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Sciences, technologies et politique
Pour une économie mixte à l'européenne

Jean-Paul Baquiast - 19/01/2010

Ce texte actualise et regroupe divers articles parus précédemment. Il constitue le volet économique et technologique d'un programme de redressement du continent européen que nous compléterons prochainement par des propositions dans trois directions complémentaires : redresser la démographie européenne; revivifier les sources de la culture européenne, notamment au plan universitaire et des médias; redéfinir les structures et les procédures des appareils administratifs européens.

Introduction

Quant on a vu à l'occasion des fêtes de fin d'année 2009 des centaines de millions d'Européens de tous âges manifester leur joie à entrer dans une nouvelle décennie, on est tenté de se demander, quitte à passer pour un prophète de mauvaise augure, s'ils se rendent bien compte des changements de mode de vie que l'évolution du monde leur imposera dans un proche avenir.

Les personnes qui font la fête se désolidarisent de facto des 15 à 30%, sinon plus, de leurs compatriotes qui ne font pas la fête parce qu'ils se situent, comme on dit, au dessous du seuil de pauvreté. Beaucoup de ceux-ci ne sont ni âgés ni malades mais simplement chômeurs. Or ceux qui bénéficient d'un emploi ou d'un revenu garanti, grâce auquel ils ont pu faire la fête, devraient peut-être se demander comment ils pourront dans l'avenir conserver le même mode de vie, confrontés aux centaines de millions de travailleurs chinois et indiens dorénavant aussi efficaces professionnellement qu'eux, et qui par ailleurs acceptent des niveaux de vie voisins de ceux des travailleurs pauvres ou chômeurs européens en fin de droit.

On a beaucoup glosé sur la Chine, usine du monde. Il est évident que si l'Europe ne réagit pas intelligemment face à la concurrence chinoise, elle pourra fermer toutes ses usines et lieux de production. Des travailleurs chinois viendront peut-être travailler en Europe comme ils le font déjà dans l'Asie du sud-est et en Afrique. Ceci même dans le domaine agricole. Certaines compagnies ne s'intéressent-elles pas à des terres européennes ou russes ? Mais on découvre actuellement que la Chine ne sera pas seulement l'usine du monde. Elle deviendra rapidement une puissance scientifique et technologique de première grandeur, surpassant même peut-être à terme les Etats-Unis. Comme nous l'avons rappelé dans un article publié sur ce site (La Chine bientôt première puissance scientifique mondiale? , elle fait actuellement un effort d'une ampleur unique au monde pour former des étudiants et des chercheurs, développer des universités et lancer en liaison avec ses industries de très nombreux programmes de recherche/développement (R/D), voire de recherche fondamentale.

Quant à l'Inde on commence à comprendre qu'elle est en passe de devenir la société de service du monde. Aujourd'hui près de la moitié des services exportables sont en Inde, du centre d'appel jusqu'aux analyses médicales et bancaires. Les atouts indiens sont importants et uniques. L'Inde possède aujourd'hui près de 70 millions de diplômés supérieurs, plus qu'il n'y a d'habitants en France ! L'Inde ne s'est pas lancée dans une révolution industrielle momentanément impossible pour elle du fait de ses infrastructures hors d'usage. Elle est directement passée à la révolution des services qui représentent aujourd'hui près des 2/3 du PIB du pays.

Rappelons par ailleurs que ni la Chine ni l'Inde ne se soucient d'élever le niveau de vie de la population dans son ensemble. Elles se satisfont de rémunérer le niveau social supérieur (à des salaires qui d'ailleurs chez nous seraient considérés comme proches du SMIC). Le reste du peuple est maintenu dans la pauvreté, par un régime politique qui demeure très peu démocratique en Chine et par le système de castes qui joue le même rôle en Inde, au demeurant réputée la plus grande démocratie du monde.
Les Européens, faut-il par ailleurs le leur rappeler, ne disposent pas des sources d'énergie primaire et de matières premières qui permettent aux pays producteurs de garder pour eux la plus grande partie des bénéfices en résultant. Certes, un certain nombre d'entre eux possèdent encore de solides fortunes immobilières et mobilières. Mais d'une part celles-ci sont très mal réparties. D'autre part la crise récente a montré que leur valeur dépend de marchés fluctuants sur lesquels les propriétaires ont peu de moyens d'action. Elles ne garantissent donc pas les revenus réguliers provenant d'un travail productif. Quant à l'innovation technologique, si elle n'est pas encore entièrement aux mains des pays asiatiques, elle reste encore pour l'essentiel située aux Etats-Unis. L'Europe prend chaque année un retard que l'on ne veut pas voir.

