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Economie
politique
Comment sortir de la crise
européenne? Rappel
par
Jean-Paul Baquiast 16/05/2010
suivi de
Europe, l'heure des grandes
décisions 01/06/2010
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Les trois semaines qui se sont écoulées, du
26 avril au 14 mai, ont été très agitées
pour l'Union européenne et plusieurs Etats membres.
Les médias, manipulés ou non par les intérêts
pouvant souhaiter l'effondrement de l'Union et, dans un
premier temps, ce qui reviendrait au même, celui de
l'euro, ont fait grandir les inquiétudes.
Il
faut rappeler que pour les spéculateurs les situations
à risques sont les plus favorables. Quant aux Etats
non européens, à commencer par les Etats-Unis,
nombreux continuent à ne pas souhaiter particulièrement
voir s'établir une puissance européenne rivale
de la leur. Paul Volker, il est vrai mollement rappelé
à l'ordre par Barack Obama, vient de nous en faire
souvenir.
Nous
sommes de ceux pour qui la crainte de voir se dissoudre
l'Union européenne ou simplement l'union monétaire
établie autour de l'euro relève du fantasme.
Trop de choses ont été investies dans ces
deux institutions, quelles que soient leurs faiblesses actuelles,
pour que le risque soit sérieux. Au reste d'ailleurs,
les Etats ont décidé il y a déjà
une semaine de faire un geste, dans un premier temps, pour
soutenir la zone euro. On objecte aujourd'hui que ce plan
de sauvetage est insuffisant pour « rassurer les marchés».
Ceux-ci en effet ne craindraient plus que les Etats les
plus endettés ne puissent faire face à leur
dette souveraine. Ils craindrait l'atonie économique
voire d'éventuels troubles sociaux pouvant résulter
des mesures de réduction des dépenses publiques
envisagées à l'unisson. Celles-ci engageraient
en effet l'Europe toute entière dans des années
de croissance molle, sinon de stagflation. La perspective
ne serait pas encourageante pour les investisseurs. D'où
parait-il les chutes enregistrées par les Bourses
ces derniers jours.
Sans
raisonner nécessairement comme les marchés,
nous ne pouvons pour notre part que rejoindre la crainte
de voir l'économie européenne et avec elle
ce qu'il faut bien appeler la civilisation européenne,
entrer dans des périodes durables de perte de puissance.
Les gouvernements européens qui hésitent encore
à prendre de véritables mesures positives
de redressement, dans un monde où les grands Etats
et super-Etats investissent pour se donner les technologies
et les connaissances nécessaires à leur affirmation
géo-stratégique, prennent des responsabilités
telles qu'ils mériteraient un remplacement immédiat
par des dirigeants plus offensifs.
Nous
avons plusieurs fois répété sur divers
sites ce que disent de plus en plus de bons esprits, sans
être entendus. La question à résoudre
par l'Europe ne tient pas à l'ampleur de la dette
mais à l'inexistence de plans massifs d'investissements
à court, moyen et long terme, dans les domaines d'avenirs.
Ceux-ci sont archi-connus, de plus en plus explorés
par nos rivaux non-européens: technologies de substitution
aux vieilles énergies et aux vielles industries,
recherches avancées, généralisation
de la formation universitaire de 3e cycle, etc. Nous y ajoutons
pour notre part la relance de grands programmes plus que
jamais mobilisateurs, tels ceux relatifs à la toujours
d'actualité « conquète spatiale ».
Ceci
ne pose pas de problèmes de financement, mais seulement
de volonté politique. Dans notre article plaidant
pour la mise en place d'un fonds stratégique européen
(http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=446&r_id=)
nous avions indiqué que le mille milliards d'euros
annuels à mobiliser pour ce faire devrait être
collectés non auprès des fonds souverains
ou des investisseurs internationaux non européens,
mais auprès des citoyens de l'Europe qui en auraient
largement les moyens, si les gouvernements se montraient
capables de leur offrir des modalités sécurisés
de placement.
Ceci
ne devrait pas dire que les gouvernements ne devraient pas,
pour compenser de tels investissements, rechercher les moyens
de lutter contre des dépenses inutiles. Rappelons
cependant que si certaines économies peuvent prendre
la forme d'une petite réduction des dépenses
liées aux salaires et pensions de la fonction publique,
elles devraient pour l'essentiel consister à faire
disparaître les quelques 40% (sinon d'avantages) d'activités
économiques prenant une forme souterraine et souvent
maffieuse sinon criminelle. Mais pour cela, il ne faudrait
pas réduire le nombre des fonctionnaires attachés
au contrôle et à la répression. Il faudrait
au contraire l'augmenter, en donnant à ces agents
les possibilités légales et pratiques de faire
leur métier.
Plus
généralement, permettre à l'Europe
d'exister vraiment au 21e siècle ne sera pas possible
sans la mise en place d'un véritable pouvoir fédéral.
Ceci ne se fera pas en un jour ni sans résistances,
mais la chose on peut l'espérer, apparaîtra
de plus en plus inéluctable. Les quelques amorces
de gouvernement économique de la zone euro actuellement
engagées sont bien insuffisantes à cet égard.
Il faudra nécessairement, soit par la voie des traités
soit à défaut et en attendant par celles de
coopérations vraiment renforcées et structurées,
créer un budget européen regroupant au moins
la moitié des dépenses publiques actuelles,
sans mentionner le fonds stratégique évoqué
ci-dessus. Il faudra instituer un véritable pouvoir
parlementaire européen face à un véritable
exécutif. Il faudra enfin prendre les textes d'harmonisation
rendant possible la gestion économique, financière
et sociale de l'ensemble ainsi institué, sur une
base harmonisée entre les Etats.
