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Si nous
considérons qu'un groupe humain, quelle que soit
sa nature ou sa taille, constitue un superorganisme, il
convient de se poser la question de l'endroit où
s'élaborent les décisions qui elles-mêmes
commandent ses comportements. Les scientifiques ont depuis
longtemps constaté que les groupes d 'êtres
vivants non humains, insectes sociaux (par exemple essaim
d'abeilles), poissons (bancs de harengs), regroupement de
mammifères (troupeaux de buffles) adoptent pour s'adapter
à des changements du milieu ou pour faire face à
des agressions des comportements collectifs semblant manifester
une grande intelligence. Mais il s'agit de comportements
qui, autant que l'on puisse juger, ne résultent pas
de calculs « rationnels » réalisés
au niveau du système nerveux central ou du cerveau
de quelques individus jouant le rôle de leader, calculs
dont les résultats sous forme d'ordres seraient communiqués
aux autres par l'intermédiaire de signaux codés
jouant le rôle d'un langage de commandement.
Le groupe
face à une situation nouvelle réagit comme
s'il s'agissait d'un organisme à lui seul, avec souvent
une rapidité de décision qui laisse supposer
qu'il est contrôlé par un cerveau commun. D'où
la raison pour laquelle on nomme ces groupes des superorganismes.
La difficulté tient cependant au fait qu'il n'y a
pas de cerveau commun et que le concept de « cerveau
distribué » supposé résulter
du travail en commun de tous les cerveaux individuels correspond
plus à une image qu'à des faits rigoureusement
observés. Les neurosciences commencent à comprendre
comment les différentes aires cérébrales
composant un cerveau individuel entrent en compétition
ou coopération pour construire une décision
ou une opinion, mais cet exemple n'a pu encore être
véritablement transposé à des groupes.
Il est difficile d'assimiler les individus qui les composent
à des neurones ou groupes de neurones.
Les
éthologues échappent à cette difficulté
en faisant appel au concept d'émergence. Si un banc
de harengs change brutalement de route en présence
d'un prédateur, on suppose que des automatismes simples,
codées dans les gènes au cours de l'évolution,
imposent à chaque poisson de calquer sa vitesse,
sa direction et sa distance sur celle d'un ou deux de ses
voisins. Il suffirait alors qu'un seul poisson aperçoive
un requin et change de route pour que l'ensemble du banc
change aussi de route, des milliers de poissons imitant
le leader. On verrait donc émerger un comportement
collectif intelligent reproduisant à grande échelle
le comportement individuel intelligent du poisson pilote.
Mais cette explication semble difficilement compatible avec
la soudaineté extrême des mouvements du groupe,
excluant l'hypothèse d'une propagation nécessairement
lente de manuvres d'évitement d'individus en
individus. On serait tenté de supposer au contraire
que les poissons partagent en permanence une sorte de conscience
de soi commune les conduisant à produire une « pensée »
commune laquelle commanderait des comportements communs.
Mais où résiderait cette conscience ou plus
exactement quels seraient les mécanismes permettant
son émergence? Et comment fonctionnerait-elle?
On retrouve
des phénomènes analogues, faisant soupçonner
l'existence d'une conscience de soi commune, à tous
les niveaux de la complexité animale,. Leurs bases
physiologiques demeurent encore en grande partie mystérieuse.
Les zoologistes ou simples touristes ayant eu l'occasion
d'approcher un troupeau de buffles ont plusieurs fois constaté
de leur part ce que l'on qualifie d'une imprévisibilité
dangereuse. Ils peuvent laisser s'approcher le perturbateur
sans réagir, en le regardant avec une sorte d'indifférence
(ce qui n'est pas le cas des éléphants sauvages).
Mais soudain, d'un seul coup et en masse, le troupeau peut
charger l'intrus ou au contraire prendre la fuite. Il est
très probable que les signaux d'alerte suscités
chez ces animaux par la présence de l'humain n'étaient
pas perceptibles par ce dernier. On peut penser aussi que
le mâle dominant ayant pris une décision, l'ensemble
de la harde l'imite aussitôt. Le fait cependant que
tous ensemble décident à un moment donné
de passer à l'action de façon coordonnée
reste difficilement explicable 1).
