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février - mars 2011

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
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Note au lecteur
O
outre un choix de questions intéressant l'actualité des sciences, nous présentons dorénavant sur cette page, des ouvrages impliquant les différentes sciences qui sont observées sur ce site, y compris les sciences humaines et politiques. Automates Intelligents

Des nanoparticules pour simuler des vaccins
28/02/2011

On s'interroge souvent sur le rôle thérapeutique des nanoparticules, dont on dénonce souvent au contraire les effets toxiques. L'exemple d'un tel rôle thérapeutique vient d'être démontré, en réponse à une question jusqu'ici sans réponse: comment est acquise l'immunité post-vaccinale pouvant se prolonger pendant des décennies dans le cas de certaines maladies virales comme la variole ou la fièvre jaune? On est surpris de découvrir que les scientifiques n'en avaient pas encore une explication claire. Les vaccins utilisent des virus atténués qui stimulent la production d'anticorps. Mais pourquoi l'immunité demeure-t-elle si longtemps après la vaccination initiale, c'est-à-dire après la disparition du vaccin?

Des biologistes du centre de vaccination de l'Université d'Emory, Atlanta (Emory Vaccine Center http://www.vaccines.emory.edu/) ont réalisé des nanoparticules analogues en taille et en propriétés au virus de la fièvre jaune. Ces particules induisent une immunité à vie chez la souris. Elles sont faites de polymères biodégradabes et comportent des composants qui activent deux parties différentes du système immunitaire. Elles peuvent être utilisées de façon polyvalente, en face de divers virus ou bactéries.

Le vaccin contre la fièvre jaune a été développé dans les années 1930 par le prix Nobel Max Theiller. L'équipe de l'Université Emory avait il y a quelques années montré que ce vaccin stimulait des récepteurs nommés Toll-like Receptors ou TLRs (du nom de la protéine induite par le gène Toll chez la drosophile – voir article de Wikipedia référencé ci-dessous) dans le système immunitaire. Ces récepteurs se trouvent aussi bien chez les insectes que chez les mammifères et de nombreux autres animaux. Il s'agit de molécules exprimées par les cellules et qui sont sensibles à certains éléments structurés des virus, bactéries et parasites. Elles sont indispensables à l'activation du système immunitaire, après contact avec le virus.

Les TLRs seraient ainsi l'équivalent d'un sixième sens dont le corps serait doté. Ils disposeraient d'une sensibilité particulière à l'égard des virus et bactéries, dont ils détecteraient la présence afin d'informert le système immunitaire. Mais pour obtenir la meilleure réponse immunitaire possible, les stratégies vaccinales ont intérêt à activer plusieurs sortes de TLRs. Or les virus et les vaccins nécessaires ne sont pas toujours disponibles ou pas disponibles en quantité suffisante. L'objectif était donc de créer une particule synthétique qui puissent avoir la même propriété. C'est ce qui vient d'être fait.

L'équipe a réalisé une particule synthétique qui devrait pouvoir servir de plateforme pour construire des vaccins améliorés intéressant des infections existantes ou émergentes. Elle comporte un composant propre aux parois cellulaires des bactéries et un autre simulant les effets de l'ARN viral. Elle est par ailleurs biodégradable. Elle se comporte donc en activateur du vaccin plus efficace que l'alun jusqu'ici autorisé. Chez la souris, la particule stimule la production d'anticorps contre le virus de la grippe ou la bactérie de l'anthrax avec une efficacité plusieurs fois supérieure à celle du vaccin seul. Par ailleurs les cellules ainsi immunisées persistent dans les ganglions lymphatiques pendant au mois 18 mois, soit la durée de vie moyenne de la souris. Des résultats comparables seraient obtenus chez le singe.

