Article.
Avenir du nucléaire, avenir de l'humanité
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin - 10/04/2011
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Cette
note est provisoire. Elle est destinée
à être discutée.
Elle résume les différentes visions
de l'énergie et de la société
sous-jacentes aux grandes technologies actuellement
en service. Mais elle se veut plus ambitieuse.
Nous concluons sur une proposition qui est de
nature institutionnelle : créer une Communauté
européenne de l'Energie susceptible
de dégager puis de promouvoir de telles
visions. Cette Communauté devrait s'engager
sur des voies jusqu'ici refusées par lUnion
sous sa forme actuelle : inciter les citoyens
européens à préciser le type
de société et de mode de vie qu'ils
désirent. Quel serait le modèle
de civilisation qu'ils veulent pour eux et qu'ils
proposeraient éventuellement au reste du
monde.
Il
serait évidemment souhaitable qu'une démarche
européenne de cette nature puisse être
reliée à ce que ferons ou ne ferons
pas d'autres parties du monde. Les problématiques
liées à l'énergie n'ont évidemment
pas de frontières.
En tant que défenseurs d'une démarche
scientifique privilégiant l'invention collective
et le dialogue participatif, ajoutons que les
humains pourraient sans doute découvrir
des solutions permettant de produire et d'économiser
l'énergie très intelligentes, auxquelles
personne n'aurait encore pensé.
Mais pour que puissent s'exprimer sur un plan
mondial ces immenses capacités anthropotechniques,
encore faudrait-il qu'elles puissent s'insérer
dans un réel souci de l'intérêt
général, d'une réelle volonté
humaniste de partage. C'est selon nous l'enjeu
crucial des années qui viennent.
Automates-Intelligents
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L'accident
majeur qui vient de se produire à Fukushima Dai-Ichi,
dont l'issue semble encore indéterminée,
est considéré par nombre d'observateurs
[dont nous sommes] comme devant obliger l'ensemble des
pays du monde à s'interroger sur le recours à
l'énergie nucléaire.
Mais nous pensons qu'il faut aller au-delà. C'est
sur la nature-même de l'évolution des sociétés
humaines que cet événement pose des questions,
ainsi que sur les directions que paraît prendre
cette évolution.
Les guerres mondiales, ou l'explosion de Tchernobyl
avaient pu, malgré leur ampleur, passer pour
des événements non symptomatiques. Aujourd'hui,
Fukushima s'ajoute à un long enchaînement
de crises qui semblent au contraire systémiques,
c'est-à-dire remettant en cause l'avenir du Système
global dont nous sommes tous des composants. Les Européens
sont tout aussi concernés que les Japonais. Nous
voudrions dans cette première note commencer
à aborder ces perspectives. Les sciences, les
technologies, mais tout autant les systèmes politiques
et économiques, sont mis en cause. Il faut en
discuter, tout en évitant les jugements précipités
ou dogmatiques.
Dans
la terminologie pratiquée sur ce site, nous dirons
que Fukushima pose la question de l'avenir des sociétés
anthropotechniques. On peut évidemment traiter
de l'avenir des sociétés humaines modernes
sans faire appel à cette dernière terminologie
ni aux hypothèses méthodologique qu'elle
sous-tend. Il nous paraît cependant intéressant
de s'y référer, compte tenu de son caractère
selon nous éclairant(1).
Rappelons que nous appelons anthropotechniques les sociétés
de primates apparues il y a quelques millions d'années
et ayant appris à utiliser en symbiose avec leurs
composants biologiques des outils technologiques ayant
leurs logiques évolutives propres. Ceux-ci sont
susceptibles de modifier les processus évolutifs
naturels de façon plus ou moins brutale et rapide.
Ce fut le cas des outils de pierre, puis du feu. C'est
aujourd'hui celui des technologies industrielles, biologiques,
informationnelles, observationnelles (utilisées
par les sciences). Parmi elles se trouvent les technologies
nucléaires.
Celles-ci
permettent aux anthropos d'intervenir aux franges, sinon
au coeur du processus mis en oeuvre dans la formation
et l'évolution des étoiles : production
d'atomes lourds par fusion d'éléments
légers (hydrogène, hélium) et dans
certaines conditions restitution d'énergie par
fission de ces mêmes atomes lourds(2).
Dans notre approche, les systèmes ou sociétés
anthropotechniques sont des superorganismes en compétition
darwinienne pour l'accès aux ressources. Elles
ne sont que marginalement capables de se représenter
l'avenir du monde et d'enclencher des comportements
moteurs susceptibles de préserver les équilibres
collectifs de la planète.
On peut admirer que des primates hominidés -
qui ne sont pas agencés différemment au
plan biologique de tous les autres organismes un peu
complexes - aient réussi à pénétrer
certaines des lois semblant régir l'évolution
du cosmos. Les biologistes et anthropologues discutent
des facteurs évolutifs qui leur ont permis de
le faire, acquisition d'un cerveau surdimensionné,
construction de vastes sociétés communicantes,
mémorisation et mutualisation des acquis de connaissances
et des résultats d'expérience. Mais on
ne doit pas oublier que la physique atomique ne constitue
que l'une des nombreuses autres interventions dans les
processus naturels auxquelles procèdent les systèmes
anthropotechniques : processus biologiques, reproductifs,
cognitifs... Les sciences et techniques en résultant
sont utilisées aussi bien pour l'amélioration
des conditions de vie des sociétés s'efforçant
de les maîtriser que pour la destruction des sociétés
rivales. Il ne servirait donc pas à grand chose
de discuter de l'avenir du nucléaire sans replacer
celui-ci dans l'évolution des sociétés
anthropotechniques que nous venons de résumer.

Pour
la clarté de l'exposé, nous le présenterons
en trois parties, qui seront elles-mêmes des résumés
trop sommaires de la richesse des questions sous-jacentes.
1.
Les contraintes majeures auxquelles l'humanité
sera confrontée dans le présent siècle
2. Privilégier une vision pessimiste-réaliste
de l'avenir
3. Regard sur les différentes formes d'énergie
Conclusions concernant la France et l'Europe
1.
Les contraintes majeures auxquelles l'humanité
sera confrontée
dans le présent siècle
Il
faut examiner l'avenir du nucléaire et plus généralement
de toutes les technologies aujourd'hui émergentes
en tenant compte des contraintes majeures auxquelles,
du fait de leur propre évolution, les sociétés
anthropotechniques (ou si l'on préfère
parler plus simplement, l'humanité mondiale)
seront confrontées dans les 50 à 100 prochaines
années.
Il s'agit là de thèmes de prospective
et de débats qui font par ailleurs l'objet de
nombreuses discussions entre experts et scientifiques.
Malgré de fréquentes divergences d'approches,
de grandes lignes paraissent pouvoir en être dégagées.
On doit impérativement en tenir compte dans la
réflexion engagée ici. Peut-on les résumer
en quelques mots ?
Le pronostic que vient de
proposer
le géographe et spécialiste en sciences
de la Terre Laurence Smith dans un livre récent
«The World in 2050»(3),
nous paraît recevable. Certains diront même
qu'il est banal, le constat ayant déjà
été fait par de nombreux prospectivistes(4).
Encore faut-il méditer ce qu'il implique.