La
question de l'existence d'une conscience de groupe inconsciente,
suggérée par les constatations ou hypothèses
qui précèdent, se pose immédiatement
à propos des comportements collectifs des sociétés
humaines. Pourquoi tel groupe prend-il à tel moment
telle décision inattendue, par exemple élire
tel chef politique nouveau venu plutôt que tel autre
dont la réélection semblait assurée
- ou pourquoi, dans un autre domaine, tout à fait
d'actualité, le groupe acceptera-t-il des mesures
de rigueur et de restriction de consommation jusque là
refusées? Si ces décisions collectives se
produisaient au terme de longs débats publics et
privés, on admettrait facilement qu'il s'agirait
là seulement des conséquences de phénomènes
plus ou moins bien étudiés relatifs à
la formation de l'opinion publique: influences des discours
politiques, des travaux d'experts, des accompagnements médiatiques,
lesquels finissent à la longue par faire basculer
la décision d'une majorité des individus composant
la société considérée.
Mais
ce n'est généralement pas ce qui semble se
passer...On voit souvent au contraire le groupe, qu'il s'agisse
d'une nation toute entière ou d'une simple entreprise
ou association, prendre brutalement des décisions
inattendues, bonnes ou mauvaises pour sa survie, qu'aucun
observateur, interne ou extérieur au groupe, n'avait
prévues a priori. Il est certes toujours facile de
trouver des explications a posteriori à ces décisions
surprenantes. Le point troublant reste qu'au moment où
le groupe se préparait, dans ses profondeurs, à
prendre la décision surprenante considérée,
aucun des individus constituant ce groupe ne s'était
impliqué dans la préparation de la décision.
Bien plus, aucun même n'avait pris conscience du fait
que la décision était en train d'être
prise, dans les profondeurs mystérieuses du superorganisme
collectif auquel il appartenait.
Ceci
devrait n'avoir pour nous rien de surprenant? Un superorganisme
humain, surtout s'il entre dans la catégorie des
systèmes anthropotechniques que nous avons récemment
décrits 2), ne dispose pas d'une véritable
conscience de lui-même, qu'il s'agisse de la conscience
de soi primaire ou d'une conscience supérieure aboutissant
à des décisions qualifiées de volontaires.
Ses ressorts et déterminismes profonds, qu'ils relèvent
de la biologie et de l'anthropologie comme de la technologie,
sont généralement incompris ou mal analysés
par les membres du groupe. Même si un certain nombre
de ceux-ci émettent des diagnostics et opinions sur
le monde et sur la façon dont il faudrait s'y comporter,
rien ne prouve que ces expressions puissent modifier en
profondeur la façon dont le groupe réagira
finalement.
Les
observateurs faisant métier d'analyser les opinion,
les décideurs qui s'appuient sur leurs analyses,
risquent donc souvent d'être pris à contre-pied
par les réactions collectives du groupe. Il s'agit
là en particulier du « cauchemar »
du législateur. Des lois et règlements censés
pris en faveur du bien collectif, comme par exemple tout
ce qui vise en principe à augmenter la sécurité
automobile, ne sont pas appliqués en fait, pour des
raisons considérées aujourd'hui comme difficilement
explicables (sinon la fraude poussée par la cupidité).
Nous avons dans notre essai précité qualifié
de « paradoxe du sapiens » cette incapacité
apparente des sociétés humaines à appliquer
les mesures préventives pourtant clairement énoncées
susceptibles de prévenir les catastrophes diverses
pouvant naître de l'emballement des technologies sous
la pression de l'esprit de profit.
Le
« social mood » de John Casti
Certains
chercheurs se demandent aujourd'hui si l'on peut comprendre
un peu plus scientifiquement comment les groupes humains
se déterminent de façon collective. C'est
le cas de John Casti (image ci-contre). Dans un article
publié par le NewScientist le 22 mai 2010 p. 30,
il reprend les arguments développés dans son
livre Mood Matters: From rising skirt lengths to the
collapse of world powers Copernicus. 3). Comme indiqué
en référence introductive, nous présentons
ce livre dans un article spécifique auquel il conviendra
de se référer.
Le Pr.
