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janvier- février 2011

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
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La Russie plus que jamais dans la course aux planètes
Jean-Paul Baquiast 27/01/2011

Le centre de recherche spatial russe Khrunichev annonce le développement d'un lanceur super-lourd destiné à emporter un module habité vers Mars aux alentours de 2037.

Ce lanceur sera développé à partir de la série Angara en cours de mise au point. Les capacités d'emport de cette série seront modulables entre 2 et 40,5 tonnes. Il s'agira de remplacer la flotte actuel vieillissante. Les différentes fusées ont un dessin similaire exploitant un module polyvalent dit URM (Universal Rocket Module).

Les essais des premières Angara sont prévus pour 2013, un vol habité vers Mars pouvant être envisagé à partir de 2037.

En tant qu'européen nous ne pouvons qu'apprécier la continuité de la politique spatiale russe. Mais ces projets devraient alerter les responsables de l'espace Européen. Si l'Europe voulait rester dans la course, vers la Lune, Mars ou dans un premier temps concernant la mise en orbite terrestre de charges lourdes, il ne serait que temps de préparer la succession des vaillantes Ariane V.

Il reste que les responsables russes, dont le spécialiste des fusées Boris Chertok, déplorent que les crédits spaciaux russes soient 10 fois inférieurs à ceux des Etats-Unis. La Russie devra collaborer, a-t-il dit, avec l'Inde et le Kazakstan. Il ne voit pour l'avenir que 3 puissances spatiales crédibles, les USA, la Chine et la Russie. Apparemment l'Europe, à ses yeux, n'aura qu'un rôle épisodique. Nous l'avons bien cherché.

Pour en savoir plus
La famille Angara http://en.wikipedia.org/wiki/Angara_%28rocket_family%29


Premier vol du Global Observer sous moteur à hydrogène liquide
Jean-Paul Baquiast - 18/01/2011

La firme américaine AeroVironment Inc. a développé pour le compte de l'US Air Force un avion sans pilote (UAS) aux caractéristiques très originales. Il s'agit d'un aéronef de grande taille, extrêmement léger et doté d'un moteur fonctionnant à l'hydrogène liquide, donc non polluant. Il sera capable de séjourner à très haute altitude (20 000 m environ) pendant au moins une semaine, au-dessus de quelque endroit du globe que ce soit.

Il s'agira d'un véritable système de télécommunication et d'observation, pouvant à bien moindre coût rendre une partie des services d'un satellite géostationnaire. Les applications seront essentiellement militaires mais pourront également être civiles (surveillance des cyclones, relais avec le trafic aérien, etc.). Deux exemplaires se relayant pourraient suffire à rendre les services attendus - tout au moins dans l'optique où, comme d'ailleurs les satellites, ils ne seraient pas détruits en vol par des adversaires potentiels.

Le premier exemplaire vient de réaliser un vol de 4h à 1 500 m. au dessus du Centre d'essai de la base Edwards (Air Force Flight Test Center). L'engin, en dehors de ses qualités annoncées, est d'une très grande beauté.

Nous avions signalé précédemment les essais réussis de l'avion ultra-léger à énergie solaire, le Solar Impulse de Bertrand Piccard et André Borschberg (CH). La conception et les ambitions sont très différentes, mais dans les deux cas il s'agit d'initiatives que l'on aimerait voir se développer, y compris en France, patrie traditionnelle de l'aviation.

Pour en savoir plus
article : http://www.avinc.com/uas/stratospheric/global_observer/
vidéo : http://video.golem.de/wirtschaft/4250/jungfernflug-des-global-observer.html


Pétition pour sauver l'Hôpital Public
Jean-Paul Baquiast - Christophe Jacquemin 18/01/2011

Nous relayons bien volontiers cette démarche d'intérêt général
http://www.petition-mdhp.fr/


Drones. Coopération Israël-Russie
Jean-Paul Baquiast - 18/01/2011

L'entreprise d'armement publique Israeli Aerospace Industries (IAI) vient de signer un contrat de 400 millions de dollars avec la Russie pour la fourniture d'un certain nombre d'exemplaires de trois catégories de drones militaires.
Il s'agit du petit Bird-Eye 400 (photo), du I-View Mk 150 et du drone à plus long rayon d'action, le Searcher II.
Il semble que des accords aient été passés permettant à l'industrie aéronautique russe, totalement inadéquate actuellement dans ce domaine, d'en assurer ultérieurement la fabrication. Israël s'est également engagé à former des pilotes russes à l'utilisation de ces appareils. En octobre 2010, un accord précédent avec le groupe russe Oboronprom OPK avait autorisé la fabrication du drone Heron I capable de missions stratégiques avancées.