Selon
cet auteur, d'ici 2050, horizon auquel il limite sa
prospection, l'humanité comme avec elle le monde
biologique terrestre et maritime affronteront quatre
grands phénomènes irrévocables
dont chacun mériterait à lui seul de longs
développements :
La croissance démographique
Contrairement à ce qu'en disent les théoriciens
de la «transition démographique»
le développement démographique humain
paraît loin d'être maîtrisé
sur la période. Selon les pays, il se traduira
par des natalités excessives mais aussi par des
vieillissements inquiétants. L'augmentation de
la population contribue en premier lieu à la
raréfaction des ressources naturelles (voir ci-dessous).
On explique qu'en mutualisant les ressources, notamment
alimentaires, l'humanité pourrait faire face
à cet accroissement. Mais cette mutualisation
ne sera pas facilement acceptée par les bénéficiaires
actuels des surplus.
Une raréfaction croissante des ressources naturelles
Cette raréfaction ira jusqu'à la disparition
de nombre de ressources naturelles, notamment dans le
domaine biologique. La mise au point de nouveaux procédés
(y compris la récupération) et de nouveaux
produits ne pourra pas pallier les manques, du fait
des coûts et délais impliqués, mais
aussi parce que les nouveaux produits sont eux-mêmes
consommateurs de ressources en voie de raréfaction.
Les
conséquences généralement perturbatrices
du réchauffement climatique,
quelles qu'en soient les causes
Ce point n'est plus discuté par les scientifiques
sérieux. Il entraînera une remontée
vers les pôles des températures moyennes
et de nombreux phénomènes catastrophiques
météorologiques et climatologiques. Plus
vite peut-être qu'actuellement envisagée
se manifestera aussi la montée du niveau des
eaux maritimes imposant l'exode d'activités urbaines
et industrielles parmi les plus productives du monde.
Le
phénomène général de la
mondialisation
Ce terme recouvre quantités de phénomènes
dont certains peuvent être considérés
comme positifs mais d'autres dangereux. On met à
l'actif de la mondialisation la diminution du coût
de certains biens de consommation due à la concurrence
entre producteurs. Les niveaux de vie de nombreuses
populations pauvres en ont bénéficié.
Mais le processus a son aspect négatif. La diffusion
des modèles de consommation propres aux classes
riches des pays riches à travers la publicité
commerciale sur les réseaux numériques
conduit à une explosion globale des besoins exprimés,
que les ressources mondiales actuellement disponibles
ne permettront pas de satisfaire. Nul ne peut envisager
sérieusement que chaque habitant de l'Asie ou
de l'Afrique puisse disposer par exemple d'une automobile,
c
omme
la majorité en Europe ou en Amérique.
La mondialisation telle qu'elle s'organise dans le cadre
du capitalisme et du libéralisme économique
conduit plus généralement à la
domination de modèles de consommation et de modèles
de société qui sont à l'opposé
des modes de vie plus associatifs, plus mutualistes
et orientés vers de nouvelles valeurs encore
à inventer.
Sous
la pression des producteurs et des distributeurs dominants,
la diffusion de ces modèles de consommation conduit
par ailleurs à la destruction des sociétés
traditionnelles, sans leur proposer de modèles
de remplacement. Ces sociétés traditionnelles
étaient essentiellement rurales. Au lieu de chercher
à les faire évoluer et se moderniser sur
place, les gouvernements encouragent ou tolèrent
les migrations des populations rurales vers des mégalopoles
urbaines dont certaines seront relativement riches
mais
d'autres misérables et instables. Il faut insister
sur ce phénomène spectaculaire de l'urbanisation,
se traduisant par le fait que la plus grande partie
de l'humanité vivra prochainement dans des villes
incapables de subsister seules. Du fait de l'appel généralisé
à différentes technologies relevant de
l'artificiel, il en résulte déjà
une fragilité extrême. Le fait que ces
villes pourraient par ailleurs s'effondrer très
rapidement si elles étaient privées d'énergie,
sous sa forme la plus souple qu'est l'électricité,
constitue un des aspects des questions posées
par l'augmentation généralisée
de la demande en énergie.
A
cette prévision, nous pourrions pour notre part
apporter un complément de type politique. Les
anthropos ou humains, associés aux techniques,
n'acquièrent pas nécessairement les propriétés
mentales leur permettant de se représenter au-delà
de leurs intérêts propres ceux de l'humanité
et de la planète au sens large. Si certains le
font, les prévisions et recommandations qu'ils
émettent demeurent impuissantes à modifier
les comportements collectifs de façon telle qu'elles
puissent inverser le cours de l'évolution. Malgré
la puissance de nos cerveaux, nous ne sommes pas en
effet capables d'influencer ce que l'on pourrait pour
simplifier définir comme les gènes guidant
nos grands comportements collectifs, gènes hérités
d'un passé biologique lointain et toujours actifs.
Le généticien (chrétien) Christian
De Duve remarquait récemment(5)
que les humains ne sont pas génétiquement
programmés pour prévoir l'avenir au-delà
de quelques jours et surtout pour adopter concrètement
des mesures de précautions découlant de
ces prévisions. Les discours les plus moralisateurs
et les mieux intentionnés n'en changeront rien.
Ajoutons
par ailleurs que les compétitions entre humains,
moins que jamais en voie de s'apaiser, conduisent à
l'émergence de minorités oligarchiques
associant pouvoirs économico-financiers, pouvoirs
politiques et pouvoirs médiatiques. Les uns et
les autres font tout pour que les autres citoyens soient
exclus de la décision. La démocratie participative
reste partout un voeu pieux(6).
Ces pouvoirs oligarchiques, dans leurs compétitions
internes, comme l'a bien souligné De Duve, sont
incapables de prendre en compte un intérêt
général plus global autrement que dans
des discours démagogiques. A par quelques cas
marginaux, l'expérience montre que les foules
dominées ne peuvent espérer utiliser les
procédures dites démocratiques (là
où elles existent, ce qui n'est pas le cas partout)
pour remettre en cau
se
les pouvoirs des oligarchies. Les autoritarismes ne
reculent que là où, poussées à
bout par les excès de pouvoir dont elles souffrent,
certaines populations génèrent spontanément
en leur sein des révoltes plus ou moins sauvages,
dont il est impossible de prédire les conséquences,
qu'elles soient heureuses ou qu'elles aboutissent à
de nouvelles tyrannies. Nous avons évoqué
ce phénomène sur notre site, à
propos des révoltes dites du nouveau monde arabe,
ou de celles survenues au coeur du système capitaliste,
à Madison (USA).
2. Privilégier une vision
pessimiste-réaliste de l'avenir du monde
Si
nous considérons comme globalement fiable l'évaluation
rappelée ci-dessus, nous ne pouvons qu'en retenir
une vision pessimiste de l'avenir probable. Nul ne sait
évidemment de quoi cet avenir sera fait. Mais
la pire des erreurs de prévision consisterait
à s'imaginer que «tout s'arrangera»,
pour des raisons tenant plus d'une croyance quasi mystique
au progrès que d'un réalisme froid. Certes,
le pessimisme ne doit pas être utilisé
comme argument pour expliquer aux victimes des oligarchies
qu'elles ne pourraient rien faire pour améliorer
leur sort, notamment par la lutte sociale. Le pessimisme
doit servir en priorité à mesurer les
obstacles et les risques pour se préparer, au
moins mentalement, à les affronter. Dans cette
optique, plusieurs tendances lourdes pourraient marquer
les prochaines décennies.