Il en résulte que l'Europe pour se protéger de la concurrence chinoise, indienne et américaine, devrait changer en profondeur les processus par lesquels elle investit pour l'avenir. Faire confiance au marché ne serait pas suffisant. Il faudrait en revenir à des modes d'épargne et d'investissements où les Etats joueraient un rôle beaucoup plus important qu'aujourd'hui. C'est ce que désignait le terme un peu tombé en désuétude d' « économie mixte ». Sinon il faudrait se résigner à rémunérer les travailleurs de tous niveaux aux normes asiatiques, ou, autre solution, réduire les consommations de la population aux normes de celles des populations asiatiques. On pourra présenter ceci comme une forme de décroissance, après tout moralement défendable. Mais nos joyeux fêtards européens accepteraient-ils ces perspectives, que nous venons de décrire très sommairement. Ou bien pensent-ils que, de toutes, façons, ils pourront y échapper ? Comment alors imaginent-ils s'y prendre ?

Nous faisons ci-dessous quelques propositions permettant d'illustrer, en modernisant le concept, ce que pourrait être une économie mixte à l'européenne. Divers experts ou mouvements politiques encore marginaux reprennent ce terme, mais souvent avec un manque de précision laissant sceptiques. Nous essaierons ici d'être plus clairs. Mais il faut se persuader qu'il ne s'agira pas de réformettes ne remettant pas en cause le système capitaliste libéral actuel. Impossible de toucher à celui-ci, dira-t-on. Le prévisible approfondissement de la crise rendra sans doute cette remise en cause plus acceptable qu'elle ne l'est actuellement, même dans les pays encore très hostiles, pour des raisons historiques, aux interventions économiques des Etats ou de l'Union européenne.

1. Comment espérer faire coopérer un ensemble de pays très hétérogènes

Avant de proposer des politiques publiques européennes communes que nous qualifierions de politiques de survie, il faut se demander quels seraient les pays européens susceptibles de s'y intéresser le plus immédiatement. La réaction de beaucoup de nos lecteurs, quand nous formulons de telles propositions, consiste à dire qu'il s'agit en fait d'un modèle franco-français, d'inspiration gaullienne, rendu totalement obsolète par la mondialisation. Comme indiqué en introduction, nous pensons qu'il s'agit d'erreurs de jugement, que les crises multiformes à venir viendront démentir. Il faut néanmoins évaluer les capacités d'accueil que les principaux pays européens pourront offrir à nos propositions, en fonction d'intérêts qui ne se recoupent pas nécessairement.

Chacun sait que l’Europe est actuellement composée d’Etats dont les caractéristiques juridiques, constitutionnelles, économiques et démographiques sont différentes. Leur participation à l’Union européenne et pour certains d'entre eux à la zone euro, les soumet à un certain nombre de règles communes ou harmonisées, mais il ne s’agit en aucun cas là des bases analogues à celles qui, dans un Etat vraiment fédéral et moins encore dans un Etat national, permettraient l’élaboration de politiques économiques et industrielles communes accompagnée des politiques extérieures correspondantes. Par ailleurs, à brève échéance, il serait illusoire d'espérer une modification du Traité de Lisbonne permettant de transformer l'Union en état fédéral sur le modèle, par exemple, des Etats-Unis.

Très sommairement, on peut en effet distinguer au sein de l’Union européenne 3 groupes de pays aux caractéristiques fondamentales et donc aux intérêts difficiles à concilier:

* La France et l’Allemagne, toutes les deux conscientes de la nécessité de disposer d’une industrie compétitive, d’une R/D innovante et d’un certain nombre de services publics, industriels ou sociaux protégés des aléas de la concurrence internationale. Ce sont également les moteurs de la zone euro. Encore faut-il préciser que ces deux pays diffèrent assez profondément dans le rôle qu’ils attribuent à l’Etat par rapport à celui des entreprises. En simplifiant beaucoup, on dira que l’Allemagne est encore marquée par le modèle du capitalisme rhénan, tandis que la France s’inspire d’une vision régalienne où l'Etat a conservé un rôle régulateur. Ainsi, l’industrie allemande exportant beaucoup hors d’Europe répugne plus que la France à toute perspective de protectionnisme.

* Le Royaume-Uni, entraînant dans son sillage un certain nombre de petits pays, tels l’Irlande mais aussi dans une large mesure la Hollande, le Luxembourg, la Belgique et les pays scandinaves, a choisi de privilégier les services financiers à vocation internationale, symbolisés par la City. Contrairement aux petits pays précité, il a décidé de rester à l'écart de la zone euro et ce choix risque de perdurer, quels que soient les résultats des futures élections. Il reste donc profondément hostile aux interventions publiques de régulation. Le Royaume-Uni, par ailleurs, demeure très lié aux Etats-Unis, dont il partage quasi systématiquement les choix économiques et diplomatiques. Sauf changements improbables à court terme, ces divers facteurs rendent très difficile la participation du Royaume Uni aux politiques communes envisagées ici.

