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Sciences politiques
Blogueurs : un vrai service à rendre, la contre-expertise
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
- 27/05/2011
Pour
échapper au discours général opposant
la liberté entachée d'irresponsabilité
des blogueurs et le sérieux des journalistes
professionnels, il semble nécessaire de rappeler
que certains de ceux que l'on nomment blogueurs peuvent
être extrêmement sérieux, responsables
et professionnellement compétents. S'ils choisissent
la voie chaotique du blog, c'est parce que celle des
grands médias "mainstream" leur est
fermée.
On
doit en priorité évoquer ici certains
économistes qui proposent (comme nous l'avons
fait nous-même ici) d'échapper à
la crise imposée par la domination des marchés
financiers en modifiant radicalement le statut de la
banque centrale européenne, en créant
un secteur public européen des banques de dépôts,
en mettant en place un fonds stratégique d'investissements
financé par l'impôt ou par des participation
des petits épargnants européens garanties
par les Etats.
Vous
vous imaginez bien que ces réformes en profondeur
seront à juste titre jugées si révolutionnaires
par les pouvoirs en place qu'elles n'auront aucune chance
d'être présentées sur les chaînes
ou dans la presse. Il existe une alliance objective,
comme l'on disait dans le temps, entre ces grands médias,
les intérêts financiers et les gouvernements
visant à imposer le silence sur de tels sujets.
Comme il s'agit de sujets difficiles, très techniques,
ne pas en parler abouti à les enfouir sous une
chape de plomb. Circulez, il n'y a rien à voir.
Or
précisément les manifestants qui dans
une partie de l'Europe commencent à se dresser
contre le "Système global" auraient
besoin de connaître et discuter de telles propositions,
ou d'autres analogues. Elles sont concrètes,
raisonnables et permettraient, si elles étaient
mises en oeuvre, d'éviter de rejeter les jeunes
dans des solutions de désespoir. Les experts
qui les formulent estiment donc devoir les faire connaître
par la voie des divers blogs et sites qu'ils animent
à leurs frais pour pouvoir s'exprimer.
Certes,
par cette voie, la diffusion de ces idées sera
incertaine, elle ne touchera sans doute pas les manifestants
qui auraient le plus intérêt à en
être informés. Mieux vaudrait certes les
présenter sur France 2. Néanmoins, par
les chemins mystérieux de la contamination virale,
il en restera nécessairement quelque chose, dont
on pourra, après coup, mesurer l'effet.
Pourquoi
parler à ce propos de contre-expertise ? Parce
que les experts officiels, économistes et politologues
accueillis sur les grands médias, si nul ne les
contredit, ne sortiront jamais de leur discours imposé.
Il faut donc que d'autres experts, non-officiels mais
tout aussi compétents, proposent leur contre-expertise
par la voie de leurs sites et de leurs blogs. Les rares
journaux qui, accueillent de tels blogs, rendent donc
au public en général un service très
précieux. Par la même occasion, ils sauvent
l'honneur de la presse.
Inutile
de dire que le domaine potentiel des contre-expertises
est très vaste. Il ne se limite pas à
l'économie ou à l'organisation politique.
Il sera donc essentiel que des contre-expertises concernant
tous les aspects de la société se généralisent
sur le web. Certes, il sera difficile de distinguer
entre les jugements sérieux, argumentés,
et les innombrables polémiques qui fleurissent
à tout propos. Tous ceux qui se diront contre-experts
ne seront pas nécessairement crédibles.
Mais dans ce domaine comme dans le domaine scientifique,
la confrontation et la libre discussion des opinions
fera émerger des "vérités
relatives"qui seront au moins aussi crédibles
que les "vérités officielles"
martelées par les Relations Publiques des gouvernements
et des banques.
NB. : Cet article s'inscrit dans la suite de celui
intitulé : "L'avenir
possible du printemps espagnol ?". Il répond
à certaines critiques reçues par ce dernier.