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Dans cette page, nous présentons des ouvrages éclairant les domaines abordés par notre revue. Jean-Paul Baquiast. Christophe Jacquemin

 

 

Les meilleurs livres de science 2009 sélectionnés par la Royal Society de Londres.
Jean-Paul Baquiast 20/09/2010

 

Le NewScientist du 28 août en donne la liste. Il s'agit d'ouvrages en anglais, qui ne sont pas encore traduits en français. Mais nous pensons que nos lecteurs sont suffisamment experts dans la langue de Shakespeare pour se passer de traductions.

Rappelons que la Royal Society est dans le domaine scientifique un équivalent de l'Académie française des sciences. Elle attribue chaque année un prix destiné à récompenser le meilleur "Science Book". Ce terme ne désigne pas des ouvrages véritablement techniques, comme des thèses ou des publications destinées à des spécialistes. Mais il vise des ouvrages plus ambitieux que ceux dits chez nous de vulgarisation. Les auteurs n'hésitent pas à présenter, avec le recul critique qui s'impose, des hypothèses qui n'ont pas encore été validées par la communauté scientifique.

Il s'agit de chercheurs qui sans renoncer à la moindre facilité, s'efforcent de mettre à la portée d'un public généraliste cultivé l'essentiel de leurs disciplines ou de leurs recherches personnelles. Les scientifiques français dédaignent souvent cet exercice, qui relève pourtant d'une exigence morale indiscutable: transmettre à la société les savoirs qu'ils ont acquis grâce aux sacrifices consentis par elle afin de leur donner les moyens de travailler, devenir intelligents et se faire connaître.

Voici les 6 ouvrages nominés.

* We Need to Talk About Kelvin, par Marcus Chown, Faber and Faber. Les expériences les plus courantes peuvent révéler des aspects très profonds de la « réalité » physique.

* Why Does E=mc2?, par Brian Cox et Jeff Forshaw
, Da Capo Press. Commentaires sur les aspects connus ou moins connus de la théorie de la relativité.

* God's Philosophers, par James Hannam, Icon Books: comment la pensée scientifique n'a pas attendu le siècle des Lumières pour se faire jour en Europe. Le livre n'est en rien une apologie du créationnisme religieux, comme le titre pourrait le laisser croire.

* Everyday Practice of Science par Frederick Grinnell, Oxford University Press. Le titre décrit bien le contenu.

* A World Without Ice par Henry Pollack, Avery. Un rappel du rôle essentiel joué par les glaces dans l'histoire de la Terre.

* Life Ascending par Nick Lane, Profile Books. Ce livre présente de façon extraordinairement convaincante les 10 « grandes inventions » ayant permis à la vie telle que nous la connaissons de s'imposer sur la Terre. Dans la longue présentation que nous lui avions consacrée, nous avions dit tout le bien que nous en pensions. http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2010/104/nicklane.htm

On peut regretter que la Royal Society ignore de très bons ouvrages français, même lorsqu'ils sont traduits en anglais, comme Reading in the Brain de Stanislas Dehaene. Mais ainsi va la vie.


Hughes Lagrange, Le déni des cultures, Le Seuil, septembre 2010

Quand un gouvernement, comme c'est le cas dans un pays que nous connaissons bien, nie contre toute évidence le fait que le trésorier du parti au pouvoir soit intervenu pour « rendre service » à un contributeur important au budget dudit parti, alors que les preuves en sens contraire se suivent et se renforcent, l'opinion se demande ce que cherche vraiment ce gouvernement, avec ce déni des réalités.

En effet, à moins d'un coup de force difficilement imaginable dans un régime qui prétend rester démocratique, la vérité des faits finira par être reconnue et les menteurs seront vraisemblablement pénalisés. Mieux aurait valu dira-t-on reconnaître les faits dès le début, et prévenir ces abus avant qu'ils ne deviennent emblématiques.

C'est la même erreur, à une bien plus grande échelle, que font les sociétés européennes face au fait que les comportements jugés asociaux ou franchement délinquants par ces sociétés paraissent sensiblement plus représentés dans les populations d'adolescents ou de jeunes adultes provenant d'immigrations récentes que dans les populations autochtones. Pour des raisons complexes, notamment en France et en Allemagne, on refuse de reconnaître ce que pourtant la plupart des professionnels et travailleurs sociaux ayant affaire à ces populations ont constaté intuitivement depuis longtemps. Il n'est donc pas possible de s'organiser efficacement pour remédier à de tels dysfonctionnements sociaux.

