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Article.
Démographie. Pour un plan de relance de la natalité européenne
par Jean-Paul Baquiast 14/02/2010.


La natalité des pays européens s'effondre, dans l'indifférence générale. Comment caractériser ce phénomène? Comment tenter de le corriger?

Introduction

Tenter de réfléchir à l'évolution démographique en Europe est devenu pratiquement impossible, si du moins on prétend présenter un point de vue sinon objectif du moins aussi neutre que possible. S'exprimer à ce sujet fait immédiatement courir le risque d'être taxé de racisme par ceux qui refusent toute interrogation sur les origines géographiques et les appartenances ethniques et culturelles des populations. De plus les données statistiques nécessaires pour fonder des opinions raisonnées sont encore trop rares et incertaines. du fait de la difficulté de s'accorder sur des faits à observer puis sur des méthodes et moyens d'observations. Nous ne ferons appel ici qu'à un nombre minimum de données statistiques, obtenues par des recensement ou modélisations conduits par des administrations nationales compétentes et coordonnées par l'Office européen des Statistiques Eurostat.

Ne prétendant pas par ailleurs à une compétence de démographe professionnel, nous avons emprunté l'essentiel des données et interprétations présentées dans la première partie de cet article (Données) à une compilation établie par M. Philippe Bourcier de Carbon, démographe, économiste et spécialiste de la démographie des sociétés développées. Pour les faire entrer dans le cadre de cet article, nous les avons partiellement remises en forme, considérablement allégées et assorties parfois de commentaires personnels.

I Données

1.1. La « transition démographique » mondiale

Le 21e siècle sera marqué, sauf évènements imprévisibles aujourd'hui, par la stabilisation puis sans doute par la baisse de la population mondiale. Ce phénomène devrait rassurer ceux qui craignaient l'effet d'une croissance démographique illimitée (la bombe démographique) sur l'environnement , des ressources naturelles de plus en plus réduites devant être partagées par un nombre de plus en plus grand de demandeurs. Cependant, dans les prochaines décennies, le passage désormais inévitable d'une population globale de 5 à 6 milliards d'hommes à une population de 9 ou 9,5 milliards posera des problèmes difficiles à résoudre. Il demeurera longtemps une disparité entre les pays dont la population sera stabilisée, voire en diminution, et les pays où elle continuera à croître. Nous verrons que l'Europe sera particulièrement exposée, du fait de son vieillissement, face au continent africain loin d'avoir encore atteint la transition démographique (égalité entre les naissance et les décès). De plus, une variable importante n'est pas prise en compte dans ces perspectives: l'aggravation des conditions de vie dans les pays pauvres due aux destructions de l'environnement qui paraissent actuellement irréversibles. Compter sur des progrès technologiques pour résoudre ces problèmes paraît illusoire, compte tenu du coût et des délais nécessaires à une mise en œuvre suffisamment globale d'éventuelles innovations technologiques compatibles avec les contraintes environnementales.

Depuis plus d'une génération la fécondité est en chute constante à peu près partout dans le monde, à l'exemple des pays riches où elle est en baisse depuis les années 1960. La fécondité dans les pays pauvres ailleurs qu'en Chine est passée depuis 1970 de 5,8 à 3,0 enfants par femme, et en Chine de 5,3 à 1,8 enfants par femme aujourd'hui. L'Europe et le Japon qui ne remplacent plus leurs générations depuis plus d'une génération ont été les précurseurs de ce mouvement général qui devient planétaire.

Cependant, avec le Pakistan, l'Afrique Sub-saharienne ne s'est engagée dans ce recul général de la fécondité que depuis les années 1990, soit vingt ans plus tard que le reste du Tiers-monde. Sa fécondité, encore de 6.2 enfants par femme en 1990, est ramenée à 4.9 enfants par femme aujourd'hui La fécondité au Pakistan est aujourd'hui de 3.3 enfants par femme.

Dans le même temps, l'espérance de vie à la naissance a gagné une dizaine d'années en moyenne pour approcher les 70 ans à peu près partout dans le monde, sauf en Afrique Sub-Saharienne et en Russie, en passant depuis 1970 de 51 ans à 64 ans dans les pays pauvres ailleurs qu'en Chine, et en Chine de 62 ans à 74 ans aujourd'hui. En Afrique Sub-Saharienne, les niveaux de mortalité sont les plus élevés au monde et l'espérance de vie la plus courte au monde, en raison notamment de l'épidémie de SIDA. L'espérance de vie à la naissance y stagne à 51 ans soit treize à quinze années de moins que dans le reste du Tiers-Monde. L'Afrique Sub-Saharienne présente aujourd'hui à la fois la fécondité et la mortalité les plus élevées parmi toutes les grandes populations du monde.

