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Article
Introduction à la lecture de l'ouvrage d'Alain
Cardon
«Un modèle constructible de système
psychique»
Ouvrage
téléchargeable
ici au format pdf.,
Attention
: ouvrage sous licence Creative Commons
[obligation de citer le nom de l'auteur, utilisation
commerciale interdite, modifications interdites].
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Les
«processus coactivés» et la nouvelle
maîtrise du monde
Par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 23/01/2011
La
planète semble être entrée depuis
quelques siècles dans une nouvelle ère
(aire) géologique marquée par l'empreinte
omniprésente des humains sur les phénomènes
naturels. Ce serait l'anthropocène. Pour notre
part, nous avons suggéré(1) qu'il
valait mieux employer ici le terme d'anthropotechnocène,
tout au moins pour désigner l'évolution
de la Terre depuis quelques décennies.
Par ce terme, nous postulons que cette évolution
est de plus en plus déterminée par un
développement exponentiel des technologies
associées aux humains dans ce que nous avons
nommé les "systèmes anthropotechniques".
Nous proposons ici d'apprécier la pertinence
de cette hypothèse en introduisant le concept
de «processus coactivés». Il illustre
la prise de pouvoir de plus en plus marquée
des technologies en réseau sur l'humain.
Comment
définir les «processus coactivés»
?
Ce concept décrit la façon dont, dans
un domaine donné, des systèmes informatiques
et robotiques en réseau, que nous nommerons
des agents, échangent en permanence les informations
résultant de leur activité. Il résulte
de ces échanges que l'action de chacun de ces
agents peut s'enrichir et évoluer en fonction
de l'action des autres. Il faut alors noter que e
déploiement d'un grand nombre de processus
coactivés dans un nombre croissant de domaines
et de champs d'activité fait apparaître
un système global de coactivations réciproques
intégrant les communications informationnelles
et les actions physiques de l'ensemble des agents.
Ce
système devient un système-méta
(une sorte de superorganisme). Dans un premier temps,
il acquiert la capacité de prendre des décisions
locales de façon autonome puis, très
vite, celle d'opérer pour son propre compte.
Il se dote en effet dans le cours de sa croissance
de l'équivalent de "pulsions fondamentales"
qui se transforment en intentions dictant elles-mêmes
des comportements globaux. La sélection darwinienne
opère à tous niveaux dans ce milieu
très comparable au milieu biologique pour ne
conserver que les acquis bénéficiant
à la compétitivité du système-méta
confronté à d'autres systèmes
semblables ou différents.
On
verra ainsi «émerger» ou s'auto-construire
au sein du système-méta une couche haute
dotée de l'aptitude à agir intentionnellement
sur toutes les informations produites par les agents
et par conséquent sur toutes les actions de
ceux-ci. Cette couche fera l'acquisition de ce que
l'on pourra nommer - en utilisant les termes de la
psychologie classique - une capacité à
penser, c'est-à-dire à utiliser les
résultats de ses observations pour la planification
de ses diverses actions. Il s'agira donc d'un système
devenant spontanément auto-adaptatif et auto-évolutif.
A partir d'un certain niveau de complexité,
il sera difficile en théorie de distinguer
de tels systèmes des systèmes vivants,
y compris de ceux se définissant eux-mêmes
comme «humains» c'est-à-dire dotés
de capacités dépassant celles des animaux
et des ordinateurs. En pratique cependant, ils pourront
montrer des performances dépassant très
largement, dans leur champ d'action, celles des humains
associés à leur fonctionnement.
C'est
ce qui commence à se produire dans les sociétés
dites technologiques. Des systèmes globaux
se sont mis en place dans certains secteurs. Ils intègrent
tout ce qui est calculé par processeur sur
quelque système communicant que ce soit, avec
simultanément pour objectif et pour résultat
de les unifier et de contrôler l'ensemble des
informations produites ou échangées.
On voit se généraliser des applications
ou plus exactement des fonctions autonomes. Elles
sont liées dans un premier temps au médium
de communication et visent d'abord la supervision,
puis ensuite la commande de l'activité des
agents. Leur présence et leurs effets sont
peu observables et moins encore pilotables par des
opérateurs humains car les processus coactivés
correspondant s'effectuent beaucoup trop vite et en
trop grand nombre pour être compris et analysés
à l'échelle humaine. Les ordinateurs
les plus puissants existant actuellement à
supposer que ces tâches leur soient confiées
- n'en seraient pas davantage capables, au moins dans
les délais requis (moins de la milliseconde)
pour des réactions éventuelles.
Quelques
exemples de processus coactivés
Les
exemples choisis ici ne tiennent pas de la science
fiction mais s'inspirent d'observations que l'on peut
obtenir en étudiant les domaines où
se sont mis en place de tels processus coactivés.
