Article.
Réacteurs nucléaires
au thorium
Jean-Paul
Baquiast et Christohe Jacquemin - 08/04/2011

Les
risques liés à l'usage et à la
dissémination de l'uranium et du plutonium mettent
à l'actualité les possibilités
d'un autre métal radioactif jusqu'ici ignoré
de l'opinion, le thorium. L'accident très grave
qui s'est produit récemment à la centrale
japonaise de Fukushima redonne de l'intérêt
au thorium. Selon les promoteurs de cette solution,
il permettrait de poursuivre la production d'électricité
grâce à des réacteurs ne présentant
pas tous les risques des générations actuelles.
Il fait déjà l'objet de nombreuses applications
industrielles mais son emploi en fission présente
un certain nombre de difficultés pratiques dont
les défenseurs de l'uranium ont tiré prétexte
pour ne pas l'expérimenter.
Wikipedia, comme à son habitude, propose une
fiche documentaire décrivant le thorium sous
ses divers aspects à laquelle nous ne pouvons
que renvoyer le lecteur (voir ci-dessous)
Qu'en
dire ici? Le thorium est plus abondant et mieux réparti
que l'uranium. Aux rythmes les plus optimistes de développement
de l'énergie nucléaire, les réserves
en paraissent pratiquement inépuisables. Il s'agit
d'un atout géopolitique essentiel. La principale
difficulté à résoudre pour l'utiliser
comme combustible dans les centrales actuelles obligerait
à reconvertir celles-ci afin de modifier le coeur
du réacteur.
La
méthode qui paraît aujourd'hui la plus
pratique consiste à mettre en oeuvre des réacteurs
à sels fondus, où ceux-ci jouent à
la fois le rôle de combustible et de fluide caloporteur.
On utilise pour cela un sel de fluorure de thorium (lithium
fluoride) suffisamment chaud (700° K) pour être
liquide, ce qui élimine le besoin de fabriquer
des éléments combustibles solides.
Le thorium par lui-même est faiblement radioactif.
Il faut lui ajouter une petite quantité d'uranium
233 pour faire démarrer les réactions
nucléaires. L'U-233 est radioactif et sa fission
libère des neutrons qui transforment les atomes
de thorium en de nouveaux U-233 tout en produisant de
la chaleur. Il s'agit d'un cycle continu. On brûle
de l'U-233 en consommant des atomes de thorium qui produisent
de nouveaux atomes d'U-233. Le combustible perd la plus
grande partie de sa chaleur en passant à travers
un échangeur contenant de plus grande quantités
de sels fondus. Ce sel peut alors être utilisé
pour faire tourner des turbines générant
de l'électricité.
On n'utilise donc pas d'eau comme fluide réfrigérant.
On ne risque donc pas ainsi de produire de l'hydrogène
par décomposition de l'eau, ce qui élimine
le risque d'explosion dont on a vu les effets désastreux
à Fukushima. Le fluorure de thorium, par ailleurs,
est ininflammable. Ceci n'est pas le cas des barres
de combustibles solides, qui peuvent prendre feu en
dégageant des fumées fortement radioactives.
Enfin, le combustible liquide peut être utilisé
jusqu'à épuisement de tous ses éléments
radioactifs, ce qui élimine en grande partie
la question des déchets. Rappelons que ceux-ci
proviennent pour l'essentiel, dans les réacteurs
classiques, des barres d'uranium devenues pour diverses
raisons non utilisables par vieillissement mais qui
conservent encore d'importantes quantités d'uranium
actif.
En
contre-partie de ces avantages, les sels de thorium
sont hautement corrosifs, ce qui oblige à les
confiner dans des matériaux spéciaux.
Dans le cadre d'un démonstrateur ayant fonctionné
de 1965 à 1969 à Oak-Ridge, un alliage
de nickel-molybdène avait été utilisé,
mais il s'est dégradé à son tour.
De nouvelles recherches s'imposent, portant non seulement
sur cette question du confinement mais plus généralement
sur les différents processus du cycle, qui n'ont
pas été mis à l'épreuve
récemment.
Jusqu'à
présent ces recherches n'intéressaient
personnes, notamment pas les industriels du nucléaire
s'étant investis dans les technologies utilisant
l'uranium ou le plutonium, qui ne souhaitaient pas susciter
d'alternatives. Nous pensons pour notre part qu'il serait
indispensable désormais d'expérimenter
sérieusement et à grande échelle
les réacteurs à fluorure de thorium liquide
(LFRT ou Liquid Fluoride Thorium Reactor). Différents
projets se font jour, dans différents pays dont
la Chine et l'Inde, très motivée.
L'Europe,
par l'intermédiaire d'Euratom, a lancé
une petite étude d'1 million d'euros, avec la
participation du Laboratoire de Physique Subatomique
et Cosmologie de Grenoble. Elle se poursuivra jusqu'en
2013, avant de déboucher sur des recherches de
financement.
Nous pensons qu'il serait dorénavant utile d'accélérer
ces recherches et de créer un débat ouvert
entre spécialistes de la question.
Image: Elément de monazite. La monazite, phosphate
de thorium et de terres rares, est le principal minerai
de thorium.
Pour
en savoir plus
Thorium.
Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Thorium
Voir
aussi en français http://fr.wikipedia.org/wiki/Thorium
Voir
aussi le Journal du CNRS http://www2.cnrs.fr/journal/736.htm
Elsa
Merle Lucotte du LPSC chercheuse en électro-nucléaire
http://merlee.home.cern.ch/merlee/pages/recherche.html
Sur
le thorium, on peut lire aussi cet article ainsi que
les réactions
http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/energie-nucleaire-a-base-de-91442
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