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Politique
L'Amérique
face à une crise majeure ?
par Jean-Paul Baquiast 29/06/2010
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Trois
occasions de crise majeure du système politique et
social américain menacent l'Amérique: l'Afghanistan,
le geyser pétrolier du golfe du Mexique et une nouvelle
crise des crédits hypothécaires.
De l'avis
de beaucoup de chroniqueurs politiques américains,
Barack Obama, après avoir beaucoup flotté
et fait douter de ses capacités de chef d'Etat, serait
ces derniers jours sorti du triple piège qui le guettait.
D'une part, il a réaffirmé sur le pouvoir
militaire son autorité de commandant en chef, en
démissionnant le Général Stanley McCrystal
qui l'avait ouvertement défié. D'autre part,
il a imposé à BP une contribution de 20 mds
de dollars pour couvrir les dépenses liées
à la fuite de pétrole dans le golfe du Mexique.
Enfin, il a fait passer au Congrès un texte réglementant
les activités du secteur financier, ceci malgré
l'opposition de Wall Street.
De l'avis
cependant de ces mêmes chroniqueurs, il s'agissait
du minimum sans lequel Barack Obama s'enfonçait définitivement
dans le discrédit sinon le ridicule, ce qui aurait
pu en faire la cible d'une procédure d'empeachement
(mise à l'écart pour incapacité) diligentée
par les Républicains à la suite des prochaines
élections. Mais en fait ces décisions n'ont
rien réglé. Au contraire. Elles contribuent
à masquer la réalité d'une crise majeure
menaçant les Etats-Unis et risquant d'emporter le
régime. Les Européens qui contribuent à
s'abriter sous la domination américaine pour s'éviter
de grands choix difficiles en seront, après les Américains,
les victimes obligées. Dans les prochains mois, cette
crise prendra trois visages.
1. D'abord
l'Afghanistan. Avoir « ousté » McChrystal
pour mettre à sa place le général David
Petraeus, mauvais stratège, mauvais diplomate (on
l'a vu à l'oeuvre en Irak) et de plus physiquementaffaibli,
tout en affirmant que rien ne sera changé dans la
politique annoncée, relève du déni
absolu de réalité. Rappelons que cette politique
vise, d'une part à restaurer une autorité
afghane solide à Kaboul, en neutralisant les insurgés,
d'autre part à évacuer totalement le pays
dans quelques mois. Pour Bob Herbert, columnist du New York
Times, il s'agit d'un pari impossible. Non seulement ces
objectifs ne seront pas tenus, mais les forces US ainsi
que leurs alliées de l'Otan risquent de subir un
désastre majeur sur le terrain, dont profiteront
tous les ennemis de l'Occident dans la région, en
premier lieu le Pakistan et l'Iran ceci sans mentionner
les trillions de dollars de dépenses militaires et
civiles dépensés dont l'Amérique aurait
bien besoin ailleurs. Nous renvoyons le lecteur à
l'article de Bob Herbert, dont le titre est évocateur
« Pire qu'un cauchemar,Worse than a Nightmare »
(voir http://www.nytimes.com/2010/06/26/opinion/26herbert.html
). Bob Herbert n'est évidemment pas seul de cet avis.
Il est même le plus modéré.
On peut
donc se demander si face à ce dilemme Obama et ceux
qui le soutiennent ont toute leur raison. La même
question se pose à propos des Européens membres
de l'Otan, Nicolas Sarkozy le premier. Rappelons que sur
ce site, depuis des mois, nous avons écrit que cette
guerre était ingagnable et qu'il avait été
irresponsable de s'y engager. Plus exactement, cette guerre
fait certainement les affaires de tous ceux, aux Etats-Unis
et ailleurs, qui vivent des sommes dépensées
pour la perdre, sans parler du sang versé. Mais nul
ne veut évidemment reconnaître de tels buts
cachés inavouables.
2. Ensuite
le «oil spill ». Sans tomber dans le catastrophisme,
dont les sirènes fonctionnent évidemment à
plein, notamment sur internet, nous devrions être
attentifs aux avertissements d'un nombre croissant d'experts
géologues. Selon eux, BP a déclenché
par sa course aveugle au profit un mécanisme de type
sismique qui risque de prendre des proportions cataclysmiques.
Certains parlent d'un nouveau Mt. St Helen. La raison en
tiendrait aux quantités énormes de gaz (éminents
toxiques) contenus sous des pressions considérables
à très grande profondeur et qui déstabilisées
par le forage vont continuer inexorablement à monter
à la surface. Les puits auxiliaires actuellement
creusés pour injecter du ciment dans le puits principal
ne feraient qu'accroitre les risques d'un fracture des roches
qui recouvrent ce premier gisement. Des mécanismes
de détente en chaine pourraient survenir dans d'autres
gisements, avec l'éruption de quantités d'hydrocarbures
liquides et gazeux susceptibles de tuer des milliers sinon
des millions de personnes dans la zone.
