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Sciences et politique
Deepwater Horizon, le visage noir du capitalisme américain

par Jean-Paul Baquiast 16/05/2010

 

Aux Etats-Unis, comme dans beaucoup d'autres pays, sous-développés ou non, que ce soit dans le domaine des industries civiles comme dans le domaine militaire, on redécouvre que les lobbies industriels et politiques ont mis complètement en tutelle les anciennes administrations d'Etat, censées veiller à la protection des citoyens et des travailleurs.

Les opinions publiques semblent découvrir les risques que font courir les plate-formes mobiles de forage profond du type de celle qui vient d'exploser et de couler dans le golfe du Mexique. Certes les pétroliers connaissent la longue liste des incidents et accidents associés à ce type d'outils. Dans les pays où s'appliquent encore un minimum de règles préventives, comme en Europe du Nord, de tels évènements ont été encore rares et circonscrits. Mais il n'en est pas de même dans les régions du globe où le laxisme réglementaire, encouragé par une corruption généralisée, permet aux géants du pétrole, fussent-ils européens comme BP, de renoncer au minimum d'équipements et de mesures préventives permettant de minimiser les risques, au prix de quelques coûts supplémentaires.

Les grands admirateurs de la société américaine, réputée sérieuse face aux risques technologiques, découvrent qu'il n'en est rien, pas plus dans les eaux américaines que dans celles réputées plus exotiques des pays soumis au nouveau colonialisme industriel, occidental ou asiatique. Aux Etats-Unis, dans le domaine des industries civiles comme dans le domaine militaire, les lobbies industriels et politiques ont mis complètement en tutelle les anciennes administrations fédérales, censées veiller à la protection des citoyens. Partout les intérêts industriels et politiques, loin de rester séparés, se marient sordidement pour lancer des recherches et investissements toujours plus risqués, censés protéger la nation mais en fait destinés principalement à permettre les plus grands profits: profits des industriels impliqués et profits matériels et politiques des hommes politiques, sénateurs fédéraux notamment, qui protègent ces industriels.

L'Administration fédérale, qu'il s'agisse des Départements ministériels fédéraux ou du Président lui-même, se révèlent, comme on pouvait le supposer, les premiers à encourager sans les discuter les initiatives techniques et les politiques mises en forme par les lobbies. Ce fut le cas concernant le domaine du forage profond, dans le golfe du Mexique comme en Alaska. Barack Obama avait il y a quelques semaines emprunté les accents d'un Roosevelt pour expliquer que le salut de l'Amérique était dans le développement de telles opérations. Le malheureux n'avait évidemment pas pris la peine de lire les quelques mises en garde formulées trop discrètement par d'anciens du pétrole, concernant par exemple le manque de fiabilité et de redondance des systèmes tels que le désormais fameux Blow Out Preventer, destinés à obturer une tête de puits en cas de désaccordement d'avec le tuyau la reliant au navire d'extraction. Il dut précipitamment, après l'indignation provoquée par le désastre, revenir sur cette décision, honteux comme un renard qu'une poule aurait pris. L'affaire du "oil spill" restera cependant désormais associée à son nom, souis le terme de l'"Obama's Katrina".

On nous dira qu'en Europe et plus particulièrement dans les pays tels la France investissant dans le domaine de l'énergie nucléaire, les mêmes collusions entre industriels et grands ou petits hommes politiques font courir les mêmes risques aux populations civiles. C'est sans doute en principe exact sur le fond. Il reste cependant qu'en Europe les Autorités dites de sureté, les scientifiques et plus généralement les citoyens avertis, mènent une garde beaucoup plus sérieuses autour des installations et des projets que celle tolérée en Amérique. Cependant, si l'Europe prend le chemin de la jeopardisation (pour parler US) autrement dit du démembrement des administrations de contrôle indépendantes et de la dispersion des équipes hautement techniques formées par une tradition régalienne de grands ingénieurs, au profit de représentants des intérêts financiers et commerciaux à court terme, elle prendra le même chemin. Les manœuvres engagées depuis des mois en France autour d'EDF et Areva pour confier ces bijoux technologiques à des amis bling bling de la majorité actuelle ne peuvent qu'inquiéter. Que l'accident de la Deepwater Horizon nous serve d'avertissement.

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