Le langage dominant est que, comme n'existe aucune statistique sérieuse, tout au moins en France, permettant d'en juger, procéder à ces affirmations relève de préjugé racistes attribués à l'extrême droite. Cependant, comme l'a montré la démographe Michèle Tribalat, les institutions en France, à commencer par l'Insee, s'interdisent ou se voient interdire les enquêtes sur des bases éthno-raciales qui permettraient d'en juger autrement qu'à partir de ressentis affectifs toujours sujets à caution. Il est vrai que les Européens, ayant dans le passé souffert du racisme anti-juif ou d'origine colonial, se méfient de telles enquêtes plus que d'autres peuples chez qui le racisme est intuitif, sinon considéré comme une vertu.

Il arrive cependant qu'avec le temps, un nombre croissant de chercheurs européens essaient d'examiner les faits en s'efforçant d'échapper aux a priori politiques, que les motifs en soient bien intentionnés (ne pas « stigmatiser » des minorités, selon le mot aujourd'hui à la mode) ou plus intéressés: faire semblant de ne pas voir les débordements pour ne pas se créer de problèmes avec les populations et quartiers concernés. Parmi ces chercheurs, on commence à évoquer dans les médias le nom du sociologue Hughes Lagrange, auteur d'un livre qui vient de paraître: « Le déni des cultures », Le Seuil. On trouve déjà sur le web de nombreux commentaires, tous généralement favorables à ce travail. Bien évidemment cependant, ce chercheur, directeur de recherche au CNRS, avait commencé à susciter des attaques de la plus mauvaise foi, l'accusant d'être un recruteur caché pour les thèses du Front National.

Le travail présenté est pourtant aussi scientifique qu'il est possible, dans des domaines où les sciences exactes ne sont pas envisageables. L'auteur montre à partir d'études de terrain, que dans les banlieues où il a enquêté, les jeunes en difficulté ou engagés dans la délinquance sont quatre fois plus représentés chez les immigrés récents provenant particulièrement du Sahel que chez les autochtones. Les adolescents d'origine maghrébine le sont seulement deux fois plus. Les émigrés venant du golfe de Guinée, où la religion musulmane est moins répandue, sont moins impliqués que ceux provenant de la zone sahélienne.

Il ne nie pas que la délinquance et les inconduites soient liées à des conditions sociales et économiques propres à ce qu'il faut bien nommer des ghettos urbains. Le chômage et le manque d'accompagnement et de promotion sociale constituent des facteurs aggravants. Mais il veut chercher plus loin les causes de ces différences entre immigrés récents et autochtones implantés depuis déjà quelques générations. Il les attribue à des différences culturelles renforcées par le manque d'effort d'intégration. Il est bien évident que ce qui ne choque pas le touriste visitant un pays de l'Afrique subsaharienne et de certaines régions du Maghreb: la situation de dépendance des femmes par rapport aux hommes, la polygamie ou, de plus en plus, l'omniprésence de la charia et de ses gardiens zélés, paraît insupportable en Europe quand ces traditions s'épanouissent librement dans des quartiers qu'ont abandonnés les représentants des cultures autochtones et les immigrés anciens bien assimilés.

Ces traditions culturelles importées ne sont pas en elles-mêmes génératrices de criminalité. Dans des sociétés anciennes, elles avaient leur raison d'être. Mais lorsqu'elles s'ajoutent à la crise économique, elles n'aident ni à l'intégration ni à l'assimilation des immigrés. Comment des mères très jeunes, soumises à des maris autoritaires, pourraient elles par exemple avoir l'autorité suffisante pour empêcher les enfants de s'adonner à des trafics de toutes sortes? Comme le souligne avec justesse Hughes Lagrange, « le caractère prédictif le plus solide de la réussite scolaire et sociale reste le niveau culturel de la mère et son degré d'intégration professionnelle ». Or les cultures importées d'Afrique et revendiquées par des groupes en mal d'identité n'y aident pas.

On se trouve donc en présence, non pas d'une guerre de civilisations qui se déroulerait en Europe avec l'ampleur qu'avait prédite Samuel Huntington, non pas même d'une guerre des cultures mais à tout le moins de dangereux conflits de cultures. Nier ces conflits, prétendre que tout se ramène à des questions d'exploitation économique ou de lutte de classe, comme l'on disait au début du 20e siècle, c'est vouloir faire le jeu de ceux dont ces conflits de cultures, s'ils prenaient de l'ampleur, arrangeraient les stratégies de prise de pouvoir. Or il y malheureusement beaucoup d'intérêts sociaux, politiques et économiques dont une telle montée aux extrêmes feraient les affaires. Nous les avons évoqué dans un article précédent (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=533&r_id= ).

