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Article. Sciences politiques
La culture de la modernité est-elle incompatible avec le socialisme?
par Jean-Paul Baquiast- 24/05/2011

La question devrait particulièrement intéresser les Européens, citoyens de pays où existent encore des partis socialistes qui continuent à se référer aux valeurs qu'ils ont défendues au cours d'une longue histoire. D'après l'écrivain politique italien se disant lui-même de gauche, Raffaele Simone (auteur du Monstre doux, voir notre présentation http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=557) les socialistes européens sont désormais en décalage avec des sociétés dominées par un néo-capitalisme exaltant pour soutenir la commercialisation de ses produits des valeurs comme consommer, s'amuser, rester jeune....et fuir les remises en causes encourageant le retour à une certaine rigueur, dans les modes de vie comme dans la conception du monde et de soi.

Dans un article du Monde diplomatique daté d'avril 2011, « L'histoire vire-t-elle à droite? » le professeur de sciences politiques Rémi Lefebvre critique l'analyse de Raffaele Simone, qu'il assimile à une pédagogie du renoncement, incarnant un « déclinisme outrancier ». Pour Lefebvre, Simone s'inspirerait d'une conception essentialiste de l'homme, jugé comme « naturellement » égoïste et jouisseur. Nous ne pouvons pour notre part qu'approuver cette prise de distance d'avec Simone. Le citoyen n'est pas « naturellement » quelque chose de bien défini. Il est d'abord le produit de différentes évolutions économiques, technologiques et finalement sociétales qu'il convient d'analyser.

Certaines de celles-ci peuvent au moins en apparence donner l'impression du superficiel et du changeant, se répercutant sur les citoyens. On pourrait justifier ainsi la vogue de certaines formes de télévision et d'expression sur l'internet où se retrouvent de nombreux jeunes. Mais dans le même temps, la plupart des citoyens, qu'ils soient d'ailleurs de gauche ou de droite (disons du centre-droit pour ne pas inclure les droites extrêmes) restent profondément attachés aux valeurs politiques d'égalité et de solidarité qui se sont implantées en Europe au terme de longs combats, et que nul apparemment ne serait prêt à sacrifier. Ces valeurs justifient l'attachement, au contraire des thèmes de la compétition sauvage et de la libéralisation imposés par les gouvernements actuels, à l'intervention de l'Etat dans l'économie, la protection du marché du travail, la redistribution.

On pourrait aller plus loin et dire que, parmi les valeurs encore vivantes dans les électorats de la gauche européenne, demeure le thème de la révolution. Il ne s'agirait pas là d'un désordre destructeur sans but constructeur défini – les Européens restent demandeurs d'ordre dans la rue ne fut-ce que pour préserver leur niveau de vie dont ils connaissent la fragilité – mais il s'agirait cependant d'une volonté bien enracinée de sortir du Système de domination imposé par les oligarchies financières et médiatiques et en dehors duquel, selon ces oligarchies, il n'y aurait pas d'alternative.

Nous sommes de ceux qui pensent au contraire qu'il est tout à fait possible de sortir du système néo-libéral et néo-capitaliste par un retour à un néo-interventionnisme public s'inspirant de tout ce que les sciences modernes nous ont appris concernant les ressort de l'évolution des sociétés. Certains parleront de néo-keynesianisme, mais peu importe le mot. L'essentiel serait, au niveau évidemment de l'Europe toute entière, de reprendre comme objectif politique à court et long terme un certain nombre de politiques publiques dont nous faisons pour notre part régulièrement la promotion.

Les futurs candidats de gauche aux élections présidentielles en France, comme les partis socialistes européens aspirant à conserver ou reprendre le pouvoir, devraient selon nous s'inspirer de cette double approche: restaurer en les modernisant les anciennes valeurs de la gauche et, dans le même temps, ne pas décourager une volonté révolutionnaire de changement sans laquelle ces valeurs resteront des coquilles creuses manipulées par les oligarchies néo-libérales pour endormir la vigilance des citoyens.

Si nous restons dans le cas français, ceci voudrait dire que des candidats du PS tels que François Hollande ou Martine Aubry devront disposer de tout l'arrière plan théorique nécessaire pour définir ce que pourrait être une France de gauche dans une Europe de gauche, l'une et l'autre capables de survivre dans les compétions du monde multipolaire. Mais ils devront aussi faire montre de l'imagination révolutionnaire nécessaire pour ne pas être déphasés dans des manifestations de rues comme celles se produisant en Espagne, qui ne manqueront pas de se généraliser en Europe.

Ajoutons que la raison pour laquelle beaucoup de militants de gauche ne pouvaient se satisfaire d'une candidature d'un Strauss Khan supposé les représenter aux présidentielles, c'était que celui-ci n'incarnait pas les valeurs et résistances décrites ci-dessus. Son discours aurait été à peu de choses près semblable à celui des chantres du capitalisme financier et de l'atlantisme. Ceci même si, dans les derniers temps - ce qui l'a d'ailleurs sans doute perdu - il avait tenté de desserrer l'étreinte de Wall Street sur le FMI et sur l'Europe.