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Derniers
vols programmés de la navette spatiale américaine
La navette
Discovery et son équipage de 7 personnes est revenue
sur Terre le mardi 20 avril après avoir été
retardée de deux jours compte tenu de la situation
météorologique en Floride. Elle a mis pour
la première fois 4 femmes en orbite, 3 s'étant
jointes à la cosmonaute féminine déjà
en poste dans la Station Spatiale Internationale (ISS).
Deux Japonais se trouvaient également en espace en
même temps, l'un faisant partie du personnel de la
Nasa et l'autre représentant la Japan Aerospace Exploration
Agency. Discovery avait apporté sur l'ISS 8 tonnes
d'équipements scientifiques et d'approvisionnements,
destinés principalement à l'observation de
la Terre et de l'atmosphère.
Le
personnel de la Nasa ressent avec une certaine tristesse
le fait que ces vols seront les derniers, ce qui marquera
un tournant dans la politique spatiale américaine.
Les plans de vols restant concerneront, en principe, la
navette Atlantis, prévue pour décollage le
14 mai. Au cours d'une mission de 12 jours, elle livrera
entre autres un mini-module de recherche russe et des pièces
destinées au bras robotisé de la station.
Viendra ensuite Endeavour, prévue pour le 29 juillet.
Celle-ci apportera le spectrométrie magnétique
Alpha destiné à étudier les rayons
cosmiques et l'anti-matière. Enfin, le 16 septembre,
Discovery redécollera pour son dernier voyage, emportant
divers autres équipements (avec peut-être le
robonaute R2, comme indiqué ci-dessous). Elle devrait
ensuite être désarmée (mothballed) avant
sans doute de figurer au musée de l'espace de la
Nasa, les autres navettes étant probablement démontées.
Il ne
restera plus pour relier l'ISS à la Terre que les
moyens fournis par la Russie, l'Esa n'ayant pas développé
de programmes permettant d'utiliser ses propres lanceurs.
Barack Obama a fait savoir qu'il comptait sur le secteur
privé pour prendre le relais des navettes, mais la
route est longue. On peut penser que les équipages
résidents à bord de l'ISS ne seront pas très
tranquilles tant que des moyens redondants de liaison n'auront
pas été mis au point.
Futur
lancement d'un Soyouz à partir de la base de Kourou
Le vice-premier
ministre russe Serge Ivanov a confirmé le 20 avril
le lancement d'une fusée Soyouz depuis la base européenne
de Kourou en Guyane dans le courant de 2010. Ce projet avait
été plusieurs fois reporté pour diverses
raisons techniques. Le Soyouz prévu sera modernisé
par rapport aux versions actuelles. Il s'agira du futur
Soyouz ST, dont des composants adaptés à la
base de Kourou ont déjà été
livrés.
Le site
de Kourou a été prévu principalement
pour le lancement de satellites géostationnaires,
compte-tenu de sa proximité de l'équateur.
Mais de ce fait, le Soyouz ST pourra mettre en orbite des
charges plus lourdes que celles lancées à
partir des sites de Baïkonour au Kazakhstan et de Plesetsk
en Russie du nord. L'Agence spatiale russe Roscosmos et
la firme Arianespace ont signé un contrat en 2008
prévoyant le lancement de 10 Soyouz ST à partir
d'une plateforme dédiée située près
du village guyanais de Sinnamari, à 10 km du site
principal, réservé à Ariane V.
Serge
Ivanov a indiqué à l' occasion de son annonce
du 20 avril que le budget spatial de la Russie sera progressivement
augmenté, à hauteur de 2,7 milliards de dollars.
Observons que cette somme reste relativement faible, puisqu'elle
est voisine du budget de l'Esa et le 10e du budget de la
Nasa, budgets militaires non pris en compte. Il paraît
évident que, considérations politiques mises
à part, une plus étroite collaboration spatiale
entre la Russie et l'Europe serait la condition indispensable
à des ambitions plus grandes. Des deux côtés,
elle bénéficierait aux scientifiques et aux
industriels impliqués, même si les industriels
européens craignent pour le moment le retard technologique
de leurs homologues russes.