Il ne s'agit pas de domaines relevant de l'expérimentation
en laboratoire et concernent des secteurs vitaux pour
la survie des sociétés contemporaines.
Ils impliquent d'ores et déjà la vie
ou la mort de milliers de personnes, mais surtout
des pertes et des profits à la hauteur de milliers
de milliards de dollars, bénéficiant
à quelques uns et maintenant des catégories
sociales entière dans le sous-développement.
C'est que nous allons essayer de montrer avec ces
quelques exemples.
Les
places de marché électroniques
Depuis
plus de vingt ans, les Bourses mondiales - où
se négocient les valeurs financières
et les marchandises - ont été informatisées
et mises en réseau. C'est ce phénomène
qui a été le principal facteur de ce
que l'on nomme la mondialisation financière
et qui a soutenu l'idéologie politique dite
du néo-libéralisme, selon laquelle le
bon fonctionnement de ce système global imposait
la disparition des contraintes réglementaires
d'origine gouvernementale ou à vocation protectionniste.
Les
acheteurs et vendeurs opérant sur ce marché
mondial restent en principe des individus divers et
variés. En fait, il s'agit de grands organismes,
principalement les banques et fonds collecteurs d'épargne.
Au sein de ces organismes interviennent des équipes
spécialisées, composées de ce
que l'on nomme les «traders». Ces derniers
sont très bien rémunérés
parce que leur expertise peut faire perdre ou gagner
en quelques secondes des sommes considérables,
aux épargnants et préteurs comme aux
banques eux-mêmes. Mais on découvre aujourd'hui
que les vrais «traders», ceux qui déterminent
l'évolution des taux, sont de moins en moins
des humains mais des algorithmes.
Un trader humain peut acheter 1000 actions de telle
firme le jeudi matin au cours de 20 euros l'action
et les vendre le jeudi soir au cours de 21 euros,
réalisant un bénéfice de 1000
euros. Cependant, si le cours de l'action est à
un même instant de 19,28 à Londres et
de 19,29 à New York, mais passe un dixième
de seconde plus tard respectivement à 19,29
et 19,28, acheter à Londres pour vendre à
New York ou réciproquement en cas de renversement
des cours devient impossible sans l'intervention de
ces algorithmes informatiques.
Comment opère un trader humain ? Il recueille
et traite dans le minimum de temps les informations
sur l'état de l'économie, des entreprises,
des tendances politiques et toutes données
susceptibles de se répercuter sur les cours.
S'il apprend par exemple que tel grand laboratoire
éprouve quelques difficultés avec l'un
de ses médicaments, il en déduit que
l'action de ce laboratoire va baisser et en tire les
conséquences, en matière d'achat ou
de vente.
Signalons
dans ce paysage que le Dow Jones, leader mondial dans
l'information économique et boursière,
a lancé un nouveau service nommé Lexicon.
Ce dernier envoie des informations en temps réel
aux investisseurs professionnels. Mais ceux-ci ne
sont pas des humains, ce sont des algorithmes, les
mêmes qui décident des opérations
d'achat-vente. L'information dont ils ont besoin n'est
pas qualitative mais numérique. Lexicon traduit
pour eux en temps réels les informations qualitatives
collectées par le Dow Jones et les transforme
en données numériques compréhensibles
par les algorithmes en charge des décisions
d'investissement.
Ces derniers peuvent à leur tour les répercuter
en les modifiant au besoin sur les algorithmes utilisés
par d'autres investisseurs. Lexicon participe ainsi
avec de nouveaux puissants moyens à la transformation
du réseau mondial des places de marché
en un vaste ensemble de processus coactivés
capable de s'informer de l'actualité générale,
d'en extraire des tendances et de s'en servir pour
vendre ou acheter. Ce sont ces processus qui prennent
désormais les décisions et non plus
les humains. Il s'agit de ce que l'on nomme le computer-aided
high-frequency trading. Il compte aujourd'hui environ
70% des transactions s'effectuant à Wall Street,
et par conséquent dans le reste de la «planète
finance».
Les traders à haute fréquence («high
frequency traders») dits aussi «flash
traders» procèdent à des milliers
de transaction par seconde, à une telle échelle
qu'ils peuvent perdre ou gagner des fortunes sur une
variation de cours de quelques centimes. D'autres
algorithmes sont plus lents mais plus sophistiqués.
Ils recherchent les investissements négligés
par la majorité des autres. Le système
global en résultant est plus efficace et rapide
qu'aucun esprit humain, même assisté
d'un ordinateur. Mais en contrepartie, il est plus
difficile à comprendre, prédire et réguler.
Les algorithmes coactivés entretiennent entre
eux une sorte de conversation par laquelle chacun
d'eux répond à la milliseconde aux propos
des autres. Des règles mathématiques
prédominent alors, éliminant l'émotion
et les erreurs de jugement.
