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Le plus grand hold-up de l'histoire ?
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 5/12/2010

Le plus grand hold-up de l'histoire... c'est ainsi que l'on pourrait qualifier les prétendues «mesures de soutien à l'économie» décidées par la Banque fédérale de réserve américaine entre 2007 et 2010. Au moment où l'on attendait les révélations du site WikiLeaks sur la Bank of America [voir notre article ci-dessus], qui promettent d'être intéressantes, c'est l'US Federal Reserve Bank (Fed) elle-même qui a fait diffuser 21.000 documents (entre le 1er et 4 décembre) détaillant les opérations qu'elle a conduites dans le plus grand secret au plus fort de la crise financière des 3 dernières années
[voir http://www.federalreserve.gov/newsevents/press/...].

La Fed a fait cette révélation contre son gré, en exécution d'une instruction incluse dans la loi fédérale de régulation du système bancaire (Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act of 2010).
Cette loi, que les institutions financières se sont empressées de contourner, a eu au moins ce résultat. Un des rédacteurs du texte, le sénateur Sanders de tendance libérale [http://sanders.senate.gov/] a été le premier à souligner dans la presse le caractère anormal sinon scandaleux de ces opérations [http://www.huffingtonpost.com/rep-bernie-sanders/a-real-jaw-dropper-at-t...]. Il a montré la complicité active des deux présidents Bush et Obama dans les décisions relatives aux montants distribués allouée et aux banques et entreprises bénéficiaires – le tout dans le plus grand secret. On découvre seulement aujourd'hui qu'au moment où l'administration se félicitait de deux mesures officielles de soutien (bailout) destinées à aider les banques en difficulté, la Fed procédait à des distributions «gratuites» de liquidité pour des montants dix fois supérieurs, sans que nul n'en soit averti.

La Fed se défend sur son site : ces opérations étaient destinées à redonner de la liquidité à l'économie au plus fort de la crise. De plus, elles auraient toutes fait l'objet aujourd'hui de remboursements. Mais les choses sont plus complexes qu'elle ne le dit. Il semble notamment que les remboursements aient comporté une grande partie de titres toxiques dont les banques se seraient défaussées sur le Trésor. De toutes façons ces remboursements suffiraient-ils à faire taire les questions et les critiques, non plus d'ailleurs que les mêmes questions et critiques s'adressant à la politique financière européenne ?

Le point que nous voudrions en effet souligner d'emblée concerne l'Europe.
La révélation des pratiques du méga-lobby financier américain (incluant la City), que nous avons qualifié de super-organisme anthropotechnique, ne concerne pas seulement l'Amérique. Tout ce qui touche à Wall Street impacte directement l'ensemble des économies et des Etats européens, notamment à travers la dette souveraine que ces derniers ont contracté auprès des fonds spéculatifs.
La politique imposée en Europe par certains gouvernements à la Banque centrale européenne (BCE), lui interdisant pratiquement jusqu'à ces derniers temps de prêter directement et sans intérêt des euros aux Etats en difficulté, paraît à cet égard incroyablement décalée. Elle est si contraire aux intérêts de l'Union européenne que l'on ne peut s'empêcher d'y voir un des aspects de la conspiration mondiale des intérêts financiers contre les peuples.

Quelques précisions

Revenons rapidement sur la façon dont il faut interpréter les informations dont nous disposons depuis le 1er et le 3 décembre.
Le total des fonds distribués en trois ans par la Fed (Fed bailouts) s'élèverait à 3,3 mille milliards de dollars (trillions selon la terminologie américaine). Mais en additionnant les liquidités distribuées au total aux banques, aux fonds spéculatifs et aux grandes entreprises (un prêt pouvant générer un autre prêt) on atteindrait des dizaines de trillions. Le tout s'étant fait sans information publique ni contrôle démocratique. Par comparaison les dépenses obligatoires du budget fédéral américain pour 2010 sont d'environ 2,2 trillions (http://en.wikipedia.org/wiki/2010_United_States_federal_budget).
De même, les sommes attribuées à l'économie par les deux campagnes officielles de soutien à l'économie, le «Treasury Department's $700 billion Troubled Asset Relief Program» et le «$787 billion Stimulus package» dû à l'administration Obama paraissent presque des gouttes d'eau dans le seau.

Ces sommes furent allouées sans aucune exigence de contrôle provenant de la Fed ou du Trésor. Elles le furent à un taux d'intérêt aussi bas que possible, sans que les bénéficiaires eussent à fournir de compte-rendu de l'utilisation des fonds. Les informations remontant du système bancaire laissent à penser aux observateurs qu'elles ont servi à couvrir les pertes supportées par les spéculateurs sur les risques énormes pris avant la crise (ce dont le "pauvre" Jérome Kerviel n'a pu bénéficier...). Les liquidités obtenues ont ensuite servi dans un second temps à financer les nouvelles opérations spéculatives à très haut profit qui depuis quelques mois ont «redonné des couleurs» à Wall Street, à nouveau au mépris des régulations et des obligations de transparence imposées par la loi fédérale.