Une croissance accélérée de la
consommation et donc
de la production des biens et services en général
Pour les raisons indiquées ci-dessus, croissance
démographique, mondialisation poussant à
l'adoption de niveaux de vie inspirés de ceux
des pays développés, urbanisation rapide,
volonté de profit à court terme animant
les principaux acteurs économiques, il serait
illusoire d'espérer une stabilisation des consommations-productions
globales. Tout au plus pourrait-on espérer dans
les pays riches une stabilisation, voire une «décroissance»,
des formes de productions-consommation les plus gourmandes
en ressources primaires. Mais, comme nous le verrons
plus loin, une telle stabilisation ou décroissance
ne se produira d'après nous que dans certains
milieux «activistes», inspirés par
une morale de la sobriété et du partage
proche d'une véritable religion. Les signes,
symboles ou «mèmes»
de cette nouvelle religion décroissantiste, il
est vrai, pourront profiter pour leur «contamination
virale» des supports offerts par les réseaux
numériques.
Evidemment, on pourrait envisager une diminution globale
massive des consommations et des investissements correspondants.
Mais ceci ne se produirait qu'en cas de catastrophes
mondiales dont personne ne peut raisonnablement espérer
la survenue. Ces catastrophes pourraient provenir soit
d'événements de grande ampleur liés
au réchauffement climatique, soit d'un accident
technologique majeur, notamment nucléaire, empoisonnant
une grande partie de la Terre (nous y reviendrons),
soit de conflits généralisés.
Une croissance corrélative des besoins et donc
de la consommation-production d'énergie
Si
la croissance des consommations se poursuivait, il serait
illusoire d'espérer une stabilisation, ni même
une limitation de la croissance du recours à
l'énergie, quelles qu'en soient les formes, sauf,
à nouveau, la survenue de catastrophes de grande
ampleur affectant l'une ou l'autre de ces énergies
et rendant son utilisation radicalement impossible.
Rappelons que les économies d'énergie,
qui seront plus que jamais indispensables dans cette
perspective, supposent un haut niveau technologique
général qui ne les rend pas toujours accessibles
aux pays pauvres. Ceci veut dire que, dans le demi-siècle,
aucune force au monde ne semble pouvoir empêcher
les pays en développement le plus rapide (Chine,
Inde, Indonésie) de faire appel au charbon, au
pétrole, au gaz mais aussi au nucléaire,
comme sources primaires. Les énergies renouvelables
se développeront aussi. Mais leurs contreparties,
en termes de coût, stockage, transport, empêcheront
qu'elles ne deviennent les seules sources utilisées.
Par ailleurs, l'électricité, malgré
ses inconvénients (coût des réseaux
de transport et de distribution, difficulté de
stockage) sera de plus en plus employée, sinon
dans les transports automobiles, du moins dans l'industrie/services
et dans la vie domestique
La fragilisation accrue des systèmes
économiques et sociaux
Plusieurs facteurs expliquent cette fragilisation :
l'accroissement de la population et de la demande globale
au regard des ressources disponibles et des possibilités
de réponse des écosystèmes, l'artificialisation
accrue des modes de vie y compris dans les mégalopoles
les plus pauvres, faisant dépendre la survie
de facteurs de moins en moins susceptibles de solutions
de secours en cas de crise (par exemple le recours généralisé
à l'électricité pour assurer l'ensemble
des activités sociétales), la course au
profit immédiat et à la dérégulation
qui dépossèdent [avec leur bénédiction
?] les autorités étatiques de leur rôle
traditionnellement protecteur et normatif, l'illusion
que les progrès technologiques futurs pourront
pallier tous les risques. Il faut envisager aussi les
risques tenant à des attentats soit d'origine
politique, soit liés à des pathologies
mentales.
Même dans les pays développés, par
volonté d'économie et de profit, les sociétés
urbaines ont sacrifié la diversité et
la dispersion des sources et des réseaux. Une
grève dans le secteur pétrolier, des pannes
ou attentats dans certains noeuds de distribution ou
de transports, une pandémie infectieuse meurtrière
et tout s'arrête, y compris les services d'urgence
et de police. Les régions soumises aux risques
naturels sont encore plus fragiles car elles ne sont
pas encore préventivement protégées.
La
bunkerisation sinon la militarisation de plus en plus
systématique
des riches et des puissants
Qu'il
s'agisse des matières premières ou des
territoires, plus les difficultés d'accès
aux ressources s'aggraveront, plus les moins favorisées
des détenteurs de ces ressources feront pression
pour y accéder. Les minorités favorisées
se surprotégeront en conséquence. Cela
se constate déjà au niveau des frontières
terrestres ou maritimes, mais aussi au sein des quartiers
et zones résidentielles dans les villes. Les
protections feront de plus en plus appel à des
moyens de type militaire, confiées soit à
l'armée ou la police régulières,
soit à des compagnies privées. Le respect
de la vie humaine ne comptera plus guère au regard
de la volonté de rendre les frontières
étanches. On le constate déjà en
Europe, à toute petite échelle, devant
l'indifférence sinon la satisfaction avec lesquelles
certains accueillent la nouvelle de naufrages affectant
les immigrants venus du Sud. La militarisation fera
un appel croissant aux systèmes robotisés
de surveillance et de contrôle qui n'ont pas d'états
d'âme.
Le
recul, partout dans le monde, des anciennes traditions
de service public
et de régulation par des Etats protecteurs
Ce phénomène, que l'on pourrait qualifier
de dramatique au regard de la protection des populations
contre les abus de pouvoir des oligarchies, a commencé
dès la fin de la seconde guerre mondiale, sous
la pression du capitalisme américain et de l'idéologie
libérale derrière laquelle il s'abritait.
Il a tiré parti, il est vrai, des abus de pouvoirs
perpétrés au nom du peuple par les dictatures
se réclama
nt
du marxisme. Mais dans la débâcle des Etats
et des administrations publiques qui en a résulté,
les idéaux un moment illustrés avec succès
en France au nom du programme du Conseil national de
la résistance (Etat providence, administrations
intègres, nationalisations des secteurs stratégiques
y compris dans la banque et l'assurance) ont été
balayés. Aujourd'hui, les fonctions publiques
qui s'en inspiraient ne survivent plus que dans le souvenir
de leurs membres retraités. Les actionnaires
privés qui gouvernent maintenant les grands services
publics n'hésitent plus, pour raisons de rentabilité,
à confier les secteurs les plus sensibles, y
compris le nucléaire, à des sociétés
d'intérim elles-mêmes privées des
moyens essentiels de fonctionnement.
3.
Les différentes formes d'énergie composant
le mix énergétique
On
appelle mix énergétique la façon
dont se répartissent, soit au niveau mondial,
soit pays par pays, l'appel aux différentes sources
d'énergie. Le mix peut être calculé
avec une relative précision quand il s'agit des
productions/consommations actuelles. Il faut aussi l'évaluer
pour les années et décennies à
venir. La précision, dans ce cas, diminue avec
le délai et la nature des sources prises en compte.
Elle dépend des technologies d'extraction et
de production, des réserves prouvées ou
estimées, des capacités de transport et
de stockage, mais aussi, concernant les énergies
renouvelables et les économies d'énergies,
de nombreuses variables industrielles et commerciales
qu'il n'est pas encore possible de déterminer.
Les estimations des productions et ressources mondiales
d'énergie sont difficiles à réaliser
avec précision. Néanmoins, dans le cadre
de cet article, elles nous semblent suffisantes. On
pourra se référer à Wikipédia,
qui indique aussi les unités de mesures utilisées(7).
Le
mix énergétique fait aujourd'hui l'objet
de nombreuses estimations destinées à
évaluer le rôle du nucléaire, devenu
sensible à la suite de l'accident de Fukushima.