Cependant
des phénomènes inattendus de feed-back
peuvent survenir et provoquer des catastrophes (au
sens quasi mathématique du mot) s'étendant
à l'échelle du monde en quelques heures.
C'est ainsi que surviennent régulièrement
des baisses soit ponctuelles soient généralisées
dans des délais très courts. Nombre
d'investisseurs humains en sortent ruinés.
Certains au contraire savent profiter de l'événement.
Dans certains cas, le système global peut s'effondrer,
et c'est la crise mondiale. Les "bons" traders
humains, ceux qui continuent à être très
bien rémunérés, sont ceux qui
ont compris comment commercer avec les algorithmes.
Ils savent se situer à la limite de la catastrophe.
Mais certains disent qu'ils sont eux-mêmes devenus
des algorithmes.
S'agit-il de phénomènes marginaux, au
regard de ce que l'on nomme l'économie réelle
? Le livre de François Morin (Le nouveau
mur de l'argent, essai sur la finance globalisée,
Ed. du Seuil, 2006) est à ce sujet éclairant.
Il précise que le PIB de la planète
Terre, celui qui seul importe car il exprime l'économie
réelle, ne représente que 3% des échanges
financiers mondiaux. On peut imaginer le moment où
un système-méta conscient totalement
distribué sur le Web, un "méta-trader
artificiel" opérant à la micro-seconde,
prendra le contrôle total de la finance. Que
restera-t-il alors des entreprises, du travail humain,
des valeurs humaines fondées sur le travail
?
Le
champ de bataille
Après
avoir mené plusieurs décennies de suite
des opérations militaires se traduisant par
une débauche de puissants moyens matériels,
les Etats-Unis se sont trouvés mis en échec
par des «insurgés» faiblement armés.
Ils sont aujourd'hui confrontés à des
guerres dites du faible au fort (ou guerres de 4e
génération) où les programmes
lourds tel que celui de l'avion de combat dit du XXIe
siècle, le F35 Joint Strike Fighter de Lockeed
Martin, ne suffiront pas à protéger
les
militaires engagés sur le terrain. Le Pentagone
en a conclu que face à des ennemis connaissant
bien ce terrain et disposant de l'appui de la population,
il lui fallait des armes capables d'augmenter de façon
écrasante les capacités sensorielles,
physiques et cognitives du simple combattant. Les
stratèges ont prévenu que le besoin
sera le même dans les probables futurs combats
de rue qui opposeront sur le sol national l'armée
fédérale ou la garde nationale à
des foules révoltées. Nous avons sur
ce site évoqué précédemment
certaines de ces armes. Le système SCENICC
en constitue une nouvelle version, particulièrement
démonstrative.
Il
s'agit avec SCENICC de doter le combattant d'une vision
à 360°, disposant d'une portée d'au
moins 1 km et suffisamment discriminante pour faire
la différence entre la canne d'un simple berger
et l'AK 47 d'un «insurgé» - étant
admis qu'il n'était plus diplomatiquement possible
de permettre à chaque fantassin ami d'éliminer
a priori tous les civils pouvant être des combattants
dissimulés dans un rayon de 1 km.
C'est
dans ce but que l'agence de recherche du Pentagone,
la Darpa vient de lancer un appel d'offres pour la
réalisation d'un système baptisé
Soldier Centric Imaging via Computational Cameras
effort, ou SCENICC. Le système disposera d'un
ensemble de caméras ultra-légères,
montées sur le casque mais néanmoins
capables de donner une vision tout azimut et en 3D.
Le soldat pourra littéralement voir derrière
lui, zoomer sur les points suspects, disposer d'une
vision binoculaire stéréoscopique
le tout en gardant les mains libres et la possibilité
de communication verbale.
Pour
commander l'ensemble, le système sera doté
d'une unité centrale intelligente, capable
de mémoriser des instructions, le souvenir
de scènes antérieures et tout ce dont
peut avoir besoin le combattant pris dans le feu du
combat. Cette unité centrale sera connectée
à une arme portative puissante, capable d' «acquérir»
les objectifs, suivre les trajectoires des projectiles
et évaluer leurs impacts. Il s'agira finalement
de mettre en place une «aire de compétences»,
véritablement post-humaines, dite Full
Sphere Awareness. Le tout ne devra pas peser
plus de 700 g, et disposer d'une batterie de grande
capacité, éventuellement rechargeable
par le moyen d'un capteur solaire intégré
au battle-dress.
