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Science,
technologie et politique
Surveiller
et punir.
Robots de garde et patrouilleurs aux frontières.
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin - 29/10/2010
Dans
notre article «Les
nouvelles murailles de Chine», nous rapportions
la tendance croissante des pays riches à se
protéger des immigrations clandestines en construisant
des murs à leurs frontières, murs dotés
de toutes les ressources des nouvelles technologies.
Parmi ces ressources se trouvent de plus en plus de
robots autonomes terrestres capables d'augmenter le
pouvoir de surveillance et le cas échéant
d'intervenir directement, en appui voire en remplacement
des gardes frontières. Ils patrouillent seuls,
jusqu'à identifier quelque chose d'anormal.
Ils signalent alors la cible (target) aux postes de
garde humains. De tels engins sont aussi utilisés
pour protéger des lieux sensibles, militaires
ou civils, tels que les sites nucléaires.
Ces
robots n'opèrent pas encore dans des lieux
ouverts, dont ils n'auraient pas encore appris à
connaître les caractéristiques. Ils patrouillent
le long de murs et d'enceintes bien définies.
Mais cela n'empêche pas qu'ils doivent éviter
de confondre des objets ou phénomènes
normaux, y compris des ombres, avec les catégories
d'intrusions qu'ils doivent signaler. Ils sont donc
dotés de capteurs et de logiciels d'intelligence
artificielle de plus en plus évoluées,
capables de s'affiner par retour d'expérience.
Lorsqu'ils ont identifié un phénomène
anormal, ils alertent le poste de garde qui peut,
avant même d'envoyer un agent, observer la cible
par les yeux du robot, voire l'interpeller par l'intermédiaire
de l'organe vocal dont est doté celui-ci.
Les
robots patrouilleurs sont aussi équipés
d'armes d'intimidation non létales au cas où
les personnes interpellées n'obéiraient
pas aux injonctions. On envisage sérieusement
de les doter dans l'avenir d'armes à feu. Celles-ci
cependant n'interviendraient (jusqu'à nouvel
ordre) que sur commande de l'opérateur humain.
Mais de l'acquisition de la cible jusqu'à l'ouverture
autonome du feu, il n'y a qu'un pas.
Le
marché est très porteur et beaucoup
de laboratoires et d'industriels y investissent pour
réaliser des produits de plus en plus performants.
Afin d'obtenir des robots susceptibles de s'adapter
à des environnements non encore cartographiés
directement par eux, ils envisagent notamment d'utiliser
les images 3D du type de celles que recueillent les
véhicules utilisées dans l'application
Google Street View. Ce même Google vient d'ailleurs
d'annoncer qu'il a mis au point une voiture sans conducteur
capable de se piloter seule avec ces aides à
la localisation.
En
dehors des véhicules terrestres, le marché
demande de plus en plus de drones, capables d'inventorier
des espaces beaucoup plus vastes. Les drones de surveillance
seront en principe plus petits et moins coûteux
que les grands drones militaires tels que le Predator
utilisés au Pakistan par l'armée américaine,
mais ils fonctionneront sur le même principe.
Parmi
les nouveaux produits, on peut citer le Mobile Detection
Assessment Response System de General Dynamics utilisé
à titre expérimental par l'US National
Nuclear Sécurity Administration, le robot tout
terrain réalisé par la compagnie israélienne
C-Nius Unmanned Groud Systems et le robot de garde
qui pour le moment n'est pas mobile, utilisé
par la Corée du Sud, le Samsung Techwin SGR-1
Un
peu de psychologie s'impose pour bien comprendre les
besoins exacts auxquels sont censés répondre
tous ces matériels. Il s'agit on l'a compris,
de garder les frontières séparant un
pays riche d'un pays pauvre, censé emplis de
desperados prêts à tout pour entrer clandestinement.
C'est le cas à la frontière américano-mexicaine.
Mais lorsque l'on observe les discours électoraux
abondants aux Etats-Unis lors des élections
mi-mandat, on constate que les opposants les plus
virulents à Barack Obama, Républicains
ou Tea partisans, lui reprochent à la fois
de laisser pénétrer des clandestins
en masse et de les empêcher d'entrer, alors
que disent-ils les exploitations agricoles ont besoin
de travailleurs saisonniers pressurables à
souhait, donc clandestins. On voit mal comment les
robots patrouilleurs, aussi intelligents soient-ils,
réagiront face à ce dilemme: empêcher
les intrusions ou fermer complaisamment les yeux lorsqu'ils
auront identifié un «intruder».
Dans
la protection des bunkers des riches et des puissants
(les compounds), où ceux-ci envisageront de
plus en plus de se réfugier face au déchainement
des pauvres, les robots patrouilleurs ne seront pas
sans poser de problèmes, tout à fait
différents il est vrai. Que se passera-t-il
quand ils tomberont en panne et qu'il faudra pour
les débugger faire appel à des techniciens
de maintenance décidés à ne pas
jouer le jeu. On voit mal les riches et les puissants
dépanner eux-mêmes ces machines. Ils
seront déjà bien incapables de faire
à long terme fonctionner tous leurs autres
moteurs, en cas de grèves dures dans les raffineries
ou dans les centrales électriques. Envoyer
l'armée pour remplacer les grévistes
ne suffira pas, quand on sait que l'armée,
désormais, est composée en grande majorité
de « latinos » sans doute tentés
de se solidariser avec les grévistes en cas
d'aggravation des conflits.
Les
questions envisagées ici ne concernent pas
uniquement les Etats-Unis, Israël ou la Corée
du Sud. Elles se retrouveront très vite en
Europe.
Pour
en savoir plus
Mobile
Detection Assessment Response System. Centre de ressources
:
http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/summary?doi=10.1.1.13.1556
C-Nius
Unmanned Groud Systems. Voir le diorama :
http://www.g-nius.co.il/ Voir
Samsung
Techwin SGR-1 Voir la vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xg078_robot-sentinella_tech
Voir aussi de Wired, Danger Room :
http://www.wired.com/dangerroom/2010/10/darpa-leads-push-for-near-human-robot-doctors-farmers-troops/
Ce
texte est documenté à partir de sources
fournies par un article de David Hambling dans le
NewScientist du 23 octobre 2010, p. 22. David Hambling
est l'auteur d'un livre dont nous recommandons la
lecture " Weapons Grade" (Constable &
Robinson). Les commentaires sont de nous.
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