Cette démarche, qui semble inquiéter Washington, est intéressante à deux titres. Elle marque le fait qu'Israël semble faire confiance à la volonté russe de ne pas armer l'Iran. Elle serait la suite logique du refus de livraison à Téhéran de missiles S-300PMU qui auraient posé de sérieux problèmes dans la perspective d'une attaque aérienne israélienne visant les installations nucléaires iraniennes. L'accord actuel devrait en bonne logique diplomatique conforter l'engagement de la Russie à ne pas soutenir les volontés militaristes de l'Iran.

Par ailleurs le contrat avec IAI marque la volonté russe de renforcer le potentiel de ses industries de défense en coopération avec ce que l'on pourra globalement nommer l'Occident. C'est notamment l'acquisition de l'ensemble des systèmes électroniques et informatiques impliqués qui intéresse ces dernières. Le récent accord avec la France concernant le Mistral allait, à une toute autre échelle, dans ce sens.

Les Européens, comme d'ailleurs les Israéliens, devraient en conclure qu'il importe de conforter cette volonté russe de définir avec eux des perspectives stratégiques à long terme. Ils ne devraient pas en ce cas s'embarrasser des réticences, voire des manœuvres ouvertes des Etats-Unis, notamment par le biais de l'Otan, visant à parasiter de tels rapprochements. Nous pensons en particulier au projet toujours actuel (au moins sur le papier) de bouclier anti-missile dit prétendument européen (BMDE), projet récemment réactivé par Barack Obama.

Mais pour que l'alliance stratégique euro-russe conserve sont intérêt pour les deux parties, il faudrait que les Européens ne relâchent pas leurs propres efforts de R/D dans les domaines avancés de l'industrie aérospatiale, qu'elle soit de défense ou à destination civile. C'est bien ce qu'a compris et que continue à faire Israël. Pour cela, du côté Europe, il faudrait une vraie volonté politique et quelques allocations de crédits. On la cherche. Quand on considère tout ce que peut faire dans ces domaines un petit pays – aidé il est vrai de différents côtés – pour se doter de technologies hors-pair, on ne peut que regretter l'atonie européenne.

Observons que pour le moment, Israël n'a pas encore accepté de fournir à la Russie son drone géant Heron TP, ou Eitan, de 4,5 tonnes, susceptible d'emporter des missiles air-sol au cours de vols de longue durée.


Stuxnet. Cooopération Israël USA
Jean-Paul Baquiast - 17/01/2011

Nous avions précédemment rapporté les supputations concernant l'origine du ver Stuxnet supposé avoir mis hors service pour au moins 2 ans le cinquième du parc des centrifugeuses iraniennes fournissant de l'uranium enrichi. Un article du New York Times donne plus de précisions à cet égard.

Selon les rédacteurs de cet article, il s'est bien agi d'une coopération concertée entre spécialistes israéliens, américains et allemands (provenant de Siemens, fournisseur des "contrôleurs" utilisés par les centrifugeuses) qui a produit ce ver. Il est apparemment dédié à un objectif bien précis et ne semble pas capable de se répandre dans les milliers d'autres systèmes de contrôles utilisés par les services publics du reste du monde.

Mais beaucoup de spécialistes de la défense pensent que la fragilité des grands réseaux mondiaux aux regards de cyber-attaques de ce style demeure entière. Elle devrait être prise en compte dès le début par les concepteurs de ces réseaux, au lieu d'être envisagée par défaut, en cas d'incidents avérés.