Il y a d'abord la classe des hyper-riches dominant les économies mondialisés dont ils maîtrisent les processus financiers et politiques. Pour eux, se barricader dans des ghettos de luxe face à la montée des pauvres immigrés ne serait pas une catastrophe, au contraire. A l'opposé, il y a les intégristes des nationalismes et des religions qui veulent faire disparaître les dominants actuels pour s'imposer à leur place. Pour le moment, alors que la lutte entre ces deux camps est encore indécise, notamment en Europe, il conviendrait d'éviter les discours niant les différences culturelles, dont le résultat sera d'encourager les intifadas.

Comme le dit Hugues Lagrange, la question est moins de limiter l'immigration que de mieux accueillir les immigrants. Ceci ne veut pas dire renoncer à la culture autochtone, mais la rendre plus attractive. La civilisation européenne devrait avoir le génie d'assimiler, comme elle l'avait fait grosso modo jusqu'à présent, les différentes cultures qui convergent vers elle au sein d'une société certes diverse, mais obéissant à des lois identiques, s'imposant à tous.


The great Design par Stephen Hawking et Leonard Mlodinow
septembre 2010
Jean-Paul Baquiast 08/09/2010

Stephen Hawking et son collègue et co-auteur estiment que la découverte en 1992 d'une planète orbitant autour d'une autre étoile que le soleil (découverte suivie depuis de dizaines d'autres) oblige à déconstruire la vision de Isaac Newton selon laquelle l'univers n'est pas sorti du chaos. On sait que, pour Newton, du fait de son ordre parfait, l'univers aurait été créé par Dieu.

Pour les auteurs, la découverte de systèmes planétaires lointains dément les affirmations des partisans du principe anthropique fort, selon laquelle des paramètres soigneusement choisis ont permis l'apparition de l'homme sur la Terre. Le fait que le Soleil soit unique (au lieu d'être double comme dans certains systèmes), qu'il soit situé à la bonne distance de la Terre et qu'il soit doté d'une masse adéquate, sont de simples coïncidences dues au hasard des lois physiques.

Ajoutons que l'on pourra en dire autant de ces lois et au delà des constantes cosmologiques, dont les défenseurs du même principe anthropique disent qu'elles ont été réglées au millimètre près (fine tuned) pour que l'homme puisse apparaître.

Avions nous besoin d'Hawking pour nous persuader que l'univers n'a pas été créé par un prétendu Dieu situé en dehors de lui? Sans doute pas. Mais les créationnistes américains peut-être...encore que rien ne semble pouvoir les convaincre d'abandonner leurs articles de foi, comme le prouve un article publié par un certain Mariottini, professeur d'Ancien testament (ough) référencé ci-dessous.

Heureusement le livre ne se limite pas à ces évidences. Il reprend les réponses que peuvent apporter les hypothèses de la physique et de la cosmologie moderne aux grandes questions philosophiques: quand et comment a commencé l'univers? Pourquoi nous y trouvons-nous? Pourquoi quelque chose au lien de rien? Qu'est-ce que la réalité? Pourquoi les constantes physiques semblent-elles justifier notre présence? Et finalement, la science offre-t-elle d'autres perspectives que le recours à un Grand Dessein ou un Grand Créateur pour expliquer tout ce qu'elle observe?

Le livre fait le point des réponses actuelles de la science à ces questions, d'une façon très simple et agréable à lire (pour qui connaît l'anglais, of course). Les curieux constateront que les deux auteurs expliquent que, conformément à une interprétation de la mécanique quantique dite du multivers, souvent évoquée sur notre site, le cosmos n'a pas une seule histoire. Toutes les histoires possibles de l'univers coexistent simultanément. Mais cela, appliqué à l'univers dans sa totalité remet en question la relation entre la cause et l'effet, indispensable à notre science quotidienne.

Pour Hawking et Mlodinow, le fait que le passé n'aurait pas une forme bien définie signifie que nous créons l'histoire de l'Univers en l' « observant » autrement dit en y agissant. Ce n'est donc pas l'histoire passée de l'univers qui nous crée 1). Pour eux, nous sommes nous-mêmes le produit de fluctuations quantiques inhérentes à l'univers dans sa toute première forme. La mécanique quantique prédit selon eux de façon très solide le multivers, hypothèse selon laquelle notre univers n'est que l'un des nombreux univers qui apparurent spontanément à partir du vide quantique, chacun d'eux doté de lois fondamentales différentes.

