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Article
Nouvelles de l'Espace
par Jean-Paul Baquiast 21/04/2010

* Voir aussi notre article "Barack Obama a-t-il ou non relancé la Nasa dans la conquête de l'espace?"
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2010/105/actualite.htm#actu8

Derniers vols programmés de la navette spatiale américaine

La navette Discovery et son équipage de 7 personnes est revenue sur Terre le mardi 20 avril après avoir été retardée de deux jours compte tenu de la situation météorologique en Floride. Elle a mis pour la première fois 4 femmes en orbite, 3 s'étant jointes à la cosmonaute féminine déjà en poste dans la Station Spatiale Internationale (ISS). Deux Japonais se trouvaient également en espace en même temps, l'un faisant partie du personnel de la Nasa et l'autre représentant la Japan Aerospace Exploration Agency. Discovery avait apporté sur l'ISS 8 tonnes d'équipements scientifiques et d'approvisionnements, destinés principalement à l'observation de la Terre et de l'atmosphère.

Le personnel de la Nasa ressent avec une certaine tristesse le fait que ces vols seront les derniers, ce  qui marquera un tournant dans la politique spatiale américaine. Les plans de vols restant concerneront, en principe, la navette Atlantis, prévue pour décollage le 14 mai. Au cours d'une mission de 12 jours, elle livrera entre autres un mini-module de recherche russe et des pièces destinées au bras robotisé de la station. Viendra ensuite Endeavour, prévue pour le 29 juillet. Celle-ci apportera le spectrométrie magnétique Alpha destiné à étudier les rayons cosmiques et l'anti-matière. Enfin, le 16 septembre, Discovery redécollera pour son dernier voyage, emportant divers autres équipements (avec peut-être le robonaute R2, comme indiqué ci-dessous). Elle devrait ensuite être désarmée (mothballed) avant sans doute de figurer au musée de l'espace de la Nasa, les autres navettes étant probablement démontées.

Il ne restera plus pour relier l'ISS à la Terre que les moyens fournis par la Russie, l'Esa n'ayant pas développé de programmes permettant d'utiliser ses propres lanceurs. Barack Obama a fait savoir qu'il comptait sur le secteur privé pour prendre le relais des navettes, mais la route est longue. On peut penser que les équipages résidents à bord de l'ISS ne seront pas très tranquilles tant que des moyens redondants de liaison n'auront pas été mis au point.

Futur lancement d'un Soyouz à partir de la base de Kourou

Le vice-premier ministre russe Serge Ivanov a confirmé le 20 avril le lancement d'une fusée Soyouz depuis la base européenne de Kourou en Guyane dans le courant de 2010. Ce projet avait été plusieurs fois reporté pour diverses raisons techniques. Le Soyouz prévu sera modernisé par rapport aux versions actuelles. Il s'agira du futur Soyouz ST, dont des composants adaptés à la base de Kourou ont déjà été livrés.

Le site de Kourou a été prévu principalement pour le lancement de satellites géostationnaires, compte-tenu de sa proximité de l'équateur. Mais de ce fait, le Soyouz ST pourra mettre en orbite des charges plus lourdes que celles lancées à partir des sites de Baïkonour au Kazakhstan et de Plesetsk en Russie du nord. L'Agence spatiale russe Roscosmos et la firme Arianespace ont signé un contrat en 2008 prévoyant le lancement de 10 Soyouz ST à partir d'une plateforme dédiée située près du village guyanais de Sinnamari, à 10 km du site principal, réservé à Ariane V.

Serge Ivanov a indiqué à l' occasion de son annonce du 20 avril que le budget spatial de la Russie sera progressivement augmenté, à hauteur de 2,7 milliards de dollars. Observons que cette somme reste relativement faible, puisqu'elle est voisine du budget de l'Esa et le 10e du budget de la Nasa, budgets militaires non pris en compte. Il paraît évident que, considérations politiques mises à part, une plus étroite collaboration spatiale entre la Russie et l'Europe serait la condition indispensable à des ambitions plus grandes. Des deux côtés, elle bénéficierait aux scientifiques et aux industriels impliqués, même si les industriels européens craignent pour le moment le retard technologique de leurs homologues russes.