* Deux anciens membres importants de l'UE, dont les potentiels économiques ne sont pas négligeables, mais qui sont actuellement confrontés à des crises profondes. Il s'agit de l'Italie et de l'Espagne. Ces pays ne sont pas a priori des partisans de la régulation publique et des interventions économiques de l'Etat, mais on peut penser que pour surmonter leurs difficultés actuelles, ils pourraient accepter un certain nombre de mesures en ce sens.

* La quasi totalité des membres récents de l'UE, anciennement dénommés PECO (Pays de l'Europe centrale et orientale). Il s'agit de pays, y compris la Pologne, le plus grand d'entre eux, ayant conservé des entreprises et des administrations encore archaïques. Leurs difficultés économiques et politiques sont considérables. Les populations y craignent les interventions économiques des Etats où ils voient le risque de résurgence d'un communisme dont ils n'ont gardé que de mauvais souvenirs. Ils restent très influencés par les Etats-Unis et leurs intérêts industriels. Mais ils se rendent compte progressivement que l'ouverture sans précautions à la concurrence extra-européenne ne leur permettra pas de décoller. La Grèce présente un cas particulier. On découvre actuellement que ce pays n'aurait jamais du rentrer dans la zone euro, compte-tenu de ses archaïsmes non surmontés.

Compte tenu de ces hétérogénéités, il serait illusoire d'espérer voir, même en cas d'aggravation de la crise et de la concurrence internationale, ces 27 pays s'entendre pour des politiques communes de lutte contre la concurrence extérieure et de développement coordonné. Même au sein de la zone euro, l'expérience a montré que des divergences non négligeables séparaient les points de vue de la France, de l'Allemagne et de la Banque centrale.

On peut donc penser que la seule solution permettant de convaincre progressivement les plus réticents de s'unir sur des stratégies économiques, politiques et diplomatiques communes serait de décider des actions de coopération dite renforcée, permises par les textes actuels. Il s'agirait en fait de la "coopération structurée permanente" de l'art. 42 du Traité réservée aux "Etats membres qui remplissent des critères plus élevés de capacités militaires...". Le protocole n°10 annexé au nouveau Traité pourrait couvrir les politiques que nous souhaitons développer. Elle concerne tout Etat membre qui ,"dès l'entrée en vigueur du Traité s'engage à développer ses capacités de défense... à participer aux principaux programmes européens d'équipement et à l'activité de l'Agence européenne de défense dans le domaine du développement des capacités de défense, de la recherche, de l'acquisition et de l'armement. Les mesures que nous allons proposer ci-dessous ne concernent pas spécifiquement les matériels ou les dépenses militaires, mais au sens large, elles relèveraient de la défense de l'Europe car sans elles, selon nous, le concept même d'Europe et de civilisation européenne perdraient toute signification.

A terme de quelques mois ou années, un certain nombre de ces actions de coopération structurée permanente feraient apparaître la nécessité de mettre en place, y compris à l'intérieur des textes existants, une structure intergouvernementale de décision dans les domaines stratégiques où rien n'existe encore véritablement aujourd'hui. Il s'agit de ce que beaucoup de personnalités politiques de différentes tendances estiment dorénavant nécessaire, c'est-à-dire un gouvernement financier, économique, fiscal et social de la zone euro. Par prudence, on acceptera l'idée que les rapprochements nécessaires se feraient progressivement, au coup par coup, sous la pression de la nécessité, à l'occasion de la mise en œuvre des actions relevant de la coopération structurée permanente envisagée ici.

Pour convaincre les opinions publiques et les gouvernements de la nécessité de telles perspectives, nous devons évidemment préciser les objectifs à poursuivre et les moyens à mettre en oeuvre.

2. Souveraineté et puissance

L'histoire de l'Union européenne, depuis le traité de Maëstricht (février 1992) jusqu'au traité de Lisbonne, offre l'image d'une lente déstructuration. Dans aucun domaine, l'Europe ne s'est organisée sur le modèle des super-Etats qui sont ses concurrents, Etats-Unis, Chine, Russie et bientôt quelques autres. Le Traité de Maëstricht, très largement sous l'influence des intérêts américano-américains dits atlantistes, n'a pas permis de doter l'Europe des différents attributs de la puissance qui auraient pu en faire un alter ego des autres puissances mondiales. Nous avions décrit ce mécanisme désastreux dans notre ouvrage de 2007, L'Europe et le vide de puissance. Depuis il s'est encore accentué.
En fait, malgré les affirmations non fondées de l'idéologie libérale, ce sont aujourd'hui comme hier les arbitrages ou conflits entre super-Etats qui font la loi internationale. L'échec de la conférence de Copenhague sur le contrôle du climat l'a illustré une nouvelle fois. Il a suffit que les deux super-Etats, USA et Chine, s'entendent pour ne rien faire et ce non-choix s'est imposé à tous les autres Etats. L'Europe avait tous les titres pour arbitrer ce conflit et sans doute imposer ses vues novatrices. Mais n'ayant pas été capable de se constituer en super-Etat, elle n'a pas pesé beaucoup plus lourd que le Brésil (ou les Iles Salomon). Il en est de même pour toutes les autres questions dont dépendent l'avenir du monde, le contrôle de l'énergie, des océans et de l'espace notamment.