Pour en savoir plus
Article de Nature: doi:10.1038/nature09737 S.P. Kasturi et al. Programming the magnitude and persistence of antibody responses with innateimmunity. Nature (2011).
Voir aussi:
Article de Eurekalert http://www.eurekalert.org/pub_releases/2011-02/eu-vnc022111.php
Sur les TLRs, article de Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Toll-like_receptor


Dernière mission de la navette Discovery
28/02/2011

La navette américaine Discovery (poids total 121 t) a réussi son dernier accostage avec la Station Internationale (IST) le 26 février. Ceci au terme d'une manoeuvre audacieuse, sinon risquée qui a communiqué à l'IST un fort roulis long à s'amortir. En livrant le module japonais HTV, elle a complété la gamme des contributions internationales à l'ensemble, qui comprennent donc les vaisseaux russes Progress et Soyouz, l'ATV européen (voir notre brève ci-dessous) et le robot canadien Dextre installé en 2008. L'ensemble pèse dorénavant 540 t. (une bagatelle en apesanteur)

La navette a par ailleurs livré un personnage très attendu, le Robonaut 2 ou R2, robot humanoïde réalisé par General Motors et la Nasa, qui deviendra un hôte permanent de l'IST.

Le programme des navettes se terminera en avril avec la dernière mission de Endeavour et en juin avec celle de Atlantis. Il s'écoulera ensuite un nombre d'années indéterminé avant que l'Amérique puisse disposer d'une liaison avec l'IST. Tout reposera dorénavant sur les Russes et le cas échéant aussi sur l'Esa si celle-ci décidait de transformer l'ATV en capsule habitable. Cette véritable « démission » de la Nasa en dit long sur le recul de l'influence des Etats-Unis dans les grands programmes spatiaux. Beaucoup la considèrent comme une véritable défaite de l'américanisme au regard de l'influence montante des pays émergents.

* Sur Robonaut2, voir http://robonaut.jsc.nasa.gov/default.asp


La téléconnection globale
27/02/2011

"Téléconnection globable" : nous pourrions traduire par ce terme le concept de Telecoupling présenté au symposium de l'American Association for the Advancement of Science du 18 février par le Pr Jack Liu, directeur du Human-Nature Lab/Center for Systems Integration and Sustainability de l'Université du Michigan Il ne s'agit pas de décrire des phénomènes devenus banaux comme la multiplication des liens par Internet ou les liaisons wi-fi à courte distance entre divers objets communiquants. Le concept est beaucoup plus ambitieux. Il veut rendre compte de la façon dont l'individu humain quelque peu branché se trouve impliqué du fait de la multiplication et de la diversification des processus coactivés d'échange, dans un grand nombre d 'évènements proches ou distants susceptibles de déterminer dans le détail ses comportements et ses pensées.

La téléconnection globale (« Telecoupling of Human and Natural Systems”) décrite lors du symposium s'établit dorénavant, selon les intervenants, entre les humains et les systèmes naturels, systèmes biologiques, géophysiques, climatiques. Il fait éclater les frontières et permet à la planète toute entière de s'inter-connecter à des échelles et selon des modes jusqu'ici impossibles. Les systèmes peuvent se trouver reliés, d'un bout du monde à l'autre, sans considérations de temps et de lieux. Ceci illustre bien le concept que nous avons nous-mêmes développé de « systèmes anthropotechniques ».

Ceci entraîne des conséquences en matière de protection de l'environnement et de la biodiversité. On pensait jusqu'alors que les liens entre causes et effets s'établissaient à une échelle locale, faute de vecteurs globaux de connexion. On découvre maintenant qu'il n'en est rien. Les facteurs locaux demeurent importants, mais ils ne sont plus prédominants.

On estimera sans doute que défini en ces termes généraux, le concept de Telecoupling ne paraît guère original. Tout en fait dépendra des domaines et des instruments qui seront choisis par les chercheurs pour mettre en valeur sa pertinence. De nouvelles dynamiques devront être identifiées et faire l'objet d'une information convenable afin qu'il en soit tenu compte par ceux qui cherchent à comprendre l'évolution globale.