Dans le même temps, la Russie a fait connaître le lancement d'un satellite militaire à partir d'un Soyouz U opéré sur la base de Plesetsk. Le pays disposerait d'une constellation de 60 à 70 satellites militaires.

Accord de partage de données satellitaires entre la Chine et le Brésil

Xu Wen, le président du China Center for Resources Satellite Data and Application et Gilberto Camara, directeur général du Brazilian National Institute for Space Research (INPE) ont signé un memorandum d'accord pour un accès réciproque aux données provenant des satellites civils que les deux pays développeront, lanceront et géreront conjointement. Il s'agira notamment de mettre en oeuvre le China-Brazil Earth Resources Satellite Program (CBERS) destiné à l'étude de l'agriculture, de la météorologie et de l'environnement.

Ce rapprochement entre deux grandes puissances aux ambitions spatiales confirmées devrait faire réfléchir les Européens. De tels projets se développeront-ils sans eux ou avec eux?

Le satellite européen Envisat traque le volcan Eyjafjallajoekull

Cette image prise le 19 avril par le satellite de l'Esa Envisat montre le panache de cendres craché par le volcan islandais Eyjafjallajoekull, se déplaçant vers le sud-est. Le panache, de couleur brun-gris, est long d'environ 400 km dans sa partie visible. C'est l'instrument dit MERIS (Medium Resolution Imaging Spectrometer) qui a permis l'acquisition de cette image. Il travaillait sur le mode dit de haute résolution, afin d'obtenir un pouvoir séparateur de 300 m.

Envisat a été lancé par une Ariane V en mars 2002 sur une orbite polaire. Il tourne autour de la Terre en 101 minutes environ, sur un cycle de 35 jours. C'est un satellite lourd (8211) et complexe comportant 9 instruments destinés à l'observation de la Terre (continents, océans, glaces). En voici la liste, pour les esprits curieux des réussites spatiales européennes:

*ASAR (Advanced Synthetic Aperture Radar) capable de détecter des variations d'altitude de surface avec une précision sub-millimétrique;
*MERIS (MEdium Resolution Imaging Spectrometer), précité qui mesure les différences de réflectivité des surface en lumière visible
*AATSR (Advanced Along Track Scanning ) qui mesure la température de surface des océans.
*RA-2 (Radar Altimeter 2) qui mesure les altitudes tant des terres émergées que des glaces de mer et des vagues.
*MWR (Microwave Radiometer) qui mesure la densité de la vapeur d'eau dans les couches atmosphériques de la troposphère.
*DORIS (Doppler Orbitography and Radiopositioning Integrated by Satellite) qui permet de corriger les variations de l'orbite d'Envisat de moins de 10 cm.
*GOMOS (Global Ozone Monitoring by Occultation of Stars) qui observe les variations de couleur des étoiles quand elles descendent dans les couches basses de l'atmosphère. Il en déduit des observations sur la composition de celles-ci en gaz, notamment en ozone O3.
*MIPAS (Michelson Interferometer for Passive Atmospheric Sounding)
*SCIAMACHY (SCanning Imaging Absorption spectroMeter for Atmospheric ChartographY). Ces deux derniers instruments analysent la composition de l'atmosphère quand elle est traversée par la lumière solaire provenant de l'extérieur de l'orbite ou réfléchie par la Terre.

Echec indien notable dans la course à l'espace

Nous avons déjà noté, dans une brève de notre page Actualités référencée ci-dessus, l'échec le 15 avril d'un lanceur indien (Geosynchronous Satellite Launch Vehicle GSLV-D3) destiné à l'envoi de satellites lourds, afin de concurrencer les nations spatiales s'adressant à un marché de plusieurs milliards de dollars. La fusée était équipée d'un étage cryogénique conçu et fabriqué en Inde. Le moteur cryogénique est indispensable pour les lanceurs lourds, mais il est d'une technologie complexe, seulement maitrisée à ce jour par les Etats-Unis, la France, la Russie, le Japon et la Chine.