Mais que sont les attributs de la puissance et en quoi l'Europe en a-t-elle besoin pour survivre dans la compétition avec les autres Etats ? Nous les avions énumérés dans l'ouvrage cité. Les uns tiennent à l'étendue du territoire, aux effectifs de la population et à l'accès direct aux sources d'énergie et de matières premières. Sur ce plan, l'Europe n'est pas favorisée. D'autres tiennent au mode de gouvernement : la possibilité de mobiliser d'une façon coordonnée les ressources nationales. Sur ce plan les régimes autoritaires ou dictatoriaux paraissent les plus compétitifs, mais il ne faut pas penser que le pluralisme démocratique soit en lui-même un handicap, même s'il ne facilite pas la prise rapide de décisions. Encore faut-il qu'il existe des Etats capables de mener ce que l'on appelait traditionnellement des politiques régaliennes, faisant prévaloir les intérêts généraux de long terme sur les intérêts particuliers de court terme.

Le modèle français de l'Etat mis en place après le premier Empire et confirmé sous les IIIe, IVe et Ve Républiques, correspondait en principe à cette définition, bien que s'exerçant avec difficultés compte tenu des conflits suscités par les résistances des nombreux intérêts particuliers. Aujourd'hui, sous la pression de l'idéologie libérale et de la privatisation, l'Etat régalien caractérisant le République française voit ses compétences de plus en plus diminuées. Il paraît de plus en plus incapable de répondre aux demandes qui lui sont adressées par les populations. Malgré cela, il dispose en général encore d'un certain nombre de moyens d'actions, notamment grâce aux diverses administrations, dont beaucoup d'autres Etats européens sont privés. Mais la France s'est tellement déconsidérée par ses voltes-faces diplomatiques et politiques, qu'elle n'est plus entendue quand certains de ses représentants évoque le modèle français de l'Etat.

Quitte à passer pour des esprits attardés ou irréalistes, nous continuons cependant à penser que les Etats européens, par l'intermédiaire, à défaut de programmes plus ambitieux, d' actions de coopération structurées convenablement choisies, doivent se doter des technologies dites de souveraineté sans lesquelles aucun poids politique ou diplomatique sérieux ne peut être acquis. Nous avions analysé, il y a déjà quelques années, ces technologies de souveraineté, dans un colloque tenu à Paris en avril 2004 et associant l'Union Paneuropéenne et notre association Automates-Intelligents. (http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/programme.htm).
Il s'agit d'un ensemble de moyens de recherches, d'industries et de techniques devenues aujourd'hui indispensables à la puissance politique : sciences fondamentales, calcul, intelligence artificielle, bio et nanotechnologies, etc. Il s'agit aussi des applications en dérivant permettant la maîtrise de l'énergie, des télécommunications, de l'espace et, bien entendu, des armements modernes. Les Etats-Unis ont toujours refusé que les Etats européens, soit à titre individuel, soit dans le cadre de l'Union européenne, se dotent des moyens de la souveraineté. La France gaulliste, le seul Etat européen qui avait pour conserver son indépendance refusé au moins en partie la domination technologique américaine, avait suscité contre elle l'hostilité générale du “Monde Libre”, c'est-à-dire des Etats-Unis et des gouvernements dominés par eux. Tout a été fait, ouvertement et plus souvent encore de façon “couverte”, pour empêcher que les grands programmes d'indépendance et de souveraineté technologique engagés en France aboutissent ou trouvent des clients en dehors de la France. Au sein même de la société française, une opposition très largement suscitée par les milieux favorables à la domination américaine s'est progressivement rassemblée contre la poursuite de ces programmes. Le nucléaire civil et la défense ont polarisé les oppositions. Ce sentiment demeure encore très fort. On vient de la constater en observant la satisfaction avec laquelle de nombreux milieux se sont réjouis de l'échec de l'offre nucléaire française à Abou Dhabi. Un échec de la promotion du Rafale au Brésil ou dans les Emirats susciterait la même satisfaction.

Un certain nombre de grands pays européens ont cependant accepté de participer à des programmes industriels communs, principalement civils, épisodiquement militaires. Mais ils l'ont fait avec réticence, en multipliant les précautions pour que les produits correspondants restent soumis à la concurrence internationale et aux stratégies à court terme des actionnaires. Il fallait éviter qu'ils ne puissent être présentés aux opinions publiques comme un retour du régalien. Ceci a multiplié les difficultés de conceptions et de réalisations. On citera le programme Airbus civil et militaire ou le programme Galiléo dans le domaine de la localisation satellitaire.