* source http://news.msu.edu/story/8936/&topic_id=13



Piloter une voiture par la pensée
27/02/2011

Selon le New Scientist, des chercheurs de l'Université Libre de Berlin ont développé une automobile dont la vitesse et la direction seraient commandées directement par le cerveau du conducteur. La voiture, une Passat, est dotée de différents instruments de pilotage automatique, tels que différents types de radars et des caméras stéréoscopique. Elle peut d'elle-même, sans intervention du conducteur, détecter et éviter les obstacles dans un rayon de 200 m.

Le conducteur, équipé d'un casque approprié comportant 16 capteurs électroencéphalographiques, peut reprendre le contrôle de façon purement mentale, c'est-à-dire sans toucher au volant. Ces capteurs utiliseraient pour ce faire certains patterns d'ondes cérébrales émises par le cerveau du conducteur. Les chercheurs, semble-t-il, n'ont pas donné de précision sur la nature de ces patterns.

Le casque d'une valeur de 300 $ et son logiciel ont été réalisés par la société américaine Emotiv . Celle-ci se propose de commercialiser de tels dispositifs à bas prix pour de nombreuses applications ludiques ou thérapeutiques. Il est intéressant de noter que dans ces domaines, la technologie permet d'utiliser des mécanismes cérébraux encore mal connus. Ils ont été observés expérimentalement dans certaines conditions, mais leurs bases neurales précises restent encore à explorer.

Pour en savoir plus

Article de NS
http://www.newscientist.com/blogs/onepercent/2011/02/mind-control-puts-you-in-charg.html
Emotiv, Brain-computeur interfaces http://www.emotiv.com/


Le décrochage prévisible de la science américaine
27/02/2011

Caroline Wagner, chercheuse de la Penn State University (USA), a présenté le 18 février 2011 au congrès annuel de l' American Association for the Advancement of Science des conclusions pessimistes concernant le développement prévisible des sciences et des technologies aux Etats-Unis. Elle prévoit pour la prochaine décennie l'émergence d'un « Système scientifique global » dans lequel l'Amérique sera certes un des grands acteurs mais n'en sera plus le leader. Différents indices permettent d'étayer ce jugement, notamment le nombre des articles publiés par les chercheurs. Ce sera moins le nombre de ces derniers qui diminuera dans l'absolu, mais l'apparition de nombreux autres concurrents notamment en Chine et en Inde.

La Chine devrait ainsi publier en 2015, selon la tendance actuelle, plus d'articles que les Etats-Unis, et ceci dans tous les domaines de la science. Leur qualité qui laisserait encore à désirer devrait s'améliorer rapidement.

Caroline Wagner considère que les solutions actuellement envisagées par l'administration Obama pour remédier à cette perte relative de compétence, soit augmenter les crédits de recherche, ne suffiront pas. Il faudrait ouvrir davantage la recherche américaine en l'associant avec celle des autres parties du monde. Ceci voudrait dire faire du partage de compétence, c'est-à-dire encourager la constitution d'équipes communes avec des universités concurrentes. Le développement des échanges par Internet ne peut à cet égard remplacer les échanges physiques. Mais pour le moment, outre les coûts dus aux transports et à l'hébergement, différents obstacles s'y opposent, notamment les mesures de contrôle dites « anti-terroristes » imposées par la NSA.

Nous ajouterons pour notre part que vue la façon dont les services américains en charge de la guerre économique conçoivent les échanges internationaux entre chercheurs, on peut comprendre que les pays émergents soient peu tentés de collaborer avec les universités américaines. Notons par ailleurs que le rapport n'a pas mentionné la recherche européenne comme susceptible de représenter une quelconque menace pour la science américaine. Nous nous demandons bien pourquoi.