PS au 26/01. L'ambassadeur de la Russie auprès de l'Otan Dimitry Rogozine a demandé une enquête de l'Organisation à propos de la contamination par le virus Stuxnet de centrifugeuses produisant de l'uranium pour la centrale iranienne de Bushehren cours de construction sous la responsabilité russe. Un nouveau Tchernobyl aurait pu se produire, d'après les experts russes. Les Iraniens ont minimisé le risque. (source Space War)

* Article du NYT : http://nyti.ms/ea1faP


ATV-2 Johannes Kepler : préparatifs de départ
Jean-Paul Baquiast - 17/01/2011

Un nouvel ATV (Automated Transfer Vehicle) baptisé Johannes Kepler devrait être lancé par une Ariane V Heavy lift en principe le 15 février. Ce sera la charge la plus lourde emportée par le lanceur européen à ce jour, soit 20 tonnes. L'ATV emmènera environ 8 tonnes d'approvisionnements et matériels divers.
L'assemblage a déjà commencé à Kourou. Les amateurs pourront suivre, dès aujourd'hui, le déroulement des opérations sur un blog dédié : http://blogs.esa.int/atv/

Un pemier ATV nommé Jules Verne, avait été lancé par l'Esa en direction de la Station Spatiale Internationale en 2008. La mission avait été un succès complet, montrant les capacités d'accostage et d'arrimage automatique de l'engin.

Rappelons que si l'Europe avait quelque ambition en matière de missions spatiales, l'ATV et Ariane 5 pourraient être reconfigurés pour constituer un ensemble capsule+lanceur à destination de la Lune.


Les applications robotiques du concept de neurones-miroirs
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 12/01/2011

On entend encore des neurologues affirmer que les neurones miroirs n'ont été clairement identifiés que chez les primates. Ce sont de tels neurones qui, comme l'avait montré pour la première fois Giacomo Rizzolatti, permettent d'activer de façon identique les zones du cortex moteur, que le sujet accomplisse lui-même un geste ou observe un tiers accomplissant ce geste. Ces neurones sont un puissant facteur facilitant la dissémination par mimétisme des comportements liés notamment à l'utilisation des outils. Or il est aujourd'hui devenu évident que le cerveau humain comporte des neurones associatifs jouant le même rôle que les neurones moteurs des macaques – qu'ils soient ou non anatomiquement comparables.

Mais ce ne seront plus désormais les seuls primates et autres animaux qui pourront se flatter d'utiliser les services de neurones miroirs pour faciliter les processus d'acquisition de compétences par l'intermédiaire du geste, sans avoir recours à la parole. Des chercheurs de l'Institut sud coréen Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST) à Daejeon, sont en train d'apprendre à des robots comment comprendre les gestes des humains afin de les imiter ou même d'y répondre par des gestes appropriés.

Pour cela, en interagissant avec leurs moniteurs humains, les robots apprennent progressivement, sur le mode adaptatif, à réagir aux gestes et mêmes aux mimiques par des réponses appropriées. Pour acquérir des capacités analogues à celles que permettraient des neurones miroirs, le robot observe le comportement de la personne et la décompose en modules analytiques qu'il mémorise. Il compare le comportement observé à une base de données relatives à ses propres actions et propose un comportement en réponse qui soit le plus proche possible du comportement observé.

Le robot ne réagit pas seulement aux gestes simples. Il acquiert progressivement la capacité d'y attacher des intentions. Si par exemple l'humain désigne un objet de la main, il ne se bornera pas à faire le même geste. Selon les cas, il apprendra à saisir l'objet pour l'apporter ou l'éloigner. Si cet objet est une balle, il associera la balle au geste consistant à la saisir et la relancer. En cas de difficulté de compréhension, il signalera son incertitude à l'humain et demandera un geste de confirmation.

Dans tous ces cas, les interactions entre robots et humains n'ont plus besoin de reposer sur une communication verbale dont la compréhension pour le robot présente plus de difficultés que la perception des gestes et de leurs significations élémentaires. Les chercheurs imaginent ainsi que des robots de ce type pourront communiquer avec des personnes de langue étrangère ou éventuellement incapables de parler.

Les robots dotés de ces capacités seront par ailleurs beaucoup plus aptes que d'autres à communiquer entre eux et se doter de cultures gestuelles communes. Ce sera la cas, par exemple, dans les équipes de robots footballeurs.