Il existe certes aujourd'hui une indéniable coopération industrielle européenne, mais il serait injuste passer sous silence le fait que, sans les efforts de la France, il ne se serait pas passé grand-chose. Frédéric d'Allest a ainsi indiqué, lors d'une émission récente consacrée à Ariane 5, que ce fut grâce au président Pompidou (le dernier des Gaullistes?) que la France a refusé de confier son sort aux lanceurs de la Nasa. Sans la France, il n'y aurait pas eu ni Agence Spatiale européenne ni base de Kourou. On peut penser aussi que les quelques produits spatiaux européens, fussent-ils développés de façon indépendante par certains pays au détriment de la nécessaire coopération, comme c'est le cas dans le domaine des satellites, n'auraient pas vu le jour sans la France. En matière de recherche à très long terme enfin, la France participe activement à deux organismes qui n'auraient pas vu le jour en Europe sans son activisme et dont l'action sera déterminante, le Grand collisionneur à hadrons du Cern et le prochain centre Iter du CEA destiné à expérimenter la fusion nucléaire.

Dans des domaines civils dont l'importance stratégique n'est pas moindre, la France a su se doter ou conserver, souvent en coopération avec des entreprises européennes, de puissantes industries, dans les secteurs de l'énergie nucléaire, du ferroviaire, de l'automobile, de la pharmacie et de l'environnement. Bien sûr, elle n'est pas la seule. L'Allemagne a fait aussi bien sinon mieux dans tous ces secteurs. Mais c'est réjouissant. Certains critiquent le TGV français en constatant avec ironie que les Chinois viennent de choisir l'homologue allemand Inter-Cities Express (ICE) de Siemens pour rouler sur la plus grande voie à grande vitesse du monde, de Canton à Wuhan. D'abord, c'est oublier que l'ICE allemand s'est beaucoup inspiré des techniques et de l'expérience française. De plus, un succès allemand à l'exportation doit être considéré, en France même, comme un succès de l'Europe toute entière.

Il faut enfin mentionner le domaine militaire. On se gausse de constater que la France a été obligée de développer seule des systèmes d'armes dont les autres Etats européens n'ont pas voulu pour leur propre défense. Mais ce ne fut pas parce que ces armements étaient de mauvaise qualité. Au contraire, avec l'expérience, ils se révèlent parmi les meilleurs du monde. Les “échecs” ou les difficultés de la France résultèrent principalement de l'activisme du complexe militaro_industriel américain et de son entrisme dans les cercles politiques européens, qui ont fermé la porte aux armements français. Dans un monde entièrement mondialisé, ouvert, où les sources de croissance et de richesse paraissent très largement liées à la détention des capitaux et à la spéculation financière, l'Europe, demandait-on, a-t-elle besoin de se doter de toutes ces armes, non seulement coûteuses mais inutiles ?

Les économistes répétaient à satiété que le modèle anglo-saxon des services financiers, illustré en Europe par les succès de la Grande Bretagne, était préférable à un modèle français où l'accent avait traditionnellement été mis sur la possession en propre d'un certain nombre des technologies de puissance énumérées ci-dessus. Le monde n'était pas en guerre et l'Europe pouvait compter, disait-on, sur les moyens de défense rassemblés au sein de l'Otan sous l'égide de la superpuissance américaine afin de faire face à d'éventuelles agressions. Aussi bien, aujourd'hui encore, l'hypothèse d'une défense de l'Europe indépendante de l'Otan et des matériels américains reste considérée, à Londres et à Bruxelles notamment, comme relevant de la volonté d'affaiblir l' “Alliance atlantique” et de pactiser avec les ennemis de “l'Occident”. Ces dernières années, avec le succès des gouvernements libéraux en Europe, avec la volonté souvent affichée du président français Nicolas Sarkozy de favoriser la privatisation des filières industrielles et technologiques françaises, les intérêts financiers ont repris le pas sur les défenseurs d'une géostratégie européenne basée sur des technologies de souveraineté.

Les états-majors des autres pays européens, cependant, avec l'intensification des crises et des tensions que nous évoquerons dans la seconde partie de cet article, avec également l'affaiblissement de la puissance militaire américaine, commencent à regarder avec un début d'intérêt le fait que la France, pays européen, dispose en propre de moyens militaires pouvant venir en appui de stratégies de défense ou de coopération internationale, par exemple avec la Russie. Ils utilisent d'ailleurs sans hésiter certains de ses moyens quand l'urgence l'exige, par exemple en ce qui concerne l'observation satellitaire militaire. Il est possible que très vite, ils comprennent l'intérêt de travailler avec la France dans d'autres domaines, plutôt qu'attendre tout de fournisseurs américains de plus en plus embourbés dans les difficultés, comme le montre l'exemple du Joint Strike Fighter F-35, dont le MICC avait voulu faire l'arme fatale pour éliminer toute industrie aéronautique européenne.