Dans le même temps, la Russie a fait connaître
le lancement d'un satellite militaire à partir d'un
Soyouz U opéré sur la base de Plesetsk. Le
pays disposerait d'une constellation de 60 à 70 satellites
militaires.
Accord
de partage de données satellitaires entre la Chine
et le Brésil
Xu Wen,
le président du China Center for Resources Satellite
Data and Application et Gilberto Camara, directeur général
du Brazilian National Institute for Space Research (INPE)
ont signé un memorandum d'accord pour un accès
réciproque aux données provenant des satellites
civils que les deux pays développeront, lanceront
et géreront conjointement. Il s'agira notamment de
mettre en oeuvre le China-Brazil Earth Resources Satellite
Program (CBERS) destiné à l'étude de
l'agriculture, de la météorologie et de l'environnement.
Ce rapprochement
entre deux grandes puissances aux ambitions spatiales confirmées
devrait faire réfléchir les Européens.
De tels projets se développeront-ils sans eux ou
avec eux?
Le
satellite européen Envisat traque le volcan Eyjafjallajoekull
Cette
image prise le 19 avril par le satellite de l'Esa Envisat
montre le panache de cendres craché par le volcan
islandais Eyjafjallajoekull, se déplaçant
vers le sud-est. Le panache, de couleur brun-gris, est long
d'environ 400 km dans sa partie visible. C'est l'instrument
dit MERIS (Medium Resolution Imaging Spectrometer) qui a
permis l'acquisition de cette image. Il travaillait sur
le mode dit de haute résolution, afin d'obtenir un
pouvoir séparateur de 300 m.
Envisat a été lancé par une Ariane
V en mars 2002 sur une orbite polaire. Il tourne autour
de la Terre en 101 minutes environ, sur un cycle de 35 jours.
C'est un satellite lourd (8211) et complexe comportant 9
instruments destinés à l'observation de la
Terre (continents, océans, glaces). En voici la liste,
pour les esprits curieux des réussites spatiales
européennes:
*ASAR
(Advanced Synthetic Aperture Radar) capable de détecter
des variations d'altitude de surface avec une précision
sub-millimétrique;
*MERIS (MEdium Resolution Imaging Spectrometer), précité
qui mesure les différences de réflectivité
des surface en lumière visible
*AATSR (Advanced Along Track Scanning ) qui mesure la température
de surface des océans.
*RA-2 (Radar Altimeter 2) qui mesure les altitudes tant
des terres émergées que des glaces de mer
et des vagues.
*MWR (Microwave Radiometer) qui mesure la densité
de la vapeur d'eau dans les couches atmosphériques
de la troposphère.
*DORIS (Doppler Orbitography and Radiopositioning Integrated
by Satellite) qui permet de corriger les variations de l'orbite
d'Envisat de moins de 10 cm.
*GOMOS (Global Ozone Monitoring by Occultation of Stars)
qui observe les variations de couleur des étoiles
quand elles descendent dans les couches basses de l'atmosphère.
Il en déduit des observations sur la composition
de celles-ci en gaz, notamment en ozone O3.
*MIPAS (Michelson Interferometer for Passive Atmospheric
Sounding)
*SCIAMACHY (SCanning Imaging Absorption spectroMeter for
Atmospheric ChartographY). Ces deux derniers instruments
analysent la composition de l'atmosphère quand elle
est traversée par la lumière solaire provenant
de l'extérieur de l'orbite ou réfléchie
par la Terre.
Echec
indien notable dans la course à l'espace
Nous avons déjà noté, dans une brève
de notre page Actualités référencée
ci-dessus, l'échec le 15 avril d'un lanceur indien
(Geosynchronous Satellite Launch Vehicle GSLV-D3) destiné
à l'envoi de satellites lourds, afin de concurrencer
les nations spatiales s'adressant à un marché
de plusieurs milliards de dollars. La fusée était
équipée d'un étage cryogénique
conçu et fabriqué en Inde. Le moteur cryogénique
est indispensable pour les lanceurs lourds, mais il est
d'une technologie complexe, seulement maitrisée à
ce jour par les Etats-Unis, la France, la Russie, le Japon
et la Chine.
