Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 118
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).


Biblionet

The begninning of Infinity
The Beginning of Infinity.
Explanations that transform the world

par David Deutsch, Allen Lane
2011,
487 pages

Présentation et discussion par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 07/06/2011


David DeutschDavid Deutsch est Visiting Professor à l'Université d'Oxford et membre du Center for Quantum Computation au Clarendon Laboratory de cette même Université. Il a écrit de nombreux articles sur la physique quantique et le calcul quantique qui font de lui une référence mondiale quoique non orthodoxe dans ces domaines difficiles. Il a reçu deux prix pour ces travaux.

Voir sa page personnelle
http://193.189.74.53/~qubitor/people/david/index.php
Voir aussi Wikipedia
http://en.wikipedia.org/wiki/David_Deutsch

Dans notre commentaire du précédent livre de David Deutsch, "The Fabric or Reality" 1997, version française Cassini 2003, "L'étoffe de la réalité", nous avions cru pouvoir signaler l'importance de celui-ci et celle de son auteur pour une réflexion sur l'avenir des connaissances scientifiques et la politique de la science.

Par l'intensité du regard critique de l'auteur et l'étendue des thèmes abordés, ce nouvel ouvrage "The Beginning of Infinity" confirme plus qu'amplement ce jugement. Nous ne souhaitons donc pas en limiter la présentation à ce seul article. Nous discuterons certaines des grandes questions évoquées par le livre dans ce que nous nommerons des "Chroniques vers l'infini", reprenant le thème de l'auteur.

Les premières sont publiées sur notre site en lien avec le présent texte.

Mais, semble-t-il, il nous faut en priorité attirer l'attention des lecteurs de notre revue Automates Intelligents et de nos blogs par une courte introduction portant sur l'importance d'un travail qui risque de passer inaperçu du public français. Ceci du fait qu'il n'est pas encore traduit, qu'il comporte près de 500 pages difficiles et que l'auteur se heurtera probablement à un certain mur du silence provenant des ténors de la communauté scientifique et "épistémologique". La virulence et - pensons-nous - la justesse de ses remises en cause ne lui feront pas que des amis. A l'inverse, il peut déjà se féliciter de certains soutiens enthousiastes, parmi lesquels, bien qu'il soit de faible poids, le nôtre.

Le livre compose dans l'ensemble une admirable défense et illustration de la méthode scientifique rendue célèbre sous le nom de "Enlightment" (Les Lumières), qui s'est développée principalement en Occident depuis le XXe siècle. Mais aujourd'hui, bien que généralement appliquée de fait par tous ceux qui veulent comprendre et transformer le monde, aussi bien au plan technologique que conceptuel, cette méthode est critiquée de toute part. L'Europe, qui en aurait le plus grand besoin pour sortir de son indiscutable déclin actuel, s'en détourne au profit de thèses prônant la stagnation sinon le recul de la science et de ses applications. Les Etats-Unis eux-mêmes ne s'y intéressent plus que sous l'angle de leur important programme de recherches militaires, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il ne bénéficie pas à l'ensemble des recherches civiles.

Bien évidemment, dans ce contexte, les agressions des religions qui n'avaient jamais diminué depuis les Lumières reprennent de plus belle, au prétexte que ce décrit la science ne figure pas dans les Textes dits sacrés, du fait surtout que la méthode dérange la belle assise millénaire faite de la conjonction des pouvoirs spirituels et temporels pour créer des "sociétés fermées" incapables d'échapper seules à leur emprise.

Le propre de la méthode scientifique est de générer en permanence des hypothèses d''explications du monde allant plus loin que les explications précédentes, mais comme elles destinées à être critiquées et dépassées. L'humain engagé dans la méthode scientifique se comporte ainsi comme une machine universelle à essayer d'expliquer le monde en étendant sans cesse, par la critique de ses propres propositions, la portée de ces explications. Ce faisant il le transforme. Il utilise pour cela les instruments technologiques qu'il a développés, mais il refuse en permanence de se laisser enfermer pas les apparents "faits d'observation" ou les lois en découlant, déduites de ces observations instrumentales, comme le font les scientifiques dits "instrumentalistes".

De ce fait, pour David Deutsch, la méthode scientifique doit s'appuyer sur deux postulats :
- 1. elle suscite inévitablement des problèmes de toutes sortes
- 2. ces problèmes peuvent être résolus par elle - suscitant d'autres problèmes qu'il faudra résoudre à leur tour.
La science ne doit donc pas chercher à éviter ou fuir les problèmes, qu'ils soient théoriques ou sociétaux, comme le recommande le catastrophique "principe de précaution" mais au contraire s'attacher à les résoudre en donnant de ce fait une nouvelle portée à l'explication scientifique globale du monde.
Nous reviendrons ultérieurement de façon plus détaillée sur ces points importants de méthodologie.