Globalement, la part du nucléaire dans le mix
énergétique mondial paraît très
faible. Selon les chiffres que vient de publier l'Agence
internationale des énergies renouvelables(8),
elle est de 6%, contre 87% pour le trio charbon,
pétrole, gaz, et 7% pour les renouvelables. Ces
chiffres devraient, sauf accident, passer respectivement
en 2035 à 8%, 78% et 14%. Il est difficile de
prévoir comment il évoluera au-delà.
Les combustibles fossiles auront peut-être atteint
un pic d'extraction vers 2050, mais le nucléaire,
faute de matière première et en attente
problématique de la fusion, plafonnera également.
L'importance des renouvelables dépendra beaucoup
des financements et de la recherche qui leur seront
consacrés. Voyons cela par grands domaines.
Les
énergies fossiles
Tout à déjà été dit
concernant ces énergies : charbon, pétrole,
gaz. Rappelons seulement ici quelques points concernant
le propos de cet article. Concernant les atouts dont
ils bénéficient, aux yeux des dirigeants
mais aussi du public, disons que les réserves
prouvées restent importantes, notamment à
l'échéance du demi-siècle. Concernant
les réserves probables, il existe des perspectives
d'extraction coûteuses et dangereuse pour l'environnement
mais que ne manqueront pas de recommander les industriels
(schistes bitumineux, forages profonds, appel aux méthanes,
etc.). Les réserves actuelles sont inégalement
réparties, mais dans l'ensemble ce sont les pays
"pauvres" ou émergents qui détiennent
les plus importantes d'entre elles. L'extraction des
combustibles fossiles est par ailleurs relativement
facile et à la portée des pays ne disposant
pas de technologies très avancées. Elle
est dangereuse, notamment en ce qui concerne le charbon.
Mais la mort des mineurs n'émeut manifestement
personne. Un autre atout important est que l'utilisation
des combustibles fossiles n'exige pas de transformation
des parcs industriels ou, en ce qui concerne les transports,
des moteurs.
Concernant le gaz, jugé globalement moins polluant
et moins producteur de CO2 que le pétrole,
la découverte récente de «gaz de
schistes» ou «shale gaz» très
présent dans de nombreux pays consommateurs est
considérée par les intérêts
gaziers comme une aubaine inespérée. Mais
les méthodes de recherche et d'extraction, par
hydro-fracturation, soulèvent à juste
titre de fortes oppositions des personnes résidant
près des puits(9).
Comme ceux-ci sont très dispersés, la
résistance s'étendra prochainement à
de nombreux territoires. Elle risque de devenir aussi
forte que celle s'opposant au nucléaire.
Au
passif, les combustibles fossiles contribuent lourdement
à la production de gaz à effet de serre
et de diverses pollutions qui ont un effet sanitaire
néfaste incontestable. Ils sont donc vivement
combattus par les scientifiques du climat et les minorités
politiques qui soutiennent leur combat. Nous sommes
de ceux-ci. Il nous paraît incontestable que le
réchauffement climatique entraînera de
graves conséquences sur les équilibres
économiques et sociétaux actuels. Les
activités humaines n'en sont sans doute pas les
seules causes, mais tout ce qui contribuera à
en accentuer les effets serait à proscrire au
plus vite. Les solutions proposées par divers
lobbies industriels et scientifiques visant à
séquestrer le carbone ou protéger la Terre
des rayons solaires risquent d'être encore longtemps
des utopies. Il faudrait donc sortir rapidement, comme
on le dit à propos du nucléaire, de l'addiction
au charbon et au pétrole.
Mais ceci ne se fera pas, notamment sous la pression
des pays émergents qui ont besoin de ces ressources
pour atteindre leur objectif actuel, approcher le niveau
de vie des pays riches. Il serait donc illusoire de
penser que la part des combustibles fossiles dans le
mix énergétique mondiale diminuera sensiblement
dans les cinquante prochaines années. Comme nous
l'avons indiqué, elle restera aux alentours de
70%. Ce sera indiscutablement très dangereux
pour l'environnement. Il sera trop tard pour s'en soucier
lorsque sera atteint ce que les climatologues nomment
le «tipping point», avec emballement
en chaîne des effets destructeurs. Mais les risques
n'étant pas immédiats, nul ne semble se
préoccuper et se préoccupera vraiment
de ces échéances dans les prochaines années.
Les énergies renouvelables
et les économies d'énergie
On
peut examiner dans la même rubrique ces deux formes
d'action, visant à diminuer l'appel tant aux
combustibles fossiles qu'au nucléaire. Elles
présentent de nombreux aspects positifs. C'est
moins dans l'immédiat au regard de leur effet
en tant que producteurs primaires d'énergie que
sur la forme de société permettant d'y
faire appel que les énergies renouvelables paraissent
intéressantes. Disons pour résumer qu'elles
conviennent particulièrement à l'idéal
d'une société où se démocratiserait
l'accès aux technologies et aux sciences fondamentales.
Dans le cadre de notre revue, nous ne pouvons pour notre
part que militer pour leur développement. En
principe, avec du temps, des moyens budgétaires
importants, beaucoup de ressources en matières
premières dont certaines rares, beaucoup d'énergie
classique aussi aux débuts, une volonté
politique sans faille enfin, la plupart des usages actuels
de l'énergie traditionnelle, y compris ceux intéressant
les carburants liquides, pourraient être satisfaits
à partir du soleil, du vent, de la géothermie,
de la houle, de la transformation des déchets,
de la photosynthèse. Par ailleurs, à l'échelle
du siècle, différents projets encore futuristes
permettraient, par exemple avec des centrales solaires
orbitales, de s'affranchir des contraintes locales.
Parallèlement, avec là aussi les mêmes
moyens globalement importants, les économies
d'énergie pourront contribuer sensiblement à
la diminution de la facture énergétique
globale. Il pourra d'abord s'agir de modes de vie moins
dispendieux, plus ascétiques, (pouvant parfois
il est vrai prendre la forme d'un certain «terrorisme
intellectuel»). Il pourra aussi s'agir de nouvelles
solutions industrielles visant à ce que l'on
nomme l'efficacité énergétique:
remplacer les techniques et matériels gros consommateurs,
y compris en électricité, par des solutions
plus économes. Mais il pourra aussi s'agir là,
sous l'influence des lobbies industriels pratiquant
le "green-washing", d'une façon de
relancer de nouvelles formes de consommations non véritablement
nécessaires.
L'intérêt des énergies renouvelables,
comme des économies d'énergies, est tout
autant politique que strictement économique.
Les recherches/développements comme les investissements
à y consacrer, bien qu'importants, pourraient
être distribués géographiquement
et socialement. Ils ne seraient donc pas exclusivement
le monopole des géants des secteurs énergétiques
ou des industries manufacturières. Les collectivités
locales, les «citoyens» pourraient s'impliquer
directement, soit dans la mise en oeuvre des nouvelles
sources d'énergie, soit tout autant et plus dans
le domaine essentiel des économies d'énergie.
Des modes de vie qui paraissent essentiels pour faire
face aux crises futures pourraient en résulter:
inventivité permanente, refus des modèles
de consommation-gaspillage, volonté de partage
social y compris au bénéfice des pays
pauvres. L'avenir enfin pourra faire apparaître,
car il s'agira de secteurs en inventivité permanente,
des solutions technologiques ou sociétales tout
à fait inattendues.
