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Science
politique
G20 de Séoul. Echec
ou début de prise de conscience
Jean-Paul Baquiast - 08/11/2010

L'Europe
incapable de se comporter en puissance indépendante
ne pourra tenir au G20 le langage capable de se faire
entendre des deux autres Grands.
Les
pays membres du G20 se réunissent les 11 et
12 novembre à Séoul. Il nous paraît
inutile d'attendre le compte-rendu de la réunion
pour commencer à le commenter. Le résultat
semble assez prévisible. Nous y reviendrons
cependant si nécessaire.
Ce
sommet, qui ne fonctionne pas encore comme une organisation
internationale officielle, avec des règles
formellement établies, est néanmoins
important, car il rassemble les vingt plus grandes
puissances mondiales (80 % du commerce international,
deux tiers de la population mondiale). Il doit en
principe aborder plusieurs sujets, dont certains en
termes si vagues qu'ils n'entraineront guère
de décisions pratiques: inégalité
entre pays de nord et pays du sud, déséquilibres
dans les échanges, aide au développement,
éventuellement, comme le voudrait l'actuel
président du G20 Nicolas Sarkozy, lutte contre
le réchauffement climatique et contre la perte
de biodiversité.
Les
sujets qui seront vraiment à l'ordre du jour
concernent la régulation financière
et la limitation des fluctuations de change entre
les grandes monnaies mondiales, dollar, euro, RMB
chinois et yen japonais. Dans les deux cas, il ne
s'agira pas de réformer le capitalisme de marché,
dont les effets dévastateurs sur l'évolution
du monde viennent pourtant d'être soulignés
par ...Pascal Lamy, président de l'Organisation
mondiale du commerce (voir ci-dessous). Il s'agira
seulement de limiter les conséquences les plus
visibles de la spéculation internationale dans
le domaine des marchés boursiers et dans celui
des changes. Ce sont les pays les plus pauvres qui
sont les premiers à souffrir des stress permanents
imposées à l'économie réelle
(industrie, agriculture, commerce) par les spéculations
sur les matières premières et les biens
et services découlant de l'excessive liberté
et de la non transparence laissée aux marchés.
Les
Etats les plus pauvres ne sont pas représentés
au G20. Certains membres pourtant semblent vouloir
s'en faire les porte-paroles. Parmi eux se trouve
l'Europe, dont divers pays dont la France souffrent
presque au même titre que les pays en développement
des excès du capitalisme de marché.
Nicolas Sarkozy les représentera. Mais compte
tenu du rapport de force entre la France, fut-elle
soutenue par l'Union Européenne, et les deux
autres grands du G20, Etats-Unis et Chine, il a choisi
la prudence diplomatique. Sans doute aurait-il du
choisir de mettre les pieds dans le plat, au risque
de susciter de mini-révolutions. Mais nous
ne devons pas nous faire d'illusion. Nicolas Sarkozy
a les mains liées. On ne peut attendre de l'Union
européenne qu'elle se libère des influences
pesant sur elle, afin de se comporter en puissance
aussi autonome que l'est la Chine ou l'Amérique.
La City de Londres et Wall Street sont encore les
vrais responsables des positions affichées
par les gouvernements européens. La Chine d'ailleurs
le sait et n'est pas prête à faire totalement
confiance aux apparentes solutions de compromis que
pourrait présenter Nicolas Sarkozy.
Le
langage que l'Europe devrait tenir au G20 de Séoul
serait selon nous très simple, si le continent
était une puissance indépendante. Il
consisterait à dénoncer avec force le
maintien de l'unilatéralisme américain.
Même si elle est affaiblie, la superpuissance
américaine continue à vouloir régenter
le monde au mieux de ses intérêts, quitte
à pousser la Chine, désormais 2e puissance
mondiale, à s'engager dans des manuvres
de rétorsion.