Référence http://www.eurekalert.org/pub_releases/2011-02/ps-uwn020311.php


Un robot Oiseau mouche
27/02/2011

Un petit robot aérien, imitant à s'y méprendre dans son vol (voir vidéo) un oiseau-mouche ou colibri vient d'être réalisé pour le compte de la Darpa par la société AeroVironment. Il a été baptisé “Nano Hummingbird” . Il est doté de deux ailes battantes à grande vitesse simulant celles d'un colibri, qui lui servent aussi bien pour la sustentation que pour le contrôle du vol. Il emporte avec lui sa propre source d'énergie et une vidéo caméra. Il est radio-contrôlé par un opérateur au sol et peut accomplir différentes figures parfaitement comparables à celles d'un véritable oiseau. Ceci le rend difficilement identifiable. L'envergure du robot est de 16 cm. Il pèse 20 g.

Dans un premier temps, ce seront des missions d'observations qui lui seront assignées, particulièrement à l'intérieur d'immeubles disposant d'ouvertures à travers lesquelles il pourra pénétrer et où l'opérateur humain se repérera grâce aux images obtenues par la caméra.

Le robot vient de passer avec succès tous les tests de réception imposés par la Darpa à l'entreprise. On pourrait se réjouir de cette réalisation, qui pourrait servir de plateforme pour développer de nombreuses applications pacifiques. Evidemment la Darpa lui assigne des finalités militaires, notamment localiser à terme avec précision un objectif à l'intérieur d'un immeuble, afin de guider un tir de missile entraînant le moins de dégâts collatéraux possibles.

* Voir
http://www.avinc.com/resources/press_release/aerovironment_develops_worlds_first_fully_operational_life-size_hummingbird


L'illusion de posséder trois bras
26/02/2011

Des neuro-scientifiques du Karolinska Institutet de Stockholm ont réalisé une illusion perceptive au terme de laquelle une main droite en caoutchouc, placée à côté de la vraie main droite d'un sujet, est ressentie par ce dernier comme un membre surnuméraire appartenant à son propre corps. Ceci pourrait conduire à développer des solutions non-invasives pour l'assistance aux paralysés.

La main artificielle doit être entièrement visible par le sujet et proche de la sienne. Dans ce cas, des attouchements sur la main artificielle sont transmises par la peau dans les mêmes conditions que des attouchements sur la vraie main. La main artificielle emprunterait certains des processus multisensoriels liés à la main réelle, en les dupliquant. D'où l'impression de posséder deux mains droites. Pour les scientifiques, ceci apporte la preuve de la grande malléabilité des représentations du corps que peut générer le cerveau, considérées jusqu'à présent au contraire comme extrêmement rigides.

Nous pensons que cette découverte mériterait de nombreux commentaires, vu son caractère quasi révolutionnaire. On peut s'étonner d'ailleurs qu'elle n'ait pas été faite plus tôt

* Ref.: Guterstam A, Petkova VI, Ehrsson HH (2011) The Illusion of Owning a Third Arm. PLoS ONE 6(2): e17208. doi:10.1371/journal.pone.0017208 (open access)
http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0017208


Marathon pour robots humanoïdes au Japon
26/02/2011

Le premier marathon pour robots s'est déroulé au Japon le 23/02 à Osaka. Le parcours était de 42 Km en 4 jours, la piste de 100 m étant abritée sous un hangar. Les compétiteurs étaient des robots bipèdes d'une quarantaine de cm. mus par des batteries rechargeables.

Ce marathon, le Robo Mara Full était organisé par la firme Vstone Co en coopération avec la ville d'Osaka. Nous n'avons pas de détails sur le degré d'autonomie des compétiteurs. Rappelons cependant que la marche bipède représente à elle-seule un challenge important pour un robot.

* Article de Physorg et video

 


Quartiers sécurisés ...pour classes moyennes
25/02/2011

François Madoré, Fanny Vuaillat, Gérard Billard, Jacques Chevalier sont les auteurs du livre Quartiers sécurisés, un nouveau défi pour la ville? publié par les Editions Les Carnets de l'info.