Référence
Article KAIST / NewScientist : http://www.kaist.edu/edu.html


Des tanks invisibles mais dotés d'une bonne vision
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 11/01/2011

Des ingénieurs militaires britanniques travaillant pour BAE Systems annoncent le développement dans les 5 prochaines années de chars d'assaut «invisibles». Ces blindés utiliseront une technologie dite « e-camouflage ».
Il s'agira de senseurs attachés à la coque qui projetteront à l'extérieur des images de l'environnement destinées à se mélanger avec celles recueillies par un observateur, créant ainsi confusion et invisibilité de fait.

Dans le même temps, les tourelles des véhicules pourront être dotées d'un blindage plastique transparent bien plus résistant que celui utilisé dans les voitures blindées actuelles. La visibilité sur l'extérieur dont disposera l'équipage du char sera ainsi considérablement accrue.

Enfin une technologie dite « biometric integration » utilisera des programmes d'IA avancés pour analyser les groupes et les individus entourant éventuellement le véhicule afin d'y détecter d'éventuelles menaces.

Pour en savoir plus
Sur l'e-camouflage: http://www.armedforces-int.com/news/e-camouflage-could-create-invisible-army-tanks.html


Greffe de matières fécales
Jean-Paul Baquiast - 11/01/2011

Il ne s'agit pas d'une plaisanterie de carabin, mais d'opérations très intéressantes conduites par Alex Khoruts, gastroentérologiste à la Medical School de l'Université du Minnesota, ainsi que par des confrères dans d'autres hôpitaux (Cf. NewScientist, 18 décembre 2010, p. 36).

Nous évitons sur ce site de nous intéresser à la médecine, qui constitue un monde si foisonnant que nos incursions ne pourraient qu'y être hasardeuses. Dans ce cas cependant, le thème met l'accent sur la complexité de la vie cellulaire et les relations qu'entretiennent les colonies microbiennes avec les autres colonies de cellules formant le corps des animaux de grande taille dont nous sommes en particulier des représentants. On considère en effet aujourd'hui que le contenu de l'intestin humain résulte de l'activité de 25.000 sous-espèces de bactéries. Elles forment un gigantesque réseau compacté qu'il conviendra de considérer comme un organisme à part entière hébergé par le nôtre. Le nombre des cellules le constituant serait supérieur de neuf fois à celui des cellules du corps humains (tissus interstitiels exclus).

On connaît plus ou moins bien depuis longtemps le rôle de ces bactéries dans la catabolyse des aliments et la production des divers éléments nécessaires à la vie. On sait aussi qu'il s'agit d'un milieu fragile. Un excès d'antibiotiques administré à un patient peut le détruire. De plus aujourd'hui, on a constaté notamment lors des épidémies de maladies nosocomiales qu'un germe polyrésistant précisément nommé le Clostridium difficile, peut s'introduire dans l'intestin Dès ce moment, notamment chez des patients fragilisés, c'est la mort assurée par diarrhées sévères puis septicémie. Même lorsque le C.difficile paraît éliminé, il revient en quelques heures. Aujourd'hui, on enregistre en Grande Bretagne, par exemple, plus de morts par septicémies intestinales que par accidents de la route.

Pour reconstituer le milieu d'origine, un certain nombre de précurseurs américains avaient eu l'idée de faire appel aux matières fécales de personnes proches du patient sur le plan de la flore intestinale, par exemple un fils. Au Canada et aux Etats-Unis, une procédure simple a été mise au point. On fabrique à partir des fèces du donneur une liqueur riche en Bactéroides, bactérie dominante dans un colon sain. Elle est injectée par la voie anale chez le malade, dont l'équilibre intestinal se rétablit en général rapidement.

Des études en double-aveugle conduites par l'Université médicale de Leyde, en Hollande, ont montré récemment que ce traitement est plus efficace et considérablement moins coûteux, que celui faisant appel aux antibiotiques. Il serait intéressant que l'ensemble des gastroentérologues s'en persuadent dorénavant. Beaucoup de vies seraient sauvées.

On peut se demander si des méthodes analogues, faisant appel à ce que l'on pourrait appeler la guerre bactériologique, ne pourraient pas être envisagées contre d'autres germes polyrésistants qui font actuellement des ravages, staphylocoques ou bacilles de Kock.