Tous ces avantages expliquent le fait que l'ensemble
des Etats, des plus développés aux plus
pauvres, mettent aujourd'hui les secteurs correspondants
au premier plan de leurs programmes économiques
et politiques. Mais il ne faut pas se faire d'illusions.
Nous l'avons vu à propos des combustibles fossiles,
ces mêmes Etats continueront pour l'essentiel
à y faire appel. Nous allons voir ci-dessous
ce qu'il en est de l'énergie nucléaire.
Si l'on tient compte de différents facteurs de
blocage que les défenseurs des énergies
renouvelables n'envisagent pas volontiers, il paraît
raisonnable de penser que dans les trente prochaines
années la part des renouvelables ne dépassera
pas 30% des besoins, estimation d'ailleurs supérieure
aux prévisions de l'Agence internationale précitée
en charge du secteur(10).
Le
nucléaire
Celui-ci pose des problèmes particuliers. A la
suite de l'accident de Fukushima, ils génèrent
actuellement de nombreuses discussions. Nous devons
y consacrer ici quelques développements spécifiques.
Pourquoi, dira-t-on, courir tous les risques sous-jacents
au nucléaire, et faire courir ces risques au
monde dans son ensemble pour un si faible résultat
global, soit quelques % du panier énergétique
global. Les réponses sont complexes car la maîtrise
de l'énergie nucléaire peut dans une certaine
mesure résumer toutes les ambitions et les contradictions
de l'aventure humaine, autrement dit les ambitions des
sociétés anthropotechniques qui se sont
investies dans les filières à très
haute technicité. Bien que moins risquée
au plan global, l'exploration des planètes proches
par certaines nations relève dans une certain
mesure aussi de ce que certains qualifient d'aventure
inutilement coûteuse.
Le
nucléaire n'est pas une énergie comme
les autres
Nous
avons vu que la compétition pouvant prendre la
forme de guerres ouvertes a toujours été
et demeurera sans doute longtemps un des moteurs de
l'évolution des sociétés anthropotechniques.
Les protestations pacifistes n'y changeront pas grand
chose avant longtemps, à moins de catastrophe
globale qui modifierait en profondeur les états
d'esprits. Il ne faut pas oublier que ce fut la réalisation
d'armes atomiques qui a poussé chacun à
son tour les cinq grands du club nucléaire mondial
initial (USA, Russie, Grande Bretagne, France, Chine)
à se doter des moyens d'extraire de l'énergie
à partir de la fission de l'uranium puis de la
fusion de l'hydrogène. Les armées de ces
pays considèrent encore par ailleurs que la propulsion
atomique appliquée à certains de leurs
navires demeure la seule solution permettant d'assurer
autonomie à long terme et discrétion.
Y compris dans les pays qui n'en sont pas dotés,
l'arme nucléaire enfin reste partout considérée
comme un moyen ultime mais incontournable de dissuasion.
Le nombre des Etats qui ont suivi ou veulent suivre
cette voie ne cesse de grandir, malgré les efforts
des Cinq pour empêcher la prolifération
dans le cadre du Traité du même nom. Israël,
l'Inde, le Pakistan, sans doute la Corée du Nord,
sont dorénavant dotés de la bombe. D'autres
comme l'Iran, le Brésil, l'Afrique du Sud s'y
s'efforcent plus ou moins discrètement.
Tous
les programmes politiques affichant l'objectif de sortir
du nucléaire se heurteront longtemps à
cette réalité. Les industries et les laboratoires
nucléaires travaillant pour la défense
ne seront jamais fermés, quels que soient les
risques pouvant en résulter. Les militaires et
les diplomates feront valoir, sans doute à juste
titre, qu'un pays comme la France renonçant à
sa force nucléaire stratégique pour faire
preuve de bonne volonté dans la compétition
entre les nations se mettrait ipso facto sous la dépendance
de pays n'hésitant pas à utiliser des
armes dites conventionnelles tout aussi destructrices.
Ce point est régulièrement discuté
dans les cercles stratégiques européens.
On peut penser que des Etats comme l'Allemagne ou l'Italie
qui pour diverses raisons n'ont pas développé
de «parapluie nucléaire» seraient
heureux de profiter, en cas de menaces majeures, de
la dissuasion offerte par la France et la Grande Bretagne,
à défaut de l'appui des celle des Etats-Unis,
sur lequel les Européens ne peuvent désormais
plus compter(11).
Un
autre atout considéré de l'énergie
nucléaire, qu'elle soit appliquée au militaire
ou au civil, est qu'il s'agit d'un «vecteur de
puissance». Ce point est généralement
peu mis en évidence par les Etats qui souhaitent
y faire appel. On désigne par ce terme les technologies
dont le développement ou l'utilisation obligent
à recruter et former des équipes de haute
compétence, sous la responsabilité d'administrations
centralisées très proches des gouvernements.
Elles nécessitent aussi une forte protection
poussant à la mise en place de mesures policières
de contrôle inhérentes à une vision
régalienne exacerbée de la gestion publique.
On peut dire la même chose des technologies ou
équipements militaires ou spatiaux, comme de
tous les grands réseaux centralisés et
fragiles sur lesquels reposent dorénavant les
sociétés civiles. Les défenseurs
des autres formes d'énergie vantent au contraire
leur caractère modulable et décentralisable,
présenté comme plus démocratique.
Il
est facile de critiquer les technologies de puissance
et les administrations fortement organisées et
sécurisées qui devraient en principe être
chargées de les mettre en oeuvre. Mais le faire
serait oublier que le siècle actuel ne sera pas
celui de la facilité et de l'improvisation. Ce
sera celui des crises. Ne survivront que les organisations
ayant un minimum de contrôle et de cohérence
dans leurs actions. L'expérience acquise dans
la prévention, voire dans la "réparation"
des grandes crises naturelles, technologiques, humaines,
sera une des conditions de la survie.
Il
est donc particulièrement paradoxal que sous
l'influence du néolibéralisme développé
en Occident, voire dans des pays plus autoritaires comme
la Russie et la Chine, les oligarchies au pouvoir veuillent
sous-traiter les tâches nécessairement
régaliennes de conception et de contrôle
des industries et des activités nucléaires
à des entreprises privées ne visant que
le profit à court terme de leurs actionnaires.
Cette même volonté de privatisation est
en train de détruire les traditions militaires
et aujourd'hui spatiales de pays comme les Etats-Unis
ou la Russie. Au mépris de l'intérêt
général, les compagnies privées
y assurent dorénavant des objectifs stratégiques
de court terme. Avec la sécurité des biens
et des personnes, elles accaparent des responsabilités
jusqu'ici confiées à des administrations
militaires et civiles disposant de décennies
de tradition du service public.
Il
est évident que dans ces conditions, comme le
montre l'exemple déplorable du Japon, la gestion
«privée» de l'énergie nucléaire
ne pouvait que révéler à long terme
des failles désastreuses. Certes, répétons-le,
le nucléaire est dangereux, mais en confier la
responsabilité à des sociétés
capitalistes ne peut qu'augmenter sa dangerosité.
Une nationalisation s'imposerait, mais le Japon, sous
l'influence du gouvernement américain champion
du libéralisme l'ayant mis sous tutelle à
la fin de la Seconde guerre mondiale, a perdu toutes
les références en matière de gestion
publique dont il disposait sous l'ancien Empire du Soleil
Levant dont les militaires il est vrai firent
un usage désastreux dans les années 1930-1945.
En Europe, il y a tout lieu de craindre que la «libéralisation
rampante» du gaz, de l'électricité
et du nucléaire ne conduise aux mêmes catastrophes.