Il s'agit d'un phénomène qui se répand partout en Europe, et notamment en France. Il ne concerne pas les résidences individuelles, que les propriétaires européens, contrairement à la mode traditionnelle des quartiers ouverts des villes américaines, ont toujours voulu closes. Il concerne les ensembles résidentiels, qu'il s'agisse des résidences principales ou des résidences secondaires. Dorénavant, portails électroniques, codes et interphones sont devenu la règle. Dans les ensembles fermés, ce sont des espaces entiers qui sont ainsi retirés à la libre circulation. Contrairement aux villes sécurisées (compounds) qui sont proposés aux plus riches dans les deux Amériques, il s'agit d'un phénomène qui concerne principalement les classes moyennes y compris celles disposant de revenus modestes, dès que les bénéficiaires ont la possibilité d'accéder à la propriété. Interrogés sur les inconvénients de telles fermetures, les édiles ont une réponse simple: "ce qui est public est public, ce qui est privé est privé".

Il serait facile de jeter l'opprobre sur les concepteurs et utilisateurs de ces quartiers sécurisés. Ils répondront à juste titre qu'ils veulent se démarquer du modèle opposé, celui des grands ensembles locatifs habités par des personnes incapables de payer leurs charges et qui sont envahis par des bandes plus ou moins irresponsables, générant une dégradation rapide des locaux et des modes de vie. A supposer que des efforts plus grands soient faits pour pallier la crise du logement, on peut penser que les nouveaux ensembles qui seront construits le seront aussi sur le mode de la fermeture. Les nouveaux occupants eux-mêmes le demanderont car ils s'en trouveront valorisés.

Le livre interroge un certain nombre des responsables en cause, promoteurs, élus ou techniciens en charge de l’urbanisme ou de l’habitat. Il se tourne aussi vers les résidents et les gardiens. Cependant la voix non seulement des exclus mais de ceux qui proposeraient des solutions différentes n'est sans doute pas assez entendue. Par ailleurs, les nombreuses études qui seraient nécessaires pour éclairer l'avenir et les conséquences du phénomène, sont à peine esquissées. On peut prévoir en effet que les développements de la crise économique et environnementale à laquelle l'Europe n'échappera pas, l'augmentation du chômage et de l'émigration, exigeront des remèdes plus sérieux que celui consistant à mettre en place des barrières électroniques ou à déplorer leur généralisation.

* http://www.lescarnetsdelinfo.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=83


Dangers de la Télévision
23/02/2011

Michel Desmurget, neurophysiologiste, docteur en neurosciences, est l'auteur de « TV lobotomie : la vérité scientifique sur les effets de la télévision » (Editions Max Milo)

Il s'agit d'un ouvrage scientifique commentant et actualisant les milliers d'articles publiés sur le thème des dangers de la télévision. Les dégâts commis affectent les adultes mais aussi et surtout les adolescents et les enfants. L'auteur met en cause non seulement certains contenus particulièrement dangereux mais l'usage du média lui-même, bien plus nocif à tous égards que la radio ou même Internet trop souvent dénoncé. Malgré ces signaux d'alarme, l'emprise de la télévision sur nos sociétés ne cesse d'augmenter.

A travers elle, c'est l'emprise de ce que appelons par ailleurs les oligarchies politiques, économiques et culturelles qui s'étend irrésistiblement. On pourrait concevoir une télévision sinon totalement neutre au regard de ces pouvoirs oligarchiques, du moins beaucoup moins envahissante et plus contrastée, mais ce serait rêver semble-t-il d'une démocratie quotidienne assurant un équilibre des pouvoirs qui semble relever de l'utopie.

Les scientifiques peuvent trouver dans un ouvrage comme celui de Michel Desmurget l'illustration de notre thèse décrivant le caractère quasi incontrôlable ou obligé du développement de ce que nous avons nommé des systèmes anthropotechniques. La voix des scientifiques face à de telles machines n'a pratiquement aucun poids.