Le président de l'Indian Space Research Organization,
K. Radhakrishnan a reconnu l'échec mais a confirmé
la détermination du gouvernement à poursuivre
cet effort. Vingt ans de travail y avaient été
consacrés, mais il s'est dit confiant de pouvoir
aboutir à un plein succès d'ici 1 an. En attendant,
l'Inde fera comme précédemment appel à
la Russie.
Par chance, un coûteux télescope en ultra-violet
développé conjointement par l'Inde et Israël,
le TAUVEX, avait été débarqué
du lanceur quelques jours auparavant. Il pouvait paraître
curieux en effet de confier un tel instrument à un
lanceur non rodé.
L'objectif de l'Inde est d'offrir des services de lancement
à des prix très inférieurs à
ceux demandés par ceux qui détiennent actuellement
le marché. Ces derniers, sans le dire, se réjouiront
du retard indien. Mais qu'ils ne se réjouissent pas
trop cependant. Ils feraient mieux de développer
au plus vite de nouveaux lanceurs, telle la super-Ariane
V envisagé par l'Esa et Arianespace, dont malheureusement
on n'entend plus guère parler en ce moment. Manifestement,
l'Inde n'a pas l'intention de rester en arrière dans
le domaine de l'exploration spatiale.
On notera à ce sujet qu'Arianespace a repoussé
de quelques semaines le premier lancement prévu pour
2010, afin de réparer des défauts de pressurisation
constatés dans l'étage du moteur cryogénique
principal (EPC). On comprend que l'entreprise ne prenne
aucun risque, dans un domaine aussi sensible.
Enfin des robonautes prévus
pour l'espace
Depuis
longtemps nous demandons que l'Europe explore le domaine
très riche en retombées multiples des futurs
robots autonomes spationautes (robonautes). Rien n'a été
fait de sérieux en ce sens du côté de
l'Esa et des agences spatiales européennes. Par contre
la Nasa (toujours elle) vient de décider d'envoyer
sur la station spatiale internationale ISS un robot assistant
humanoïde qui en deviendra un résident permanent.
Ce sera la navette Discovery qui se chargera du transport,
lors de la mission prévue pour septembre 2010. Le
robot, baptisé R2, a été développé
conjointement par la Nasa et General Motors, à partir
d'éléments initialement prévus pour
l'assistance sur les chaînes de production à
terre. En fait, le robot sera produit en 2 exemplaires.
Il comporte pour un poids total de 150 kg un torse, deux
bras et deux mains pouvant être équipées
de différents outils.
Le
robot servira d'abord de banc de test pour vérifier
son bon fonctionnement en apesanteur et dans l'espace, lorsqu'il
sera soumis aux radiations extérieures. On précisera
les services qui'il pourra rendre aux humains vivants à
bord de la station spatiale. D'abord confiné dans
le laboratoire annexe Destiny, il sera ensuite autorisé
à se déplacer dans l'ensemble de la station.
Ainsi, il devra apprendre lui-même à se rendre
autonome et utile, y compris dans des tâches non programmées
à l'avance. On conçoit que de tels robots
seront les précurseurs de ceux qui, dotés,
cette fois-ci de moyens de locomotion autonomes, débarqueront
lors des prochaines missions prévues sur la Lune,
le satellite de Mars Phoebos ou Mars elle-même.
En attendant,
il sera intéressant d'observer comment les spationautes
vivant sur l'IST réagiront à la présence
de R2. Clairement, de tels robots ne sont pas prévus
pour se substituer aux hommes (sauf dans des tâches
particulièrement dangereuses), mais pour leur servir
de compagnons et d'auxiliaires. L'expérience sera
du plus haut intérêt pour la science robotique
toute entière.
Divers
*
Voir aussi "Une mini-navette militaire américaine
robotisée"
http://www.spacewar.com/reports/US_military_launches_top-secret_robotic_spacecraft_999.html
*
La Russie dispose actuellement de 3 véhicules autonomes
amarrés à la station spatiale, Soyuz TMA-17,
Soyuz TMA-18 et le cargo Progress M-04M. Le cargo Progress
M-03M vient d'en être détaché en emportant
un chargement de déchets qui sera rejeté en
mer après un vol autonome de 4 jours à côté
de la station. 23/04/2010
