Editorial.
Et si les Européens
prenaient eux aussi la route de Madison ?
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 11/03/2011
Les
Français, et plus généralement
les Européens, ont été tellement
déformés par la softwar provenant depuis
des décennies d'outre-atlantique qu'ils ne sont
plus habitués à inventer le monde à
leur propre initiative. Ils se bornent à copier
les Américains. Mais dans certains cas, si l'exemple
est bon, copier peut être utile. C'est ce que
devraient faire les foules européennes, qui ne
savent comment s'opposer aux monstres froids des marchés,
des gouvernements sous influence et des oligarchies
complices.
Dans
ce but, les Européens révoltés
par les abus du "système" devraient
étudier de près les résistances
populaires qui, à Madison (Wisconsin. USA) et
dorénavant bien d'autres Etats, n'hésitent
pas à s'opposer à des mesures qu'elles
jugent iniques, alors mêmes que ces mesures sont
parfaitement légales au regard de la constitution
et du droit public. Lesdites mesures - proposées
par des représentants républicains légitimement
élus et leurs homologues dans d'autres Etats
et au niveau fédéral - n'avaient pas jusqu'ici
soulevé d'oppositions, sinon verbales Mais au
Wisconsin, hasard de l'histoire, peut-être incident
déclencheur d'une future révolution, elles
ne plaisent pas aux citoyens.
Ceci parce que, alors que partout aux Etats-Unis et
dans le monde les banques et autres grandes entreprises
ont recommencé à s'enrichir, tout en ne
payant pas d'impôts et en délocalisant
les emplois, la nouvelle majorité associant l'essentiel
des Républicains et beaucoup d'élus du
Tea Party a décidé de tailler dans les
dépenses publiques, au détriment des aides
sociales, des effectifs de fonctionnaires et des investissements
productifs. De plus, pour faire passer ces mesures,
il est proposé d'interdire les syndicats du secteur
public et les négociations avec ces derniers.
Bref, il s'agit d'un véritable retour à
la situation d'avant 1929 et le New Deal de Roosevelt.
Trop c'est trop, ont dû penser les citoyens de
Madison, dont l'on peut difficilement supposer qu'ils
soient manipulés par des ennemis extérieurs
à l'Amérique. Tout au plus étaient-ils
un peu plus appauvris par la crise que ceux d'autres
Etats, ou un peu plus sensibilisés aux thèses
du non-violent et néanmoins radical Gene Sharp.
Quoi
qu'il en soit, depuis ce qui semble déjà
être des semaines, des foules nombreuses manifestent
à Madison, bloquent l'entrée du Sénat
local et reçoivent désormais le soutien
des policiers locaux, ceux-là même dont
on veut remettre en cause les effectifs, les salaires
et le droit syndical. On parle même de grève
générale. Exemple intéressant,
qui se reproduira peut-être ailleurs, mémétique
oblige(1).
Mais qu'en adviendra-t-il, diront les gens raisonnables
? Le Wisconsin n'est pas la Tunisie ou l'Egypte. Des
manifestants, même nombreux, ne vont pas réussir
à «ouster» (selon l'américanisme
to oust qui veut dire «dégage»)
les dirigeants en place. Et pour les remplacer par qui
? Et pour quoi faire à leur place ? Bref, tout
devrait rentrer dans l'ordre.
Mais
tout ne rentrera peut-être pas dans l'ordre. Quelque
chose de nouveau se produira peut-être. Dans le
Wisconsin ou ailleurs, y compris en Europe... une suite
d'événements aujourd'hui non imaginables,
capables de faire tomber le "système"
présenté comme incontournable par les
experts et ceux qui en profitent (TINA; there is
no alternative...).
Peut-être ? Pourquoi pas? Wait and see.
NB:
Philippe Grasset nous montre, dans
l'article référencé ici «This
is war» que la question préoccupe ou
intéresse, selon les bords, beaucoup de médias
américains. Peut-être l'auteur est-il un
peu optimiste en y voyant l'annonce de la chute du Système.
Mais Why not ?
*
Sur Gene Sharp, voir http://www.aeinstein.org/selfLiberation.html
(1)
A propos de mémétique, lire notre présentation
de l'ouvrage de Pascal Jouxtel : "Comment
les systèmes pondent" (Editions Le Pommier).