Beaucoup de critiques ont reproché à Hawking ce qui dans ce livre parait être un soutien sans nuances non seulement au multivers mais à la Théorie M dite aussi Théorie de Tout, qui est une forme particulièrement ambitieuse et contestée de la non moins ambitieuse et contestée Théorie des cordes. Certains sont allés jusqu'à y voir le caprice d'un esprit vieillissant, ayant perdu le contact avec le réel. Mais quel réel précisément?

Quoiqu'il en soit, faut-il lire ce livre dans la mesure où il reprend des hypothèses et considérations devenues monnaie courante dans le monde de la physique moderne? Le lecteur curieux en trouve sur notre site de nombreuses formulations. Oui car il est toujours utile de voir comment de bons esprits tels ceux des auteurs les accommodent à leur sauce. Remarquons cependant que des hypothèses de physique fondamentale formulées après la rédaction du livre n'y figurent évidemment pas. Elles n'en remettent pas en cause les conclusions, mais mériteraient cependant d'être approfondies. Nous essaierons d'en rendre compte dans de futurs articles.

1) On retrouve là les conclusions des travaux de Mioara Mugur-Schächter, résumés par le concept de MCR, Méthode de Conceptualisation Relativisée.

Pour (ne pas) en savoir plus
Voir une réponse à Hawking d'un certain Claude Mariottini, se présentant comme Professeur d'Ancien Testament, et attristante de débilité
http://doctor.claudemariottini.com/2010/09/stephen-hawking-and-great-designer.html


The Sun Kings, par Stuart Clark, Princeton University press 2010
Jean-Paul Baquiast 08/09/2010

Dans ce livre, le spécialiste de l'espace et vulgarisateur Stuart Clark raconte la dernière grande éruption solaire Electromagnetic pulse ou EMP) dont avait souffert la Terre il y a 151 ans. Passée relativement inaperçu, ce "Carrington Event", selon le nom qui lui a été donné pourrait aujourd'hui provoquer l'effondrement de toues nos technologies, autrement dit nous reconduire au 19e siècle. Les risques ne sont pas négligeables et l'auteur insiste sur le fait que nous devrions mieux nous protéger.

NB.: Stuart Clark a aussi publié un ouvrage très bien fait répondant aux 20 questions les plus fréquemment posées (sans être les plus faciles) concernant l'Univers: The Big Questions. The Universe Quercus. Il édite également le blog http://www.stuartclark.com/ que nous recommandons.

Pour en savoir plus
Article http://press.princeton.edu/blog/2010/09/02/a-solar-warning-by-stuart-clark/


The Artificial Ape, How technology changed the course of human évolution par Timothy Taylor
Palgrave Macmillan. Septembre 2010
Jean-Paul Baquiast 08/09/2010

Pour ce paléoanthropologue, c'est l'utilisation par les premiers hominiens d'outils sommaires trouvés dans l'environnement qui a déclenché l'évolution morphologique et culturelle de ceux-ci. Le phénomène aurait pu commencer avec les autralopithèques il y a plus de 2,5 millions d'années. Il fait l'hypothèse que notamment des pierres tranchantes auraient servi à détacher des viscères animaux afin d'en faire des lanières permettant aux mères de transporter leurs petits commodément. Le mode d'ancrage des jeunes sur les mères pratiqué par les primates n'était plus possible avec l'adoption de la bipédie.

Il en a découlé des transformations considérables, tenant notamment à la possibilité du développement de gros cerveaux.

Pour Timothy Taylor, le mécanisme se poursuit. Nous sommes de plus en plus transformés par les technologies. Mais cela pourrait se faire au détriment de nos capacités physiques et mentales. Avec Internet, par exemple, selon lui, nous n'avons plus besoin d'être "biologiquement intelligents" selon son expression. Internet pensera à notre place.

J'ai écrit à l'auteur que sa thèse recoupait sur bien des points celle que j'avais développée dans Le Paradoxe du Sapiens. Mais je crains que ce livre écrit en français n'ai pas été lu par lui.

Pour en savoir plus
Article: http://www.newscientist.com/article/mg20727741.700-artificial-ape-man-how-technology-created-humans.html


 

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