qui les intéressaient.
Seule désormais l'exportation
vers la Chine les motive. Ils font
le nécessaire pour y garder
leur supériorité dans
les créneaux importants.
A
cet égard, pour rivaliser avec
les investissements considérables
en recherche que font les Chinois,
les Allemands ont eu l'intelligence
de délocaliser une partie de
leurs entreprises, non vers l'Asie
mais vers les pays de l'Est européens,
dont les potentiels intellectuels
et les compétences professionnelles
sont considérables. Ils ont
élargi à l'ensemble
de l'Europe de l'Est ce qu'ils faisaient
auparavant avec l'Allemagne de l'Est.
Celle-ci leur servait d'hinterland.
La matière grise et les bas
salaires en provenant leur avaient
permis de bâtir leur compétitivité
industrielle. Aujourd'hui ce processus
est en train de se réaliser
à bien plus grande échelle
au bénéfice du bloc
des pays concernés, l'Allemagne
et ses voisins.
JPB.:
On aurait pu concevoir que ceci s'organise
à l'échelle de l'Europe
à 27, à partir d'une
ou deux locomotives, l'Allemagne évidemment,
mais peut-être aussi la France.
Cependant, vous paraissez là
très pessimiste. Jamais l'Europe
à 27 ne pourra selon vous se
comporter en puissance globale.
JMQ.:
Ceci me semble une évidence
aujourd'hui. Il ne servirait à
rien de le nier. Je pense que les
Allemands sont en train de se convaincre
qu'ils ont intérêt à
jouer seuls. Ils ont un marché
captif avec l'Autriche, la Finlande,
une partie des pays de l'Est. Ils
jouent le partenariat avec Moscou.
Ils ont de solides perspectives d'exportation
avec la Chine. Ils se rendent donc
compte que les pays du Sud de l'Europe
ne leur apporteront que des handicaps.
C'est pour cela qu'ils ne veulent
pas payer les déficits de ces
pays.
Perspectives
pour la France
JPB.
: Dans le schéma d'ensemble
que vous proposez là, que pourrait
être la stratégie d'un
gouvernement français désireux
de ne pas entériner la transformation
du pays en parc touristique et de
tirer parti du potentiel d'industrie
et de recherche qui nous demeure,
sans se faire dominer ni par l'Allemagne
ni par les Etats-Unis ni par la Chine?
JMQ.:
D'abord il faut bien se représenter
les enjeux. Un nouveau gouvernement,
lorsqu'il arrive au pouvoir, dispose
de 100 jours pour changer la situation.
Vous avez vu qu'Obama n'a pas su saisir
cette opportunité et s'est
progressivement transformé
en otage du système financier
qui avait mené l'Amérique
et le monde à la crise.
JPB.:
Que faudrait-il donc faire en France
dans les 100 premiers jours d'une
nouvelle majorité?
JMQ.:
Le prochain président français
aura 100 jours pour casser les lobbies
que nous décrivions au début
de cet entretien. La principale mesure,
qui a fait l'objet d'un article collectif
dans La Tribune (http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110415trib000615805/deux-solutions-tres-osees-pour-sauver-l-europe.html
), article que vous avez vous-même
mentionné, consistera à
renationaliser la dette (ce qui n'exclura
pas de supprimer l'ISF, car il faudra
jouer à la fois de la carotte
et du bâton). Renationaliser
la dette supposera que l'Etat place
directement ses Bons du trésor
perpétuels auprès des
épargnants, par l'intermédiaire
des services du Trésor.
L'Etat
a récemment abandonné
sans justifications au réseau
financier privé le monopole
du système d'intermédiation,
ce qui permet à ce dernier
la prise de marges confortables. Or
le rôle des services du Trésor
est de vendre la dette française
auprès de l'épargne
française, avant de s'adresser
aux investisseurs internationaux.
Les Bons du trésor, placés
auprès des épargnants
français, rapporteront à
ceux-ci une moyenne de 3%, ce qui
leur conviendra très bien.
Par
ailleurs, les sommes confiées
par les épargnants devront
être en priorité réversées
dans l'économie nationale,
ce qui encouragera le circuit de l'investissement
national, plutôt que les investisseurs
à l'étranger.
JPB.:
La mesure corrélative à
ce que vous appelez la renationalisation
de la Dette française serait
donc bien ce que vous évoquez
dans votre note collective, créer
un fonds stratégique d'investissement
capable de financer les filières
industrielles et de recherche correspondant
aux nouvelles exigences technologique.
JMQ.:
Oui. Cela pourra se faire pour commencer
an niveau national, en attendant une
éventuelle extension de la
démarche à l'Europe.
JPB.: Les lobbies à casser,
que vous évoquiez, sont en
priorité je suppose ceux du
système des banques qui s'est
donné le monopole de l'intermédiation
entre l'épargnant et le marché?
JMQ.:
Oui mais avant cela même, il
faudra casser l'actuel ministère
de l'Economie et des Finances. Il
a perdu complètement de vue
les missions de service public qui
faisaient sa grandeur il y a trente
ans. Ses responsables font trop souvent
corps avec les intérêts
financiers mondialisés. Ils
narrivent pas à sextraire
de la pensée dominante de ces
dernières décennies.
