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Article.
Désordres psychologiques aux Etats-Unis.
Le prix humain du dérèglement du système
politique
d'après Philippe Grasset 22/11/2010
Ce
texte résume un article
de Philippe Grasset publié sur le site
Dedefensa. La question présente un indéniable
intérêt scientifique, dans un domaine
souvent abordé ici: la formation des visions
globales du monde (global mood). On pourrait contester
la façon dont les Américains définissent
les troubles psychologiques, mais la question n'est
pas là. A.I.
Les
statistiques officielles du gouvernement américain,
considérées en général
comme largement inférieures à la réalité,
indiquent que, pour 2009, autour de 20% des citoyens
américains adultes (1 sur 5, ou 45 millions
de personnes) souffrent de troubles psychologiques
sérieux à graves (allant des «dépressions
sérieuses » à des «tendances
suicidaires») et que moins de la moitié
reçoivent des soins.
Il
s'agit des Américains adultes. La population
non adulte (adolescents) est elle-même encore
plus atteinte. « A peu près 50% des adolescents
(teenagers) manifestent des formes de déséquilibres
mentaux et à peu près la moitié
d'entre eux des symptômes pathologiques qui
interfèrent gravement sur leur vie courante...
».
On
replacera bien entendu ces divers constats concernant
la population américaine (qui devraient se
retrouver dans nombre de populations du bloc occidentalo-américain)
dans le contexte qui importe. La crise économique
et sociale en est l'élément le plus
évident, avec les chocs successifs qu'elle
engendre, leurs effets sur l'emploi et le niveau de
vie de la population, l'incapacité du système
à provoquer l'amélioration de la situation
alors que cette amélioration est sans cesse
annoncée. Le mélange de pauvreté
et de précarité, assorti de la tension
permanente entre les annonces optimistes et les déceptions
qui les suivent, est sans doute un puissant facteur
de dérèglement psychologique.
Sur
ce premier élément se greffe un facteur
plus spécifique, la tension permanente alimentée
par la politique de sécurité nationale
(ou sécurité collective
puisque les Etats-Unis veulent absolument associer
à leur « combat » l'ensemble des
pays occidentaux). Cette politique s'appuie depuis
plusieurs années sur la menace terroriste,
elle même absurdement exagérée
et décrite comme apocalyptique. Concrètement
elle se traduit par diverses mesures quotidiennes
dites intrusives de surveillance, comme
notamment les méthodes de fouille et de contrôle
corporel dans les aéroports américains
relevant de la Transport Security Administration (TSA).
Elles commencent à prendre l'ampleur d'un scandale
national et conduisent désormais à un
débat dans le corps législatif.
Bien
entendu, la situation est aggravée par les
guerres en cours, en Afghanistan principalement, qui
se définissent à la fois par des destructions
absurdes et massives, des dépenses énormes,
des échecs répétés et
une absence de but, voire de compréhension
du conflit, finalement couronnés par une reconnaissance
tacite unanime de l'impossibilité de la victoire.
Les effets perturbateurs sur la population de la «guerre
contre la terreur» sont largement renforcés
par la présence en constante augmentation de
vétérans de ces guerres, eux-mêmes
frappés dans des proportions effrayantes, allant
jusqu'à 80% selon certaines études,
de troubles psychologiques sérieux à
très graves... Il s'agit de conflits qui font
aujourd'hui plus de pertes du fait des suicides dus
aux problèmes psychologiques que du fait de
l'action au combat.
En
d'autres mots, la situation d'une population gravement
affectée psychologiquement devient un problème
de première dimension, un problème central
de cette crise générale de notre civilisation.
Les 45 millions de personnes recensées aux
USA comme affectées de troubles sérieux
à graves (de la dépression sérieuse
au suicide), avec une grande partie du reste de la
population affectée de troubles plus légers
qui menacent constamment de s'aggraver, nous indiquent
qu'il s'agit d'une crise collective majeure dont nous
n'hésitons pas à affirmer qu'elle est
directement et massivement liée à la
situation générale de crise terminale
de notre civilisation, crise elle-même en aggravation
constante. Le phénomène est plus particulièrement
ressenti et spectaculaire aux USA parce que ce pays,
sans assise historique, massivement engagé
à l'extérieur et soumis à un
système de la communication tous les jours
démenti par les événements du
monde réel, se montre d'une fragilité
psychologique très grande.