John Casti poursuit des recherches au sein de l''International
Institute for Applied Systems Analysis à Laxenburg,
en Autriche. Il y développe des indicateurs d'alerte
signalant la survenue possible de phénomènes
extrêmes au sein des sociétés humaines.
On pourrait penser qu'il s'agit là d'une nouvelle
version des travaux menés à l'instigation
des publicitaires et des cabinets en conseil politique pour
tenter de deviner l'opinion. Il nous semble cependant que
son approche est beaucoup plus originale.
Il met
l'accent sur ce qu'il appelle le « social mood »
d'une population, que l'on pourrait traduire par « sentiment
collectif » ou même « humeur
collective ». Pourquoi en deux ans, dit-il, la
croyance en la force irrésistible de la mondialisation
a-t-elle été remplacée par un désir
de « relocalisation »? Or selon lui,
la façon dont des populations données accueillent
les produits ou idées nouvelles dépend en
profondeur de la façon dont ces populations se représentent
le futur. Ceci étant, ces représentations
ne découlent pas de calculs rationnels, mais de sentiments
(feelings). Sur la base de quels sentiments les groupes,
quels qu'ils soient, se représentent-ils le futur?
Globalement, sont-ils optimistes ou pessimistes? Bien évidemment,
il faut adapter l'analyse à la longueur du laps de
temps considéré. On peut être optimiste
quand à l'avenir d'une nouvelle technologie tout
en étant pessimiste sur la façon dont à
long terme la technologie en général transformera
le monde.
Pour
la socionomique, les humeurs collectives évoluent
de façon cyclique, un peu comparable aux cycles économiques
de Kondratief, entre euphorie ou optimisme et récession
ou pessimisme. On peut préciser des états
intermédiaires: euphorie pouvant aller jusqu'à
l'ubris et récession pouvant aller jusqu'à
la dépression durable. Détecter des cycles
ou vagues dans un phénomène naturel est toujours
complexe et sujet à contestation. La socionomique
propose d'utiliser le modèle proposé par Ralph
Elliott dans les années 1930 pour l'analyse des flux
financiers (Elliott Wave Principle). Mais d'autres logiques
pourraient être mises en évidence.
Mais
comment mesure-t-on l'humeur collective d'une population?
Les sondages d'opinions n'ont qu'un intérêt
limité car ils ne prennent pas en compte les comportements
effectifs. Ils ne tiennent pas compte non plus des effets
dits de « group thinking » ou « herding »,
autrement du fait que des phénomènes de « pensée
unique » ou de mode intellectuelle s'imposent
généralement aux individus. John Casti pense
qu'il faut plutôt faire confiance à des indicateurs
« objectifs » tels que les mouvements
d'achat-vente sur les marchés d'action. Il s'agirait
des « indicateurs d'humeur » (mood
meters) les plus efficaces car ils reflètent les
paris que les gens (en fait les épargnants) font
sur l'avenir. Ils peuvent être collectés et
comparés sur des longueurs de temps suffisantes.
Les analystes des mouvements de l'économie et de
la finance, tels Ralph Nelson Elliott et plus récemment
Robert Prechter, ont montré l'importance à
cet égard des effets de vagues, se traduisant pas
des passages de l'optimisme au pessimisme, et réciproquement,
sans justifications sérieuses, dont les conséquences
s'imposent à l'évolution politique et sociale
globale.
Pour
John Casti, le jugement porté sur les évènements
mondiaux ou sur les politiques à mettre en oeuvre
dépend radicalement de l'humeur sociale dominante
au moment où ils se produisent. Le concept de protectionnisme
sera ainsi jugé restrictif et xénophobe en
période d'expansion économique, vertueux en
période de récession et d'aggravation de la
concurrence. Il en est de même de processus plus politiques.
L'élargissement de l'Union européenne était
ressentie comme favorable au temps de la croissance, dangereux
aujourd'hui. Il ne faut pas oublier cependant que les prévisions
faites sur la bases de feelings ou sentiments collectifs
ne résultent que d'estimations probabilistes du futur.
Elles ne se traduiront pas nécessairement dans les
faits et pourront donc se modifier brutalement si certains
de ceux-ci les contredisent.
Cependant,
si toutes ces prévisions convergent, même sans
bases rationnelles, on peut se préparer à
un certain nombre de « tsunamis sociaux ».
