Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 114
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

Article.
Technologies et politique.

Avions de combat. Le rapport de force militaire est-il en train de changer dans le Pacifique et la Mer de Chine ?
Jean-Paul Baquiast - 13/01/2011


Le J-XX (J-20)

On sait que pour les stratèges américains la domination aéronavale dans le Pacifique Ouest et la mer de Chine, entre le Japon, l'Indonésie et l'Australie, c'est-à-dire tout au long des côtes chinoises, a toujours représenté un objectif non négociable. Il se s'agissait évidemment pas de prétendre défendre les côtes américaines, bien plus lointaines, mais de faire comprendre à la Russie, la Chine et la Corée du Nord, ainsi qu'aux alliés, Japon et Corée du Sud, que cette vaste zone faisait partie de la sphère d'influence de la super-puissance américaine. Pour cela, la marine et l'aviation des Etats-Unis devaient disposer d'une supériorité en matériel écrasante (weaponnery) tant en nombre qu'en capacités combattantes.

Jusqu'à ces derniers temps, il ne venait pas à l'esprit de ces stratèges américains que la Chine pourrait un jour vouloir, sinon affronter directement les Etats-Unis dans la région, du moins faire elle-aussi acte de présence, avec des moyens non seulement diplomatiques mais aussi militaires. Ceci d'autant plus que l'industrie de l'armement chinoise ne paraissait pas en état de fournir les navires, missiles et avions de combat nécessaires. Or en l'espace de quelques mois, nous pourrions presque dire de quelques semaines, ce rapport de force paraît en train de changer. Les conséquences en termes de géopolitiques pourraient être considérables.

N'abordons pas ici la question des armes navales. Il est clair que la Chine qui dispose déjà de divers types de navires de combat petits et moyens, ne va pas tarder à se doter d'un ou plusieurs porte-avions. Mais elle n'en est pas encore là dans l'immédiat. C'est par contre dans le domaine de l'aviation de combat que l'éveil chinois paraît à la fois soudain et menaçant. On sait que les qualités d'un bon vecteur aérien doivent être nombreuses, de façon à faire face à des missions très différentes. Aujourd'hui il en est une qui semble surpasser toutes les autres. Il s'agit de la furtivité (stealthness). L'avion doit pouvoir pénétrer toutes les défenses radar, ainsi qu'échapper aux radars de ses ennemis. La furtivité est obtenue par différents revêtements de surface mais pour l'essentiel par des formes plus ou moins complexes destinées à disperser les émissions des antennes radar adverses. Le bon appareil doit aussi pouvoir être fabriqué dans des délais et à des coûts permettant d'en équiper les forces en quantité suffisante.

Jusqu'à présent, le Pentagone avait décidé de mettre tous ses oeufs, si l'on peut dire, dans le panier de Lockheed dont le Joint Strike Fighter F 35 avait été conçu pour répondre à tous les besoins des forces aériennes occidentales. L'ambition était de leur fournir pendant les prochaines décennies cet avion à l'exclusion de tout autre. Cela signifiait que les alliés devaient renoncer à s'adresser à leurs propres industries aéronautiques, quelles que soient leurs capacités techniques. L'objectif était en priorité d'éliminer du marché, pressions diplomatiques aidant, les avions européens Eurofighter, Grippen et bien évidemment Rafale.

Hélas, pour des raisons encore mystérieuses, tenant sans doute à l'aveuglement du Pentagone et de ses sous-traitants quant à leurs capacités budgétaires et technologiques, le programme F 35 est en train sinon de s'effondrer, du moins de dépasser les prévisions les plus pessimistes en matière de délais de livraison et de coûts. Nous venons de relater (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/114/jsf.htm) les perspectives actuelles de production, tests et mises en service. Elles sont plus qu'inquiétantes pour les Etats-Majors concernés. Ceux-ci devront dans les prochaines années se satisfaire des matériels américains actuels, bons avions certes, mais qui ne brillent pas particulièrement par la versatilité ni la furtivité.