Avantages
et risques spécifiques au nucléaire
Au-delà des considérations de nature stratégiques,
qui peuvent pousser à conserver l'industrie nucléaire
comme un vecteur de puissance, d'autant plus formateur
qu'il est générateur de risques, que peut-on
dire des avantages et risques du nucléaire au
regard des autres formes d'énergie ?
Le sujet a été amplement débattu.
Inutile de s'y attarder ici. En ce qui concerne les
avantages, d'une façon générale,
même s'il ne couvre qu'une partie des besoins
en énergie (essentiellement en électricité),
le nucléaire permet aux pays utilisateurs de
diversifier le panier énergétique, de
faire appel à des emplois locaux pour la maintenance
et de générer des revenus pouvant bénéficier
aux collectivités locales hébergeant les
sites. Pour les pays producteurs de centrales, à
ces avantages s'ajoutent les économies sur les
redevances versées aux pays pétroliers,
l'acquisition d'une capacité exportatrice et
une certaine indépendance politique, même
s'ils ne disposent pas directement des gisements d'uranium
nécessaires.
Au
regard, jusqu'à ces dernières semaines,
les risques apparaissaient peu inquiétants pouvant
au pire se limiter à des accidents maîtrisables.
Le principal reproche fait au nucléaire était
son coût qui, selon les promoteurs des autres
formes d'énergies, notamment les renouvelables,
empêchait de développer ces dernières
à l'échelle et à la vitesse dorénavant
nécessaire. L'argument ne tient pas dans les
pays prudents où, comme en Chine, l'appel au
nucléaire reste partiel et n'assèche pas
les ressources d'investissement consacrées à
l'énergie en général.
Mais l'expérience du Japon conduira sans doute
à réévaluer les risques au regard
des avantages. La menace
d'un accident majeur pouvant rayer des régions
entières de la carte, dans un pays ou pire encore
dans un ensemble de pays, ne serait évidemment
pas acceptable, ni par un gouvernement, ni par la communauté
internationale. Mais un tel accident pourrait-il se
produire, si des précautions et des sécurités
particulièrement contraignantes étaient
mises en oeuvre?(12) Ce sont
à ces questions que devront répondre les
pays décidés à fermer leurs centrales
ou à ne pas en acquérir, comme les pays
décidés à conserver leurs centrales
ou à en construire de nouvelles. Rappelons que
la construction de dizaines de nouvelles centrales était
jusqu'à présent programmée dans
l'ensemble du monde.
Le choix d'abandonner le nucléaire
Le
nucléaire n'est pas une énergie comme
les autres, en ce sens qu'elle touche aux bases mêmes
de l'organisation de la matière-énergie.
Elle est potentiellement particulièrement dangereuse
en terme de production de catastrophes brutales et visibles,
comme en ce qui concerne la gestion du combustible et
des déchets. L'utilisation
des énergies fossiles présente des risques
certains, notamment celui de contribuer à l'effet
de serre et donc aux catastrophes découlant du
réchauffement climatique. Mais ces risques sont
plus diffus et bien plus lointains. On conçoit
donc que de plus en plus de personnes demandent l'abandon
de l'énergie nucléaire. Cela ne posera
pas de problèmes particuliers lorsqu'il s'agira,
comme ce sera le cas dans la majorité des pays,
de renoncer à construire des centrales. Il faudra
seulement trouver des sources d'énergies de substitution,
en évitant la facilité consistant à
s'en tenir aux combustibles fossiles. Bien plus difficile
à faire sera le choix consistant à fermer
des centrales existantes. Celles-ci produisent de l'électricité
que l'on ne pourra pas obtenir d'autres sources du jour
au lendemain. Chacun convient, même les anti-nucléaires
les plus convaincus, que renoncer aujourd'hui au nucléaire
posera de nombreux problèmes qui ne seront pas
résolus avant plusieurs décennies.
Il
faudra d'abord arrêter et démanteler les
centrales les plus dangereuses : centrales vieillies
mais encore en service dans les pays développés
et dont on repousse sans arrêt l'arrêt,
centrales soit vieillies soit mal entretenues
dans des pays plus pauvres. Les pires de celles-ci sont
les réacteurs de type Tchernobyl encore en activités.
Il faudra aussi sécuriser les entrepôts
de combustibles et les décharges de déchets
ou d'armes nucléaires tels que ceux laissés
à l'abandon en Russie. Tout ceci demandera plusieurs
années sinon plusieurs décennies, en fonction
des moyens affectés. Il faudra par ailleurs que
ces mesures s'appliquent à tous les pays potentiellement
menacés, sans exception. A quoi bon arrêter
une centrale dans un pays donné si une centrale
bien plus dangereuse potentiellement demeure en activité
dans un pays voisin ?
Il faudra ensuite entretenir les centrales dont l'arrêt
progressif aura été décidé,
avant que cet arrêt puisse effectivement être
concrétisé avant notamment que
de nouvelles formes d'énergie aient pu prendre
le relais. Mais comment alors distinguer entre entretenir
une centrale en l'état et implémenter
progressivement des solutions qui la rendrait plus sûre
et donc plus acceptable ?
Dans les deux cas, tous les crédits affectés
à ces opérations, dont le chiffrage est
très difficile, seront prélevés
sur des dépenses que les gouvernements ou les
électorats jugeront prioritaires y compris
d'ailleurs sur les investissements destinés aux
énergies renouvelables. Dans ces conditions,
on peut craindre que les dépenses de sécurisation
soient limitées au maximum, ou étalées
dans le temps, quitte à espérer que les
catastrophes possibles ne se produiront pas...
.
Le choix de conserver le nucléaire
Un
tel choix est caricaturé par le terme de «tout
nucléaire». Le terme n'a pas lieu d'être.
Personne ne prétendra après Fukushima,
qu'il faudra ne conserver que le nucléaire comme
source d'énergie. Ceci même en France où
le nucléaire couvre environ 70% des besoins en
électricité. Pour les raisons de sécurité
qui viennent d'être évoquées, et
quel qu'en soit le coût, il est donc nécessaire
de programmer l'arrêt et le démantèlement
des centrales les plus vieillies ou situées sur
des sites reconnus comme à risques au regard
de normes de sécurité renforcées.
Ceci aux conditions de délais et de sécurisation
que nous avons évoquées dans le paragraphe
précédent. Faudrait-il renoncer pour autant
à construire de nouvelles générations
de centrales ? Les défenseurs de l'énergie
nucléaire feront valoir qu'une telle décision
représenterait un véritable crime contre
la science, privant les générations futures
de toutes compétences nucléaires, civiles
ou militaires,
Une solution de compromis pourrait consister, non à
remplacer toutes les centrales anciennes par des centrales
de nouvelle génération, mais à
mettre en place, pays par pays ayant fait le choix de
conserver une compétence nucléaire, une
ou deux centrales présentant le maximum de solutions
de sécurité. Est-ce le cas de la solution
EPR actuellement proposée par Aréva ?
Serait-ce le cas des solutions dites de 4e ou de 5e
génération discutées dans les cercles
techniques ? Ce n'est pas le lieu d'en traiter ici.
Mais il devrait certainement être possible de
s'accorder sur des solutions de ce type, à condition
qu'elles soient développées par des opérateurs
non-commerciaux (autrement dit des services publics
non astreints à rentabilité) et sous un
contrôle démocratique permanent. Ceci veut
dire aussi qu'il faudra parallèlement proscrire
chez soi comme chez les autres, par un accord international
en ce sens, l'appel à des solutions dites low-cost
dans lesquelles certains pays se sont déjà
engagés.