Cependant
c'est la mise en réseau qui fait la principale
force des combattants modernes. Chaque soldat équipé
du système SCENICC se comportera comme un noeud
(node) au sein d'un réseau reliant chacun d'eux
à tous les autres et à divers dispositifs
de cartographie et de modélisation du champ
de bataille alimentés par des capteurs terrestres
ou aériens de type drone. Ce sera un véritable
espace virtuel de combat commun au sein duquel chaque
combattant sera un élément non pas passif
mais proactif. L'ensemble aura nom NETT WARRIOR.
Ce programme devrait associer des industriels tels
que Raytheon, Rockwell Collins et General Dynamics.
Il ne sera pas pleinement opérationnel avant
3 ou 4 ans, mais des éléments utilisables
devraient être livrés dans les prochains
mois. Nous n'avons pas d'informations précises
sur son coût.
Le
champ de bataille ne sera pas seulement occupé
par des combattants humains équipés
de tels systèmes. Il comportera aussi
il comporte déjà une grande variété
de matériels autonomes eux-aussi dotés
de moyens d'observation, de transmission et d'ouverture
de feu. Nous pouvons évoquer par exemple les
systèmes de type MAARS (Modular
Advanced Armed Robotic System). Dans ces catégories
on trouvera des engins blindés terrestres de
toutes tailles, des appareils aériens sans
pilote ou drones eux aussi de toutes tailles et capables
de multiples missions d ifférentes.
A plus haute altitude seront positionnés des
avions stratosphériques robotisés tels
que le
Global Observer, capable de vols prolongés
pour un coût relativement faible. Rappelons
que depuis longtemps les satellites militaires en
orbite étendent à l'ensemble des terres
et des mers la «Global awareness» nécessaire
au système-méta militaire ainsi mis
en place.
Rappelons
un point important, concernant ces systèmes
et leurs semblables. Les chercheurs et les laboratoires
qui s'y consacrent sont tenus par des accords de confidentialité
stricts. Ils ne peuvent pas publier et faire discuter
librement leurs résultats. La censure a toujours
existé, mais, au prétexte de la lutte
anti-terrorisme, elle semble s'aggraver. Quand le
public entend mentionner certaines de ces recherches,
c'est en conséquence d'une politique de communication
bien contrôlée. Il s'agit généralement
de décourager des recherches analogues pouvant
être financées par les laboratoires civils.
Si la Darpa le fait, à quoi bon faire la même
chose en moins bien ? Il s'agit aussi de recruter
des chercheurs à l'extérieur, attirés
par les opportunités de carrière pouvant
en découler, dès qu'ils auront accepté
de perdre leur indépendance.
Mais
en quoi la mise en réseau et la coactivation
de tels systèmes produira-t-elle une intelligence
et une volonté dont les décisions pourraient
s'imposer à celles des chefs hiérarchiques,
des Etats-majors et des gouvernements ayant commandité
leur production et leurs déploiements ?
On peut répondre à cela de deux façons.
En ce qui concerne le détail des opérations,
il apparaît de plus en plus que la Net Centric
Warfare se traduit par des décisions à
conséquences létales prises sur le mode
automatique, sans intervention humaine, que les diplomates
ont par la suite beaucoup de mal à faire excuser.
Il s'agit notamment des ouvertures de feu a priori
ou préventives, touchant parfois des éléments
«amis». On a tendance à dire que
les opérateurs informatiques sont moins susceptibles
d'erreurs que les opérateurs humains. Mais
lorsque des dizaines d'opérateurs informatiques
se coactivent, des phénomènes imprévisibles
apparaissent [cf, ci-dessus l'exemple des systèmes
boursiers].
En
ce qui concerne, à une tout autre échelle,
l'engagement d'opérations géostratégiques
telle que le fut la décision d'envahir l'Irak,
plus personne ne nie aujourd'hui, y compris au sein
de l'establishment militaire, que le complexe militaro-industriel
américain a dicté, sous la pression
d'intérêts très puissants mais
ne s'incarnant pas particulièrement dans la
personne de responsables individualisés, des
décisions dont les suites contribuent actuellement
à la perte d'influence des Etats-Unis. Ceux-ci
ne sont pas les premiers à souffrir de tels
processus coactivés. L'URSS a perdu la compétition
qui l'opposait à ces derniers pour les mêmes
raisons. Bien qu'encore dans l'enfance à l'époque,
l'informatisation des processus de décision
stratégique a joué un rôle non
négligeable en ce sens, dépossédant
les généraux soviétiques et le
Kremlin de la compétence «humaine »
qui leur avait permis de résister auparavant
à la puissance allemande.
Les
frontières terrestres
Il
s'agit déjà, dans certains pays, de
zones de conflits de plus en plus violents. S'y affrontent
les puissances voulant se protéger d'une immigration
non régulée et des populations chassées
par la misère et prêtes à tout
dans l'espoir d'une vie meilleure dans les pays riches.