* Interview http://www.dailymotion.com/video/xgvcr5_michel-desmurget_news


Le "Mal" est-il latent chez chacun de nous?
23/02/2011

Charlotte Lacoste, agrégée de lettres, enseignante en littérature française contemporaine à l'université de Nancy, est l'auteur de "Séductions du bourreau : négation des victimes" PUF, 2010

Cet ouvrage s'élève avec force contre la thèse désormais très répandue selon laquelle nous pourrions tous être des bourreaux sur le mode des assassins sadiques peuplant les faits divers ou à l'exemple des tortionnaires institutionnels agissant au nom d'une raison d'Etat détournée. L'auteur s'en prend notamment au livre de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, prix Goncourt 2006 qui avait obtenu un très grand succès en décrivant la façon dont un homme cultivé fictif avait participé activement aux massacres nazis pendant la seconde guerre mondiale.

Pour elle, il n'existe pas un fonds sadique présent dans chaque humain, qui ne demanderait qu'à s'exprimer pourvu que les circonstances s'y prêtent et que notamment se lèvent les interdits péniblement mis en place par la culture des droits de l'homme. Tout travail littéraire ou scientifique qui absout le bourreau de sa responsabilité est donc selon elle dangereux.

La question de l'innéité de ce que l'on nomme d'une façon très générale le Mal et de son corollaire, le comportement altruiste, est devenu quasiment un lieu commun des sciences humaines et cognitives. Il faut y ajouter les nombreuses études portant sur l'animal, notamment celles de Franz de Waal concernant la « morale » chez les primates. Il semble bien, en résumant beaucoup, que la thèse selon laquelle les humains pourraient verser aussi bien dans la violence sadique que dans le comportement bienveillant à l'égard d'autrui, en fonction de diverses motivations liées à l'environnement culturel, paraît très raisonnable.

Croire que l'homme est « naturellement bon » ne semble pas reposer sur une base sérieuse. On a pu montrer que l'altruisme est très sélectif et qu'il n'est en rien liée à une hypothétique nature humaine dont chacun hériterait à la naissance. Combattre les tendances au mal présentes chez chacun d'entre nous est indispensable pour diverses raisons, notamment le maintien de la cohésion sociale. Il s'agit donc d'un objectif tout à ait justifié mais qui ne s'accommode pas de l'angélisme. Le postulat de base de Charlotte Lacoste parait relever de cette illusion.

Nous la rejoindrons cependant lorsqu'elle affirme qu'il ne faut pas rendre, si l'on peut dire, les bourreaux sympathiques en en dressant des portraits flatteurs inspirés principalement par des approches esthétiques sans bases anthropologiques solides. Charlotte Lacoste a donc raison de dénoncer, au moins au regard d'une nécessaire thérapeutique sociale, des oeuvres comme "Les Bienveillantes" (ou les innombrables Vies romancées de grands criminels) qui, mémétique oblige, poussent à la reproduction des comportements décrits. On ne demandera sans doute pas la censure de tels ouvrages. Il n'est pas inutile cependant d'éviter de les porter aux nues. Il faudrait faire pls, les accompagner d'une approche critique indispensable.


Lancement réussi de l'ATV "Johannes Kepler"

Le second véhicule de transfert automatique européen ATV a été propulsé le 17 février à destination de la Station spatiale internationale (ISS).

D'une masse totale de 20,1 tonnes, l'ATV 2 est la plus lourde charge utile jamais emportée en orbite par le lanceur Ariane. Ce lancement de ' Johannes Kepler ' constitue le 200ème lancement d'une Ariane, dont la maîtrise d'oeuvre est assurée par Astrium.

Rappelons que sa mission est d'acheminer plus de 7,1 tonnes de fret vers l'ISS, dont 850 kg de carburant destinés à la station spatiale, 100 kg de gaz et plus de 1,6 tonne de charge sèche.

L'ATV 2 ' Johannes Kepler ' fournira notamment des vivres et des vêtements pour les astronautes, ainsi que divers équipements pour la maintenance et les opérations de l'ISS.