Le président de l'Indian Space Research Organization, K. Radhakrishnan a reconnu l'échec mais a confirmé la détermination du gouvernement à poursuivre cet effort. Vingt ans de travail y avaient été consacrés, mais il s'est dit confiant de pouvoir aboutir à un plein succès d'ici 1 an. En attendant, l'Inde fera comme précédemment appel à la Russie.

Par chance, un coûteux télescope en ultra-violet développé conjointement par l'Inde et Israël, le TAUVEX, avait été débarqué du lanceur quelques jours auparavant. Il pouvait paraître curieux en effet de confier un tel instrument à un lanceur non rodé.

L'objectif de l'Inde est d'offrir des services de lancement à des prix très inférieurs à ceux demandés par ceux qui détiennent actuellement le marché. Ces derniers, sans le dire, se réjouiront du retard indien. Mais qu'ils ne se réjouissent pas trop cependant. Ils feraient mieux de développer au plus vite de nouveaux lanceurs, telle la super-Ariane V envisagé par l'Esa et Arianespace, dont malheureusement on n'entend plus guère parler en ce moment. Manifestement, l'Inde n'a pas l'intention de rester en arrière dans le domaine de l'exploration spatiale.

On notera à ce sujet qu'Arianespace a repoussé de quelques semaines le premier lancement prévu pour 2010, afin de réparer des défauts de pressurisation constatés dans l'étage du moteur cryogénique principal (EPC). On comprend que l'entreprise ne prenne aucun risque, dans un domaine aussi sensible.

Enfin des robonautes prévus pour l'espace

Depuis longtemps nous demandons que l'Europe explore le domaine très riche en retombées multiples des futurs robots autonomes spationautes (robonautes). Rien n'a été fait de sérieux en ce sens du côté de l'Esa et des agences spatiales européennes. Par contre la Nasa (toujours elle) vient de décider d'envoyer sur la station spatiale internationale ISS un robot assistant humanoïde qui en deviendra un résident permanent. Ce sera la navette Discovery qui se chargera du transport, lors de la mission prévue pour septembre 2010. Le robot, baptisé R2, a été développé conjointement par la Nasa et General Motors, à partir d'éléments initialement prévus pour l'assistance sur les chaînes de production à terre. En fait, le robot sera produit en 2 exemplaires. Il comporte pour un poids total de 150 kg un torse, deux bras et deux mains pouvant être équipées de différents outils.

Le robot servira d'abord de banc de test pour vérifier son bon fonctionnement en apesanteur et dans l'espace, lorsqu'il sera soumis aux radiations extérieures. On précisera les services qui'il pourra rendre aux humains vivants à bord de la station spatiale. D'abord confiné dans le laboratoire annexe Destiny, il sera ensuite autorisé à se déplacer dans l'ensemble de la station. Ainsi, il devra apprendre lui-même à se rendre autonome et utile, y compris dans des tâches non programmées à l'avance. On conçoit que de tels robots seront les précurseurs de ceux qui, dotés, cette fois-ci de moyens de locomotion autonomes, débarqueront lors des prochaines missions prévues sur la Lune, le satellite de Mars Phoebos ou Mars elle-même.

En attendant, il sera intéressant d'observer comment les spationautes vivant sur l'IST réagiront à la présence de R2. Clairement, de tels robots ne sont pas prévus pour se substituer aux hommes (sauf dans des tâches particulièrement dangereuses), mais pour leur servir de compagnons et d'auxiliaires. L'expérience sera du plus haut intérêt pour la science robotique toute entière.

Divers

* Voir aussi "Une mini-navette militaire américaine robotisée"
http://www.spacewar.com/reports/US_military_launches_top-secret_robotic_spacecraft_999.html

* La Russie dispose actuellement de 3 véhicules autonomes amarrés à la station spatiale, Soyuz TMA-17, Soyuz TMA-18 et le cargo Progress M-04M. Le cargo Progress M-03M vient d'en être détaché en emportant un chargement de déchets qui sera rejeté en mer après un vol autonome de 4 jours à côté de la station. 23/04/2010


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