Ces populations sont souvent la victime de maffias
qui s'engagent à les faire passer contre des
sommes importantes, quitte à les abandonner
en cas de difficultés. Mais viendra un temps
où ce ne seront plus quelques dizaines de milliers
de clandestins qui voudront entrer. Il s'agira de
millions ou dizaines de millions d'hommes, victimes
des désastres climatiques et économiques
prévus pour les prochaines décennies.
Si les pays (encore) riches persistent à se
défendre de ces invasions, la frontière
deviendra un champ de bataille, qu'il s'agisse des
frontières terrestres ou maritimes.
Traditionnellement,
la garde des frontières était confiée
à des administrations spécialisées,
renforcées à l'occasion par l'armée
ou la marine. Mais devant l'accroissement permanent
du nombre des clandestins et de leur volonté
de passer coûter que coûte, les moyens
en hommes que peuvent affecter les pays riches à
la défense de leurs frontières atteignent
vite des limites. Comme sur le champ de bataille précédemment
décrit, on verra de plus en plus les humains
relayés par des systèmes de haute technologie.
Ceux-ci ont l'avantage d'être disponibles en
permanence, d'être relativement économiques
et, si l'on peut dire, "de ne pas faire de sentiments".
N'abordons
pas ici la question de la protection des frontières
maritimes qui relève encore de moyens de dissuasion
classiques, compte tenu de la difficulté que
rencontrent les migrants à se doter des embarcations
nécessaires à des traversées
de quelque durée. Les frontières terrestres
sont beaucoup plus poreuses. D'où la nécessité
pour les pays riches de faire appel aux nouvelles
technologies.
On
peut citer en premier lieu les «murs intelligents».
Le plus "ambitieux" de ceux-ci est la grande
muraille que les Etats-Unis sont en train d'établir
entre eux et le Mexique. L'objectif est d'empêcher
les incursions non seulement des Mexicains mais de
tous les latino-américains attirés par
la prospérité du Nord. A plus petite
échelle, mais depuis plus longtemps, Israël
a établi de tels murs pour délimiter
certains implantations et les protéger d'intrusions
en provenance de la Palestine ou des pays arabes.
L'Espagne protège par un mur ses deux enclaves
de Ceuta et Melilla en territoire marocain. Aujourd'hui,
la Grèce demande qu'un mur intelligent soit
édifié sur la partie de sa frontière
terrestre avec la Turquie qui n'est pas naturellement
défendue par le fleuve Eyros.
Sur
la frontière américano-mexicaine, le
mur classique, complété de fossés
et barbelés, patrouillé par de trop
peu nombreux garde-frontières en 4/4, s'était
révélé bien insuffisant. Violé
en permanence, il n'avait qu'une utilité de
principe. Les projets actuels consistent donc à
doubler la muraille physique par des «senseurs»
répartis très en amont (à l'extérieur)
et capables en principe de distinguer et identifier
tous les signes pouvant laisser penser à
une tentative d'intrusion. Dès que le risque
s'en précise, des robots ayant l'allure de
petits chars d'assaut équipés de caméras
identifient les intrus et s'efforcent de les décourager
d'insister. Si besoin est, un drone (aujourd'hui de
type Predator) intervient à son tour. Tout
ceci laisse le temps aux gardes-frontières
humains de réagir.
Dans
l'avenir, en cas d'invasion massive, des unités
militaires spéciales, ou fournies par des sociétés
civiles de sécurité ad hoc (véritables
«chemises brunes» selon les détracteurs
américains de ces procédés) prendront
les affaires en mains. Tout laisse penser qu'ils se
comporteront dans cette tâche avec la brutalité
de véritables robots.
Ainsi,
tant en amont qu'en aval du mur, des espaces considérables
seront sécurisés et militarisés.
Comme il s'agit en général de zones
désertiques, les protestations ne seront pas
trop fortes, mais il n'en sera pas de même dans
d'autres régions plus peuplées.
Le
projet américain ainsi décrit, conduit
par le US Department of Homeland Security et la filiale
de Boeing dite Boeing Intelligence and Security Systems,
prend actuellement la forme d'un programme de 8 milliards
de dollars. Il s'agit du Security Border Initiative
Network ou SBInet. Il comportera des tours de 25 mètres
réparties tous les 400 m (à terme sur
un mur triple long de 3.000 km). Ces tours seront
équipées de caméras optiques
et infra-rouge pilotées à distance.
Des senseurs magnétiques détecteront
les véhicules. De plus les tours disposeront
d'un radar de surveillance terrestre capable d'identifier
les humains, fourni par les «Israël Aerospace
Industries» de Tel-Aviv. Le radar sera complété
de capteurs acoustiques et capteurs de vibrations
destinés à détecter les voix
et les pas, aussi furtifs soit-ils. Ces détecteurs
devraient pouvoir opérer dans une zone dite
de «early warning» s'étendant à
10 km en profondeur. Les caméras se dirigeront
automatiquement sur les échos suspects. Elles
diligenteront chaque fois qu'elles le «jugeront»
utile des messages d'alerte vers les patrouilles armées
mentionnées ci-dessus.