Si la
situation de l'Europe continuait à se détériorer
face aux autres grandes puissances, ces mesures finiraient
peut-être par être jugées indispensables.
Mais il serait dommage d'en arriver là pour s'y résoudre.
L'avenir de l'Europe serait changé si les dirigeants
politiques, les oppositions et les média proposaient
rapidement de s'entendre sur les perspectives indiquées
ci-dessus. Alors les opinions européennes, trop vite
qualifiées d'irresponsables, du fait du poids de
« retraités » supposés égoïstes
ou de jeunes générations prétendues
irresponsables, changeraient-elles vite. Une véritable
mobilisation de salut public autour de grands projets serait
alors envisageable. Il est très triste que les responsables
actuels, dépassant leurs petits intérêts
et égoïsmes, ne l'aient pas encore compris.
Nous
joignons au texte précédent celui-ci, écrit
15 jours plus tard, qui complète les propositions.
AI
Europe:
l'heure des grandes décisions
Les Européens, qu'il s'agisse des gouvernements ou
des populations, semblent en train de se convaincre de la
nécessité de réduire drastiquement
les dépenses de consommation non productives. On
parle de 20% sinon 40% en 5 ans. Mais personne ne parle
d'augmenter en proportion les dépenses productives.
Ne pas le faire plongerait l'Europe non seulement dans une
récession durable mais dans le sous-développement.
Il devient
courant dorénavant d'entendre lors des tribunes économiques
les experts de toutes origine discuter des moyens de réduire
la dette des Etats et des régimes sociaux, de comprimer
les dépenses publiques, de trouver de nouvelles ressources
fiscales, le tout pour éviter la possible «
faillite » de ces mêmes Etats. Ceci n'est pas
dénué de fondement. Nul ne peut prétendre
qu'une collectivité, quelle qu'elle soit, puisse
à long terme dépenser plus qu'elle ne gagne.
Mais il est évident que si rien n'est fait en contrepartie
pour augmenter les offres de produits et services écologiquement
durables répondant aux besoins de production et de
consommation des Européens, les couches sociales
pour qui ces dernières ne sont pas un luxe mais une
nécessité vitale ne pourront que se révolter.
Ce ne
sera plus l'importation à crédit de biens
et services produits hors d'Europe qui pourra répondre
à ces besoins, puisque les revenus permettant de
se les procurer auront disparu du fait de la désindustrialisation
et des délocalisations. Il ne reste donc qu'une solution
pour éviter de mourir progressivement, sinon de faim
du moins de langueur: investir en Europe pour se donner
les technologies et les produits répondant aux demandes
incompressibles. Point n'est besoin d'attendre le prochain
G20 pour en décider. Investir dans les secteurs émergents
demande des hommes et des ressources techno-scientifiques
que l'Europe n'a peut-être plus. Mais les retards
en ce domaine peuvent se rattraper. Il faut par contre de
l'argent. Nous avons estimé les sommes nécessaires
à 1.000 milliards sur 5 ans. Il faut les trouver
quelque part.
Dans
un article précédent, nous avions indiqué
que les Etats européens pouvaient, sans aucunement
accroitre leur dette extérieure, s'engager dans une
politique de créations d'obligations garanties à
10 ans s'adressant aux citoyens européens disposant
d'un minimum d'épargne. Si un dispositif communautaire
adéquat était mis en place permettant de n'attribuer
les prêts correspondants qu'à des investisseurs
domestiques s'engageant à investir sur le territoire
européen, et si les choix technologiques judicieux
étaient faits, les 1.000 milliards ainsi prêtés
devraient se retrouver dans un délai de 5 à
10 ans sous forme de biens et services commercialisables.
Le prêt serait donc amorti. Autrement dit, il ne faudrait
en aucun cas l'ajouter au montant des dettes publiques que
l'on cherche par ailleurs à réduire. Dans
le même esprit, on pourrait très bien envisager
que les budgets publics d'investissement et de recherche
bénéficient du même régime de
financement contre restitution à terme des crédits
alloués.
Faudrait-il
compléter un tel dispositif par des politiques monétaires
visant à laisser glisser la valeur de l'euro en dollar
(et en yuan). Certains experts y pensent de plus en plus.
Un taux de 1,20 euros pour un dollar, voire la parité
euro-dollar n'entraînerait selon nous aucune conséquence
fâcheuse, sinon pour les importateurs. Mais comme
le complément de la politique d'encouragement aux
investissements domestiques évoquée plus haut
supposerait de toutes façons un découragement
des importations, cette dévaluation de l'euro n'aurait
que des avantages. Accessoirement, elle stimulerait les
exportations. Ce serait une erreur cependant de limiter
à cela la politique de relance que les Européens
semblent dorénavant décidés à
entreprendre. La zone euro s'engagerait ainsi dans une dévaluation
compétitive avec le dollar, le yuan et le yen, qui
ne peut donner de bases durables aux choix des investissements
à long terme s'imposant dorénavant aux Européens.
Est-il
nécessaire de préciser que les mesures envisagées
ici supposeraient un minimum d'accord entre les Etats européens
et l'Union européenne, visant de facto sinon de jure
à mettre en place le gouvernement européen
commun que même les Américains nous demandent
maintenant de faire fonctionner.