Article.
A propos du salon Innorobo
Les robots envahissent sans bruit notre vie quotidienne
par René Trégouët, Sénateur
Honoraire, Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat
01/04/2011
NDLR.
Cet article a été précédemment
publié en éditorial dans la Newsletter
RTFlash n°591
http://www.rtflash.fr/robots-envahissent-sans-bruit-notre-vie-quotidienne/article
Nous remercions l'auteur de nous avoir autorisé
à le reproduire. Automates Intelligents.
Les
robots qui demain nous accompagneront partout ont été
présentés à Lyon à l'occasion
d'Innorobo, le
premier salon européen dédié à
la robotique de service. Robot laveur de vitres, robot
voiture, robot animal domestique, robot volant, robot
infirmière, robot démineur, mais aussi
robots "secouristes" au Japon : une centaine
d'automates, dont une trentaine inédits, ont
été présentés.
"Ces
robots vont révolutionner notre quotidien, ils
peupleront nos foyers, nos écoles et nos rues",
prédit Bruno Bonnell, président de Syrobo,
syndicat de la robotique de service qui organise l'événement.
"La révolution technologique de la robotique
de service est en train d'impacter profondément
le corps social", dit-il. Ce marché, encore
balbutiant, est appelé à croître
de façon exponentielle dans les années
à venir.
Le
marché est aujourd'hui dominé par la robotique
industrielle, qui pesait en 2009 plus de 18 milliards
de dollars, avec 100.000 robots déjà vendus
à l'industrie automobile, aéronautique,
manufacturière (etc...), avec 8,7 millions de
robots installés dans le monde selon l'International
Federation of Robotics (IFR). Mais d'ici 10 ans, c'est
bien le robot domestique qui devrait faire son entrée
massive dans les foyers. Ce marché très
prometteur est estimé à 3,3 milliards
de dollars en 2009, avec 8,7 millions de robots installés
dans le monde selon l'International Federation of Robotics
(IFR). Mais les professionnels veulent croire que ce
marché va exploser. Bruno Bonnell parle volontiers
de « nouvelle frontière » après
la révolution numérique. Toujours selon
l'IFR, ce marché des robots de services pourrait
ainsi être multiplié par trente à
plus de 85 milliards de dollars d'ici 2018... Il devrait
doubler dans les trois prochaines années pour
atteindre les 100 milliards de dollars à l'horizon
2020, selon les données de l'International Federation
of Robotic.
De
nombreux fabricants asiatiques, japonais et sud-coréens,
leaders sur ce marché, mais également
américains, ont fait le déplacement à
Lyon pour présenter leurs inventions et découvrir
celles de leurs concurrents. Parmi eux, Colin Angle,
président de l'américain I-Robot, numéro
un mondial du robot de service, présenté
comme le "Bill Gates" du secteur, en référence
au fondateur de Microsoft.
"L'Europe
devient un marché très important pour
les robots, a-t-il dit à Reuters. Aujourd'hui,
elle représente 30 % du marché mondial,
les USA 20 % et l'Asie 50 %, mais on va assister rapidement
à un rééquilibrage à trois
tiers." I-Robot présente l'une des stars
du salon, PackBot, robot actuellement utilisé
dans la centrale nucléaire japonaise de Fukushima-Daichi,
fortement endommagée par les séisme et
tsunami du 11 mars. "Il va placer les compteurs
Geiger dans la zone irradiée pour voir si on
peut y pénétrer", explique Colin
Angle.
Autre
robot à l'oeuvre au Japon : "Warrior",
qui actionne les pompes à incendie destinées
à refroidir le coeur de la centrale et à
remplir la piscine. I-Robot a envoyé quatre de
ces robots sur les lieux du sinistre. "Ces interventions
vont montrer au monde entier que les robots peuvent
désormais être très utiles dans
les catastrophes naturelles et les catastrophes industrielles",
souligne Colin Angle.
En
France, les robots domestiques commencent à pénétrer
les foyers, tels "Roomba", le robot aspirateur.
Vendu à 100.000 exemplaires en France en 2010
(contre un millier en 2006), son marché pourrait
doubler dans les deux ans. "Il représente
aujourd'hui 77 % du marché de la robotique de
service en France mais il ouvre la porte à beaucoup
d'autres", explique Bruno Bonnell, par ailleurs
P-DG de Robopolis, qui distribue le Roomba.
Le
"Karotz", développé par le français
Mindscape, est un lapin domestique intelligent, classé
dans les robots communicants. Il renseigne sur la météo,
donne des informations, lit les mails et les pages Facebook
et surveille même la maison, les devoirs des enfants
et le gâteau qui cuit au four grâce à
sa caméra.