Rappelons que la rapidité et la généralisation de la chute de la fécondité sur la planète a surpris les experts de l'ONU qui constatent que, compte tenu des niveaux de mortalité encore prévalant, l'humanité, pour ses deux tiers environ, ne remplace plus désormais ses générations, cette proportion étant en croissance rapide. Aussi l'humanité - hormis l'Afrique Sahélienne et Equatoriale, pays tels l'Ethiopie, le Nigéria ou le Congo Kinshasa, ainsi que quelques très grands pays musulmans, tels le Pakistan ou le Bangladesh - achève dans son ensemble avec la décennie 2010 la seconde phase de ce qu'il est convenu d'appeler la "Transition démographique", pour faire son entrée dès les années 2020 dans la phase implosive post « transitionnelle » du non remplacement des générations humaines, dont l'Europe et le Japon ont été les pionniers.

1.2. L'effondrement démographique européen

Celui-ci, déjà engagé depuis plus de 20 ans, ne fera que s'accentuer. Il se mesure à plusieurs critères.

Rapport de vieillissement de la population.

Le rapport de vieillissement est l'indicateur qui résume le plus fidèlement l'impact de ces mutations démographiques sur l'inversion des pyramides des âges ainsi que sur la fécondité.

Il est proportionnel à l'effet qu'exerce sur la fécondité et plus généralement sur le dynamisme économique le vieillissement général de la population. Celui-ci déprime les revenus relatifs des jeunes adultes de moins en moins nombreux dans les sociétés vieillissantes. Il en résulte une baisse de leurs comportements reproductifs mais aussi une baisse de leur dynamisme économique et intellectuel, du fait des difficultés qu'ils sont obligées d'affronter dans des sociétés dont l'essentiel des revenus sont absorbés par les Seniors (ou personnes âgées de 50 ans et plus, ayant de ce fait dépassé les âges statistiques de fécondité). Les jeunes adultes sont aussi ceux qui supportent l'essentiel des dépenses générées par les Jeunes (les enfants et les jeunes gens n'ayant pas encore atteint 20 ans, et n'étant pas encore entrés dans les âges statistiques de fécondité, non plus que dans ceux de la production).

Dans les pays où les effectifs des Seniors viennent à surpasser ceux des Jeunes dans une population - c'est-à-dire lorsque ce rapport dépasse 100% - la pyramide des âges est inversée, sa partie supérieure l'emportant en nombre sur sa base, et le processus d'implosion démographique s'enclenche alors. L'humanité, dans son ensemble franchira ce seuil au cours de la décennie 2020, sauf l'Afrique Sub-Saharienne et quelques pays asiatiques déjà cités. Selon les dernières projections des Nations-Unies, l'Union Européenne à 27 membres a franchi ce seuil au début des années 1980, le monde riche dans son ensemble en 1985, l'Allemagne et le Japon respectivement en 1970 et 1985.

De plus le rapport de vieillissement (rapport des effectifs des Seniors âgés d'au moins 50 ans à ceux des jeunes âgés de moins de 20 ans), qui caractérise les pyramides des âges des populations, est appelé à atteindre les valeurs encore jamais rencontrées dans l'histoire, de 340% en Allemagne et de 465% au Japon en 2050 voire de 815% selon la variante « basse » des projections pour ce pays. Sur le continent européen, plus aucun pays (hormis peut-être encore l'Albanie) ne remplacent plus ses générations.

L'Europe Occidentale, fut la première, bientôt suivie de l'Europe du Nord, à inaugurer ce processus d'implosion de la fécondité dès le début des années1970, soit depuis bientôt quarante ans. L'Allemagne (avec la Hongrie) était entrée la première dans ce processus depuis la fin des années 60, soit depuis plus de 40 ans bientôt. Le mouvement fut suivi dans les années 80 par tous les pays de l'Europe du Sud, puis dès la fin des années 80 et le début des années 90 par ceux de l'Europe de l'Est, anciennement communistes.