Il n'y aurait eu que moindre mal. Après tout la guerre aérienne n'est pas pour demain. La suprématie militaire américaine, que ce soit dans le Pacifique ou sur les autres zones sensibles, ne paraissait pas remise en cause. Or l'annonce chinoise qui vient d'être rendue publique à l'occasion de la visite à Pékin du secrétaire d'Etat à la Défense Robert Gates paraît sonner la fin de la récréation (voir http://www.spacewar.com/reports/China_stealth_jet_upstages_US_defence_chiefs_visit_999.html). La Chine aurait mis au point et fait voler un prototype qui devrait avoir toutes les qualités, y compris en termes de furtivité, du F 35. Il s'agit du déjà célèbre (dans les milieux bien informés tout au moins) J-XX (J-20), dit J-20 pour simplifier.

Aucun expert occidental n'a encore vu ni moins encore expertisé en détail cet avion. Les espions industriels, s'il en est, sont fort discrets. On ne dispose que de quelques photographies ou aperçus à distance, obtenus sur la piste où l'appareil fait ses premiers essais en vol. Néanmoins, pour l'expert aéronautique australien le Dr Carlo Kopp, il s'agit d'un avion qui va changer la règle du jeu (a game changer). En termes plus crus, il ridiculisera les ambitions industrielles et militaires du F 35. Pour cet expert, il suffit de regarder les images disponibles de l'avion pour se rendre compte qu'il disposera du potentiel nécessaires aux missions très diverses dont sera chargé un avion de combat dans les prochaines décennies. Il serait d'ores et déjà assuré de la furtivité désormais indispensable (voir http://www.ausairpower.net/APA-NOTAM-090111-1.html).

Le dilemme posé à l'aviation australienne est embarrassant. L'armée de l'Air vient de renouveler son accord pour recevoir et tester quelques exemplaires de F 35 dans les prochaines années. Que faire en attendant ? S'équiper en avions chinois? Ou en avions russes, puisque l'on sait parallèlement que les Russes disposent depuis quelques mois du prototype encore en développement partiel d'un avion de combat dit Soukhoï T-50 PAK-FA dont les qualités devraient être égales, sinon supérieures à celles du F 35 (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Sukhoi_PAK_FA).

En ce qui concerne le J-20 chinois, certains experts n'ont pas manqué de dénoncer un bluff, rapporté par exemple dans le journal SpaceWar. En France d'autres experts affirment que la Chine n'a pas les moyens de recherche/développement permettant de mettre au point dans de si courts délais un avion aussi complexe que concurrent du F 35. Elle ne pourrait même pas aujourd'hui développer seule une automobile électrique, d'où la nécessité de faire appel à l'espionnage industriel (voir Valérie Niquet. Le bluff technologique chinois : http://www.marianne2.fr/Derriere-l-espionnage-de-Renault-le-bluff-technologique-chinois_a201584.html). Le bruit court d'ailleurs que c'est par des méthodes de cette nature que la Chine aurait pu copier le F 35.

Pour Philippe Grasset, dont la compétence dans ce domaine est sans égale, tout ceci parait anecdotique. L'avion chinois est une réalité dont tous les Etats-majors des pays concernés devront tenir compte. Cela ne veut pas dire que la Chine se préparerait à affronter militairement les forces aéronavales américaines. Par contre, elle aurait l'intention, au demeurant fort légitime, d'affirmer sa présence dans la zone pacifique qui prolonge ses côtes, plutôt qu'en laisser la totale maîtrise à l'US Navy. Mais, on le devine, la concurrence diplomatique avec les Etats-Unis deviendrait alors très rude. Beaucoup y verront un affaiblissement plus que significatif de la puissance américaine. Nous renvoyons sur ce point au dernier article de Philippe Grasset consacré à ces enjeux importants - auxquels les Européens, à leur habitude, semblent indifférents (voir http://www.dedefensa.org/article-l_echeance_fatale_du_systeme_du_technologisme__13_01_2011.html).


* Sur le JSF F 35 et ce qu'il appelle le monstrueux effondrement du technologisme, voir un article complémentaire de Philippe Grasset
http://www.dedefensa.org/article-le_jsf_et_le_c_ur_du_sujet_14_01_2011.html
* Voir aussi sur le J-20 http://www.dedefensa.org/article-reflexion_furtive_sur_le_j-20_en_tant_que_leurre_15_01_2011.html. Comme quoi la géopolitique est devenu une science bien complexe... à supposer qu'elle ne le fut pas.


Retour au sommaire