Pour en savoir plus
Fecal bacteriotherapy : http://en.wikipedia.org/wiki/Fecal_bacteriotherapy


Des protéines synthétiques permettant la croissance de souches microbiennes vivantes
Jean-Paul Baquiast - 08/01/2011

Une équipe de l'Université de Princeton vient d'annoncer (cf. ci-dessous, lien) un résultat (qui devrait avoir une profonde implication dans la construction de nouveaux systèmes biologiques utilisant des composants artificiels. Ces scientifiques ont réalisé pour la première fois des protéines artificielles capables de permettre la croissance de cellules vivantes de la même façon que des protéines naturelles. Ils ont fait appel pour cela à des séquences génétiques artificielles crées par eux et n'existant pas à ce jour dans la nature.

Pour le Pr. Michael Hecht qui a dirigé la recherche, ce résultat démontre que les ensembles macromoléculaires nécessaires à la vie n'ont pas besoin de provenir de gènes et de protéines résultant de l'évolution naturelle. Il s'agit donc d'une avancée significative dans la production d'un génome entièrement artificiel composé de composants purement chimiques. On voit en quoi le processus ainsi mis au point diffère de celui jusqu'ici utilisé dans la biologie dite synthétique. Celle-ci se limite à réorganiser différemment des composants biologiques naturels.

Quelques biochimistes avaient précédemment réussi à créer des protéines artificielles capables de se replier et de catalyser certaines réactions. Mais les chercheurs de Princeton sont allés plus loin, puisque les protéines synthétiques obtenues par eux ont pu contribuer à la survie d'un microbe vivant et fonctionnel, comme s'il s'agissait de protéines naturelles. Cependant, elles ne provenaient en rien de gènes naturels.

Pour démontrer le caractère fonctionnel de ces protéines, l'équipe a constitué un ensemble ou catalogue de protéines artificielles qui ont été introduites dans des souches de bactéries dont un certain nombre de gènes avaient été détruits. Sans ces gènes, les bactéries modifiées ne pouvaient survivre. Or elles ont puisé dans l'ensemble de protéines artificielles mises à leur disposition de quoi remplacer les protéines naturelles manquantes. La colonie microbienne mutée a donc pu non seulement survivre mais se multiplier.

On peut imaginer que l'expérience puisse être reprise et étendue, en remplaçant un nombre de plus en plus grand de gènes et de protéines d'origine naturelle par des correspondant artificiels produits sur une base beaucoup plus large que celle sélectionnée par l'évolution dans le cadre du codage génétique naturel. Ceci peut-être – l'hypothèse est de nous – jusqu'à obtenir un jour des souches de bactéries ou même de cellules complexes qui ne comporteront plus aucun composant d'origine biologique.

Pour en savoir plus
Article Public Library of Science
http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0015364


Du génome à la synapse. Le rôle des protéines spécialisées
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemn - 08/01/2011

On compte quelque 100 milliards de neurone dan le cerveau humain. Chacun d'eux entretient en moyenne 1.000 connections synaptiques avec d'autres. Le cerveau contiendrait donc approximativement 100 trillions de synapses, principalement situées dans les aires critiques pour la motricité et la cognition.
Lorsqu'une synapse est activée par un signal électrique provenant du neurone émetteur, elle diffuse un transmetteur chimique qui va activer le site récepteur du neurone destinataire. Le site récepteur transmet lui même le signal reçu à une machinerie complexe de protéines qui traitent et mémorisent l'information.

Ce complexe de protéines a été nommé Post-synaptic Density ou PSD du fait que les protéines qui le composent s'organisent en un noeud difficilement analysable par les instruments. Un nombre important de gènes, soit 1 400 environ ou 7% du génome humain codant pour les protéines, spécifient ces PSD.

Une étude que vient de mener une équipe du Sanger Institute (UK) dirigée par le Dr Seth Grant (voir ci-dessous) a permis de préciser les liens qu'entretiennent ces protéines et la façon dont elles déterminent les propriétés physiques du neurone concerné dans la mémorisation de l'information.
Il s'agit d'une machinerie très sensible puisque toute mutation dans les gènes correspondants conduit à une malformation dans la protéine spécifiée, et par la suite à une maladie différente.
Notons que le tissu cérébral sur lequel a été menée cette étude du Sanger Institue a été extrait non d'un cerveau de souris mais, puisqu'il s'agit d'humain, d'une petite portion de tissu cérébral profond prélevé dans le cerveau d'un patient volontaire.


