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Economie
L'Euro, monnaie commune pour
la grande Europe
par
Gérard Bokanowski 10/04/2010
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Nombre
de commentateurs hautement qualifiés analysent les
réponses laborieuses apportées par le Conseil
de l'Eurozone (en bleu sur la carte) des 25 Mars et 26 mars
dernier, à la crise des finances publiques de la
Grèce, comme la condamnation à terme rapproché
de l'euro. Certains commentateurs - c'est le cas d'Alexandre
Adler (le Figaro du 2 Avril), annoncent même la «
sécession » de l'Allemagne.
Ainsi,
la crise des finances publiques d'un pays de l'euro
et le rappel aux règles des Traités par Berlin-
seraient donc le révélateur d'un « divorce
» de l'Allemagne avec l'Europe. Nous voilà
dans les premières passes d'arme d'une sorte de «
guerre de sécession » germanique de l'Union
Européenne. Comme toujours, dans les cas de divorce,
se profilerait pour « Germania » un nouveau
partenaire : la Russie. En plus, les Prussiens reviennent...
! Ce nouveau Rapallo des temps modernes est mené,
je cite toujours Alexandre Adler, par une « chancelière
prussienne, autarcique et slavophile » qui enterre,
sans fleurs ni couronnes, le modèle rhénan
des pères fondateurs, les anciens chanceliers Adenauer
et Kohl, et même de Schmidt pourtant homme du
Nord -, précurseur, avec Giscard de l'euro.
Tout
en reconnaissant le sérieux de la menace que font
peser les déficits et dettes des « PIIGS »
, la crise - une fois passées les très prochaines
échéances électorales en Allemagne
et en Grande Bretagne- peut être structurante, voire
même innovante. On peut en effet imaginer trois scénarios
différents :
L'Europe du retour au Pacte de Stabilité
(les fameux critères de Maastricht) stricto sensu,
c'est-à-dire sans soutien automatique aux pays en
difficultés ; du « pur et dur » , avec
exclusion des défaillants et autres « truqueurs
»
Un gouvernement économique
européen garant d'une véritable solidarité
économique et sociale, appuyé par un Fonds
Monétaire européen dont l'idée a été
avancée par le ministre fédéral des
Finances Wolfgang Schaüble.
La gestion difficile de pays de l'euro
qui ne voudront pas ou ne pourront pas imposer
une sévère cure d'austérité
à leurs citoyens pour rester dans les clous du Pacte
de Stabilité. Dans ce cas, à côté
de l'euro monnaie unique- il faudrait revenir à
la notion de monnaie commune fondée sur des taux
fixes mais ajustables, en référence à
l'ancien Serpent Monétaire Européen. Ainsi
pourrait voir le jour une « Zone paneuropéenne
de l'euro » calée sur le « noyau dur
» des pays qui respectent les disciplines du Pacte.
Le
sérieux de la menace
Le déficit
budgétaire grec représente 12,7% du PIB. La
dette d'Athènes est annoncée à 300
milliards , les taux de refinancement enregistrent une surprime
de 4% à 7 points de base et les garanties de bonne
fin (CDS) explosent. Celle de l'Espagne et du Portugal serait
de 1000 milliards. L'Irlande vient de « déclasser
« 80 milliards d'actifs pourris résultant de
la crise des subprimes. Nous sommes loin des « critères
de Maastricht » (3% de déficit budgétaire;
60% de dette publique par rapport au PIB) que d'ailleurs
personne ne respecte strictement (la France avec 8 et 87
est dans la bonne moyenne de la classe).
Le plus
préoccupant (on pense forcément à la
crise des subprimes !) est l'ampleur de la dette privée
de ces pays. Déjà la Grèce parle de
renflouer ses principales banques. Pour l'Irlande et l'Espagne,
la dette privée représenterait quelque 160%
du PIB.
Les
pays gravement déficitaires de la zone euro sont
donc pris dans un cercle vicieux. Comment améliorer
leur compétitivité commerciale, en l'absence
de soutien systématique, sans possibilité
de dévaluation ?
L'alternative
aurait consisté à procéder à
des transferts financiers massifs- en pratique de la part
de l'Allemagne. Ces solutions ayant été récusées,
le remède c'est le « plan d'austérité
» sur fond de déflation et avec un coût
économique (taux des obligations) et social (faillites
; réduction des rémunérations) élevé.
Sauf à disposer dans l'avenir d'une forte croissance
ou d'une relance économique de type « keynésien
» dans l'Union Européenne, une telle situation
ne pourra pas durer sans solidarités nouvelles .
Quelles perspectives dans ces conditions ?
Trois
scénarios
Maastricht
« pur et dur »
Pour
simplifier, Maastricht c'était le prix de la réunification
de l'Allemagne après la chute du Mur . En fait, un
double prix européen : l'abandon du glorieux DM au
profit de l'euro et la reconnaissance de la frontière
orientale de l'Allemagne réunifiée. Et c'est
précisément, en se défiant des pays
du « Club Med », comme on disait à l'époque,
que l'Allemagne a imposé les fameux critères
de déficits maximums et l'indépendance de
la BCE dont la mission gravée dans le marbre des
traités est la lutte contre l'inflation.