Il
faut bien voir en effet que le système de la
communication tel qu'il est utilisé officiellement
aux Etats-Unis dissimule systématiquement la
réalité de la gravité de la crise
par tout un apparat de discours politico-commerciaux
vantant l'expansion, les loisirs, la globalisation
d'une économie fondée sur la promesse
de l'abondance et du bonheur. La prise de conscience
de la crise centrale du système, refusée
à la conscience collective, est perçue
de façon massive par la psychologie, avec les
effets dévastateurs que l'on commence à
apprécier statistiquement. A côté
de cela, les adjuvants tels que la drogue, l'alcool,
les armes individuelles, jouent leur rôle, également
massif, d'aggravation du problème.
Puisque
la crise ne peut entrer ouvertement par la grande
porte de la conscience de l'individu, elle pénètre
subrepticement par les fenêtres de sa psychologie.
Le résultat est désormais évident.
Lors des « vraies guerres », la conscience
placée devant des dangers dont la plupart malgré
la propagande ne pouvaient être dissimulés,
était mieux capable de les appréhender.
Lors de telles vraies guerres, malgré les dommages
infligés directement par les conflits, les
psychologies sont beaucoup plus stables parce que
la réalité du danger n'est pas dissimulée
et que l'instinct vital organise les psychismes pour
affronter la situation. Dans la situation actuelle,
les dommages réels étant niés
ou cachés, entraînent des troubles graves
sur les psychismes. Les individus, ne peuvent organiser
d'adaptation défensive à des dangers
soit insaisissables (le terrorisme) soit masqués
(les conséquences de la crise économique
ou des campagnes militaires à l'extérieur).
Mais
l'on comprend bien qu'il s'agit d'une situation sans
issue. Le système ne peut pas reconnaître
la puissance et la profondeur de la crise centrale
qui l'affecte puisque ce serait reconnaître
son vice irréversible et sa mort prochaine.
Il en résulte que ces troubles psychologiques,
qui doivent s'exprimer d'une façon ou d'une
autre, fournissent une explication acceptable à
une situation de plus en plus chaotique, notamment
dans le domaine de vie politique. Le chaos politique
au niveau notamment des affrontements et choix partisans,
répond aux troubles de la psychologie. Les
consciences ne s'expliquent pas ce qui se passe et
elles réagissent par divers excès politiques,
une insatisfaction grandissante, un jugement fluctuant
sinon fantasmatique de la situation.
Cela
est particulièrement évident aux USA,
dans ce pays dont les structures politiques sont très
rigides, le conformisme généralisée,
c'est-à-dire un système d'enrégimentement
paradoxalement fondé sur les affirmations de
liberté et d'autonomie ne fonctionnant que
si les citoyens conservent une psychologie qui, même
déséquilibrée, doit se trouver
en accord absolu avec ce système. Ce n'est
plus du tout le cas, comme on le sait. Notre hypothèse
est que le désordre américain actuel
a sa cause principale dans ce phénomène.
De là, on peut tirer la conclusion que la psychologie
malade des citoyens du système est la première
menace de sécurité nationale pour les
Etats-Unis (encore une fois, bien en avance sur le
reste du monde à cause de leurs spécificités
historiques). Elle affecte directement l'équilibre
et la cohésion de cette puissance. Elle devrait
accélérer d'une façon dramatique
le processus de dissolution du cadre politico-social
du pays, et très rapidement sa cohésion
géopolitique. On aurait ainsi la démonstration
que la dimension psychologique règle tout et,
notamment, la dimension géopolitique. Mais
il s'agit, bien sûr, d'un aspect et rien que
d'un aspect du phénomène plus général
de l'effondrement d'un système et de la civilisation
qu'il a prise sous sa tutelle.
Sources:
CBS.News
http://www.cbsnews.com/stories/2010/11/18/health/main7066675.shtml
Raw Story http://www.rawstory.com/rs/2010/10/teens-meet-criteria-mental-disorder/
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