La guerre menée contre la science par le Système

Mais nous pensons qu'il faut aller plus loin dans la critique politique, afin de comprendre pourquoi la méthode scientifique - à propos de laquelle nous reprendrons les excellentes approches épistémologiques de David Deutsch (lui-même très inspiré par Karl Popper), se heurte aujourd'hui à un véritable effort de destruction, analogue à celui ayant entraîné la chute des premières Lumières, celles de la civilisation athénienne, sous les offensives de la ville de Sparte entièrement tournée vers la conquête militaire.

Selon nous, David Deutsch (tout au moins dans son livre qui par la force des choses ne peut tenir compte des événements politico-économiques les plus récents) n'insiste pas assez sur les causes de la mise en question actuelle de la méthode et de la pratique scientifique. Nous évoquons ici ce véritable cancer qui s'est étendu sur la planète entière avec la prise du pouvoir politique par la troïka des trois oligarchies associées, celles de la richesse, du capital financier et des médias.

Le mécanisme de cette prise de pouvoir est simple. Il s'est mis en place très rapidement. L'objectif en est de mobiliser la force de travail du monde en ne laissant aux travailleurs de la base, quels qu'ils soient, manuels ou intellectuels, qu'un minimum vital dépendant du niveau de développement des sociétés auxquels ils appartiennent. Le surplus est détourné et accumulé au profit des trois parties de la troïka. Pour ses membres, en dehors des investissements militaires et de sécurité qui leur sont indispensables, ne comptent plus que les technologies s'inscrivant dans une perspective simple : produire en 2 ou 3 ans des résultats susceptibles de rapporter des taux d'intérêts de plus de 10%, par exemple dans tous les services privatisés pour riches ou dans des domaines comme la cosmétique susceptibles d'appâter un grand nombre de consommateurs illusionnés.

Il s'agit bien là d'un véritable Système, qu'il faut commencer à décrire en termes aussi scientifiques que possible, pour en sortir où même le détruire. Les concepts d'Etat protecteur du plus grand nombre et de services publics financés par la contribution de tous, constituent le premier rempart contre lequel s'est mobilisé le Système. Plus précisément, la recherche scientifique désintéressée, non programmable, aboutissant à une remise en question permanente des lois et connaissances du moment, reposant sur la critique et le dialogue , se présente pour le Système comme un danger à neutraliser. Il en résulte des situations comme celle que nous évoquions dans un article récent "Indignados, que faire de votre (notre) indignation ?".

On voit la société occidentale, soumise au Système, n'offrant que le chômage ou des emplois précaires à des jeunes qui disposent potentiellement de la capacité intellectuelle et des connaissances scientifiques nécessaires à la création d'un monde entièrement renouvelé. Celui-ci, selon la vision de David Deutsch que nous partageons, reposant sur des acquis de savoir infiniment élargissables, pourrait augmenter quasiment à l'infini, au cours du temps, les possibilités des humains et de leurs idées associés aux instruments de la science et au renouvellement permanent des connaissances en découlant, entités que nous nommons pour notre part des systèmes anthropotechniques ou mieux, anthroposcientifiques.

Sur le plan de la connaissance fondamentale, les questions considérées encore comme inaccessibles au cerveau humain pourraient être résolues. Ceci parce que les cerveaux et les instruments de demain ne seront plus ceux d'aujourd'hui. Mais d'autres questions encore plus profondes, que l'on se rassure, seront apparues.

Face au scandale consistant à laisser en friche les cerveaux des jeunes d'aujourd'hui, une véritable révolution s'imposerait. Nous pourrions la définir sommairement comme la récupération des puissants moyens des laboratoires par des communautés politiques et sociales décidées à s'en servir pour poursuivre en avant la marche des Lumières. Nous reviendrons ultérieurement sur cette idée pour la préciser.

Malheureusement, pour le moment, les victimes du Système n'ont encore que des idées vagues relatives à la façon d'en sortir. Les mouvements politiques, y compris ceux dits de gauche, qui sont en général inféodés en Système, se gardent bien d'aborder des thèmes comme ceux développés dans le livre de David Deutsch. Il s'agit là de leur part d'une trahison que personne malheureusement ne dénonce.

La révolution nécessaire sera difficile, voire quasiment improbable. Il est possible cependant d'esquisser les voies permettant d'y parvenir. C'est ce que fait pour sa part David Deutsch, visionnaire réaliste d'une telle révolution.


Les Chroniques vers l'infini rédigées ci-dessous par Jean-Paul Baquiast, visent à présenter les voies de la révolution salvatrice évoquées plus haut.

Chroniques vers l'infini
1. Sur les théories scientifiques

http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/118/chroniqueinfini1.htm
2. Regards sur le futur
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/118/chroniqueinfini2.htm
3. Objets multiversaux
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/118/chroniqueinfini3.htm

 

Retour au sommaire