Mais plus en profondeur, les relations internationales risquent de prendre un tour tout nouveau, à la suite de l'échec de la conférence de Copenhague sur le climat. Ce sont ces perspectives que nous voudrions examiner ci-dessous. Dans ce cas, ceux qui en France et dans les autres pays européens voudraient développer une réelle coopération entre Etats européens en matière de recherche, de développement et de grands équipements civils et militaires, pourraient de nouveau être entendus. Economie de guerre obligent. Voyons comment.

Des économies de guerre

Ce n'est pas faire preuve de pessimisme injustifié que constater les menaces de toutes sortes pesant dorénavant sur l'avenir politique et économique du monde. La crise économique et financière ayant débuté en 2008 ne cessera de s'aggraver quoiqu'en disent les économistes.
Bien plus, la grande crise environnementale ayant justifié la mise en place du protocole de Kyoto ne cesse elle aussi de s'aggraver. Des pronostics très pessimistes (voir celui de James Hansen repris sur notre site) montrent que la planète courre au désastre, du fait de l'incapacité actuelle des gouvernements à agir. Or la conférence des Nations Unies tenue à Copenhague en décembre 2009 a mis en évidence le fait que les mesures très énergiques et coûteuses nécessaires pour limiter le réchauffement climatique et protéger la biodiversité ne seront pas prises dans les délais voulus

Nous avons rappelé que deux superpuissances se sont entendues implicitement pour ne rien faire de sérieux, les Etats-Unis et la Chine. Certes, en matière de responsabilité, ce sont les Etats-Unis qui sont les plus coupables, car non seulement ils sont ceux qui polluent le plus, mais ils ont les moyens technologiques de réduire leurs pollutions. La Chine, pour le moment, ne peut pas le faire. Il reste qu'elle menace, par sa taille même, les équilibres économiques actuels, à la fois comme puissance importatrice et comme puissance exportatrice. On ne pourra pas attendre des autres pays du monde qu'ils se laissent mettre en difficulté, voire envahir, sans réagir.

Ni les institutions internationales actuelles, ni les Etats grands et petits membres de l'ONU, ni les entreprises multinationales ni les ONG ne pourront promouvoir seuls l ' « économie de guerre » qui sera nécessaire pour reconvertir en profondeur les mécanismes économiques et ceux de la prise de décision collective. Nous pensons cependant qu'un G+, Europe, Chine, USA, auxquels on ajouterait la Russie, l'Inde, le Brésil et quelques autres, pourrait parfaitement prendre les mesures d'urgence nécessaires à la sauvegarde de la planète, si quelques Super-Etats donnaient l'exemple. L'Europe a manqué en 2009 l'occasion de positionner ainsi en Super-Etat et participer à ce grand projet. Les opportunités pour ce faire se reposeront certainement.

Cependant des groupements informels, un G3, un G5 ou un G+, ne pourront se substituer indéfiniment à des institutions internationales reconnues par tous. Même si de telles institutions sont lourdes et apparemment impuissantes en cas de grandes crises, elles demeurent irremplaçables. Le problème de droit public international posé aujourd'hui consiste, selon nous, à définir à partir d'une ONU à 198 Etats, un Conseil de Sécurité “environnement” comportant en premier lieu les grands Etats ou Super-Etats, les seuls capables de s'entendre dans ces domaines si la nécessité l'exigeait. L'Europe devrait participer sur un pied d'égalité avec les autres Super-Etats, en tant que membre permanent, à ce Conseil de Sécurité “environnement”.

Ceci étant, il ne faudrait pas espérer qu'un tel Conseil de Sécurité puisse supprimer les affrontements entre ses membres les plus puissants. L'expérience de l'actuel Conseil de Sécurité de l'ONU, mis en place à l'occasion de la guerre froide, a montré que les Etats-Unis et l'URSS n'ont cessé de s'y mesurer en développant sans arrêt leurs moyens militaires et civils. Mais ils ont évité la guerre mondiale, du fait des capacités de réplique à l'égard de l'autre dont chacun des deux Grands disposait. Il en sera de même en termes différents dans la perspective du Conseil de Sécurité “environnement” envisagé ici. Si un membre refuse de se soumettre à des mesures collectives jugées indispensables, il devra se voir appliquer des mesures de rétorsions, pouvant aller dans les cas graves jusqu'à un emploi limité de la force armée, de la part des autres membres.

Ceci veut dire que chacun des 4 ou 5 Super-Etats qui seront membres permanents de ce Conseil de Sécurité devront se doter, par eux-mêmes et en toute indépendance les uns des autres, de la panoplie complète des technologies de souveraineté. Un tel objectif serait évidemment à la portée des Etats-Unis, plus difficile mais faisable en ce qui concerne la Chine, mais actuellement totalement impossible pour l'Europe. Celle-ci, nous l'avons vu, ne dispose ni des structures politiques d'un Super-Etat, ni, ce qui est bien plus handicapant, des technologies de souveraineté adéquates.

