Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 112
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).
 

Economie et politique
A propos du film "Inside Job"
Jean-Claude Empereur - 21/11/2010

Inside Job
http://www.youtube.com/watch?v=X2DRm5ES-uA
Commentaire des Inrocks :
http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/t/53542/date/2010-11-16/article/inside-job-1/

A voir absolument ! Inside Job est un film prodigieux sur la crise financière, très différent dans sa facture, son écriture et son propos des récentes productions hollywoodiennes traitant du même sujet.

Réalisé par Charles Ferguson, le film met en scène les acteurs réels de la crise des «subprimes», dirigeants de la Fed, des banques, hommes politiques, universitaires ou tenancières de maisons closes etc. Les images sont superbes par leur expressivité, la vigueur et la nervosité du montage. La voix off de Matt Damon donne encore plus de profondeur à ce superbe film.

Il s'agit d'un documentaire réalisé à partir d’interviews des principaux protagonistes de la crise. Certains de ceux-ci ont refusé de se soumettre à l’exercice, d’autres le font avec une candeur désarmante ou un cynisme à peine supportable.

Le film apporte souvent un éclairage nouveau sur certains événements ou certaines décisions. Il ouvre de nombreuses pistes de réflexion. La tonalité générale est pessimiste, tout semble redevenu comme avant : la prochaine crise se prépare, Wall Street a conservé le contrôle et le système financier en a profité pour accroître son pouvoir.

Barack Obama à complètement échoué dans son effort de régulation, à supposer qu’il ait jamais voulu l’entreprendre. Charles Ferguson met l’accent sur l’ambigüité du personnage et met en évidence à quel point le président américain est solidement «encadré» par une garde rapprochée issue des milieux financiers les plus hostiles aux réformes et à la mise en cause de leurs privilèges.

Dominique Strauss Kahn et Christine Lagarde qui sont présentés dans l’affiche du film comme faisant partie du « casting » s’en tirent plutôt bien. On notera la fraîcheur de la réponse de notre ministre à la question posée par Fergusson : "A l’annonce de la chute de Lehman comment avez vous réagi ?" "J’ai dit Holy cow" "Ah la vache" en français.

L’un des éléments les plus intéressants du film est la très sévère mise en cause des grandes universités américaines, si prisées par nos compatriotes. Elles sont à la source de l’idéologie de la dérégulation financière, laquelle est pour une large part à l’origine de la crise. Mais c’est aussi l’ensemble du système académique américain qui est montré du doigt. Le film met en évidence l’ampleur et la nature particulièrement perverse des conflits d’intérêt qui traversent cet univers peuplé d’enseignants tous très engagés dans le conseil et la participation aux organismes dirigeants et de contrôle de la plupart des entreprises financières. De ce point de vue, les réponses des intéressés laissent sans voix, elles sont consternantes.
Les réponses des responsables des agences de notation sont tout simplement effarantes. La vigueur des auditions des grandes commissions d’enquêtes du Capitole est en revanche à l’honneur de la démocratie américaine.

Dans la grande tradition dramatique, Inside Job» mêle à la fois le tragique à la comédie. Du début à la fin, on est affligé par le spectacle mais on rit très souvent. Jaune bien entendu.

Charles FergussonCe qui donne du poids aux interviews de Charles Fergusson et qui l’a rendu crédible auprès de ceux qui ont accepté de répondre à ses questions (il faut reconnaître à ceux-ci une certaine forme de franchise et de courage), est qu'il est lui-même un «insider» puisqu’il doit sa fortune à la bulle internet. Il connaît donc parfaitement le milieu, les codes et les mentalités. Il s’était distingué déjà en 2007 par un film sur l’engagement américain en Irak. Primé aux Oscars ce film n’a jamais été distribué en France.

Inside Job remplace à lui seul la plupart des articles et des livres écrits sur le sujet ces derniers mois. Si l’on n'a pas encore compris ce qui s’est passé et surtout ce qui va se passer, c’est l’occasion de mettre de l’ordre dans nos idées. On peut craindre cependant que, pour des raisons faciles à imaginer, ce film ne rencontre pas dans les médias tout l'écho qu'il mériterait, aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe.

Retour au sommaire