Ces
murs intelligents ne constituent qu'un début.
S'y ajoutent déjà, comme sur le champ
de bataille, des robots autonomes terrestres capables
d'augmenter le pouvoir de surveillance et le cas échéant
d'intervenir directement, en appui voire en remplacement
des gardes frontières. Ils patrouillent seuls,
jusqu'à identifier quelque chose d'anormal.
Ils signalent alors la cible (target) aux postes de
garde humains. De tels engins sont aussi utilisés
pour protéger des lieux sensibles, militaires
ou civils, tels que les sites nucléaires.
Ces
robots n'opèrent pas encore dans des lieux
ouverts, dont ils n'auraient pas appris à connaître
les caractéristiques. Ils interviennent le
long de murs et d'enceintes bien définies.
Mais cela n'empêche pas qu'ils doivent éviter
de confondre des objets ou phénomènes
normaux, y compris des ombres, avec les catégories
d'intrusions qu'ils doivent signaler. Ils sont donc
dotés de capteurs et de logiciels d'intelligence
artificielle de plus en plus évoluées,
capables de s'affiner par retour d'expérience.
Lorsqu'ils ont identifié un phénomène
anormal, ils alertent le poste de garde qui peut,
avant même d'envoyer un agent, observer la cible
par les yeux du robot, voire l'interpeller par l'intermédiaire
de l'organe vocal dont il est doté.
Les
robots patrouilleurs sont aussi équipés
d'armes d'intimidation non létales au cas où
les personnes interpellées n'obéiraient
pas aux injonctions. On envisage sérieusement
de les doter dans l'avenir d'armes à feu. Celles-ci
cependant n'interviendraient (jusqu'à nouvel
ordre) que sur commande de l'opérateur humain.
Mais de l'acquisition de la cible jusqu'à l'ouverture
autonome du feu, il n'y a qu'un pas. Il faudra compter
avec le fait que le superviseur humain sera vite saturé
par la multiplication des situations à risques
et sera tenté de déléguer ses
pouvoirs au système. Celui-ci ne manquera pas
d'en tirer profit, apprentissage aidant, pour augmenter
les siens.
Le
marché est très porteur et beaucoup
de laboratoires et d'industriels y investissent pour
réaliser des produits de plus en plus performants.
Afin d'obtenir des robots susceptibles de s'adapter
à des environnements non encore cartographiés
directement par eux, ils envisagent notamment d'utiliser
les images 3D du type de celles que recueillent les
véhicules utilisées dans l'application
Google Street View. Ce même Google vient d'ailleurs
d'annoncer qu'il a mis au point une voiture sans conducteur
capable de se piloter seule avec ces aides à
la localisation.
En
dehors des véhicules terrestres, le marché
demande de plus en plus de drones, capables d'inventorier
des espaces beaucoup plus vastes. Les drones de surveillance
seront en principe plus petits et moins coûteux
que les grands drones militaires tels que le Predator
utilisés au Pakistan par l'armée américaine,
mais ils fonctionneront sur le même principe.
Parmi
les nouveaux produits, on peut par exemple citer :
- le Mobile Detection Assessment Response System de
General Dynamics utilisé à titre expérimental
par l'US National Nuclear Sécurity Administration
;
- le robot tout terrain réalisé par
la compagnie israélienne C-Nius Unmanned Ground
Systems ;
- le robot de garde Samsung Techwin SGR-1 utilisé
par la Corée du Sud (pour l'instant ce robot
n'est pas mobile).
L'exemple
américain est repris un peu partout dans le
monde. Une conférence relative à la
sécurisation des frontières européennes
par des systèmes technologiques du type de
ceux évoqués ci-dessus s'est tenue en
novembre 2009 à Leeds, (UK). L'Union européenne
a lancé un programme dit TALOS (Transportable
Autonomous Patrol for Land Border Surveillance) associant
des partenaires américains (on s'en serait
douté). Les Polonais dirigent le projet, par
l'intermédiaire du PIAP, Institut de recherche
industrielle pour l'automatisation et les mesures
de Varsovie. Le consortium regroupe actuellement les
représentants de 10 Etats et dispose d'un budget
de 10 millions d'euros. A l'avenir, le réseau
pourrait être déployé sur toutes
les frontières terrestres de l'Europe. Mais
à quel coût et comment sera-t-il accepté
? Comment réagiront les pays voisins, notamment
la Russie, qui se trouverait ainsi exclue symboliquement
de l'espace européen ?
Que
conclure ?