La France cependant, nous venons de la rappeler, et quelques grands Etats européens avec elle, ont réussi à se doter de l'amorce de telles technologies. Il suffirait de s'appuyer sur elles pour sortir de la dépendance qui handicape encore l'action diplomatique et économique de l'Union européenne. Contrairement aux ressources de la City de Londres en ingénierie financière qui ont longtemps fait la force économique et même politique de la Grande-Bretagne et qui sont déstructurantes pour l'Etat britannique, les technologies françaises et leurs répliques européennes sont structurantes. Autrement dit, elles supposent pour survivre et servir qu'existe et fonctionne un Etat fort, capables de financer les investissements dont elles ont besoin et de les protéger par la voie régalienne. Elles supposent aussi des citoyens possédant un sens élevé de la Nation et du territoire, acceptant les sacrifices à consentir, en échange de la protection apportée aux nationaux. Les mêmes valeurs pourraient être transposées à l'échelle de l'Europe. Certes, en France, ces valeurs pour de mauvaises raisons que nous ne rappellerons pas. Elles ne sont guère en meilleure posture chez nos voisins. Mais elles demeurent cependant vivaces dans le cœur des citoyens de toutes professions et de tous niveaux hiérarchiques qui continuent contre vents et marées à développer le potentiel scientifique et industriel que nous venons d'évoquer sommairement.

Le point noir actuel, concernant l'influence des différentes technologies de puissance et de souveraineté dont dispose la France, est qu'elles suscitent encore le rejet a priori des autres Etats européens. Ceci pour diverses raisons plus conjoncturelles que fondamentales, essentiellement en fait parce que ces Etats croyaient pouvoir s'en passer et que la supposée suffisance française à les imposer froissait leurs susceptibilités. Egalement peut-être aussi parce que la France, dans son ensemble, administrations et grandes entreprises publiques et privées réunies, n'avaient pas fait assez d'effort pour nouer des alliances sur un plan d'égalité avec des partenaires européens.

Mais le véritable obstacle au développement en Europe de grands programmes technologiques sur le modèle français est que ceux-ci reposaient très largement sur des financements publics, avec le recours à des gestions de type administratif. On était aux antipodes à ce qu'imposait le néo-libéralisme devenu la doxa à partir des années 1990 : appel à des financements privés collectés par le secteur financier, gestion purement commerciale, recherche de rentabilité immédiate, acceptation des procédures dites du marché : délocalisations, licenciements, rachat par des fonds d'investissement étrangers, rejet de tout réflexe national stigmatisé du terme de patriotisme industriel. D'une part sous l'influence des Etats-Unis qui voulaient se réserver le monopole des grands programmes structurants, d'autre part sous l'influence des détenteurs de capitaux spéculatifs non européens (pétro-dollars, fonds chinois) souhaitant pouvoir racheter tous les anciens “bijoux de famille” européens, les gouvernements européens n'ont jamais voulu rompre l'enchaînement vicieux qui les privait progressivement de toute influence stratégique. L'idée même de patriotisme industriel, même dans les domaines stratégiques, était considérée comme définitivement dépassée. Ils n'ont jamais osé affirmer que l'essentiel des nouveaux investissements dans les technologies de puissance indispensables au maintien de leur souveraineté nécessitait d'être traité hors marché, sur le modèle des dépenses d'équipements militaires : financements protégés et marchés protégés notamment...Ceci tout au moins jusqu'au moment où ces technologies devenues adultes pourraient – le cas échéant et sans obligation d'aucune sorte – affronter la concurrence internationale.

On objectera qu'une grande partie des technologies de souveraineté dont l'Europe selon nous devrait se donner la maîtrise relèvent plus des investissements civils ordinaires que des investissements stratégiques, militaires ou spatiaux. Pourquoi dans ce cas prendre le risque de les soumettre à des procédures publiques dérogatoires du droit commun, avec le danger d'encourager les gaspillages, favoritismes politiques, éventuellement corruptions ? Pour une raison très simple. C'est parce que si l'Europe a pris du retard dans certains de ses domaines, c'est précisément parce que les règles du capitalisme privé et du néo-libéralisme, exploitées par des concurrents plus forts qu'elle, ne lui ont pas permis de réaliser les investissements nécessaires. Ce qui s'est produit dans le passé se renouvellera. Imagine-t-on que la Chine laissera aux pays européens la possibilité de concevoir et vendre des écrans solaires ou des automobiles électriques, y compris à partir de filiales installées en Chine, si les industriels européens travaillant dans ces branches ne sont pas protégés au sein du marché européen. Nous l'avons rappelé en introduction, la Chine dispose de deux armes absolues, sa main d'œuvre quasi gratuite (souvent d'ailleurs exportée) et le taux de change anormalement bas de sa monnaie. Pourquoi ferait-elle des cadeaux aux Européens, d'autant plus que ceux-ci ont progressivement perdu l'avance technologique qui pouvait en faire momentanément des partenaires à ménager ?