Corrélativement, les pays qui conserveront des
centrales nucléaires devront accélérer
la mise au point des énergies de fusion considérées
aujourd'hui comme ne présentant pas tous les
risques de la fission, fut-elle de 4e ou 5e génération.
Le seul chantier en cours actuellement se trouve en
France, à Cadarache, sous le nom d'Iter(13).
Nous en avons souvent débattu sur ce site. C'est
un honneur pour l'Europe de l'héberger, mais
le site géographique lui-même est-il le
mieux choisi ? On notera par ailleurs qu'en mettant
davantage de moyens dans la recherche consacrée
à la fusion nucléaire et à toutes
les technologies associées, notamment en ce qui
concerne les enceintes en métaux spéciaux
destinés à confiner les neutrons rapides
qui seront produits, les délais du demi-siècle
annoncés pour le réacteur de démonstration
Iter pourraient certainement être diminués.
Conclusion.
L'Europe doit mettre en place
une Communauté européenne de l'énergie
On
considère généralement que la construction
de l'Europe ne progresse jamais mieux que dans les crises.
L'Union européenne, dans son cadre juridique
et politique actuel, semble avoir atteint un palier
difficile à dépasser. Nous pensons que
l'accident de Fukushima au Japon, affectant l'énergie
nucléaire et sa gestion dans le monde entier,
ouvre une nouvelle période de crise dont le sujet
dépasse le seul nucléaire. Il s'agit de
l'énergie en général : quels sont
les besoins en énergie ? Peut-on les réduire
? A quelles sources fera-t-on appel pour les satisfaire
? Faudra-t-il laisser aux marchés ou confier
aux Etats la responsabilité des politiques industrielles
et économiques mises en oeuvre ?
Si
ces questions se posent sur l'ensemble de la planète
(notamment au Japon), elles intéressent aussi
particulièrement l'Europe, pauvre en réserves
de combustibles fossiles et dont la consommation énergétique
par habitant, sans atteindre celle des Etats-Unis, est
élevée. Si l'Europe veut diminuer sa dépendance
au charbon et au pétrole, si le recours à
l'énergie nucléaire n'est plus considéré
comme une solution généralisable, il lui
faudra développer les énergies renouvelables
et les économies d'énergie. Mais ceci
ne se fera pas sans d'importants investissements et
un véritable changement de société,
privilégiant la mutualisation et les échanges.
Les défenseurs du souverainisme en tireront argument
pour affirmer que ce changement de société
sera plus difficile dans un cadre fédéral
que dans le cadre des cultures nationales. Les militants
de la construction européenne, dont nous sommes,
démontreront au contraire que face aux politiques
énergétiques de puissance appliquées
par de grands Etats mondiaux, la politique énergétique
et plus généralement la transformation
de la société européenne en résultant
ne susciteront les efforts nécessaires que par
une mobilisation européenne d'ensemble, visant
une sorte de quasi économie de guerre.
Cependant, si la définition et l'application
de cette mobilisation étaient confiées
aux autorités européennes actuelles, dont
on constate tous les jours les limites face aux égoïsmes
nationaux et aux emprises des intérêts
économiques non-européens, on pourrait
craindre qu'il ne se passe rien. Certains ont proposé
de créer une Agence européenne de l'énergie,
qui disposerait par traité de fortes compétences
supranationales. Ce serait mieux que rien. Mais nous
pensons qu'il faudrait aller plus loin, en frappant
un grand coup susceptible de marquer les esprits de
chacun.
C'est pourquoi nous proposons ici de reprendre une idée
qui n'avait pas reçu beaucoup d'échos
mais qui nous paraît censée : instituer
une véritable Communauté
européenne de l'énergie sur
le modèle de l'ancienne Communauté européenne
du charbon et de l'acier(14)
grâce à laquelle la Communauté européenne
initiale avait pu expérimenter ses procédures
et sa démarche. Dans le champ de ses compétences,
cette Communauté européenne de l'énergie
serait dotée d'institutions volontairement parallèles
à celles de l'Union européenne, mais plus
efficaces, notamment en matière de représentativité,
de démocratie et de prise de décisions.
En
fait, il s'agirait, dans son domaine, de la création
d'une véritable Europe fédérale
de l'énergie. Elle disposerait ainsi de deux
assemblées, l'une représentant l'ensemble
de la population, l'autre les Etats et régions,
élues au suffrage universel. Le corps électoral
élirait également un Président
en charge d'un exécutif responsable soit devant
les assemblées, soit devant le corps électoral,
sur le mode du pouvoir présidentiel à
l'américaine. Les citoyens électeurs,
via notamment les partis politiques, seraient responsables
en dernier ressort des choix de société
impliqués. La nécessité de faire
appel des processus électoraux obligerait ainsi
par la force des choses à faire discuter très
largement les grands choix stratégiques. On ne
pourrait plus ainsi prétendre que ces choix seraient
faits au sein de cercles technocratiques.
Les pouvoirs de la Communauté seraient très
étendus, à la hauteur de l'ampleur des
questions posées aujourd'hui à l'Europe
par la question de l'énergie et de ses utilisations.
Leurs
contenus et leur exercice seraient, dans les limites
permises par la nécessaire efficacité
et continuité des prises de décisions,
soumises régulièrement, comme nous venons
de le voir, à l'approbation du corps électoral.
Les politiques retenues et leur mise en oeuvre effective
seraient également discutées en permanence
dans le cadre des réseaux sociaux et de l'Internet.
Les
compétences de la Communauté recouvriraient
d'abord l'ensemble des responsabilités de gestion
des sources de production et des réseaux de distribution
actuellement assurées par divers organismes publics
ou privés au sein de l'Union européenne,
en premier lieu les opérateurs et exploitants
électriciens et gaziers. Ceux-ci seraient re-nationalisés
à 100% et par ailleurs soumis à des contrôles
techniques et de gestion indépendants tant des
Etats que des intérêts industriels impliqués.
Ces contrôles seraient particulièrement
poussés en ce qui concerne les réacteurs
nucléaires gérés par ces organismes,
ou les opérations de démantèlement
décidées.
Nous avons vu dans la présente note que les solutions
énergétiques d'avenir, entraînant
de véritables changements de société,
y compris en terme de centralisation des décisions,
concerneront le développement des énergies
nouvelles et corrélativement, celui des économies
d'énergies. On pourrait penser qu'il serait alors
contradictoire d'en confier l'impulsion d'ensemble à
un organisme central, fut-il élu et fédéral.
Mais les politiques correspondantes exigeront la mobilisation
de beaucoup de crédits publics et d'épargnes
privées locales. Dans cet objectif, nous suggérerions
de reprendre et spécialiser le projet de fonds
européen d'investissement stratégique
présenté dans nos contributions précédentes.
Ces politiques demanderont aussi la mise en place de
régulations d'ordre public en matières
de tarification, de fiscalité, de protection
aux frontières, de normes techniques... Tout
ceci ne serait pas concevable en dehors d'une autorité
européenne unique, ayant à la fois compétence
technique, réglementaire et diplomatique.
En
ce qui concernera l'avenir, un très important
effort de recherche/développement impliquant
un grand nombre d'universités, d'organismes publics
(tel le CEA en France) et d'entreprises sera nécessaire.
Sa coordination devra être assurée au sein
de programmes européens spécifiques (beaucoup
plus exigeants que ceux relevant actuellement de la
recherche européenne financée par la Commission).