Or c'est bien le cas aujourd'hui. Entre l'effondrement des
marchés, la fin du pétrole, les changements
climatiques, l'accélération des migrations
de travailleurs pauvres, la généralisation
du terrorisme, sans oublier la hausse des loyers et la baisse
des salaires, il n'apparait pas aujourd'hui de perspectives
susceptibles de lutter contre le pessimisme général.
L'évolution globale du monde et en tous cas celle
de nos civilisations européennes, ne pourront que
s'en ressentir. Certains pays font encore preuve d'optimisme
concernant l'avenir, comme c'est semble-t-il le cas de la
Chine, mais ceci ne tient-il pas à l'importance de
propagandes officielles qui ne résisteront pas à
l'évocation des grands maux supposés menacer
le monde.
Approfondir
l'analyse
Les
observations de John Casti, relatives à la façon
dont se forment les croyances des populations lesquelles
orientent à terme l'ensemble de leurs comportements,
sont intéressantes et ne peuvent pas laisser indifférents
les décideurs. Mais il nous semble qu'elles méritent
d'être complétées. La question de la
façon dont chacun d'entre nous est conditionné
par des représentations collectives à fort
pouvoir structurant exige des analyses plus approfondies.
La socionomique se propose d'ailleurs de réaliser
certaines d'entre elles. Il n'est guère discutable
que les contenus cognitifs de nos cerveaux, souvent sans
que nous en ayons conscience, soient déterminés
par les contenus cognitifs des cerveaux des autres membres
du ou des groupes auxquels nous appartenons. Il est donc
nécessaire de préciser les agents et les voies
d'une telle contamination.
S'agit-il
des mèmes, ce qu'après Richrd Dawkins le méméticien
précurseur Richard Brodie avait nommé des
virus de l'esprit, autrement dit des mots, des images, des
discours qui circulent d'un individu à l'autre et
s'imposent à leurs esprits en se répliquant
sur un mode quasi biologique? S'agit-il d'influences suscitées
par la présence réelle ou virtuelle, via les
réseaux, d'autres humains pouvant induire des sentiments
d'appartenance ou de répulsion, générant
de l'optimisme ou du pessimisme, partagés par tous
les membres d'un même groupe? Concernant l'appartenance,
on pourra citer les effets de mode faisant que spontanément
chacun adopte les façons de vivre attribuées
aux élites ou aux dominants.
Concernant
la répulsion, il s'agira par exemple du rejet provoqué
par l'arrivée sur le territoire dont le groupe s'attribuait
la propriété d'un nombre trop grand d'émigrés
apportant avec eux des modes de vie différents. Il
paraît clair que, chez les humains comme chez les
animaux, des réflexes très anciens permettent
aux individus de distinguer, sans même en être
conscients, ceux qui dans l'ensemble appartiennent à
la même « famille » et ceux
qui en diffèrent. Les premiers rassurent, les seconds
inquiètent. On peut craindre ainsi qu'avec l'aggravation
des conditions climatiques, les immigrations de la misère
qui en résulteront inévitablement provoquent
au sein des populations restées préservées
des sentiments d'angoisse ou de rejet aux conséquences
incalculables.
Pour
notre part, dans la suite de notre essai « Le
paradoxe du Sapiens », nous pouvons rappeler
l'importance qu'il conviendrait d'attribuer aux comportements
induits chez les humains par ce que nous avons nommé
le mariage étroit entre l'humain et la technique,
c'est-à-dire entre les déterminismes biologiques
et anthropologiques toujours actifs dans les sociétés
actuelle, et les nouvelles façons de vivre et de
penser induites par ces technologies. Nous avons cité
l'exemple de la véritable addiction qu'exercent sur
leurs possesseurs ou utilisateurs les armes à feux,
les automobiles et autres produits manufacturés suscitant
un fort sentiment d'identification à l'outil. Nous
avions indiqué qu'en ce cas, les neurones dits miroirs
observés dans les cortex sensori-moteurs contribuent
considérablement à la diffusion par imitation,
au sein des populations, de la disponibilité aux
outils (affordance). C'est de plus en plus le cas concernant
les modèles sociaux répandus en masse par
la généralisation des réseaux de télévision
dans les villages les plus reculés. Ils entraînent
des visions du monde poussant selon les cas, non seulement
à l'optimisme, au pessimisme voire à la haine
de l'autre, mais aux actions concrètes en découlant.
