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Sciences,
technologies et politiques.
Peut-on échapper aux
contrôles qu'exercent les Pouvoirs (corporatocraties)
sur Internet ?
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 13/01/2011
Peut-on
échapper aux contrôles qu'excercent les
Pouvoirs sur internet ? : c'est la question que pose
Douglas Rushkoff dans son article "The
Next Net" paru le 03/01/2011 sur le site
Shareable: Civicsystem.
L'article de ce militant américain des droits
civiques [quelque peu ancien hacker] a recueilli plusieurs
centaines de réactions à ce jour, tantôt
très enthousiastes, tantôt quelque peu
sceptiques. Il évoque Internet mais pourrait
tout autant mentionner la téléphonie
mobile.
Face
aux tyrannies politiques comme aux formes plus douces
de mise en condition des esprits, nombre de militants
comptent aujourd'hui sur ces technologies pour échapper
au moins momentanément aux contrôles
policiers, dans une sorte de jeu du chat et de la
souris. C'est le cas en Chine, en Iran et plus récemment
en Tunisie.
Dans
les démocraties occidentales, certains défenseurs
de la liberté d'expression et surtout de la
liberté d'accès aux sources ont récemment
applaudi aux efforts relativement réussis de
Julian Assange et de divers WikiLeaks pour faire éclater
les barrières des censures officielles. On
a vu fleurir partout des articles célébrant
la nouvelle citoyenneté militante susceptible
de s'établir, à l'échelle mondiale,
grâce à Internet et aux efforts de ceux
qui l'utilisent pour diffuser autre chose que de la
propagande officielle ou de la communication commerciale.
Pour
ce qui nous concerne, ayant observé depuis
longtemps la capacité des Etats, de leurs polices
et agences de renseignement à infiltrer et
détourner les réseaux protestataires,
nous nous faisons moins d'illusions. Nous y avons
consacré précédemment plusieurs
articles. Si par exemple les gouvernements chinois
et tunisien laissent pour le moment s'exprimer une
certaine liberté sur le net et la téléphonie
mobile, c'est parce qu'ils y ont encore un intérêt.
Il serait relativement facile de tout couper.
Non
moins grande est la capacité des puissances
économiques (puissances d'argent) à
utiliser les réseaux numériques au service
de leur volonté de conditionner à leur
profit les opinions publiques, celles des consommateurs,
des épargnants ou des responsables politiques
de tous niveaux. C'est à qui lavera plus blanc,
ou plus vert, que les autres. L'Internet à
cet égard en est devenu quasi insupportable.
Il y a les écrans et placards publicitaires,
l'omniprésence des Google et confrères,
mais il y a aussi les contenus «télécommandés»
dont nul ne peut savoir si les auteurs sont libres
ou payés pour publier ce qu'il publient.
On
dira qu'il faut raison garder. Pour la plupart des
usagers des médias et réseaux modernes,
tout est certes possible, la naïveté serait
coupable, mais cette conviction ne devrait pas être
une raison soit pour ne pas utiliser l'Internet en
vue de s'exprimer et agir, soit pire encore pour ne
pas prendre connaissance de ce qui s'y publie, c'est-à-dire
pour se fermer sur le monde, fut-il empli d'ordures.
Nous
savons tous depuis les origines, par exemple, qu'Internet
est abondamment espionné par les Etats-Unis,
la CIA, le réseau Echelon... mais aussi par
les grandes oreilles de nombreux autres Etats. Serait-ce
une raison pour ne pas s'en servir, quitte à
prendre quelques précautions ce que
beaucoup de naïfs ne font d'ailleurs pas dans
l'ivresse de voir leur image et leurs faits et gestes
diffusés «au monde entier» par
les réseaux dits sociaux ?
Mais
l'article de Douglas Rushkoff va plus loin dans la
défiance et le rejet. Il propose résolument
de faire appel à des solutions de type peer-to-peer
qui permettraient de relier des ordinateurs sans
passer par les noms de domaines, adresses IP, serveurs
et réseaux commerciaux. Plutôt qu'engager
un combat perdu d'avance pour rendre Internet aussi
friendly que certains de ses promoteurs le
rêvaient dans les années 80, il vaut
mieux selon lui conspirer entre militants à
construire une réelle communauté interconnectée
et décentralisée disposant de ses normes
et solutions propres.
Why
not ? L'ennui est que les solutions qu'il évoque
d'un mot semblent bien techniques pour pouvoir être
envisagées par des utilisateurs ne disposant
pas de l'expertise confirmée des hackers. De
plus, à nouveau, il serait niais de croire
qu'elles ne pourraient pas être pénétrées
par des sbires et faux-nez divers qui les rendraient
vite toxiques.
Il
ne nous appartient pas cependant ici de prétendre
trancher d'une phrase le vaste problème que
soulève Douglas Rushkoff.
D'une part l'enjeu intéresse désormais
plus d'un milliard de persones qui y apporteront leurs
questions et leurs solutions. Homo sapiens cyberneticus
nous sommes, et resteront.
D'autre part les technologies du virtuel évoluant
sans cesse, pour le meilleur (en termes de valeurs
démocratiques ou intellectuelles) comme pour
le pire, aucune porte, et ce sera une bonne chose,
ne pourra jamais être vraiment fermée.
Consulter
l'article "The Next Net" :
http://www.shareable.net/blog/the-next-net
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