Le nouveau président de la
République ne devra pas avoir
la faiblesse d'Obama, qui n'avait
rien eu de plus pressé qu'embaucher
auprès de lui les hommes de
Wall Street.
Il faudra que les hauts fonctionnaires
français changent de mentalité.
Ils sont devenus aujourd'hui plus
libéraux que les plus libéraux.
Or il faut qu'ils comprennent que
leur devoir est le patriotisme économique.
S'ils ne le veulent pas ils peuvent
aller dans le privé, dans les
multinationales.
N'oublions pas par ailleurs que placer
comme aujourd'hui l'épargne
française dans des économies
échappant à notre contrôle
politique consiste à lui faire
courir les pires risques. Financer
des investissements dans l'Asie du
sud-est aboutira à fragiliser
notre épargne face à
ce qu'il faut bien appeler de possibles
arnaques chinoises. Il ne faudrait
pas renouveler les erreurs du Second
Empire et des débuts de la
3e République. Au lieu de développer
les industries françaises,
avec des perspectives modérées
mais sûres de revenu, les financiers
de l'époque ont préféré
investir en Amérique Latine,
dans la Russie tsariste et en Afrique.
Avec la guerre et le crise de 1929,
les trois quarts de l'épargne
française se sont volatilisés.
La France ne s'en est jamais remise.
Il faut réfléchir à
l'exemple du Japon. Pourquoi celui-ci,
tout au moins avant Fukushima, n'avait
jamais eu de problème avec
sa dette? Parce que 95% de celle-ci
est détenue par les Japonais.
Les agences de notation n'ont pas
de pouvoir en ce cas. Les Italiens
font d'ailleurs un peu de même.
Ils financent directement 50% de leur
dette.
JPB.:
Il est vrai que tout le jeu du système
financier, c'est de nourrir ses acteurs,
c'est-à-dire les fonds d'investissement,
les banques et les agences de notation.
Il faudra impérativement qu'un
nouveau gouvernement leur retire ce
pouvoir.
Mais
les lobbies correspondant se laisseront-ils
déposséder? Ils
ont déjà travaillé
au corps l'opposition actuelle. Nous
n'entendons aucun des leaders de celle-ci
non plus a fortiori que ceux
de la majorité proposer
et faire discuter les mesures que
vous décrivez ici. Je crains
qu'ils ne le fassent pas de sitôt.
Mais
voyez vous d'autres mesures à
prendre pendant les 100 jours de la
nouvelle présidence?
JMQ.:
Oui. Il faudra avoir préparé
longtemps à l'avance les mesures
de simplification que la France cherchera
par tous moyens à imposer à
Bruxelles. L'Union européenne
est devenue un montre ingérable.
La France devra sans perdre une minute
annoncer aux autres Etats et à
la Commission ce que seront nos exigences...Nous
n'avons pas le temps d'en discuter
aujourd'hui, mais il s'agira d'un
point essentiel.
Bien
d'autres mesures devront aussi être
préparées, dont là
encore nous n'avons pas le temps de
discuter ici. Je me bornerai à
citer l'abandon de la société
maternelle et maternante, dont les
coûts induits sont sans communes
mesures avec les avantages recherchés.
Nous n'avons plus les moyens de nous
permettre le zéro risque.
Ainsi
aujourd'hui, tous les logements sont
construits avec les normes « handicapés »
alors qu'en pratique moins d'un dixième
de ces logements justifierait de telles
normes. Cela augmente de 10% les coûts
du logement. Or ce dont on a besoin
en France aujourd'hui ce serait au
moins 10% de logements supplémentaires.
Il faut loger les Français.
Point n'est besoin des Européens
pour cela. Pour cela, il faudra un
gouvernement fort qui ne se laisse
pas influencer par les lobbies et
mette en place une maîtrise
foncière permettant notamment
la mise à disposition des sols
pour construire des logements sociaux
(avec blocage des recours suspensifs).
Il faudra faire bien d'autres choses:
revoir tous les codes d'éclairage
urbains, dissuader la multiplication
des carrefours giratoires qui n'ont
aucun intérêt sauf celui
des entreprises sous traitantes...
JPB.:
Pour ne pas mentionner quelques faveurs
faites aux élus locaux maîtres
d'ouvrage...
JMQ.
: Tout est fait pour surajouter les
coûts. On ne peut plus se le
permettre. Il faut accepter une part
de risques et d'aléas dans
la vie des gens. On ne peut pas tout
protéger.
Ce
que j'énumère là
semble n'être que de détail,
mais en fait il s'agit d'une philosophie
d'ensemble qui va s'imposer de toutes
façons à la France et
à l'Europe, face aux économies
d'énergie et de consommations
somptuaires qu'il faudra s'imposer
de toutes façons. Si on veut
investir dans le futur pour que les
gens aient plus d'emplois productifs,
tout ceci sera indispensable. Si le
prochain gouvernement, lors de ses
100 premiers jours, ne marque pas
ce changement de cap, il ne le fera
jamais.