Que
conclure ?
L'évolution vers un monde qui serait de plus
en plus défini par les compétitions
entre des systèmes anthropotechniques sous
contrôle de ce que nous avons nommé des
processus coactivés va-t-elle se poursuivre
? Cette perspective est probable, si l'on considère
le poids des pouvoirs qui financent les investissement
nécessaires à la mise en place des logiciels,
matériels et réseaux servant de support
à de tels processus.
Les
exemple évoqués dans le présent
article sont révélateurs. Mais on pourrait
en citer bien d'autres. L'encadré ci-dessous
liste les domaines dans lesquels, d'après-nous,
les processus coactivés ne vont cesser de se
développer (certains étant d'ores-et-déjà
à l'oeuvre) :
| |
Nanotechnologie
et nouveaux matériaux
-
Surveillance par nanocapteurs
- Capteurs utilisant les nanotechnologies moléculaires
- Traitements médicaux personnalisés
à base de nanocomposants
- Nanoassembleurs moléculaires réplicants
- Revêtements générant de
l'invisibilité
Médecine, Biologie et Biométrie
- Kits portables pour le séquencement
complet du génome)
- Petits robots médicaux)
- Consultation et soins par internet
- Identification par mesures biométriques
non invasives ou basées sur les activités
- Capteurs d'émissions lumineuses utilisant
des composants optico-électriques à
bas coût
- Implants médicaux intelligents
Robotique
- Senseurs avancés pour robots
- Intelligence artificielle avancée
- Petits robots domestiques ou jouets
- Robots sociaux
- Surveillance utilisant des nuiages de micro-robots,
ou "insectes robotisés"
Cognition
- Communication de cerveau à cerveau
("radiotélépathie")
- Produits publicitaires destinés à
s'interfacer avec le cerveau des clients potentiels
- Imagerie par résonnance magnétique
fonctionnelle avancée (fMRI)
- Techniques de détection du mensonge
et de la tromperie
- Identification des émotions des blogueurs
- Reconnaissance avancée de la parole
Information and communication technologies
- Internet des objets et intelligence répartie
dans les objets
- Déportation des fichiers et calculs
sur des serveurs distants
- Recherche par IA des contenus sémantiques
au sein de la réalité
- Identification par la voix
- Identification par puces à radio-fréquence
((RFID)
- Identification intelligente des plaques minéralogiques
- Publicité ciblant les comportements
en ligne
- Identifcation et localisation des téléphones
mobiles, publicités ciblées
- Compteurs intelligents
- Utilisation de données sous-produites
par l'activité d'un calculateur pour
en détecter - espionner ses contenus
- Utilisation à l'aide d'outils disponibles
sur le marché des signaux produits par
une activité quelconque pour détecter
- espionner les contenus de cette activité
- Systèmes radio pour contrôler
la pression des pneus
- Emetteurs sonars pénétrant les
murs (STTW)
- Reconnaissance des visages
- Réalité augmentée
- Echanges faisant appel à l'intelligence
artificielle
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Quelles
sont les forces qui s'impliquent dans la généralisation
des systèmes-méta que nous avons décrits
? On trouve en premier lieu celles visant sous couvert
de défense et de sécurité, à
une militarisation de plus en plus complète
de l'espace social. Le but de cette militarisation
est de conserver aux détenteurs de la richesse
et de la puissance, par la force, les avantages qu'ils
se sont donnés.
Il
s'agit d'une toute petite minorité en nombre,
qui se trouvera de plus en plus confrontée
à des milliards de défavorisés
de toutes sortes et de toutes origines. Ces derniers
ne demeureront évidemment pas passifs et feront
tout ce qu'ils pourront pour échapper, avec
les armes dont ils disposeront, à la domination.
Et pour cette petite minorité, il convient
donc préventivement de tenir sous contrôle
le reste des populations. Il est significatif de voir
que pratiquement toutes les recherches en matière
de systèmes intelligents pour la défense
et la sécurité sont financées
par des budgets militaires. Au premier rang de ceux-ci
se trouve le budget de la défense américain,
lequel est à lui seul dix fois plus important
que ceux cumulés des autres Etats.
Les
mêmes minorités de la richesse et de
la puissance tirent leurs pouvoirs de la prédation
qu'elles exercent sur les activités productives
des milliards de travailleurs qui en contrepartie
de leur travail au sein de l'économie réelle
gagnent à peine de quoi survivre. Nous avons
vu que cette prédation s'exerce presque exclusivement
aujourd'hui par le biais de la finance internationale
en réseau.