Depuis 2005, on assiste à un certain redressement de la fécondité en France, comme dans les pays européens de forte immigration en provenance de pays de forte fécondité. Une dichotomie se fait jour à présent au sein de ces pays entre le régime démographique de leurs populations anciennement autochtones qui ne remplacent plus leurs générations depuis des décennies, et celui de leurs nouvelles populations originaires des pays d'immigration dont la fécondité moyenne demeure environ double des précédentes.

Note: L'Union Européenne à 27 membres compte aujourd'hui en 2010 selon Eurostat environ 500 millions d'habitants (et la zone Euro 330 millions), dont par ordre de peuplement :
l'Allemagne (82 millions), la France (près de 65 millions avec les DOM), le Royaume-Uni (62 millions), l'Italie (60 millions), l'Espagne (46 millions), la Pologne (38 millions), la Roumanie (21 millions), les Pays-Bas (16 millions), la Grèce (11 millions), la Belgique (11 millions), le Portugal (11 millions), la République Tchèque (10 millions), la Hongrie (10 millions). Ces treize pays représentent à eux seuls environ 427 millions d'habitants, soit environ 85% de la population de l'ensemble de l'Union Européenne à 27 membres.
La population totale de l'Allemagne, de la France, de l'Italie et du Benelux (ancienne Communauté Européenne fondatrice à 6 Etats membres) rassemble 234 millions d'habitants, et représente à elle seule aujourd'hui près de la moitié (47%) des quelques 500 millions de l'ensemble de l'Union Européenne à 27 Etats-membres.
La Turquie, appelée en principe à entrer dans l'Union Européenne compte 72 millions d'habitants aujourd'hui. Elle sera le second membre de l'Union Européenne par sa population, puis en deviendra rapidement le premier du fait de la jeunesse de sa population et de sa fécondité de plus de 2,1 enfants par femme, encore supérieure aujourd'hui à celle de la France (DOM compris)

Fécondité

A la fin de la décennie 2000, la fécondité globale de la France (DOM compris) approche les 2 enfants par femme, 1,98 en 2007 selon Eurostat, n'étant surpassée dans l'Union Européenne que par l'Irlande (2,01), alors que, hormis au Royaume-Uni (1,84) et au Pays-Bas (1,72), dans les autres pays de l'Union la fécondité reste très faible : 1,37 en Allemagne, 1,35 en Italie, 1,38 en Espagne, 1,31 en Pologne, 1,32 en Roumanie, 1,2 en Slovaquie. La fécondité globale de l'Union Européenne à 27 Etats membres peut être estimée aujourd'hui à environ 1,5 enfant par femme, soit ne remplaçant chaque année que 71% de ses générations.

Sous l'effet cumulé de la fécondité différentielle entre la France et l'Allemagne, les naissances en France (DOM compris) surpassent en nombre depuis 1999 celles de l'Allemagne (82 millions d'habitants) qui compte pourtant aujourd'hui environ 17 millions d'habitants de plus que la France, ce surcroît ayant atteint 184.000 naissances en 2009. Selon Eurostat, il est né 5,4 millions de nourrissons dans l'Union Européenne à 27 Etats-membres, la France en ayant fournit le plus large contingent avec 830.000 (DOM compris), suivie du Royaume-Uni (787.000), de l'Allemagne (646.000), de l'Espagne (563.000), de l'Italie (554.000), de la Pologne (428.000) pour ne prendre que les plus peuplés.

La Turquie aura, quant à elle, mis au monde en 2008 environ 1,3 million de naissances, soit presqu'autant que la France et l'Allemagne réunies (1,48 millions de naissances).

L'espérance de vie à la naissance globale de l'Union Européenne à 27 membres peut être évaluée aujourd'hui selon Eurostat à environ 82 ans pour les femmes et 76 ans pour les hommes (77,6 ans en France pour les hommes, alors qu'elle n'est que de 64,9 ans en Lituanie pour les hommes). Elle est aujourd'hui d'environ 7 années inférieure pour chaque sexe en Turquie par rapport aux valeurs moyennes de l'Union Européenne.