Du côté des Etats-Unis, des arguments différents mais aux résultats similaires continueront à jouer comme ils l'ont toujours fait pour priver l'Europe des occasions de se donner des outils compétitifs en propre : informatique, réseaux, intelligence artificielle, bio et nanotechnologies, etc. L'Europe pour survivre dans l'après Copenhague devra donc en revenir au régalien sur le modèle français. Ce qui ne devrait pas pour autant l'empêcher de chercher à perfectionner celui-ci pour en faire un véritable instrument de guerre économique compétitif.

Les programmes de coopération renforcée nécessaire présenteraient en principe une différence essentielle, par rapport aux actuels programmes Airbus et Ariane dont la plupart des produits visent un marché non protégé et sont soumis aux impératifs d'une rentabilité définies non par des gouvernements mais par des actionnaires. La plupart des projets que nous envisageons dans cet article devraient être conçus et conduits, nous l'avons dit, comme des programmes militaires, sans se préoccuper a priori de la rentabilité des investissements. Certes, la perspective de les vendre sur le marché international ne serait pas à exclure, mais ce ne serait pas leur l'objectif premier. Il s'agirait, rappelons-le, de programmes de souveraineté. L'Europe les définirait en fonction des avantages politiques qu'elle y trouverait : indépendance vis-à-vis des autres puissances, possibilités de faire naître des compétences qui sans de tels programmes n'auraient jamais vu le jour. Ce ne serait que lorsque les programmes ou projets fondateurs auront donné de bons résultats que leurs produits pourraient être offerts sur les marchés européens voire sur les marchés internationaux sans protections autres que celles imposées par le souci de la réciprocité.

Au plan des crédits, balayons l'argument de la dette. Rien qu'en France, les épargnes privées dépassent les 4.000 milliards d'euros. Il serait très possible d'offrir à ces épargnants des obligations garanties à long terme permettant de recueillir les 400 milliards nécessaires pour commencer à investir sérieusement. Que l'on ne nous parle pas non plus d'inflation. Les ressources non utilisées ou gaspillées abondent encore en Europe.

Quant à la question essentielle des taux de change, notamment des rapports respectifs entre l'euro, le dollar et le yuan, assujettissant aujourd'hui l'Europe aux deux autres blocs, nous ne pouvons pas admettre que les Etats du groupe euro regroupés autour de la Banque centrale ne soient pas capables de mettre en place des procédures de contrôle et d'orientation au moins analogues à celles qu'utilisent la Réserve fédérale américaine et la Banque de Chine. S'ils le faisaient, dans le cadre de l'économie mixte esquissée ici, les opérateurs internationaux seraient bien obligés d'en tenir compte.

Conclusion

Nous évoquons donc ici une véritable sortie du capitalisme néo-libéral, concernant un grand nombre de secteurs économiques dits stratégiques. On pourrait employer, comme nous l'avons proposé, le terme de mise en place d'une économie mixte généralisée. Ces solutions mixtes génèrent malheureusement de nombreuses occasions de fraudes internes ou aux frontières. Pour lutter contre elle, il faut unifier la prévention et la répression. La chose serait parfaitement envisageable dans le cadre d'un gouvernement économique et financier de la zone euro, accompagné d'une harmonisation progressive des règlementations sociales et fiscales. Ce “gouvernement” s'accompagnerait évidemment d'importantes réformes politiques et administratives, que nous n'aborderons pas ici. Bornons-nous à signaler que la France, disposant sans doute pour quelques temps encore, d'une des meilleures administrations du monde, tant au plan des services techniques qu'au plan administratif, pourrait participer avec compétence à la mise en place de l'administration européenne requise.

Mais rassurons nos voisins. Si des procédures marquées du sceau de l'urgence stratégique étaient dorénavant retenues dans les filières civiles évoquées au début de cet article, partout notamment où de nouveaux investissements lourds seront nécessaires du fait des technologies économes en énergie qui s'imposeront, la France ne serait plus la seule à proposer des savoir-faire autour desquels s'associeraient les potentiels industriels et de recherche des autres Etats. Chaque Etat européen possède des capacités en propre qui restent inexploitées faute d'être associées à celles des autres. Sans coordination, ces mêmes Etats en sont réduits à s'adresser à des produits non européens dont le plus souvent, ils n'acquièrent pas la maîtrise. De toutes façons, répétons-le, l'objectif initial ne sera pas de faire des profits capitalistes, mais de mener des combats pour la souveraineté. Les coûts et les délais en seront peut-être accrus initialement, mais les retombées à terme seront inestimables.

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