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Siècle
bleu, roman,
par Jean-Pierre Goux
Editeur JBZ&ie, Paris Avril 2010
Présentation
et commentaires par Jean-Paul Baquiast et Christophe
Jacquemin
25/04/2010
Pour
en savoir plus (livre et blog de l'auteur)
http://www.sieclebleu.org/
Nous
avons eu la très agréable surprise,
en découvrant le livre de Jean-Pierre Goux,
d'y trouver sous une forme romancée une synthèse
extrêmement savante et habile d'une grande quantité
des connaissances et des problématiques que
nous exposons de notre côté sur nos divers
sites. Il s'agit de questions souvent difficiles,
que nous essayons de présenter de notre mieux,
mais sans être toujours certains de pouvoir
y intéresser ceux qui nous lisent.
Or
tout auteur d'articles scientifiques ou politiques,
(plus exactement d'articles politico-géostratégiques)
souhaiterait avoir le temps d'en faire connaître
les contenus à des lecteurs que la forme un
peu académique qu'il est de mise d'utiliser
sur de tels sujets rebuterait. Il rêve donc
d'écrire des romans dont le suspense dramatique
attirerait un public jusque là non touché.
Mais écrire un roman bien fait, de plus de
430 pages, comme l'est Siècle bleu (un
deuxième tome serait en préparation)
nécessite beaucoup de travail. En ce qui nous
concerne, suivre et commenter l'actualité scientifique
et politique, écrire de temps en temps un essai,
suffit largement à employer notre propre temps
de cerveau. Nous n'avons malheureusement pas encore
de temps pour le roman.
D'autres
auteurs prennent ce temps, mais le résultat
n'est pas toujours convaincant, même si les
livres ainsi produits obtiennent parfois un fort tirage.
Il faut dire que l'art en ce domaine est difficile,
en termes tout au moins d'un minimum de respect de
la vraisemblance scientifique et de l'objectivité
souhaitable de la science. L'auteur doit d'abord éviter,
sous prétexte de science-fiction, d'évoquer
des thèmes auxquels il n'a pas compris grand
chose ou que, pire, il déforme volontairement
pour tenter de séduire le lecteur.
Chacun est évidemment libre d'inventer une
science qui n'existe pas, ou dont les bases seraient
artificiellement déformées, mais dans
ce cas, il ne peut pas prétendre porter un
message scientifique. En termes de critique scientifique,
ou sous l'angle de la philosophie des sciences (épistémologie),
lire de tels ouvrages et tenter le cas échéant
de rectifier leurs erreurs serait une occupation à
plein temps. Nous en avons eu un exemple récent
à propos du film Avatar semblant remettre
en cause le darwinisme. Nous avions jugé utile
de publier quelques mises au point, mais un tel travail
critique ne peut devenir notre activité principale.
Or, avec Siècle Bleu, le besoin ne s'impose
pas car dans l'ensemble, les références
concernant l'état actuel de la science et de
la technologie nous ont paru toujours exactes et précises.
L'auteur nous a confié avoir suivi notre site
depuis sa fondation en l'an 2000. Ceci explique-t-il
en partie cela?
Une autre tentation guette l'auteur de romans se présentant
comme d'anticipation scientifique. Elle consiste à
réécrire la science pour la rendre compatible
avec les croyances politico-religieuses dudit auteur
(ou de ceux qui financent son travail). Chacun est
libre évidemment de croire ce qu'il veut, mais
un minimum de déontologie consisterait à
ne pas cacher une volonté d'endoctrinement
idéologique sous des arguments pseudo-scientifiques
qui seront pris au pied de la lettre par des lecteurs
insuffisamment avertis. Les exemples de telles distorsions
abondent. Bornons-nous à citer le défunt
Michaël Crichton. Le très grand succès
populaire de ses livres, fort bien écrits certes,
ne peut pas ne pas susciter de malaise vu les distorsions
idéologiques de la réalité des
sciences sur lesquelles reposent leurs arguments dramatiques.
Ceci
ne veut pas dire que l'auteur d'un bon roman scientifique
ne devrait pas avoir d'opinions politiques, relatives
notamment à l'évolution du monde actuel.
Mais, selon nous, là encore, ces opinions ne
devraient pas justifier des distorsions trop grandes
de la réalité actuelle des sciences
et des techniques. Beaucoup d'auteurs de fiction,
aujourd'hui, défendent des thèses très
honorables en matière de décroissance
et de protection de l'environnement. Mais cela ne
justifie pas de faire des sciences émergentes
(robotique, infotechnologie, biotechnologie, etc.),
ni des épouvantails propres en à détourner
définitivement le public ni à l'inverse,
des solutions universelles à tous les problèmes.
Procéder ainsi contribue à l'arriération
mentale de ceux qui n'ont pas les moyens de juger
de telles questions par eux-mêmes.