On dénonce
de plus en plus une forme d'addiction plus subtile. C'est
celle à l'internet interactif. Certains individus
ne peuvent plus se passer de recevoir en rafales des messages
émis par des correspondants souvent mal identifiés,
et d'y répondre. Un article récent du New
York Times illustre bien ce phénomène 4).
L'auteur de l'article n'hésite pas à évoquer
les stimulations endocriniennes que peuvent provoquer les
messages en trop grand nombre. Nous citons: « These
play to a primitive impulse to respond to immediate opportunities
and threats. The stimulation provokes excitement
a dopamine squirt that researchers say can be addictive.
In its absence, people feel bored [...] The technology
is rewiring our brains, said Nora Volkow, director
of the National Institute of Drug Abuse and one of the worlds
leading brain scientists. She and other researchers compare
the lure of digital stimulation less to that of drugs and
alcohol than to food and sex, which are essential but counterproductive
in excess ».
Ces
chercheurs montrent que l'abus de l'informatique et de l'internet,
loin de rendre les cerveaux plus actifs et inventifs, tend
au contraire à les engourdir, à les rendre
moins résistants aux intrusions malveillantes. Nous
sommes bien là dans le cas d'une interaction entre
le support biologique et l'outil technologique, que les
neurosciences observationnelles ont déjà commencé
à étudier. Mais bien d'autres causes et conséquences
du mariage entre l'anthropologique et le technologique nous
échappent encore, alors que celui-ci nous façonne
tous les jours à notre insu. Ces influences sont
en train de construire dans nos cerveaux et nos corps des
contenus cognitifs qui conditionneront la façon dont
nous envisagerons le monde, non seulement dans les prochaines
minutes mais dans les prochaines années. Dans la
suite du « Paradoxe du Sapiens »,
il y aurait place on le voit pour de très nombreuses
autres recherches.
Ceci
étant et pour en revenir au thème principal
de cet article, il apparaît que dans tous ces cas,
des phénomènes extérieurs confortant
les comportements dominants créeront généralement
un sentiment d'optimisme au sein du groupe. Si à
l'inverse, ils semblent les contredire voire les menacer,
un pessimisme, sinon une angoisse collective se répandront
dans le groupe. On peut facilement imaginer le pessimisme
grandissant qui se répand dans les pays soumis au
« terrorisme » de l'industrie automobile
à l'idée que le pétrole et les voitures
iront se raréfiant. On peut aussi imaginer la détresse
qui nous atteindrait tous si pour une raison technologique
ou à la suite d'une action de guerre, les réseaux
de la télévision et de l'internet nous faisaient
brutalement défauts. La seule idée que ceci
puisse se produire dans les prochaines années suffit
à nous assombrir. La crise y est évidemment
pour quelque chose. Il y a quelques temps au contraire,
nous nous imaginions que le progrès, la marche vers
ce que Ray Kurzweil continue à nommer la Singularité,
pourrait apporter des réponses à tous nos
désirs, y compris les plus fous 5) . Comme quoi,
les humeurs, le « mood », changent
vite, et radicalement.
Notes
1) Concernant l'intelligence collective des buffles on pourra
visionner une vidéo qui a eu un grand succès
sur internet http://www.lepost.fr/article/2008/06/23/1212932_la-chasse-aux-lionnes-video-vue-34-millions-de-fois_0_316420.html.
Mais en ce cas, comme dans celui du groupe de lions auquel
ce troupeau était confronté, il semble que
l'on se trouve en présence de formes plus classiques
de comportements collectifs, ne faisant pas appel à
un mystérieux phénomène de conscience
de groupe
2) Baquiast, Le paradoxe du Sapiens, J.P. Bayol 2010
Voir http://www.editions-bayol.com/pages/livres-titres/paradoxe.php
3) Voir http://www.moodmatters.net
4) Voir http://nyti.ms/b0kK8b
5) Voir le film The Singularity is near. A true strory about
the future http://www.singularity.com/themovie/index.php