Autre
innovation, les voitures-robots du français Cybergo,
qui devraient faire leur apparition dans quelques mois
dans des villes tests. Sans chauffeur, elles desservent
par exemple les zones piétonnes non autorisées
aux transports en commun classiques. Les tours de bureaux
de Roppongi Hills à Tokyo sont, depuis plusieurs
années, envahies la nuit par des équipes
de robots nettoyeurs. L'Europe n'en est pas encore là,
même si ce type d'appareil et de fonction se développe
en version domestique. Pour beaucoup, l'avenir de la
robotique sur le vieux continent passe d'abord et très
certainement par ces machines censées simplifier
la vie de tous les jours.
L'exemple
du robot aspirateur -petite machine qui se glisse sous
les meubles et travaille lorsque la maison est vide
avant de retourner à sa borne de recharge- est
l'exemple le plus parlant. Dans ce domaine, l'offre
devrait s'étoffer rapidement. Le coréen
Yujin, par exemple, a développé un produit
qui est vendu en Europe sous la marque Philips.
L'acceptation
d'un robot de ce type dans une maison est possible principalement
parce qu'il règle un problème de tous
les jours sans empiéter nullement sur la vie
de la famille. Les craintes d'une invasion progressive
par les robots ne sont donc pas relancées. Colin
Angle en est lui aussi convaincu. L'avenir des robots
de service passe par le nombre de problèmes qu'ils
vont progressivement résoudre.
Cette
première étape pourrait être suivie
par une autre, celle de la robotisation plus large d'objets
usuels. Une lampe peut interagir davantage avec son
environnement. « Non seulement elle peut proposer
un éclairage plus adapté, mais elle peut
aussi devenir une interface, explique Pierre Yves Oudeyer,
chercheur à l'INRIA Bordeaux et directeur de
l'équipe Flowers spécialisée en
robotique développementale et sociale. Rien n'empêche
cette lampe, estime-t-il, de composer un numéro
de téléphone ou d'observer autour d'elle
des enfants en train de jouer ».
Autre
exemple de tendance robotique : iRobot qui développe
des robots fort peu humanoïdes mais très
« utiles », comme Ava. Ava est une espèce
d'assistant domotique qui commande tous les terminaux
en réseau de la maison : des volets roulants
à la lumière, en passant par l'écran
de télévision-ordinateur et le four de
la cuisine. iRobot espère le commercialiser d'ici
trois ans. Cette voie du majordome-robot est également
explorée par la start-up française Gostai
qui a développé, avant iRobot, le robot
de télé-présence Jazz qui ressemble
un peu à Ava.
Mais
au-delà de la technologie, tous les cogniticiens
et psychologues associés à ces recherches
sont d'accord sur un point : comme le montre le succès
du système de jeu Kinect de Microsoft, pour conquérir
le grand public et entrer dans l'intimité de
nos foyers, les robots devront se faire transparents
mais, en même temps, nous comprendre et percevoir
nos mimiques et nos gestes et savoir deviner notre humeur
en fonction du ton de notre voix. En un mot, ils devront
être dotés d'une intelligence intuitive
et émotionnelle artificielle suffisamment convaincante
pour sembler être "humanisés",
donner l'illusion d'un lien affectif et devenir des
compagnons polyvalents irremplaçables, notamment
pour les personnes âgées qui vivent souvent
seules et ont parfois des difficultés à
accomplir les actes de la vie quotidienne.
Ces
robots devront non seulement être capables de
rendre en toute sécurité des services
variés et très concrets à leurs
utilisateurs mais ils devront également pouvoir
prendre des initiatives relationnelles et savoir à
quel moment ils doivent rassurer ou distraire leurs
maîtres humains. Je suis convaincu que, d'ici
à une génération, les robots seront
présents partout dans notre environnement, sous
une multitude de formes différentes, sans même
que nous nous en apercevions, et rendront notre vie
plus sûre et plus agréable en nous déchargeant
de nombreuses tâches. Quant au coût de ces
machines sophistiquées, il devrait être
largement compensé par les économies considérables
que permettront ces robots pour la collectivité,
notamment en matière de santé et de maintien
à domicile. Nous devrons cependant veiller à
ce que chacun puisse avoir accès, s'il en a besoin,
à ces nouveaux outils qui changeront profondément
notre vie.
Pour
en savoir plus
Innorobo http://www.innorobo.com/