Les
grands acteurs au sein de cet univers virtuel, banques,
fonds spéculatifs, corporate powers, ont réussi
à persuader les travailleurs de la base qu'ils
devaient leur abandonner les valeurs ajoutées
de leur travail. Périodiquement, des crises
artificielles viennent spolier les épargnants
de leurs économies afin d'en faire bénéficier
les «investisseurs». Pour que ceci soit
accepté, il fallait évidemment que les
humains à la source de ces techniques de prédation,
formes renouvelées de l'esclavage ancien, puissent
ne pas être accusés d'en être les
organisateurs. La meilleure solution consistait à
laisser agir des systèmes-méta anonymes,
bien plus imaginatifs d'ailleurs que les humains eux-mêmes
pour capter les ressources des travailleurs de la
base.
Il
se trouve cependant que les processus coactivés
que nous avons décrits ne cessent de s'étendre
au sein des sociétés, en se coactivant
sur des échelles de plus en plus larges. Les
humains qui étaient à l'origine de leur
mise en place risquent de se trouver désormais
dépassés par leurs créatures,
lesquelles exerceront le pouvoir à leur place.
On
retrouvera modernisé le phénomène
décrit par le vieux mythe de l'homme face au
Golem. Malheureusement, aussi intelligents qu'ils
soient dans les détails, les processus coactivés
ne semblent pas capables d'une intelligence globale,
prenant notamment en charge un développement
équilibré des civilisations au sein
d'une planète aux ressources de plus en plus
insuffisantes. Les catastrophes évoquées
dans le scénario pessimiste de l'ouvrage «Le
paradoxe du sapiens», risquent donc de se
produire.
N'y
aurait-il pas cependant des lueurs d'espoir ?
Les événements politiques récents,
un peu partout dans le monde, montrent que les populations
de la base peuvent se révolter en masse contre
le Système qui les aliène. Des destructions
peuvent en découler, du type dit luddiste dans
les pays anglo-saxons, où le peuple tentait
de détruire les machines. Il s'agirait alors
d'une révolte faisant appel à la force
brutale.
Ne
pourrait-on en imaginer une autre infiniment plus
subtile et prometteuse ?
Il se trouve que des scientifiques ont essayé
avec succès, depuis déjà quelques
années, d'analyser le fonctionnement du cerveau
humain incorporé (incorporé dans un
corps et dans une société). Or ils ont
découvert que ce cerveau fonctionne sur le
mode des processus coactivés que nous avons
évoqué dans cet article.
Certains
chercheurs sont allés plus loin. Ils ont simulé
sur des systèmes informatiques, dit massivement
multi-agents, le fonctionnement de tels processus.
Ils pensent avoir découvert ce faisant bien
des points encore obscurs intéressant le travail
du cerveau, de l'intelligence et de la conscience,
propres à l'homme. Mais dans le même
temps et en parallèle, ils ont découvert
des points encore obscurs intéressant le fonctionnement
des processus informatiques se développant
actuellement en aveugle, par exemple sur les réseaux
de la finance ou sur ceux du web, évoqués
dans cet article.
La
grave question politique, posée par les recherches
de ces scientifiques, est que le savoir ainsi développé
par eux sera inexorablement capté, si aucune
précaution n'est prise, par les forces finançant
la guerre et la spéculation.
Il y aurait pourtant une solution : adopter
la démarche du logiciel libre. Celle-ci, qui
est également pratiquée pour le développement
de certains robots en Open Source, serait la garantie
d'un minimum de démocratisation autour de la
connaissance et de la mise en oeuvre d'un des enjeux
majeurs de notre civilisation technologique, la "conscience
artificielle". Il faudrait pour cela que les
investissements nécessaires à générer
des systèmes opérationnels à
partir du modèle proposé par le professeur
Alain Cardon, le père d'un de ces projets,
bien connu de nos lecteurs, ou par d'autres chercheurs
qui le relaieraient, soient pris en charge et diffusés
au sein de communautés d'utilisateurs suffisamment
avertis pour s'impliquer dans l'effort de diffusion
démocratique qui s'imposerait.
Nous pensons pour notre part que ce serait la meilleure
façon de donner suite aux travaux d'Alain Cardon
sur la conscience artificielle. Les lecteurs pourront
en juger puisque celui-ci a bien voulu nous confier
l'édition de son dernier ouvrage «Un
modèle constructible de système psychique»
publié ici sur le mode de la licence publique
Creative Commons.
Il ne s'agit pas d'un ouvrage facile, mais le sujet
est loin de l'être. Nous encourageons tous nos
lecteurs à le lire.
Ouvrage
téléchargeable
ici au format pdf.,
Attention
: ouvrage sous licence Creative Commons
[obligation de citer le nom de l'auteur, utilisation
commerciale interdite, modifications interdites].
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(1)
Voir : "Le
paradoxe du Sapiens - Etres technologiques et catastrophes
annoncées", Jean-Paul Baquiast, editions
Jean-Paul Bayol, 2010)
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