Rapports de vieillissement des Populations dans l'Union Europenne à 27 Etats-membres

Marquant le degré d'avancement dans le processus d'inversion des pyramides des âges, les rapports de vieillissement, calculés par Eurostat entre les personnes âgées d'au moins 65 ans et les enfants et les jeunes âgés de moins de 15 ans, s'étalent aujourd'hui dans l'Union Européenne à 27 entre les valeurs extrêmes de 145 personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 jeunes âgés de moins de 15 ans en Allemagne à 53 en Irlande, avec par ordre décroissant pour les principaux pays de l'Union, surtout pour ceux qui ont dépassé les 100% : 145 pour l'Allemagne, 143 pour l'Italie, 130 en Grèce, 129 en Bulgarie, 125 en Lettonie, 117 en Slovénie, 116 en Estonie, 114 en Espagne, 111 en Autriche, 108 en Hongrie, 104 en Suède, 103 en Lituanie, 103 en République Tchèque, 103 au Portugal, 101 en Belgique, 98 en Roumanie, 98 en Finlande, 92 au Royaume-Uni, 88 en France, 87 en Pologne.....

La Population totale de l'Union Européenne, en passe de compter bientôt sur son sol plus de décès que de naissances chaque années, entrant ainsi dans la phase de dépopulation du processus du renversement des pyramides des âges et d'implosion démographique dans lequel elle s'est engagée depuis près de quarante ans, voit néanmoins sa population continuer à augmenter : elle se sera accrue, principalement en raison des flux d'immigration en provenance d'Afrique et du Moyen Orient, de plus d'1,5 million d'habitants en 2009 en raison d'un solde migratoire positif de 941.000 personnes, qui contribue aujourd'hui pour environ les 2/3 à cet accroissement démographique total.

A cet accroissement total de 1,5 million en 2009 de la population de l'Union Européenne, ont contribué par ordre d'importance les pays qui suivent :
le Royaume-Uni pour 407.000 mille, la France pour 359.000, l'Italie pour 352.000 , l'Espagne pour 259.000, les Pays-Bas pour 91.000, la Belgique pour 78.000, etc...

Le Royaume-Uni, la France, l'Italie et l'Espagne ayant vu ainsi leurs populations augmenter au total de près de 1,4 millions d'habitants en 2009 ont donc à eux quatre contribué à près de 90% à l'accroissement total de l'ensemble de la population de l'Union Européenne à 27 états membres. A l'inverse et dans le même temps, l'Allemagne, qui depuis deux ou trois ans organise des flux de retour d'étrangers résidents sur son sol originaires de Balkans, aura vu sa population totale régresser de près de 245.000 habitants en 2009 selon Eurostat.

Soldes Migratoires des Populations dans l'Union Européenne à 27 Etats-membres en 2009.

Il ressort des données précédentes des statistiques d'Eurostat que le solde migratoire global dans l'Union Européenne à 27 membres s'est monté à +941.000 personnes en 2009, provenant très largement des flux d'immigration croissants en provenance des pays d'Afrique et du Moyen Orient.

A ce solde positif global ont contribué cette année là les pays membres suivants, par ordre d'importance : l'Italie (383.000), le Royaume-Uni (186.000), l'Espagne (79.000), la France (77.000), etc. Ces quatre premiers pays contribuent à plus de 72% du solde migratoire positif total de l'Union Européenne.

A l'inverse selon Eurostat, les soldes migratoires ont été négatifs en 2009 dans 7 pays de l'Union, à commencer par l'Allemagne (-56 mille), suivie de l'Irlande (-44 mille), la Lituanie (-15 mille), la Pologne (-15 mille)

1.3. L'Union Européenne à 27 membres face à l'Afrique Sub-saharienne.

De par leurs positions géographiques respectives, la première et la dernière des zones du Monde à entrer dans le processus planétaire d'inversion des pyramides des âges et d'implosion démographique se trouvent face à face.

L'Union Européenne à 27 membres, troisième population parmi les entités politiques du monde après la Chine et l'Inde, rassemble aujourd'hui 519 millions d'habitants, en face de l'Afrique subsaharienne, bientôt deux fois plus peuplée, qui rassemble déjà 870 millions d'habitants.

Les rives Nord et Sud de la mer Méditerranée séparent les deux zones de la planète où les régimes démographiques sont aujourd'hui les plus disparates au monde, c'est-à-dire qu'elles séparent la zone où fécondité et mortalité sont les plus faibles au monde au Nord de celle où elles sont les plus fortes au Sud, en même temps que leurs niveaux de richesse et de développements économiques sont les plus éloignés au monde.