Peut-on revenir à ces tables de la loi ? Sans doute
certains pays le pourront-ils, surtout si l'on reconsidère
compte tenu d'un autre cycle de l'économie-
le critère du déficit budgétaire dont
la marge pourrait, sans dommage, être fixée
à 5 %. Le pourront-ils de façon durable ?
Un gouvernement
économique européen
Il faut
bien voir, en effet, et c'est le second scénario-
que les critères de Maastricht, issus du «
Plan Delors » étaient conçus pour une
Europe de type fédéral qui , à travers
les fonds régionaux (avec des montants doublés
dans un premier temps) étaient censée assurer
la solidarité sans faille de l'ensemble. C'est d'ailleurs
à cette conception qu'ont adhéré nos
partenaires de l'Europe centrale et orientale.
Dans
un contexte mondialisé où les entreprises
européennes soumises à une vive concurrence
ont besoin de stabilité économique et monétaire
et d'un marché intérieur harmonisé,
l'offre politique de l'Europe, la gouvernance, est insuffisante.
Il faut un gouvernement économique de l'Europe qui
n'ait pas peur de définir une politique industrielle
assortie d'investissements massifs dans le domaine de l'innovation
et des réseaux ainsi que de l'économie verte,
en faisant jouer, comme nos grands partenaires mondiaux
un « Buy european act ». Un gouvernement politique
qui nous sorte du quarterons de personnalités toutes
éminentes mais acharnées à marquer
étroitement leur territoire.
C'est ce gouvernement qui devrait définir une véritable
politique budgétaire, une politique fiscale et mettre
en place en contrepartie de ces disciplines- un Fonds
Monétaire Européen.
L'alternative
: la zone monétaire paneuropéenne autour de
l'euro.
L'euro,
c'était l'Europe qui se fait en marchant. Il n'a
pas été conçu pour faire face à
une crise dure comme celle que nous vivons . Derrière
la Grèce, les marchés attendent l'Espagne,
l'Italie, l'Irlande, le Portugal. Dans le même temps,
les nouveau membres de l'UE attendent l'euro. Et on commence
à les renvoyer, sans jeu de mots..aux calendes gecques
!
Le constat
est simple : l'Union Européenne est « à
géométrie variable » : l'euro, Schengen,
la Charte des droits fondamentaux, la sécurité
et la défense..La politique du « tous les 27
dans l'euro » moyennant des mises à niveau
progressives et des périodes de transition est condamné
par les faits ou plus simplement par l'état de l'Europe
qui n'est pas un Etat. L'Allemagne nous le rappelle crûment
mais opportunément.
Autour
du « noyau dur » de ceux qui respectent le Pacte
de Stabilité qui devrait d'ailleurs être
ajusté à la nouvelle conjoncture- les pays
de l'euro, en risque de défaut, devrait théoriquement-
pouvoir revenir à la monnaie commune du temps de
l'ECU (european currency unit) .Cependant, la complexité
de sortie de l'euro et le retour, même provisoire,
à des monnaies nationales devra être évitée
par une action de la BCE, du FMI et du FME. Mais ce sera
douloureux ! A moins de créer deux euros, comme le
propose le professeur Saint-Etienne.
En revanche,
pour les pays de l'UE qui ne sont pas dans la monnaie unique
(les 3 Baltes, la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie,
la Bulgarie et la Roumanie) ainsi que pour les candidats
reconnus au Sommet de Thessalonique -devrait être
être organisé l'espace paneuropéen de
la monnaie unique avec des parités fixes mais ajustables
par rapport à l'euro. C'est déjà le
cas pour les trois pays baltes, Malte et Chypre dans le
cadre de l'accord MC II (le mécanisme de taux de
change européen mise en place après l'élargissement
au PECO).
De même
cet « Espace paneuropéen de la monnaie commune
» devrait il étre relié aux partenariats
noués par l'Union Européenne : politique européenne
de voisinage (PEV), partenariat oriental, partenariat euro-méditerranéen.
Une telle zone consoliderait l'euro comme monnaie de réserve
, développerait les échanges et le commerce
et favoriserait les investissements dont ces pays ont tant
besoin. Ce lien devrait également s'étendre
à la Russie et à la Turquie dans le cadre
du développement d'un nouveau partenariat. Que le
pétrole et le gaz soient payés en euro consoliderait,
faut-il le préciser, la dite zone.
***
Il faut souhaiter que la crise actuelle de l'euro ne soit
qu'une crise d'adolescence dont l'Europe sortira plus forte.
Mais elle est une occasion de s'interroger sur la méthode
suivie. L'euro suppose des disciplines strictes que tout
le monde ne pourra pas respecter. Consolidons les 16 économies
qui se sont liées et dans le même temps, puisque
l'on réfléchit à « l'Europe 2020
» (la Commission de Bruxelles) ou à l'Europe
2025 (Rapport de la CIA), proposons à l'ensemble
paneuropéen qu'il faut organiser en face des Etats
continents non seulement le partage de valeurs, davantage
de sécurité, la stimulation des échanges
ou le développement économique mais tout simplement
un intérêt commun par une monnaie commune.
N'est ce pas aussi l'intérêt de l'Allemagne
comme celui de la France- Monsieur Adler ?
Gérard
Bokanowski
Ancien Directeur Général PE
et Conseiller Spécial du Président
Consultant International.
Expert européen agréé