Editorial
spécial. A nos collègues
et amis tunisiens
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 14/01/2011
Nous
comptons sur notre site beaucoup de lecteurs attentifs
parmi les universitaires et étudiants tunisiens.
Nous le savons par les statistiques de trafic et par
les messages que beaucoup nous ont adressés depuis
la création de notre revue. Nous ne voudrions
pas laisser passer la journée historique de ce
14 janvier sans leur dire l'attention avec laquelle
nous avons suivi la lutte combien courageuse ayant amené
le changement de régime en cours. Que les morts
et les blessés soient salués.
Pendant
plusieurs années, nous avons reçu des
messages personnels en soutien de points de vue que
nous prenions concernant la philosophie des sciences
et la vie politique. Puis ils se sont raréfiés,
leurs auteurs faisant part de la surveillance policière
qu'ils s'attiraient en communiquant ainsi. Il était
difficile au début de les croire, quand nous
ne connaissions de la Tunisie que le visage aimable
et l'accueil ouvert de ses citoyennes et citoyens. Puis
il a fallu se rendre à l'évidence.
C'est
dire avec quelle émotion mêlée d'espoir
nous avons vu la jeunesse tunisienne manifester dans
les rues avec calme et détermination contre le
régime dictatorial qui s'était mis en
place. Un peu auparavant, des mouvements de jeunes s'étaient
produits dans divers pays de l'Union européenne.
Nous les avions approuvés. Ils ne s'en prenaient
pas à des régimes autoritaires au sens
propre, mais à l'inégalité dans
le partage des richesses, à l'arrogance des puissants,
au chômage et à l'absence de perspectives.
Dans une vue un peu systémique de la politique,
on pouvait voir là un début, chaotique
au sens mathématique du terme, d'un changement
de société bien nécessaire. Mais
rien en Europe n'en est encore sorti.
Aussi
peut-on espérer que le succès obtenu ce soir
par les manifestants tunisiens sera un encouragement pour
tous ceux qui ne renoncent pas à lutter contre l'aliénation
par l'argent et le pouvoir. Cependant nos amis tunisiens auront
une grande responsabilité dans les jours prochains
: montrer que les valeurs qu'apparemment nous partageons -
démocratie, égalité entre les femmes
et les hommes, tolérance... et ajoutons le ici, croyance
dans les vertus de la recherche scientifique désintéressée
-, peuvent conduire à la mise en place d'une société
équilibrée et ouverte.
Une telle
société, si elle s'établissait dans un
pays fut-il petit comme la Tunisie, donnerait un exemple extraordinaire
au reste du monde. Dans les jours qui viennent, nous allons,
comme beaucoup de Français et d'Européens, observer
attentivement et avec le plus grand espoir ce que vous saurez
faire de votre révolution de ce soir.