Ce face à face de l'Europe (y compris la Fédération de Russie), ou de l'Union Européenne, avec l'Afrique Sub-Saharienne peut donc se résumer ainsi en ce début du 21ème siècle :

* La zone la plus urbaine de la planète fait à présent face à la zone la plus rurale. L'Union Européenne est en effet la zone la plus urbanisée au monde où plus des trois quarts de la population s'amassent dans les villes. Elle fait face à l'Afrique Sub-Saharienne dont près des deux tiers de la population vivent encore aujourd'hui en zones rurales.

* La zone la plus riche de la planète fait à présent face à la zone la plus pauvre. Selon les estimations du FMI, le PIB total de l'Union Européenne à 27 membres était en effet supérieur en 2008 au PIB des Etats-Unis, soit 15.293 contre 14.334 Milliards de US $. Aussi, le PIB par tête était-il alors estimé à 34.100 US$ par personne en terme de parité de pouvoir d'achat (ppa) au sein de l'Union Européenne. Cette richesse est à comparer aux quelques 2.500 US $ (ppa) par tête estimés en 2005 pour l'ensemble de l'Afrique Sub-Saharienne. Les habitants de l'Union sont donc bien plus de 10 fois plus riches que les habitants qui vivent aujourd'hui en Afrique Sub-Saharienne.

* La zone de la planète où la natalité est la plus faible fait à présent face à la zone la plus féconde. Pour la fécondité le contraste est saisissant : encore aujourd'hui de près de 5 enfants par femmes, la fécondité amorce seulement depuis les années 90 la phase de son déclin en Afrique Sub-Saharienne, alors qu'avec 1,5 enfant par femme aujourd'hui, elle demeure depuis plus de trente ans, comme nous l'avons vu, très largement inférieure au seuil de simple remplacement des générations dans l'Union Européenne.

* La zone de la planète où la vie est la plus longue fait à présent face à celle où elle est la plus courte. On peut le dire autrement: la zone où l'excédent annuel, bientôt croissant, du nombre des décès sur celui des naissances fait face à celle où l'excédent annuel des naissances sur les décès est la plus large.

Le nombre des naissances de l'Afrique Sub-Saharienne lui est aujourd'hui près de 7 fois supérieur tous les ans : 33 millions contre 5 millions. Les 519 millions d'habitants de l'Union, dont la population diminue font donc aujourd'hui face aux 870 millions de l'Afrique Sub-Saharienne dont la croissance de la population, encore en très forte expansion (+2,4% par an aujourd'hui), amorce seulement depuis les années 1990 sa phase de ralentissement. Sa population, environ deux fois moins nombreuse en 1950 que celle de l'Union dans ses frontières actuelle, lui était en effet déjà devenue équivalente en nombre au début des années 1990, et elle lui sera plus de trois fois plus nombreuse en 2050.

Les rapports de vieillissement et les pyramides des âges sont en conséquence très différents. La population de l'Afrique Sub Saharienne, où les Seniors sont très minoritaires, demeure encore aujourd'hui essentiellement constituée de jeunes et de jeunes adultes, alors que les Seniors sont en passe de devenir majoritaires au sein de la population de l'Union.

Il en résulte que l'Union Européenne est une société aujourd'hui dominée sous tout rapport par les besoins et exigences de Seniors. Elle fait face au continent Africain, qui est un continent d'enfants, de jeunes et de jeunes adultes.

Il est à noter qu'une dichotomie se dessine actuellement en Afrique, entre l'Afrique Subsaharienne et l'Afrique du Nord dont le régime démographique s'apparente désormais à celui de la Turquie, en termes d'évolution de leur fécondité qui s'y rapproche à présent régulièrement du seuil de simple remplacement des générations, comme de la mortalité, l'espérance de vie à la naissance y dépassant désormais 70 ans.


II Comment interpréter ces données?

On sait qu'en science, les faits (ici les données d'observation) à supposer qu'ils aient été recueillis d'une façon consensuelle, ne prennent de sens qu'à la lumière des interprétations qui en sont faites. Or celles-ci, dans des matières aussi sensibles politiquement que la démographie, peuvent être très différentes selon les options politiques et les appartenances des auteurs. Les interprétations elles-mêmes ne sont jamais gratuites. Elles visent à général à légitimer des souhaits, des recommandations ou des directives, s'adressant aux législateurs et aux gouvernements comme aux populations elles-mêmes.

Dans le cadre restreint de cet article, nous nous bornerons à présenter ici sans les discuter quelques unes des questions que nous nous posons nous-mêmes, suivies des recommandations que nous pourrions faire aux législateurs européens.