Note au 24/02. Comme prévu, l'ATV s'est amarré ce jour à la plateforme spatiale au terme d'un parcours purement automatique. Il s'agit d'un 2e succès de l'industrie spatiale européenne. On ne peut que regretter le fait que des missions encore plus ambitieuses ne lui soient pas assignées.


Visualiser l'activité du cerveau au repos
Ce texte est une adaptation de l'article cité ci-dessous en référence.
16/02/2011


L'Imagerie fonctionnelle par résonance magnétique (IRMf) a montré que lorsque le cerveau semble au repos, comme dans la rêverie, il est au contraire particulièrement actif. Le réseau neuronal correspondant a été nommé DMM ou default-mode network. Ce réseau fonctionne « par défaut », c'est-à-dire lorsque le cerveau n'est pas occupé par des tâches précises. Il prend alors le relais.

Etudier cette fonction jusqu'alors ignorée permettra de mieux comprendre, non seulement le rôle et les modalités du travail du cerveau apparemment au repos, mais des pathologies diverses liées au déficit d'attention, à la dépression et même à la schizophrénie. C'est le neuropsychiatre Marcus Raichle de la Washington University à St. Louis qui a identifié le DMN, contredisant l'opinion répandue selon lequel le cerveau ne s'activait qu'à l'occasion des stimuli externes.

On connait mal le rôle fonctionnel exact du DMN, s'il existe vraiment, et la façon dont il traduit le passage permanent du cerveau de l'activité à la réactivité. Focaliser l'attention sur une tâche semble déconnecter le DMN mais il peut en résulter des pertes de performance par ailleurs. Il semble évident que dans le rêgne animal la capacité d'optimiser à tous moments la répartition des capacités cérébrales entre les exigences internes et externes constitue une fonction d'intérêt vital.

Aujourd'hui cependant les limites dans la capacité de résolution spatiale de l'IRMf empêchent d'observer les relations entre le DMN supposé et le reste du cerveau. Il faut faire appel à d'autres méthodes, permettant d'observer de plus petits cerveaux. C'est le but de l'optophysiologie permettant de mettre en évidence les réponses de neurones individuels ayant été modifiés génétiquement afin de comporter des teintures fluorescentes. Des expérimentations dans ce domaine ont été conduites depuis une vingtaine d'année chez la drosophile ou même la souris. Jusqu'à présent cette technique a été utilisée pour obtenir des images en 3 dimensions, les deux dimensions du plan et le temps. Mais pour simuler l'IRMf, cette technique doit être étendue de l'observation de quelques circuits à celle du cerveau entier. On obtiendra alors des images en relief (3 dimensions d'espace et 1 dimension de temps).

Il n'existe pas cependant à ce jour de microscope permettant d'analyser de façon efficace le fonctionnement d'un cerveau de mouche, afin d'y oberver le passage d'états d'attention à d'états de repos attribuables au DMN. Le chercheur allemand Björn Brembs de l'Université libre de Berlin a proposé de s'appuyer sur la cartographie déjà réalisée de 16.000 des 100.000 neurones du cerveau de la Drosophile. Pour cela il a demandé un financement au Conseil Européen de la Recherche afin de réaliser le microscope en optophysiologie 4D permettant d'observer le fonctionnement de la mouche tant au repos que soumise à des stimuli divers. Il faudra faire une petite ouverture dans la tète de l'insecte convenablement immobilisé afin que le microscope puisse observer la façon dont réagit son cerveau. Björn Brembs espère ainsi faire apparaître la DMN dont l'importance n'est plus discutée.

Il restera, si ces recherches aboutissent, à en étendre les conclusions à des cerveaux plus importants. Comme quoi les progrès des neurosciences observationnelles ne cessent de s'étendre. Certains s'en réjouiront, d'autres s'en inquiéteront.

Références
Article de Björn Brembs dans The Scientist http://www.the-scientist.com/article/display/57937/
Son blog http://bjoern.brembs.net/news.php

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