Faut-il rappeler que les milliards de bénéfices encaissés par les traders, actionnaires et membres des directions des banques et entreprises bénéficiaires de ces prêts (le corporate power) bénéficient de toutes facilités pour dissimuler leurs gains dans les paradis fiscaux et échapper ainsi l'impôt fédéral ? Dans le même temps, avec une impudence incroyable, Barack Obama vient pourtant de décréter le gel ou la baisse des salaires des fonctionnaires fédéraux. A la suite de cette décision, il a improvisé une visite en Afghanistan pour échapper aux questions.

C'est bien lui pourtant, comme la majorité démocrate précédente, qui porte la responsabilité de ces pillages du Trésor Public. Car les révélations de la Fed confirment qu'il a confié des responsabilités majeures à deux des «insiders» les plus influents de Wall Street, l'ancien CEO (président exécutif) de Goldman Sachs Henry Paulson et l'ancien président de la New York Federal Reserve, Timothy Geithner, devenu secrétaire au trésor (ministre des finances).

Le World Socialist Web Site, qui n'avance jamais rien à la légère, autant que nous ayons pu en juger par le passé, précise quelques uns des «sauvetages» permis par la Fed.
Le «Primary Dealer Credit Facility» a versé 9 trillions à bas taux d'intérêt aux firmes d'investissement (de spéculation) de Wall Street.
Le «Term Auction Facility» a fourni des prêts à long terme, toujours à bas taux, aux banques pour un total de 4 trillions de dollars. Loin de s'en servir pour financer les besoins de l'économie réelle, les établissements financiers ont utilisé ces sommes pour consentir des prêts à taux élevé aux collectivités publiques et agences gouvernementales, sans mentionner les Etats européens. Cela leur a permis d'encaisser des milliards de profit qui n'ont évidemment pas fait l'objet des remboursements au Trésor dont se vante la Fed.

Le New York Times donne encore plus de précisions sur les mesures de soutien dont ont bénéficié les plus grandes banques et entreprises américaines, ainsi que sur la relance des manœuvres spéculatives qui en a résulté http://www.nytimes.com/...).
Quant au sénateur Sanders, précité, il ne décolère pas. Le gouvernement, suivi en cela de la nouvelle majorité républicaine, va renforcer les prélèvements pesant sur les citoyens les plus pauvres et les PME, diminuer les programmes de soutien et continuer à faire le secret sur les opérations spéculatives conduites aux Etats-Unis et dans le reste du monde par les grandes banques. Il a demandé à la Cour des comptes fédérale, le «Government Accountability Office» de produire un rapport, mais celui-ci ne sera pas obtenu avant 2011.

Pendant ce temps, les gouvernements européens (sans mentionner la BCE), restent indifférents face à des événements qui touchent directement le niveau de vie et l'activité des citoyens. Les économistes et les hommes politiques continuent à s'interroger gravement sur l'avenir de l'euro et l'approfondissement de la crise. De l'argent a été prëté en abondance aux banques, mais sans aucunes conditions ni contrôle. Pas une voix ne se fait entendre [à part un peu dans un autre domaine celle née du buzz Eric Cantonna (http://www.bankrun2010.com/] pour exiger une réforme en profondeur du système banques-assurances-BCE européen, le mettant à l'abri de l'impérialisme financier anglo-saxon.
Rien d'étonnant à cela, diront les mauvaises langues, puisque les intérêts des banques et des gouvernements sont étroitement imbriqués d'une rive à l'autre de l'Atlantique
.

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Post Scriptum au 06/12

Un correspondant nous écrit :

"Si ce sont des prêts de la FED, ce ne sont pas des fonds publics (issus des impôts). C'est de la création monétaire et s'il y a remboursement, ce n'est même plus de la création monétaire du tout. Il n'y a donc ni scandale, ni encore moins hold-up. Dans le hold-up il faut un volé. Ici, il n'y a personne de volé. Ce peut être une politique monétaire discutable, mais ce n'est pas un hold-up sur la working class ou le tax payer. Et cette politique monétaire me paraît de surcroit très bonne, et vous le pensez aussi puisque vous déplorez que la BCE ne le fasse pas, même si elle a récemment beaucoup évolué sur ce point "

A cela nous répondrons que les fonds en question étaient de la monnaie créée par une institution fédérale allant à des banques d'affaires qui s'en sont servi non pour investir dans l'économie réelle (ce que chacun constate qu'elles n'ont pas fait), mais pour se rembourser de leurs pertes sur l'immobilier ou pour continuer à spéculer. Ce n'est pas ce que nous voudrions que fasse la BCE. Nous voudrions qu'elle crée de la monnaie pour financer des investissements rentables cautionnés par les Etats. Encore faudrait-il que les Etats européens ne soient pas au service des intérêts financiers. AI

 


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