L'équipe a identifié 169 gènes codant pour les PSD au sein desquels la survenance de mutations détermine l'apparition de 269 maladies humaines répertoriées, telles que l'épilepsie. A partir de ce travail, un premier Catalogue des protéines synaptiques a été dressé. Il permettra de préciser les voies conduisant à ces affections et la possibilité d'utiliser des substances réparatrices. Mais on devine qu'en ce domaine doit s'imposer la plus grande prudence.

Pour en savoir plus
Post-synaptic Density (PSD) : http://en.wikipedia.org/wiki/Postsynaptic_density
Article de Nature Neurosciences. Genes to Cognition Programme, Wellcome Trust Sanger Institute, Genome Campus, Hinxton, Cambridgeshire, UK.
Àlex Bayés, Louie N van de Lagemaat, Mike D R Croning &
Seth G N Grant :
http://www.nature.com/neuro/journal/v14/n1/abs/nn.2719.html


Morts massives d'animaux
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 07/01/2011

CarrougeLa presse a beaucoup parlé de la mort massive d'oiseaux de l'espèce Carrouge à épaulette (Agelaius phoeniceus) survenue le jour de l'An dans une ville jusque là peu connue de l'Arkansas (USA). Les hypothèses les plus variées ont été présentées pour expliquer ce phénomène, y compris celles faisant appel à des expériences de l'armée américaine, voire à des causes mystérieuses telles que les pluies rouges du Kerala auxquelles nous avions fait allusion dans cette même rubrique. Bien entendu les millénaristes et autres prophètes de la fin du monde ont aussi réagi - ce qui en soi présente un certain intérêt scientifique pour les observateurs, non des oiseaux mais de l'espèce humaine.

Depuis, les observations de morts massives d'animaux se sont multipliées en très peu de temps sur la planète (poissons, pingouins, pélicans, lamantins, chauves-souris...). Google en a publié la carte.

Carte google morts suspectes  d'animaux
Pour voir la carte en plein écran, cliquer ici


Pourquoi évoquer ce sujet ici sur lequel nous n'avons pas de valeur propre à ajouter ? Simplement pour rappeler deux points très différents :

  • le premier est que l'on n'observe que ce que l'on cherche. Sans l'affaire de l'Arkansas, d'autres morts massives d'animaux nous laisseraient indifférents. Pourtant elles devraient nous concerner, surtout quand elles traduisent des dérèglements dont les systèmes économiques dominants sont responsables : changements climatiques, pollutions des milieux naturels, surexploitation de certaines espèces, etc.

    De plus, il existe certainement d'autres régions du monde où des morts, sinon des extinctions massives d'animaux se produisent, dont personne ne parle parce que ne s'y trouvent pas d'observateurs, ou que les observateurs ont intérêt à se taire. Pensons à ce qui se passe dans les forêts de la bien nommée République Démocratique du Congo, ou par exemple des épidémies, le feu et la chasse déciment les derniers grands singes.

  • Le second est que les ignorances de la science relatives aux complexités de la vie animale apparaissent tous les jours. Les spécialistes expliquent que de telles morts massives sont en fait fréquentes, mais il s'agit plus de leur part d'un fait d'observation que d'une explication précise. La science continue à faire montre d'une ignorance elle-même massive relative au monde animal, sur les raisons desquelles il serait d'ailleurs utile de s'interroger.

    Rien que dans le monde des oiseaux, on découvre en ce moment les mécanismes par lesquels ceux-ci (comme d'ailleurs bien d'autres espèces) s'orientent dans leurs migrations en utilisant différents moyens, tels que le magnétisme terrestre «recadré» régulièrement par l'observation des astres (voir Masters of magnetism, NewScientist, 27 nov. 2010, p. 42).
    Les études sur ce sujet laissent d'ailleurs encore de nombreux points dans l'ombre, par exemple celui de comprendre comment les cerveaux relativement réduits de ces animaux peuvent mémoriser et coder les innombrables cartes qui leur permettent de trouver à coup sûr lieux de destination et lieux de départ.
    Nous y reviendrons.

    Quand l'on perçoit la complexité de ces mécanismes biologiques, on peut mieux s'expliquer comment des pollutions humaines, ou de simples phénomènes météorologiques anormaux, peuvent les dérégler.

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