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Editorial 2. La Convergence
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 14/01/2011

Il est devenu de bon ton aujourd'hui d'affirmer que la domination américaine (full spectrum dominance) est en train de s'effondrer, sous le poids de ce que certains nomment "l'ivresse technologique". Il vaudrait mieux dans ce cas parler du poids excessif pris dans le système des pouvoirs par le lobby militaro-industriel. Le Pentagone et les industries de l'armement laissent croire que seules les équipements militaires toujours renouvelés peuvent permettre de gagner les combats diplomatiques. On en conclurait à l'inutilité de recherches plus fondamentales, non rentables immédiatement, que ce soit en termes financiers ou stratégiques.

Ce sont cependant de telles recherches, menées en grande partie dans des laboratoires universitaires ne faisant pas directement appel aux fonds d'investissement spéculatifs, qui ont de tous temps soutenus la puissance américaine. Elles ont aussi entretenues dans le monde entier le prestige de la science et de la technologie du pays, provoquant à son profit un brain drain dont pour sa part l'Europe continue à souffrir.

Or les grandes institutions scientifico-politiques américaines ont bien compris que les différents lobbies militaro-industriel, financier, pétrolier et autres n'apporteraient pas à eux seuls la matière grise qui permettra aux Etats-Unis de résister à la concurrence intellectuelle des grands pays émergents. L'élite des universitaires de la science américaine vient de décider de réagir, au moment où les promesses de Barack Obama lors de son élection – soutenir la science fondamentale – semblent en voie d'être oubliées. Ceci notamment dans le domaine de la santé, dont on sait qu'aux Etats-Unis aujourd'hui elle est la grande victime de la crise.

Un Livre Blanc

Livre Blanc sur la ConvergencdeUn Livre Blanc (White paper) vient d'être publié, dont l'objet est de promouvoir la convergence (confondue souvent à tort en France avec l'interdisciplinarité) dans le domaine des sciences, de la vie, des sciences physiques et des sciences de l'ingénierie. Le but est d'obtenir des progrès décisifs en rapprochant des disciplines et recherches qui restant isolées n'atteindrait pas le seuil d'efficacité théoriquement disponible. La lecture de ce document devrait intéresser tous ceux qui s'intéressent aux perspectives d'avenir de la science – de ce que l'on pourrait nommer l'"hyper-science".

Selon Phillip Sharp, l'un des auteurs ce Livre Blanc, Prix Nobel et professeur au MIT, il ne s'agit pas de seulement rapprocher des équipes de recherche : il s'agit d'aller plus loin en intégrant des technologies, processus et outils jusqu'à présent considérés comme distincts. Selon lui, seule cette démarche, malgré ses difficultés, fera apparaître de nouvelles perspectives de progrès, tant au niveau des connaissances que des technologies. Les auteurs du rapport voudraient en particulier mobiliser les ressources en faveur d'une troisième révolution dans la biomédecine, qui s'ajouterait à celle de la biologie moléculaire et du séquençage du génome humain.

Les bénéfices de quelques investissements s'inspirant du principe de Convergence dans le domaine de la biomédecine, sans comparaison avec ceux que mobilisent les lobbies industriels cités plus haut, devraient en effet pouvoir produire des résultats immédiatement sensibles. Ce serait le cas en termes de traitement des grandes pathologies, liées notamment à la pauvreté, à l'inégalité sociale et à l'âge.

Mais les retombées pourraient être beaucoup plus larges. Les auteurs citent la bio-ingénierie, la biologie computationnelle, la biologie synthétique et l'ingénierie tissulaire. Ils mentionnent aussi le rôle important joué désormais par les modèles biologiques, auto-organisateurs et auto-réparateurs dans un certain nombre de sciences physiques et de technologies, dont l'intelligence artificielle et la robotique. Ils attendent beaucoup aussi d'études plus approfondies sur les nanoparticules.

Pour passer des intentions aux réalités, les changements profonds doivent se faire non seulement dans les esprits mais aussi dans les organisations et les modalités de financement. Les auteurs du rapport plaident pour la mise en place d'un «écosystème de la convergence» décrit aussi par certains économistes comme un «capitalisme cognitif» : faire notamment en sorte que toute nouvelle avancée, grâce à une organisation en réseau, puisse irriguer quasi-systématiquement les domaines susceptible d'en tirer profit, sans qu'il soit nécessaire de multiplier les efforts de conviction face aux résistances des intérêts en place.

Des questions à débattre

Les scientifiques et les Pouvoirs publics, en France comme en Europe, devraient s'inspirer des constatations et propositions de ce rapport pour réformer les modalités de l'innovation dans les sciences de la vie, entendues au sans large. Mais on peut craindre que les résistances soient ici encore plus nombreuses et insurmontables, sur le court terme, qu'elles ne le sont aux Etats-Unis.

Il faudra compter aussi sur des objections fondées. Il est probable que, même aux Etats-Unis, le rôle du ministère de la Défense et de son agence de recherche la Darpa dans tout ce qui concerne les sciences de la vie et la biomédecine inquiètera de plus en plus certains chercheurs «libéraux», confrontés à ce que certains n'hésitent pas à nommer le biopouvoir.

Il en sera de même en Europe. De véritables débats citoyens devraient pouvoir s'engager sur ces questions. Le voeu paraît malheureusement aussi utopique que celui de voir augmenter les crédits publics consacrés aux recherches mentionnées dans le rapport.

Références
Présentation :http://web.mit.edu/newsoffice/2011/convergence-0104.html
Rapport : http://web.mit.edu/dc/Policy/MIT White Paper on Convergence.pdf

Sur l'avenir des nanosciences, voir un séminaire récent de la Kavli Foundation.
Nous y reviendrons :
http://www.kavlifoundation.org/science-spotlights/caltech/kavli-futures-symp-nanoscience