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Editorial 2.

Ben Laden... L'enfumage continuerait-il ?
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 02/05/2011

Ben LadenOn ne peut que trouver suspecte la vague de pro-américanisme et d'atlantisme qui se déploie en Europe à la suite de l'annonce par Barack Obama de la mort de Ben Laden. Il semble que les Européens n'attendaient que ce prétexte pour redonner à l'Amérique toute leur confiance comme leader du monde dit occidental.

Le récit traditionnel (narrative) quasi-hollywoodien auquel nous sommes habitués depuis la seconde guerre mondiale peut ainsi reprendre toute son efficacité. Finis les doutes sur l'affaissement de la puissance américaine, sur l'incapacité personnelle de Barack Obama à se comporter en grand leader global. Les sacro-saintes forces spéciales américaines, face auxquelles aucun lieu au monde ne peut se prétendre hors de portée, ont enfin abattu celui qui avait défié l'Empire.

Peu importe que ce défi ait duré plus de dix ans. Peut importe que cela ait entraîné trois guerres censées faire disparaître la "terreur" qu'il inspirait, peu importe que Ben Laden (ou un personnage portant son nom) ait vécu assez tranquillement près d'Islamabad, à Abbottabad, ville située à une cinquantaine de kilomètres de Rawalpindi, le centre de l'establishment militaire Pakistanais, avec inévitablement la complicité du Pakistan, bien plus préoccupante au plan géostratégique que les attentats qu'il aurait pu encore provoquer. L'Amérique telle Zorro est revenue, nous sommes tous de nouveau des Américains. Laissons donc ce grand chef de guerre qu'est Obama continuer à mener sa guerre en Afghanistan (en y engluant les Européens), face à un Karzai et à un gouvernement pakistanais ne voyant que des avantages à la poursuite de cet engluement occidental.

Les risques terroristes qui menacent les Européens ne diminueront pas d'un cran avec la mort de Ben Laden. Ces risques sont indiscutables, mais dans la norme, si l'on peut dire. Aujourd'hui les tentatives de destruction par l'intérieur sont quasiment systèmiques. Toute organisation un tant soit peu ordonnée génère en son sein ou à ses frontières des agents quasi viraux s'attachant à l'empêcher de fonctionner. A une toute autre échelle, on le constate tous les jours en observant les agressions subies par les utilisateurs du web ne songeant qu'à utiliser tranquillement les ressources du réseau. Mais dans ce cas, les utilisateurs du web ne peuvent attendre de défense que des anti-virus qu'ils mettront eux-mêmes au point. Il serait très imprudent qu'ils s'en remettent à l'aide des services de lutte contre le cyber-terrorisme proposés par la C.I.A. ou la National Security Agency.

Or face aux nouveaux risques, qu'ils soient terroristes, financiers, économiques, environnementaux, les Européens n'ont plus que jamais de secours à attendre que d'eux-mêmes, de leurs investissements, de leur travail. Moins que jamais l'Amérique ne pourra se positionner vis-à-vis d'eux en leader du monde libre. Il est urgent que les Européens s'en rendent compte car, après la "guerre contre la terreur", progressivement tombée en désuétude, l'Amérique est en train de s'inventer de nouveaux ennemis pour tenter de fédérer autour de ses intérêts les pays tentés de se détacher d'un Empire en voie d'affaiblissement sur de nombreux fronts.

C'est le cas notamment de la supposée menace représentée par l' "arrogance chinoise" contre laquelle, par exemple, Washington voudrait bien mobiliser l'Inde - sans succès jusqu'ici –, comme elle tente de le faire avec l'Europe. Or que ce soit dans le cas des relations avec la Chine comme dans celui des relations avec la Russie, une Europe qui serait unie et solidaire n'aurait pas besoin de l'Amérique ni pour la représenter ni pour la défendre
Avoir réussi à supprimer le pantin Ben Laden - dans des conditions d'ailleurs plus qu'étranges - ne devrait donner aucun droit aux Américains à prétendre reprendre un leadership mondial, que ce soit au plan diplomatique ou économique. C'est à nous de nous organiser et de nous renforcer.

Petit événement mais cependant significatif, on notera que le même jour où l'on annonce la mort de Ben Laden, quelques Européens - il est vrai encore bien isolés - viennent de proposer la mise en place d'un Réseau européen de réflexion géopolitique, dont les premiers pas peuvent être suivis sur un blog dédié (http://www.tendencias21.net/geopolitica/).
Ses promoteurs espèrent y rencontrer prochainement les habitués de ce site.