Unilatéralisme
américain
Cet
unilatéralisme américain est éclatant,
dans les deux domaines à l'ordre du jour du
G20, la régulation financière et celle
des changes. En matière de régulation
financière, le G20 pourrait très bien
prendre à son compte les mesures proposées
par divers gouvernements, dont celui de Barack Obama,
que personne n'applique en fait. On pourrait à
cette occasion constater que les mesures décidées
par le précédent G20, notamment à
l'égard des paradis fiscaux, sont restés
une aimable plaisanterie. Pour changer cette façon
de faire, qui décrédibilise l'action
multilatérale, le G20 devrait non seulement
établir le corpus de règles qui devraient
s'appliquer, notamment en matière de transparence,
mais d'autre part se doter d'une autorité indépendante
capable de vérifier à tous moments l'application
de ces règles et de proposer des sanctions
à l'égard des contrevenants. Cela ne
fera sans doute pas changer d'un seul coup les pratiques
des Etats et des mafias qui violeront consciemment
les régulations qui auraient été
adoptées, mais il s'agirait pourtant d'un pas
dans la bonne direction. Alors qu'aujourd'hui, quand
par exemple Nicolas Sarkozy annonçait avec
aplomb que suite aux décisions du précédent
G20 (dont il s'attribuait d'ailleurs la paternité):
« Les paradis fiscaux, c'est fini »,
il provoquait l'hilarité générale.
Concernant
les changes, là aussi il faudrait mettre les
pieds dans le plat. L'Europe par la voix de son représentant
devrait avoir le courage de dire que les Etats-Unis
ne peuvent absolument pas demander à la Chine
de revaloriser le RMB quelques jours après
que la Banque fédérale ait pris les
mesures propres à dévaluer encore un
peu plus le dollar (voir notre article « Avant
le G20, l'engagement militant de la Banque fédérale »).
Mais là encore, si l'Union européenne
se comportait en puissance vraiment autonome, elle
ne s'en tiendrait pas aux récriminations. Elle
aussi, à l'initiative de ses chefs d'Etats
et de gouvernements, devrait décider de créer
de l'euro pour résoudre ses propres problèmes
de trésorerie. Ceci ferait baisser l'intérêt
de la monnaie unique comme valeur refuge et faire
réfléchir les détenteurs de la
dette souveraine des Etats européens, qui seraient
asiatiques à 50%, d'après certaines
estimations.
Nous
rêvons, dira le lecteur réaliste. Tout
ceci n'est pas possible, pour la raison que nous venons
de rappeler, la dépendance de l'Europe à
la City et à Wall Street, cachant une dépendance
encore plus profonde, celle découlant du fait
que les Européens sont incapables d'investir
dans les domaines permettant d'acquérir la
puissance de demain.
Un
thème de recherche scientifique
Soit,
nous rêvons. Mais pour continuer à rêver,
sur un plan un peu plus scientifique, il conviendrait
de commencer à s'interroger sur ce capitalisme
de marché mondialisé dont le G20 est
en grande partie l'émanation (ce qui le rend
impuissant à s'auto-réformer). Quel
est vraiment ce mécanisme d'ampleur gigantesque
dont, nous l'avons rappelé, Pascal Lamy, homme
pourtant modéré, commence à penser
qu'il mène le monde au désastre? Si
des scientifiques nous expliquaient qu'un phénomène
pourtant connu se transforme au point de mener le
monde au désastre, par exemple la prolifération
des germes microbiens polyrésistants, les forces
scientifiques du monde entier se mobiliseraient pour
étudier le problème et proposer des
remèdes aussi efficaces que possible.
Concernant
le capitalisme de marché, ce n'est pas le cas.
Sciences économiques et sciences politiques,
rejointes récemment par les sciences cognitives
voire neuro-cognitives, ont depuis quelques années
multiplié les études, sans avancer d'un
pas dans la compréhension profonde du phénomène
et moins encore dans la proposition de mesures susceptibles
de pallier ses effets délétères.
S'agit-il d'un thème impossible à traiter
par des observateurs trop inclus dans le système
pour pouvoir le décrire.? D'autres voies d'approche
seraient-elles possibles, avec d'autres outils voire
d'autres « cerveaux »? Posons
seulement ici la question. Nous y reviendrons sans
doute.
* G20
http://www.g20.org/index.aspx
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