Or
là encore, il nous semble que Siècle
Bleu échappe à ce défaut.
Certes, Jean-Pierre Goux a des idées bien précises
sur les reproches que l'on peut faire à la
société actuelle et sur la façon
dont il faudrait pour tenter d'y remédier,
adopter de nouveaux comportements politiques, économiques
et technologiques, mais il ne s'en prend pas pour
autant directement aux scientifiques ni aux produits
actuels ou prévisibles de la science et de
la technique. Nous n'avons donc pas en le lisant l'impression
d'être associé à notre insu à
de quelconques règlements de compte.
Une
démarche qu'il sera intéressant de poursuivre
Nous
n'allons pas ici résumer l'intrigue romanesque
ni présenter les personnages. Disons seulement
que nous y trouvons une bonne illustration des méthodes
qu'utilisent pour faire face à la crise systémique
actuelle, les Etats, les entreprises mais aussi les
citoyens. En simplifiant beaucoup, nous dirions que
la première méthode est celle des grands
programmes technoscientifique d'arrière plan
régalien, c'est-à-dire reposant sur
l'appui des puissances publiques. L'exemple le plus
évident en est donné par les projets
d'exploration spatiale qui continuent, malgré
l'apparent coup d'arrêt donné par l'actuelle
Administration américaine, à focaliser
une grande partie des ressources scientifiques et
techniques dans les grands pays émergents.
Mais on peut trouver d'autres exemples de tels grands
programmes, concernant par exemple les énergies,
nucléaire ou renouvelables, dans lesquels rien
ne se fera sans une implication forte des Etats. Pour
Jean-Pierre Goux, de tels grands programmes, déclinés
sous forme de filières technologiques, sont
indispensables (nous dirions pour notre part inévitables)
et ceux qui veulent survivre dans le siècle
en cours se doivent d'y figurer, quelques soient les
sacrifices à consentir.
Mais
en contrepoint, Siècle Bleu nous illustre
la seconde méthode qui devrait permettre de
sortir de l'enfermement crisique actuelle. Il s'agit
de favoriser un environnement d'encouragement systématique
aux initiatives déstabilisatrices. Les unes
engageront la lutte contre les abus inévitables
des Etats et des grandes entreprises notamment lorsque
ces acteurs mus par la recherche immédiate
du profit et du pouvoir s'en prendront directement
à la vie et à l'environnement terrestre
actuel. A cet égard, le livre nous présente
en termes sympathiques ce que nous sommes nous-mêmes
tentés d'approuver, les initiatives d'organisation
pratiquant l'éco-terrorisme. Ainsi fait-il
allusion à l'ONG Sea
Sheperd Conservation Society, qui engage le combat
contre les pilleurs des ressources halieutiques, au
premier rang desquels se trouve le Japon, mais aussi
la Norvège. Certes beaucoup de ces ONG chercheront
à se faire une place en s'en prenant aux grands
programmes évoqués au paragraphe précédent,
le nucléaire en premier lieu. Mais pour l'auteur,
autant que nous l'ayons compris, il s'agit d'un prix
à payer pour assurer l'indispensable «développement
chaotique» du monde multipolaire.
D'autres
initiatives déstabilisatrices, illustrées
par l'auteur, seront plus directement créatrices.
Elles consisteront à encourager tous ceux,
associations, collectivités locales, chercheurs,
qui décideront d'investir localement, fut-ce
à très petite échelle, dans la
mise au point de solutions techno-comportementales
susceptibles de changer les modes de vie, que ce soit
au plan des consommations ou des productions ou au
plan des emplois du temps, temps des corps et temps
des cerveaux. Le livre commence par le rappel de l'initiative
qui dans la réalité a malheureusement
fait long feu, dite Biosphère
2 (voir photo ci-dessus). Bien d'autres
solutions de ce type sont évoquées dans
le cours du récit. Tous les laboratoires disposant
de chercheurs riches en idées mais pauvres
en crédits devraient se trouver mobilisés
par un encouragement à de tels investissement,
relevant de ce que l'on nomme en anglais la "Blue
Sphere Research".
Suites
possibles
Nous
nous en tiendrons là dans cette première
présentation. Résumons le propos en
disant qu'il s'agit d'un travail de la plus haute
importance quant aux perspectives d'avenir. Il faut
saluer non seulement l'auteur mais l'éditeur
qui semble avoir fait l'effort de diffusion nécessaire.
Nous aurons certainement dans la suite l'occasion
de discuter, avec Jean-Pierre Goux ou d'autres personnes
intéressées par ces questions, les suites
susceptibles d'être données aux problématiques
scientifiques et géostratégiques évoquées,
notamment au niveau de l'Europe qui en aurait bien
besoin.