II.1. La dénatalité des pays européens

Elle est indiscutable et ne cessera d'augmenter. Peut-on s'y résigner, argument pris que le monde est déjà trop peuplé et que l'Europe peut légitimement souhaiter donner l'exemple d'une « démographie durable »?

La réponse est évidemment non. Une société qui ne renouvelle pas ses effectifs de jeunes et de jeunes adultes devient d'abord une société de Seniors, avant de disparaître progressivement par extinction. Or une société de Seniors est, quels que soient les qualités humaines de ceux-ci, une société se désintéressant de l'avenir et se repliant sur la conservation de ses avantages acquis, lesquels pourtant ne cesseront de diminuer.

De plus, si l'Europe se résignait à devenir une société de Seniors, elle ne résisterait pas à la double concurrence des pays africains pauvres et des pays émergents asiatiques et latino-américains, sans mentionner celle demeurant très vive des Etats-Unis. Cette concurrence s'exercera sous la forme à la fois d'immigrations incontrôlables et de retards technologiques et économiques croissants.


La situation légèrement meilleure de la France ne lui permet pas de pouvoir espérer se désolidariser de la décadence européenne annoncée.

II.2. Combattre la dénatalité

Il faut donc combattre la dénatalité et plus généralement le dépeuplement. Mais par quels moyens? La solution jusqu'ici adoptée, que ce soit de façon volontaire ou par force, consiste à encourager, ou accepter, des flux migratoires plus importants. Ceux-ci viennent déjà spontanément de toutes les régions du monde voisines de l'Europe ou entretenant avec l'Europe des échanges commerciaux ou culturels: Afrique méditerranéenne, Afrique Sub-Saharienne, Turquie, Moyen-Orient, Europe orientale, Amérique latine et centrale. Mais il est généralement admis qu'au dessus d'un certain pourcentage (à définir) ces migrations ne sont plus acceptées par les populations autochtones, qui les considèrent comme des invasions non souhaitées, a fortiori lorsqu'elle empruntent des canaux clandestins. La tentation de rejet devient particulièrement forte lorsque, pour des raisons politiques ou religieuses, les migrants refusent volontairement de se fondre progressivement (en 1 ou 2 générations) dans les populations d'accueil. On peut donc penser que l'appel à une immigration accrue sera de plus en plus considéré comme inadéquat pour faire face à la baisse de la population européenne.

Il n'existe plus alors qu'une autre solution: augmenter massivement les aides aux jeunes adultes et adultes qui acceptent de procréer, de façon à rendre à nouveau possible le renouvellement des populations (soit 2 enfants par femme en moyenne). Ces aides avaient permis à la France, dès le début du 20e siècle, de redresser sa situation démographique. Elles ont été depuis quelques années fortement réduites mais demeurent plus importantes que celles ayant cours dans les autres pays européens. Ce sont elles, s'ajoutant à la fécondité plus grande des jeunes femmes immigrées, qui expliquent la position relativement favorable de la natalité en France. Ces aides doivent être très générales, sans condition aucune. Elles prendront notamment la forme d'équipements collectifs publics gratuits (crèches, écoles maternelles, centres de soins) permettant aux mères de mener à la fois leurs carrières et leurs maternités. Elles doivent être d'un montant suffisant pour compenser le fait qu'avec le vieillissement de la population et la dénatalité, ce sont essentiellement les jeunes adultes des deux sexes qui portent le poids de la protection sociale et de la fiscalité. Il faudra donc convaincre les Seniors qu'il leur appartient de contribuer de façon bien plus marquée qu'actuellement à la repopulation des sociétés européennes.

On dira que ces mesures n'agissent pas immédiatement. En fait, le boom des naissances et plus généralement la dynamique ainsi créée peuvent transformer en quelques années le climat de récession et de morosité dominant actuellement en Europe. C'est ainsi que le projet que nous avons formulé par ailleurs sur ce site (Fonds européen d'investissement stratégique) ne prendrait tout son intérêt que s'il complétait le plan de relance de la natalité esquissé ici.

Ceci dit, le pessimisme parait s'imposer. L'Europe étant essentiellement composée de Seniors vieillissants (dont l'auteur de cet article), pourquoi ceux-ci s'imposeraient-ils des sacrifices dont ils ne verront pas les résultats?

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