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Editorial
Peut-être du nouveau dans
la gestion des déchets nucléaires ?
par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
05/04/2010
La
technique généralement envisagée aujourd'hui
pour se débarrasser des déchets nucléaires
consiste à les enfermer dans des containers résistants
et enfouir le tout à profondeur moyenne (environ
- 300 m. ) dans des sols réputés étanches,
non sismiques et secs. Mais
ces méthodes, à l'usage, révèlent
ou révéleront des failles. Certes elles sont
préférables à l'ancien procédé
consistant à rejeter les fûts dans les fosses
océaniques ou dans des mines désaffectées.
Cependant globalement, la profondeur est insuffisante, ce
qui entraîne des mouvements de terrain, des entrées
d'eau et autres détériorations du stockage
faisant craindre la contamination proche ou lointaine des
eaux et des sédiments.
A
terme, dans quelques dizaines d'années, il sera sans
doute possible, d'une part de produire moins de résidus
radioactifs qu'aujourd'hui, et d'autre part de retraiter
une grande partie des résidus anciens. Il n'empèche
que dans l'immédiat, la question de la disposition
des déchets reste entière. Le risque qu'ils
représentent constitue un des arguments utilisés
par les anti-nucléaires pour combattre l'augmentation
du nombre des centrales. Les populations civiles et à
leur suite les collectivités locales y sont très
sensibles. Certes, de nouvelles centrales seront inévitablement
installées si l'on en croit les prévisions
des gouvernements intéressés par l'énergie
nucléaire, mais l'impossibilité d'offrir des
solutions durables et économiques au stockage des
déchets augmentera sensiblement le coût politique
et économique de ces projets.
Or une
solution apparemment très intéressante à
tous points de vue, sécurité, coût,
relative facilité de mise en oeuvre, a été
proposée il y a quelques années . Elle vient
d'être été débattue lors d'un
séminaire tenu à Washington le 15 mars dernier,
sous les auspices des Sandia National Laboratories et du
MIT (NewScientist, 3 avril 2010, p. 9). L'auteur du rapport
principal, le géochimiste Patrick Brady, propose
de réaliser des forages profonds (deep boreholes)
analogues à ceux pratiqués par l'industrie
pétrolière. Le développement de ces
techniques dans le monde du pétrole et la diminution
de leurs coûts ouvrent en effet de nouvelles perspectives.
Il s'agirait de puits de 50 cm de diamètre, s'enfonçant
à plus de - 5.000 m dans des couches de roches cristallines
dures. Celles-ci sont très répandues dans
le monde, occupant par exemple les 3/5 du sous-sol des Etats-Unis
et le tiers de celui du Royaume-Uni.
Les
déchets seraient placés dans des fûts
d'acier résistants du même diamètre
que le puits, qui seraient superposés sur une hauteur
de 2 km, le tout étant scellé par un bouchon
étanche d'argile, d'asphalte et de ciment. La température,
s'il s'agit de résidus très radioactifs, s'élèverait
jusqu'au point de fusion mais le roc environnant suffirait
à assurer le confinement de la radioactivité
pendant 1 million d'années, le temps suffisant pour
qu'elle disparaisse d'elle-même. L'eau pouvant éventuellement
circuler à ces profondeurs étant très
salée et donc plus dense que l'eau de surface, n'aurait
aucune chance de remonter. Les nuisances sur l'environnement
de surface dues aux travaux seraient insignifiantes.
Ce sont
comme indiqué les progrès des forages pétroliers
profonds qui rendent cette solution abordable aujourd'hui.
Elle rendrait caduque tous les autres projets d'enfouissement,
aux Etats-Unis et en Europe, qui soulèvent de plus
en plus d'oppositions et de difficultés techniques.
Il pourrait donc d'agir d'une véritable solution
miracle, capable de favoriser la relance des investissements
nucléaires en diminuant sensiblement le coût
du traitement des déchets.
On
fera valoir que les promoteurs de cette solution, que ce
soit Sandia, les pétroliers et plus généralement
les industries du nucléaire ne doivent peut-être
pas être crus aveuglément quand ils font valoir
les avantages des puits à grande profondeur. Le moins
que l'on puisse attendre en tous cas des gouvernements engagées
dans le développement des énergies nucléaires
serait qu'ils assurent rapidement et de façon contradictoire
les expertises nécessaires. Si cette solution était
saine, il serait de la plus grande importance qu'elle soit
mise en uvre dans les meilleurs délais, y compris
pour sécuriser tous les stocks de déchets
actuels.
Pour
en savoir plus
Wikipedia
http://en.wikipedia.org/wiki/Deep_borehole_disposal
PS
au 25 mai: Les accidents de forage enregistrés par
les compagnies pétrolières, tel celui de la
plateforme Deepwater Horizon, semblent ne pas susceptibles
de se produire dans les cas évoqués par cet
article, si du moins les sous-sols forés ont été
identifiés convenablement au plan géologique