Des budgets publics communs considérables devront
y être affectés. Ce sera dans le cadre
de ces actions que devront être financés
et décidés les travaux intéressant
la fusion et le cas échéant, les 4e et
5 générations de centrales nucléaires
civiles - sans exclure la recherche sur des solutions
jusqu'à présent délaissées,
celle par exemple des réacteurs à fluorure
de thorium liquide(15).
Les compétences fédérales de la
future Communauté européenne de l'énergie
devraient aussi être étendues aux domaines
régaliens de la sécurité, de la
défense et de la négociation diplomatique
avec les puissances extra-européennes. Si les
organes de la future Communauté ne se substituaient
pas entièrement à ceux en charge de ces
questions dans les Etats-membres ou dans l'actuelle
Union européenne, ils devraient tout au moins
être étroitement coordonnées avec
ces derniers.
On
remarquera que nous n'abordons pas ici la question clé
de l'avenir du nucléaire en Europe, particulièrement
en France qui en a fait la source essentielle de production
de son énergie électrique. Dans l'esprit
de cette note, il s'agirait en effet de questions à
traiter dans la cadre des compétences de la Communauté
européenne de l'énergie proposée.
Notre avis personnel sur la question, en l'absence d'une
telle institution, n'aurait guère d'intérêt
ici. Nous y reviendrons ultérieurement dans un
autre cadre.
Ajoutons
que l'exemple donné par l'Europe, grâce
à la mise en place et au fonctionnement de la
Communauté européenne de l'énergie
proposée ici, pourrait provoquer une émulation
dans tous les grands pays soucieux eux-aussi de traiter
en priorité leur avenir énergétique.
Des consensus sur les grandes questions conditionnant
l'avenir de la planète et en tous cas celui de
l'humanité pourraient peut-être en découler.
***
Les
propositions ci-dessus seront certainement accueillies
avec le plus grand scepticisme. Comment, sur le plan
de la pratique institutionnelle et politique, la Communauté
de l'énergie envisagée ici, pourrait-elle
coexister avec l'Union européenne ? Les zones
de recouvrement de compétences, sinon de conflits,
seront en effet nombreuses. Pourra-t-on compter sur
le corps électoral pour les résoudre ?
Plus
généralement, comment le maquis inextricable
des intérêts nationalistes, corporatifs,
technologiques, économiques et oligarchiques
caractérisant le domaine de l'énergie
en Europe pourrait-il tolérer une réforme
constitutionnelle ayant pour premier objectif de diminuer
les pouvoirs en place ?
Observons seulement que si rien n'était fait,
nous pourrions dire adieu à l'avenir même
des sociétés européennes. On constatera
à nouveau qu'en toutes hypothèses,
l'énergie la plus sûre sera celle que l'on
économisera.
Notes
(1) Référence. Jean-Paul
Baquiast. «Le
paradoxe du Sapiens», Editions JP. Bayol,
2010
(2) Chronologiquement, c'est la fission
des atomes de métaux hyperlourds naturellement
instables tels que le radium et l'uranium qui a été
maîtrisée la première. La fusion
demandant beaucoup plus d'énergie extérieure
a été entreprise ensuite. Elle est loin
d'être encore maîtrisée, sauf dans
les coeurs de bombes nucléaires ou en laboratoire
dans de très petits volumes assurant le confinement
et la pression nécessaire.
(3) Laurence C. Smith, «The
World in 2050», Dutton, 2010.
(4) Dont Martin Rees (http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2003/avr/rees.html),
James Lovelock (http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2009/mar/lovelock.html
) et Jacques Blamont (http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2004/sep/blamont.html),
dont nous avions présenté les travaux.
(5) Interview de C. De Duve : http://www.newscientist.com/article/mg20928015.400-biology-nobelist-natural-selection-will-destroy-us.html
(6)Voir le livre d'Hervé Kempf,
«L'oligarchie c'est fini » qui résume
bien cette question déterminante des oligarchies
prenant en mains l'évolution de l'ensemble de
la planète (http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2011/mar/kempf.html)
(7)Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ressources_et_consommation_%C3%A9nerg%C3%A9tiques_mondiales.Voir
aussi l'OCDE : http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/433/_C9nergie_mondiale_.html
(8) L'Agence internationale des énergies
renouvelables (Irena, http://www.irena.org/)
a été créée au sein de l'Onu
en janvier 2009, sur une initiative allemande. Elle
compte quelque 75 membres. Elle vient de tenir sa première
assemblée générale les 4 et 5 avril
à Abou Dhabi. Lieu de nombreuses tensions, elle
a été en effet récupérée
par l'émirat pétrolier, avec l'appui des
Etats-Unis et de la France, ce qui compromet sa légitimité.
L'Allemagne y reste présente, par le Centre d'innovation
et de technologie implanté à Bonn.
(9) Voir notre article : Gaz
et huile de schiste, catastrophe environnementale annoncée
?
(10) On étudiera le scénario
présenté par l'association NegaWatt qui
insiste à juste titre non seulement sur l'appel
aux énergies renouvelables, mais aussi sur les
économies d'énergie, sous la double forme
de la sobriété énergétique
et de l'efficacité énergétique.
Mais telles qu'exposées par cette association,
ces différentes solutions ne semblent accessibles
dans l'immédiat qu'à des pays ayant déjà
une forte expérience industrielle et citoyenne,
au rang desquels en Europe l'Allemagne et les pays scandinaves.
NegaWatt http://www.negawatt.org/.
(11) Fait significatif, en avril
2011, fla Grande Bretagne vient de proposer à
la France d'étudier une mise en commun des forces
nucléaires stratégiques des deux pays.
Cela est présenté sous l'angle des économies
d'échelle. Mais on notera qu'aucun des deux pays
n'envisagerait pour cette raison de renoncer à
leur force de frappe.
(12) Signalons à cet
égard le calcul de Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/)
:
"Jai proposé
à la discussion la question suivante; Quelle
est la probabilité durant une année quelconque
quil y ait un accident nucléaire majeur,
connaissant la probabilité daccident majeur
par réacteur et le nombre de réacteurs
en service ?
Comme je nai plus fait de combinatoire depuis
longtemps, je demandais aux commentateurs de me corriger
si nécessaire. L'un d'eux massure que ma
formule est correcte, je la reproduis donc ici.
· R = risque daccident majeur durant une
année x
· p = probabilité daccident sur
une année pour un réacteur
· n = nombre de réacteurs
R(n) = 1 (1-p)^n
Disons que le risque pour un réacteur est dun
accident majeur tous les cinq mille ans. Sil ny
a quun réacteur au monde, le risque dun
accident majeur pour une année x est de 0,2 %o.
Si jai 443 réacteurs en service dans le
monde ce qui est apparemment le cas aujourdhui
quel est le risque dun accident majeur
sur une année, et par exemple, sur lannée
en cours ?
R(443) = 1 (0,9998)^443 = 8,48 %
On voit donc que même avec une probabilité
daccident qui paraît extrêmement faible
: un accident seulement tous les 5 000 ans pour un réacteur,
on débouche pourtant sur une probabilité
de 8,48 % daccidents majeurs par an si lon
a 443 réacteurs en service, cest-à-dire
un niveau très loin dêtre négligeable."
(13) Iter : http://www.iter.org
(14) CECA : http://fr.wikipedia.org/wiki/Communaut%C3%A9_europ%C3%A9enne_du_charbon
_et_de_l%27acier