La encore
se produirait un séisme non seulement géophysique
mais politique, emportant Obama et peut-être aussi
le système corporatocratique américain tout
entier. Laissons au lecteur le soin d'aller lui-même
aux sources, sinon du pétrole, du moins de l'information
technique. Il sera édifié. Tant mieux, commencent
à dire certains opposants au capitalisme prédateur.
Peut-être les Américains comprendront-ils qu'ils
sont allés trop loin. On peut le souhaiter mais rien
n'est moins sûr.
3. Rien
n'est d'autant moins sûr que Wall Street, qui devait
ressortir fortement réglementée de son affrontement
avec Obama, semble maintenant tout à fait rassurée.
La nouvelle loi, destinée à être adoptée
par le Congrès le 4 juillet, a fait l'objet d'intenses
discussions entre parlementaires et lobbyists, créant
une situation si confuse que les meilleurs experts semblent
aujourd'hui incapables de dire si elle aura le résultat
attendu, c'est-à-dire éviter que ne se reproduise
la dernière crise financière. Certes dans
sa version finale, le Bill étend les pouvoirs réglementaires
de la Réserve Fédérale et crée
un Conseil d'étude des risques systémiques
sous l'autorité du secrétaire au Trésor.
De même, il instaure un bureau de protection des consommateurs
de crédit et renforce les pouvoirs de la SEC (Securities
and Exchange Commission) à l'égard des Fonds
spéculatifs et des agences de notation.
Parmi
d'autres mesures moins spectaculaires, il oblige les banques
et les fonds à alimenter une caisse de 20 mds de
dollars destinés à couvrir les défaillances
de certains établissements. On notera aussi que le
Bill restreint les capacités des banques à
investir sur fonds propres (Volcker Rule) et crée
un cadre plus strict pour les produits dérivés,
qui ont été au coeur de la crise de 2008.
Mais
les plus modérés des observateurs reconnaissent
que le contrôle des pratiques ayant provoqué
la crise restent encore confié à l'auto-régulation
des acteurs financiers, ceux-ci ayant joué abondamment
de l'argument selon lequel aller plus loin pourrait effrayer
les investisseurs et assécher les crédits
nécessaires au business. Ces investisseurs en ont
conclu que les banques pourraient aisément s'adapter
aux mesures de contrôle dont Barack Obama s'est fait
le champion devant le monde entier, notamment au récent
G20. La Bourse a été particulièrement
optimiste à Wall Street le vendredi 25. On pourra
là encore se référer à un bon
article du NYT sur ce sujet compliqué ( voir http://www.nytimes.com/2010/06/26/us/politics/26regulate.html?pagewanted=1
)
Très
bien mais que se passera-t-il si une nouvelle crise, plus
forte encore que la précédente, éclatait
dans les mois sinon les semaines à venir. Le nouveau
rapport de L'OCC, l'Office of Comptroller of the Currency,
l'organisme gouvernemental de tutelle des banques US, dépendant
du trésor américain, est paru le 23 juin 2010.
Il évalue notamment les prêts immobiliers américains
et les saisies immobilières en cours. L'ensemble
des crédits immobiliers non commerciaux aux USA représentent
5947,548 mds de dollars. Selon l'OCC, 87,3 % de ces prêts
sont remboursés, ce qui signifie que 12,7 % d'entre
eux sont actuellement en difficultés, soit une dette
immobilière de 750 mds de dollars. L'immobilier commercial
serait également en difficulté, selon un rapport
du COP, le Congressionnal Oversight Panel, bureau de surveillance
mis en place par le Congrès. 1.400 mds de dollars
de crédits immobiliers commerciaux seraient à
refinancer sur 3 ans, soit près de 500 mds de dollars
à trouver par an. Au total, 1250 mds à trouver
dès cette année, pour éviter de nouvelles
faillites des organismes de crédit. La Fed et la
SEC proposeront elles un nouveau TARP, Troubled Asset Relief
Program, permettant de racheter sur fonds fédéraux
les dettes des banques? On peut en douter, vu l'importance
déjà excessive de la dette fédérale?
Mais alors que se passera-t-il, et que fera Obama?
On voit
que les nuages s'accumulant sur les Etats-Unis ne sont pas
prêts de s'alléger. Ceci est à mettre
en parallèle avec la volonté de puissance
croissante de la Chine, sans même mentionner celle
de l'Iran. L'Europe pour sa part aura-t-elle la volonté
de tenter de se rendre plus autonome vis-à-vis de
l' Amérique, pour ne pas se laisser entrainer dans
le désastre annoncé. On n'entend plus guère
Nicolas Sarkozy sur cette grande question, mais l'accord
semblant s'esquisser entre l'Allemagne, la Russie, la Pologne
et la France pour une politique commune de sécurité
en Europe qui pourrait ouvrir quelques perspectives. Nous
y reviendrons dans un prochain article.